LE RÉVEIL DE L'AMOUR
Quelques instants ont fui. Contre la table assise, Louise, lentement, d'une main indécise, Tourne, le front penché, son léger dévidoir. Près des blancs écheveaux l'écbeveau rouge ou noir Se tord comme un serpent sur la flexible roue ; Et, comme un arc-en-ciel, la laine qui se joue Sous les doigts de la vierge aux pensers sérieux, Décrit en frémissant un cercle radieux.
Le jeune naufragé vint s'asseoir auprès d'elle.
Elle savait déjà son amitié fidèle ;
Un songe séduisant captivait ses esprits ;
Par un charme inconnu son cœur se sentait pris.
52 TONKOtTROTT
Le jeune homme parlait un langage bien tendre Et la naïve enfant se plaisait à l'entendre ; Cela Péblouissait comme un ardent foyer Où l'étincelle d'or se prend à tournoyer.
Déjà le dévidoir tournait un peu moins vite ; La laine s'attachait aux doigts de la petite ; L'eau chantait sur le poêle, et, sur le bahut bleu On voyait trembloter un long ruban de feu, Comme un rayon de jour sur le frisson de l'onde.
Et Louise écoutait, dans sa candeur profonde, Les discours séduisants du jeune marinier. La mère Jean tenait son tricot routinier Tout en fredonnant l'air d'une vieille complainte. Le fuseau suspendit sa monotone plainte ; La laine au brin soyeux retomba mollement. Levant sou grand œil noir, Louise, par moment, Balbutiait un mot qui mourait sur sa lèvre. Elle sentait le feu d'une indicible fièvre. Elle n'essayait poiut d'échapper aux transports Qui ravissaient son être et l'enivraient. Alors Son cœur n'opposait plus de vaine résistance.
Ils parlèrent longtemps d'amour et de constance.