‹ Tonnerre pendant la Révolution, 1789-1799Chapitre 61 sur 128 · Reg. M. — Séance du 25 Mai · texte numérisé non relu

Reg. M. — Séance du 25 Mai

Jacquillat-Despréaux, qui était toujours à Auxerre, demanda un congé de quinze jours et se prépara à partir pour Paris où il espérait mieux réussir. Le Procureur-Syndic, prévenu de son départ, requit le District de dénoncer Jacquillat au Comité de Salut public, et de le faire arrêter. Le District ajourna sa décision et envoya secrètement le réquisitoire de Cherest à Jacquillat. 4 Celui-ci le remit au Conseil Général du Département et insista encore auprès de lui pour qu'il intervînt dans les affaires de Tonnerre et fit remettre les détenus en liberté.

Pendant ce temps-là, Tonnerre était agité. On signalait des ras semblements de suspects à Champboudon , on dénonçait à l'officier de police des « placards incendiaires et contre-révolutionnaires. » Des patrouilles étaient ordonnées et on doublait les postes de la maison d'arrêt. Un rapport de Brotot au Conseil Général du Département constatait que Tonnerre se trouvait dans un état d'insurrection ouverte.

Turreau et Garnier avaient quitté Auxerre. De nouveau l'esprit de modération dominait dans le Conseil départemental. Celui-ci, cédant aux sollicitations de Jacquillat-Despréaux renvoya une troisième fois à Tonnerre Decourt et Brotot, avec mission de faire la paix à tout prix. Ceux-ci, qui n'avaient osé blâmer le Comité, en présence des pouvoirs qu'il tenait du Comité de Salut public, se firent accompagner par des délégations de

1. Pièces justificatices. — Réquisitoire du Procureur-Syndic du 27 Mai (annoté de la main de 4acquillal-Des;>réau.\j,

la Commune et de la Société populaire d'Auxerre. Il étaient munis d'un arrêté du Département qui convoi * quait les habitants en Assemblée générale.

Cette assemblée se réunit le 2 Juin, dans l'Église d^^ e

l'Hôpital.

Les commissaires commencèrent par déclarer qu'il^s - 8 ne venaient que pour interposer leur médiation et rétablir la paix dans la Commune. Ils ajoutèrent que les suspicions prononcées précédemment ne devaient ètr considérées que comme des dénonciations; qu'il convenait qu'elles fussent examinées à nouveau par 1 Commune et que les suspects fussent appelés à présenter leur défense. Malgré l'opposition de Rousseau^ au nom du Comité de surveillance, les suspects 'furent mis en liberté, admis à la séance et appelés à voter — Les délégués Auxerrois intervinrent à leur tour e l'Assemblée, remuée par tant de paroles de concilia tion, releva, presque à l'unanimité, tous les citoyens de la suspicion prononcée contre eux dans la nuit du 5 au 6 Mai. Ce ne fut pas, toutefois, sans de vives protestations de la part des chefs du parti populaire.

La Bourgeoisie redressa aussitôt la tête et dans cette même séance, dirigea de très violentes attaques contre Cherest, Bailly et Rousseau. Ce dernier fut accusé de faux et de stellionat. Mais les commissaires qui craignaient de compromettre le résultat qu'ils venaient d'obtenir, refusèrent de laisser discuter ces accusations plus ou moins fondées, et firent passer à l'ordre du jour. La réunion s'ajourna au lendemain. .

Le 3 Juin, Decourt et Brotot firent remarquer qu'il y avait incompatibilité entre les fonctions de membre du Comité de surveillance et les autres fonctions publiques ; qu'en outre, les membres d'une même famille xi'en pouvaient également faire partie. En conséquence de cette observation, Rousseau, agent national, Chexest- Verne, juge de paix, Bocquet, huissier et Mariet, greffier, donnèrent leur démission; Lombard, parent de Cabasson, et un sixième donnèrent aussi la leur. Un assistant proposa, pour sceller la réconciliation, de prendre les six membres à renommer dans le parti modéré. La proposition fut adoptée, et le choix se porta sur les citoyens : J.-B. -Pascal Maison, homme de loi ; Baudot, orfèvre; Desnoyers- Beauchamp; Régnier- Ja- Tey, propriétaire ; Brice-Barry et Latour père, chapelier. On décida ensuite que les scellés apposés chez les suspects seraient levés, que leurs armes leur seraient rendues, à l'exception des ci-devant nobles, des prêtres non salariés par l'Etat et de ceux dont le Département ordonnerait le désarmement. A la fin de la séance, plusieurs assistants, parmi lesquels Regnard fils, s'enrôlèrent sous les drapeaux et tout se termina par une réunion civique autour de l'autel de la Patrie, où on chanta l'hymne des Marseillais. i

Voilà donc la réconciliation encore une fois opérée. Elle ne devait pas avoir plus de durée que celle tentée

1 . Pièces justificatives. — Procès-verbaux des Assemblées de la Commune des 2 et 3 Juin 1793. — Rapport de Brotot du 19 Germinal an III. [Annuaire de 4%6B).

par Balme et Delaporte. Dès le lendemain, la lutte : prit avec le même acharnement.

Le Comité de Salut public n'avait pas répondu à * a protestation des membres du Conseil suspendu. Cei^^ x "

ci renvoyèrent à la Convention un nouveau mémoii e *'

ce n'était qu'un long et violent réquisitoire contre O^^^' rest et Rousseau, qu'ils dénoncèrent pour la premiè^^ îre fois comme les auteurs de l'adresse au Roiàl'occasic::^^ 11

du 20 Juin. 4 De son côté, Cherest fit exécuter la par**~ " tie de l'arrêté de Turreau et Garnier qui interdisait to iu*^ Jte fonction populaire aux membres de l'ancien Conse. ^^ u ' et retira leur commandement à ceux qui étaient officier ^ rs dans la Garde Nationale. 2

Les habitants continuaient à se rassembler deu^ ux fois par semaine dans l'Église Notre-Dame en Asserr^"^" blée de la Commune et ces réunions ne devaient pr^ !S ' as tarder à devenir singulièrement orageuses.

Les séances des 9 et i3 Juin sont calmes : on s'o< cupe surtout des intérêts de la Ville. On créeunburea de secours pour les indigents ; on nomme un Comité d bienfaisance ; on demande à la Convention le dégrève ment des impositions, et des secours pour les proprié taires dont les vignes avaient été gelées le 3i Mai. 3

1. joia. — Mémoire cies umciers municipaux suspenuus, au^- ^ L . citoyens représentants du Peuple (remis au Comité du Salut pubii» ^

le 18 Juin). ,

2. lie g. N. — Séance du 2i Juin 1793. — Pièces justificatives ^^^' — Réquisition au commandant de la Garde Nationale. ^^

3. Mairie de Tonnerre. — Procès-verbaux des Assemblées dt^^^ la Commune de Tonnerre, registre de 80 feuillets cotés et parafé: par Cherest contenant les Assemblées de la Commune depuis le Juin 1793, jusqu'au 5 Floréal -an II. — Séances des 9 et 13 Juin.

Mais dans l'Assemblée du 16, Millot, président du Tribunal, fait la motion d'adhérer à l'adresse de Rennes et de demander le rappel des députés girondins arrêtés à la suite des journées du 3i Mai et du 2 Juin. Un assistant, au contraire, demande que la Commune de Tonnerre envoie à la Commune de Paris une adresse de félicitations pour la conduite qu'elle a tenue dans ces circonstances et réclame auprès de la Convention la mise en jugement des députés Girondins. Ces deux propositions soulèvent de part et d'autre de violentes protestations ; le bruit devient tel, qu'il est impossible de les mettre aux voix. Le Président se couvre et lève la séance.

Bailly, secrétaire de l'Assemblée et Procureur de la Commune, avait chaudement appuyé la proposition Millot; tous deux sont dénoncés par Rousseau à la Société populaire comme anti-révolutionnaires. 4 Bailly venait de s'installer à Tonnerre en qualité d'avoué ; pour se faire une clientèle, il s'était depuis peu séparé du parti de Cherest et rapproché de la Bourgeoisie. A la suite de la séance du 16, la guerre éclata entre ces deux personnages, d'autant plus vive que leur amitié avait été plus étroite.

Duns l'Assemblée du 20 Juin, la proposition Millot revint en discusssion et des disputes interminables s'engagèrent sur le procès-verbal de la dernière séance. Le Président et le Secrétaire en avaient fait chacun une rédaction différente qu'ils cherchèrent tous deux à faire

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