‹ Tonnerre pendant la Révolution, 1789-1799Chapitre 2 sur 128 · AVANT-PRO ROS · texte numérisé non relu

AVANT-PRO ROS

Les deux premiers chapitres de ce 'travail ont été publiés, dans le journal de Tonnerre, Le Bourguignon, ^en octobre 1882 ; il nous a paru à. propos de le teraniner.au moment joù (la France célébrait, par wne Exposition incomparable, le Centenaire de notre grande Révolution.

L'histoire de. cette époque n'est guère «connue que par les faits qui se sont accomplis à Baris et dans quelques grandes villes du; Royaume. N'est-il pas intéressant d'en connaître le contrecoup * dans une petite localité, où les. passions sont vives, où la vie politique tient, encore de nos jours, une large place, où les questions de clocher prennent souvent un 'caractère d'acuité très intense?

On se fait généralement une idée asaezJausse.de Ja .Révialution en province. 11 s'est formé, autour de Ton-

gine de nos libertés modernes, une sorte de légende, de tradition sinistre, qui n'est pas encore tout à fait détruite après un siècle écoulé. Qui de nous n'a entendu jaconter à sa grand'mère les horreurs commises pendant la Terreur, sous le règne de Robespierre ? Pour beaucoup de gens, l'histoire de la Révolution se résume dans les exécutions sanglantes, dans les massacres des prisons.

Une époque aussi troublée ne pouvait aller sans des secousses, sans quelques excès, surtout dans une ville étroite, où les rivalités d'intérêts et de familles ont une importance capitale. Mais un fait à remarquer, c'est l'action conciliatrice qu'ont eue, dans notre région, les représentants du peuple que la Convention envoyait en mission. M. Molard, dans son Rapport sur la Publication des Procès- Verbaux du Conseil Général, en fait la très juste observation. C'est particulièrement vrai pour Tonnerre. Ces terribles Conventionnels : Garnier (de l'Aube), Turreau, Maure, Mailhe, Guillemardet, ont plutôt cherché à calmer les esprits, qu'à les exciter. Maure lui-même, qui se félicitait de ce que Marat l'appelait son fils, a exercé à Tonnerre une mission bienfaisante, en s'efforçant de modérer les passions, en tempérant le zèle parfois intempestif du Comité révolutionnaire.

Ce iquidomine surtout, c'est l'enthousiasme de la population Tonnerroise pour les idées nouvelles, qu'elle embrasse sans réserve dès leur origine, c'est son ardent patriotisme qui lui. fait envoyer plus de deux

cents de ses enfants aux frontières et dans l'Ouest. L'élan fut admirable. Il n'y eut que très peu de réfractaires. Malgré la misère du moment, malgré une effroyable disette et la faim qui tordait les entrailles, le sentiment de la Patrie ne faiblit pas un seul instant. On célébra avec une joie enfantine les premières victoires de la jeune République, on fit l'impossible pour concourir à la défense du sol envahi. Ceux qui ne purent donner de l'argent, fournirent des vêtements et des chaussures; la Ville s'imposa de durs sacrifices, et presque tous les volontaires partirent de Tonnerre armés, équipés, instruits même et prêts à entrer en ligne. Cette généreuse jeunesse, d'ailleurs, fit vaillamment son devoir, sur le Rhin et en Vendée, et le 3™* bataillon de l'Yonne, qui devint plus tard la 107*% puis la 4Ô me demi-brigade, mérite que ses descendants se souviennent de sa valeur.

Nous avons écarté avec soin toutes les légendes, toutes les traditions qui dénaturent l'histoire. Nous ne nous sommes appuyé que sur des documents écrits et absolument authentiques. Ils sont de deux sortes :

i° A la Mairie de Tonnerre, les délibérations des Assemblées communales de l'époque, contenues dans une vingtaine de registres désignés par des lettres, depuis H jusqu'à Z, et formant une suite ininterrompue de procès- verbaux de 1789 à 1800;

2 Une série très complète de pièces imprimées ou manuscrites, toutes concernant la période révolutionnaire, que nous désignons sous le nom de pièces justi-

ficatives, et qui sont conservées à la Bibliothèque de Tonnerre, en quatre liasses reliées. Cette série comprend, outre de nombreux mémoires du temps, des minutes ou des ampliations d'arrêtés du Directoire du du District et du Département, des réquisitoires, des lettres, des interrogatoires, et une foule de procèsverbaux d'assemblées ou de police, qui composent un recueil très précieux pour l'intelligence des faits.

Signalons encore, à la Mairie, un registre fort curieux, contenant les procès-verbanx des assemblées de la Commune, depuis le 9 Juin 1793, jusqu'au 5 Floréal an 11. Ces procès-verbaux, rédigés, pour la plupart, séance tenante, donnent une physionomie très exacte et très pittoresque de ces assemblées intéressantes et mouvementées, où nos pères faisaient, d'une mahière un peu violente, l'apprentissage de la vie publique.

Il existe enfin, à la Bibliothèque, une narration manuscrite des mêmes événements, due à la plume de Jacquillat-Despréaux, ancien maire de Tonnerre. L'auteur, administrateur du District en 1792, a été mêlé à la lutte politique de cette époque, d'une façon, très active. Il appartenait au parti de la Bourgeoisie, et son ouvrage, très anti-révolutionnaire, se ressent des passions qui ont agité la Ville pendant près de dix ans. Nous l'avons néanmoins consulté avec fruit, et son récit nous a donné la clef de bien des faits obscurs pour nous.

Notre but, en écrivant ces pages, n'a pas été seulement de tracer le tableau d'un petit coin de la France

pendant cette grande époque, il a. été aussi de faire revivre les noms de tous ceux qui, à un titre quelconque, ont rempli une fonction pendant la période révolutionnaire. Nous avons pensé, par là, intéresser plus vivement nos lecteurs Tonnerrois. Nous avons fait notre possible pour traiter le sujet avec impartialité, nous espérons avoir réussi.

Nous ne terminerons pas sans remercier le Maire de Tonnerre, M. Gillot, de l'obligeance avec laquelle il a facilité notre travail, en mettant à notre disposition tous les documents conservés aux archives et dans la Bibliothèque de la Ville.

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