LE NAVIRE
Cueillez de blanches fleurs pour la jeune Louise !
Sur les prés odorants qu’un soleil plus doux luise |!
Que le ciel soit d’azur ! Que le vent du matin
Berce avec plus d’amour la rose de satin | Cueillez de blanches fleurs dans la verte campagne | Pour couronner le front de votre humble compagne,
Jeunes filles des champs, cueillez de blanches fleurs !
Louise est souriante au milieu de ses pleurs : La victime est soumise et la paix l’environne. La rose aux doux parfums lui tresse une couronne.
Elle songe à Léon et ne se trouble point.
Attaché sur sa tête, un long voile de point
Retombe mollement sur ses rundes épaules,
Comme sur un ruisseau le feuillage des saules, Comme sur la colline une molle vapeur.
De sa faiblesse, enfin, elle n’avait plus peur ; Elle pouvait sans crainte aller au sacrifice. Elle s’est montrée humble, elle est sans artifice, Et Dieu donne la paix à son cœur désolé,
Son cœur, il est semblable au rocher isolé
Qui relève la tête au-dessus du nnage.
Le rocher est debout dans sa force, et l’orage Qui gronde autour de lui ne le trouble jamais. Un soleil éternel luit sur les hauts sommets.
Et c’est l’heure, tantôt, de se rendre à l’église.
Jean ne le cache pas, son vœu se réalise,
Voici le marié rayonnant de bonheur ;
Il arrive conduit par son garçon d’h
Voici les invités avec leurs
Ils viennent en grand nombr et de t 18 les villages, Quel tapage ! quels cris ! quelle agitation !
Pas un n’a fait défaut à l’invitation
De ce gaillard de Jean, dont les vieilles années
Paraissent aujourd’hui moins lourdes, moins fané
On admire Ruzard ; on aime sa fierté, Son regard où rayonne une étrange clarté.
On vante son esprit, son cœur sans petitesse, N’a-t-il pas refusé, dans sa délicatesse,
Et la terre et l'argent que Lozet, l’autre jour,
À voulu par contrat lui donner sans retour ?
Un navire montait. Dans le rideau de branches | Lentement, lentement, glissaient ses voiles blanches. | Soudain, comme un signal de retour ou d'adieu,
Un pavillon flotta dans le mât du milieu.
Plusieurs des invités, «vec le vieux sauvage, Etaient venus s’asseoir sur le bord du rivage, Attendant en fumant le signal du départ.
Le huron se taisait. Il ne prenait point part Aux propos amusants que tenaient les convives. Ses angoisses étaient à chaque instant plus vives. I] suivait du regard le navire étranger.
Le signal le surprit; il se mit à songer.
nllages.
Vers l’église la barque approcha la batture ;. La voile s’affaissa le long de la mâture ;
8 La chaîne retentit dans l’écubier de fer,
fane L’ancre mordit le fond comme un immense ver.