LA FENAISON
Pendant que le ciel rit, que le ramier roucoule, Le travailleur se hâte et sur son front l'eau coule. Ses vieux labeurs aimés lui semblent tout nouveaux ; Il s'embaume du foin qui tombe sous la faulx.
Lozet, au temps jadis, couchait, dans la journée,
Un arpent et demi de l'humble graminée ;
Aujourd'hui la faulx pèse et le clos est plus grand :
Il se fatigue vite et cela le surprend.
Il taillait de l'ouvrage alors pour trois faneuses,
Et nul n'aurait osé les traiter de flâneuses :
Les fourches allaient vite. Et voilà qu'aujourd'hui
Une seule ouvrière est au champ avec lui
TOXKOUROD
C'est Louise.
Des fleurs mouillent sa fraîche joue Pendant qu'avec sa fourche elle lève et secoue, D'un geste gracieux, et le trèfle et le foin. Le bonheur entrevu s'est envolé bien loin !
Reviendra-t-il jamais, mon Dieu ! celui qu'elle aime ? Est-il mort ? Tonkourou, par quelque stratagème Que son esprit pervers, un jour, aura rêvé, L'a-t-il, pour le mieux perdre, aux anglais enlevé ? Après le sacrifice on éteint chaque cierge, Doit-elle éteindre ainsi l'amour de son cœur vierge, Et doit-elle oublier l'ami qui ne vient pas ? De ces choses rêvant, dans le champ, pas à pas, Elle suit le faucheur qui se hâte à l'ouvrage.
Il fait chaud. Vers le soir pourrait gronder l'orage.
On entend par moment, dans les prés d'alentour,
Les faneuses chanter et rire tour à tour ;
On entend retentir sur la faulx qui s'affile
La pierre au rude grain. Les agneaux à la file
Franchissent les fossés, d'un bond léger, hardi.
Dans l'air calme, au soleil, toute l'après-midi,
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Sous un ciel sillonné par des vols d'hirondelles, Partout, des diarriots, dans leurs hautes ridelles, Transportent au fenil, ardent comme un bûcher, Le foin plein de senteurs qui va se dessécher. La roue au fort moyeu crie au fond de l'ornière, Et le trèfle empourpré laisse à chaque barrière Une vive guirlande, un radieux feston Où vient se reposer l'aile du hanneton.
Ruzard serra ses foins, ce jour-là, de bonne heure : Il referma sur lui sa tranquille demeure Et vint aider Lozet qui charriait tout seul. La faneuse attendait à l'ombre d'un tilleul Lt retour du vieillard. Selon l'accoutumée C'est elle qui foulait la charge parfumée. Ruzard s'approcha d'elle avec un doux souris :
— N'auras-tu donc jamais, dit-il, que du mépris Pour celui qui t'adore et te reste fidèle Malgré son désespoir.
— Puis-je t'aimer, fit elle ?
Peut-on deux fois aimer avec le même cœur ?
— Je t'aime, et c'est, Louise, assez pour mon bonheur. Léon ne viendra plus ; pourquoi toujours l'attendre? Le vieux sauvage et lui semblaient ne pas s'entendre,
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Mais c'était de la ruse ; aujourd'hui tu le saie. Us ont joué leur rôle avec un grand succès, Se sont moqués de nous. Léon ne t'aimait guère Puisqu'il soufflait ici la révolte et la guerre.
Louise l'écoutait d'un air indifférent
En traînant son râteau sur le clos odorant.