‹ Tonkourou [microforme]Chapitre 59 sur 72 · LES AMIS DE NAGUÈRE · texte numérisé non relu

LES AMIS DE NAGUÈRE

Le chef trouva son toit enveloppé de calme.

Sur le seuil la fougère onvrait sa verte palme ;

Le liseron grimpait sur les murs délabrés.

Les carreaux tout poudreux étaient eomme marbrés Par les gouttes de pluie en tout sens descendues ; Et, dans un coin, séchaient des branches étendues

Et des simples jadis cueillis par les devins.

Il appela la vieille et ses cris furent vains. C’était pour la chasser comme on chasse un reptile, Il l'avait en horreur enfin. Trouble inutile,

La Simpière était morte un jour en blasphémant,

Et son corps pourrissait caché profondément.

Alors il r:massa quelques feuilles légères,

Des rameaux de sapin, des mousses, des fougères, Et se fit une couche. Il dormit. Au ré:

Il vit sur les soinmets rayonner le soleil.

Un vent frais en passant jouait clans la feuillée Et les oiseaux disaient leur chanson éveillée,

Il se lève. Quelqu'un fait, dans le même instant, Crépiter des buissons le feuillage flottant.

C’est Ruzard qui s’avancé en écartant les branches. Tonkourou lui sourit, et ses manières fra hes Lui rendent aussitôt l’audace d’autrefois

—Je viens, lui dit Ruzard, te trouver sous les bois Pour te remercier, Ô mon ami sincère, De n’avoir point trahi François, ton jeune frère.

—Tonkourou n’est plus traître et veut rester discret,

Répondit le sauvage. Il taira ton secret,

Car il ne sert de rien aujourd’hui de le dire.

—Tu m'as fait peur hier ; j’ai pensé te maudire, Hier tu m’as fait peur ; mais tout va s'arranger.

Jean me donne son bien : nous allons partager.

Je me marie enfin... La semaine prochaine.

Oh ! que j’ai de bonheur ! Nul ne rompra la chaîne, Nul ne pourra briser...

Il ne termina pas.

Tonkourou, menaçant, fit vers lui quelques pas.

—Moi je briserai tout ! Cesse ta vantardise, Dit-il, Ruzard pâlit :

2 —Faudra-t-il que j’en dise, Pour empêcher toujours un hymen révoltant, Mon frère, faudra-t-il que j’en dise encor tant ? Continua le chef.

—Par Dieu, je t’en conjure, Tonkoürou ne dis rien. Je l’aime, je le jure, Je l’aime cette femme ! Et tant que je vivrai

Des plus aimables soins, oui, je la poursuivrai !

—Inutile, François, tu n°es pas digne d’elle.

—Je la mériterai. D’un amour pur, fidèle.

—Elle ne t’aime point.

—Elle ne me hait plus.

Un jour je l’ai sauvée, et dans ses yeux je lus

Plus d’une fois, depuis, de la reconnaissance.

—Comment cela ? Dis donc. Parle sans réticence.

—£Écoute.

Alors Ruzard lui raconte comment Il l’avait de la mort sauvée assurément, Un gai jour de corvée, au brayage d’automne.

Tonkourou, semble-t-il, s’attendrit et s’étonne.

Plus de doute cruel, François va triompher.

—Ton amour est-il vrai ? ne peux-tu l’étouffer ? Demanda le huron.

—Toute parole est vaine ; Si je n’ai pas Louise, oui, je mourrai de peine !

Je n’aime qu’elle seule, et nul ne sait combien !

— Alors tu la prendras et laisseras le bien.

Ruzard courbait le front, n’était pas à son aise,

Et sou cœur s’enflammait comine un feu de fournaise.

—on frère ne dit rien ; il est pâle et surpris:

Dans ses propres filets se serait-il donc pris ?

Ajouta Tonkourou d’une voix sarcastique.

François croyait subir un rêve fantastique.

S’il eut eu par hasard une arme sous la main

Le huron serait là resté près du chemin.

ence:

ournaise.

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