‹ Tonkourou. Nouv. éd. de Les vengeancesChapitre 35 sur 51 · LA FUITE · texte numérisé non relu

LA FUITE

On parle quelquefois, le soir, à la chaumine, Du jeune capitaine et de sa bonne mine; On conte son amour pour Louise Lozet, Dont l'àine depuis lors est restée au creuset.

Jean voit pleurer sa tille avec indifférence ; Il conseille à Ruzard de la persévérance. Il recevrait tout autre avec un cœur d'airain. Mais nul ne vient. Ruzard croit l'avenir serein.

Quand le cocher anglais eut roulé sous la table, Tonkourou, dépouillant son aspect redoutable, S'approcha de Léon et brisa son lien.

— Voilà comme se venge aujourd'hui l'indien, Dit-il à basse voix. Mon jeune frère est libre.

Jamais nid qui gazouille et jamais luth qui vibre N'eurent d'accords si doux pour l'âme du captif. Ils sortirent sans bruit tous deux, d'un pas furtif, Et, montant en canot au milieu des ténèbres, Ils ramèrent longtemps vers ces hameaux célèbres Qui les premiers de tous osèrent s'insurger. Sous l'étendard du peuple ils allaient se ranger. L'un se fit espion : c'est lui qui trompa Gore ; L'autre nous rapporta le drapeau tricolore.

Aujourd'hui le sauvage, accablé de regrets. Chemine au loin. Le ciel connaît seul ses secrets. Il a vu le marin tomber à Saint-Eustache ; Il le croit mort. Lui-même il fut pris. Il se cache, Comme un maudit de Dieu, dans l'épaisseur des bois. En sa course il a joint des chasseurs iroquois.

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