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On se disait bonjour, on se donnait la main :
Cela faisait du bruit comme le flot qui monte.
On s’approchait un peu du grand poêle de fonte ; Chgcun cherchait les siens, ses “ vieux ”, ses favoris. Les rires éclataient. Un brillant coloris
Illuminait gaîment la face des convives.
Pendant qu’à la maison, gracieuses et vives.
Les femmes font ensemble échange de bontés, Les hommes, à l’appel de Jean, se sont hâtés D’attacher:les chevaux dans la chaude écurie.
—Ïl fait froid, mes enfants, par cette poudrerie ; Le rhum réchauffe: eh bien! prenons-en un filet, Leur dit-il au retour en ôtant son gilet.
Louise se leva. Les regards la suivirent.
Les jeunes invités que ses:grâces ravirent,
Se sentirent plus fiers. Ruzard surtout. L’orgueil Souriait satisfait dans l’éclat de son œil.
Timide, elle étouffa le bruit de son:'haleine..
Elle étrennait alors une robe de laine
Qu'elle avait faite seule avec adresse et soin.
Elle ouvrit le buffet, haut et sombre en son coin, En sortit le plateau de fer, une bouteille
Pleine d’un bon rhum d’or acheté de:la veillé,
Les verres, qui luisarent comme des vrais cristaux, Et des plats de faïence enfaîtés de gâteaux.
—Allons ! servez-vous bien, et sans cérémonie, Reprit le père Jean, l’armoire est bien garnie.
— Après vous! après vous ! Les cheveux blancs d’abord.
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Jean Lozet prit son verre et l’emplit jusqu’au bord.
—À la vôtre ! fit-il ; mes amis, à la vôtre !
J’aime qui boit son verre et non pas qui s’y vautre.
Tous ensemble après lui burent avec ardeur.
Tout à coup se répand une suave odeur.
Pendant que tourbillonne une bruyante ronde, Le sirop succulent sur le poêle qui gronde Crépite et fait crever ses douces bulles d’or.
Le plaisir, aussitôt, prend un nouvel essor.
Ruzard connaissait bien le secret de la tire,
Et comment on la chauffe et comment on l’étire. Quand il était petit, avec un grand talent,
Le dimanche, il vendait l’article succulent
Aux gamins du village empressés à le suivre,
Et faisait sous leurs yeux tinter ses sous de cuivre.
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Un lPappelle. Il devra veiller à la cuisson.
Il accepte la charge et se net, sans façon,
À tisonner le poêle avec de lourdes pinces.
Le sirop s’étendit bientôt en couches minces,
Comme des éclats d’ambre, au fond des plats d’étain, Et tous, pour étirer, pleins d’un zèle enfantin,
Ou, peut-être, orgueilleux de leurs chemises blanches,
Otèrent leurs gilets et troussèrent leurs manches.
Avec un bruit léger, obéissant aux doigts,
La tire se replie et s’allonge cent fois, Se fendiile en fils d’or, se tord comme une tresse, Et puis, sous les ciseaux qui la coupent sans cesse,
Tombe en rayons brisés dans les plats, par monceaux.
L’on en savoure alors les délicats morceaux.
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LA SAINTE CATHERINE
(LE PAOTE) ,
Pendant qu’un vent glacé pleure dans le grand orme, | La porte s'ouvre. Un homme à l’athlétique forme
| S’avance tout à coup vers Lozet qui fumait.
| Sa voix était vibrante et son œil s’allumait.
—Jean, dit-il, en levant fièrement son front jaune,
a Je ne viens pas, ce soir, demander une aumône.
Jean Lozet tressaillit. Il sentait revenir
Un souvenir lointain, un amer souvenir.
—Que veux-tu, Tonkourou, prendre part à la fête ?
—Non, gronda le sauvage en secouant la tête,
Rien pour moi ; non.
— Allons ! approche et bois un peu,
Pour te rendre plus gai, de ma vieille eau de feu.
Alléché, le sauvage emplit et but son verre.
— Si vous ne chantiez pas, reprit-il, plus sévère, Vous verriez, jeunes gens, qu’il monte des sanglots
Avec le vent du large et la plainte des flots.
Ces mots dans la maison répandent la surprise. Pour se convaincre mieux qu’il n’est pas de méprise
Tous sortent aussitôt.
Le froid était fort vif ; Sous les fouets de la vague aboyait le récif. Quand la lune, en courant s’échappait des nuages,
Partout, jusques au loin l’on voyait les rivages Couverts, comme les prés, d’un vaste manteau blanc,
‘Puis on voyait, au large, un bateau sur le flanc. Et le vent apportait sur ses ailes funèbres
Une clameur. Perdus au milieu des ténèbres,
Les pauvres naufragés appelaient au secours.
Pendant qu’à la douleur on donne libre cours,
Tonkourou prend Ruzard et lui dit à l’oreille :
—C’est Dieu, va, qui nous offre une chance pareille... Vois-tu des pièces d’or les célestes rayons ?
—Diable ou Dieu, repart l’autre, il nimporte. Essayons De sauver ces marines pour notre bénéfice.
Je suis prêt. il le faut, ermloyons l’artifice.
Ils entrèrent rêvant d’un superbe butin.
Ruzard dit :
—ÏIls mourront avant qu’il soit matin.
Faut-il qu’on les entende et qu’on les abandonne ? Montrons-nous donc chrétiens. Le Seigneur qui l’ordonne
Saura bien nous guider vers le bateau perdu.
— Va, noble enfant, dit Jean, à ce labeur ardu :
Va vite. Agir ainsi, François, oui, c’est être homme ! ... Eh bien ! femme, entends-tu ? Vois-tu, Louise, comme
Ce jeune garçon-là sait être généreux ?.....
Mais prends garde, Ruzard, le fleuve est dangereux.
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