‹ Tonkourou. Nouv. éd. de Les vengeancesChapitre 8 sur 51 · LE BATTAGE · texte numérisé non relu

LE BATTAGE

Et c'est toujours l'hiver. L'air est plein de frissons Aux gouttières de bois s'accrochent les glaçons, Comme des glaives nus ou comme une dentelle. Et tout semble frappé d'une torpeur mortelle. Sous le voile brillani des neiges, des frimas, Avec ses chants d'amour et ses prés de damas, Toujours la terre attend la chaleur printanière.

Le coursier sous le fouet agile sa crinière Et fait sonner au loin ses grelots éveillé-. Au milieu des vallons les arbres effeuillés Ressemblent aux vaisseaux qui dérivent sans voiles. Pendaut qu'à la maison l'on fabrique des toiles

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La hache frappe dru. La ferme s'agrandit, Et le fléau pressé sur l'aire rebondit.

Si Jean Lozet dénoue une gerbe pesante, Il en bénit le ciel, il sourit, il plaisante. Comme sur un parquet ou déroule un tapis, Il déroule en deux rangs les frémissants épis, Puis, armé du fléau, jusques à la soirée, D'un bras infatigable il frappe sur l'airée.

Pour l'aider à sa tâche et pour calmer l'ennui, Le pilote et Léon, bien souvent, avec lui Se rendaient à la grange, au lever de l'aurore, Et s'armaient eux aussi de l'instrument sonore. Alors on entendait sur les épis serrés, Avec des mouvements rapides, mesurés, Les battes de bois dur retomber en cadence Comme les pieds légers d'une troupe qui danse.

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