LE NAUFRAGE
Les glaçons ressemblaient à d’immenses décombres Entassés sur les bancs de cailloux, dans les ombres. Et c'était le reflux ; la mer se retirait.
Dans les remous nombreux le brigantin virait
Comme une feuille sèche au milieu de nos routes.
Les matelots bordaient vainement les écoutes. La voile était fendue et des lambeaux gelés Aux vergues de sapin restaient encor gonflés. Si la neige cessait quelques instants, la lune
Jetait un reflet vif sur la voile de hune.
Dans le chenal étroit, comme un immense étau
La glace cependant étreint le fier bateau.
Elle le fait pencher sur ses carreaux de marbre Ainsi que l’ouragan fait pencher un grand arbre. Les marins consternés élèvent vers les cieux
Et leurs bras engourdis et leurs humides yeux. Un craquement sinistre alors se fait entendre : De l’arrière à l’avant le pont semble se fendre : Les haubans détendus se brisent sous le choc
Et la quille s’élève et monte sur le roc.
En blocs majestueux la glace s’amoncelle ; Une dernière fois le bâtiment chancelle,
Et l’eau se précipite avec un bruit d’enfer Dans son flanc ténébreux en vain bordé de fer. C’est là qu'on entendit, au bas de la paroisse,
Les marins en danger pousser des cris d’angoisse.
Le sauvage et Ruzard, trainant un vieux canot, Arrivaient haletants, sans échanger un mot.
Le sauvage cria :
—Je ne mens ni ne raille, Nous ne pouvons franchir cette horrible muraille.
De l'épave sinistre une voix répondit :
Sauvez-nous ! sauvez-nous !
Et François Ruzard dit :
—Mais pour sauver la vôtre on expose sa vie : D'une inutile mort je ne sens pas l’envie.
—Sauvez-nous ! sauvez-nous ! Ah ! pour l’amour de Dieu, Retirez-nous bientôt de ce terrible lieu !
Reprirent les marins cramponnés aux cordages.
On entendit craquer les courbes, les bordages. Ruzard leur demanda :
—Mais si nous vous sauvons Que nous donnerez-vous ?
— Tout ce que nous avons !
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LA SAINTE CATHERINE