CHAPITRE XI
Procès des Dix- Sept
'Union des autorités constituées. — Motion Lombard. — Réquisitoire de Ckerest. — Les délégués du Conseil à la barre de la Convention. — Séance de la Convention du 20 Septembre. — Garnier à Tonnerre. — Enquête sur le i5 Septembre. — -4ssemblées de la Commune. — - La Terreur à Tonnerre. — Ordonnance de Fouquier-Tinville. — Dix-sept accusés. — Les pouvoirs de Cherest. — Arrêté de Maure et Ichon. — Perquisitions dans les prisons. — Arrestation de Rousseau. — Arrestation de Cherest. — La Commune du 24 Brumaire. — Audiences du tribunal révolutionnaire du 28 Brumaire au 4 Frimaire. — Résumé du Président Hermann. — Acquittement des dix-sept. — Les dix-sept aux Jacobins.
Septembre — Frimaire (Novembre) 1793.
Le coup avait-il été prémédité? Nous ne le pensons -s. On ne vit sur le lieu de l'action aucun des chefs l parti populaire. Cherest ne parut pas. On prétendit,
plus tard, qu'il était dans son jardin et que d'un pavillon qui avait vue sur le Pâtis, il encourageait du geste les volontaires. Ce ne fut pas prouvé.
Rien, du reste, dans cette tragique affaire ne put être éclairci. On ne sut ni qui avait commencé, ni qui avait frappé les coups les plus sanglants. On ne trouva sur le champ de bataille qu'un bâton en épine noire, dont il fut impossible de connaître le propriétaire.
Quoi qu'il en soit, l'événement du i5 Septembre servait les Jacobins Tonnerrois ; ils allaient s'en faire contre leurs adversaires une arme terrible.
Cherest, en qualité de Procureur-Syndic, convoqua le soir même à l'Hôtel-de- Ville les autorités constituées. Les membres du Conseil Général et du District, les juges du Tribunal, le Comité de surveillance, le chef de légion et le commandant de la Garde Nationale, celui de la Gendarmerie assistèrent à la séance. On fit arrêter immédiatement Grosfils, commis aux contributions ; Decourtive, ancien percepteur de 1791 et instructeur des volontaires; Daret, Henri Jacquillat et Laporte. Par mesure d'ordre, on invita les habitants à illuminer leurs maisons et à les laisser éclairées jusqu'au matin ; on défendit les rassemblements de plus de quatre personnes ; on doubla les postes, et des patrouilles circulèrent toute la nuit. Le Conseil resta en permanence. 1 De son côté, le Président du Tribunal rédigeait un procès-verbal de l'affaire. La nuit se passa sans bruit.
1 . Reg. N.— Séance des autorités constituées du 15 septembre 1793.
Le lendemain, les corps constitués se réunirent de nouveau. Des membres des Ursulines vinrent à la séance et furent admis à présenter une pétition. Lombard, neveu de Cherest et ancien membre du Comité de surveillance, porta la parole au nom de la Société populaire. Il accusa le doyen Horiot et Percheron « de s'être mis à la tête de la Société de ceux qui avaient assassiné les patriotes » ; faisant allusion à certains membres du District et du Tribunal qui étaient présents, il déclara « qu'il voyait avec peine siéger comme magistrats ceux qui avaient participé au délit », et demanda l'exclusion de l'Assemblée de tous ceux qui avaient pris part à la cérémonie de la veille. 1
L'affaire prit tout de suite un caractère aigu. Cherest lut son réquisitoire dans cette même séance : « les crimes, dit-il, commis le jour d'hier, sont la suite des menées des ennemis de la République, de la haine qu'ils ont jurée aux patriotes ; des motions incendiaires et de provocation au meurtre faites à la Société séante à l'Hôpital depuis son existence. La sûreté générale exige que les autorités constituées réunies prennent les mesures les plus promptes et les plus efficaces pour empêcher de plus grands malheurs et faire tomber le glaive de la loi sur les coupables... » Il requit les autorités constituées réunies de prier la Convention d'envoyer un de ses membres les plus patriotes, de le revêtir des plus grands pouvoirs et de lui faire remettre'
1. Pièces justificatives — Motion Lombard, deux pièces, Tune manuscrite de l'écriture de Cherest, l'autre imprimée.
les pièces et les instructions du décret delà Convention du 17 Août dernier, sur les suspects. *
Une députation, composée de Lombard, Cherest fils et trois volontaires, Boivin, de Ravières ; Hugot, de Quincerot et Dieudonné, de Noyers, fut aussitôt nommée et partit pour Paris le jour même.
En somme, l'affaire du i5 Septembre se réduisait à peu de chose. Les volontaires blessés avaient été conduits avec ostentation à l'Hôpital, mais quand le médecin fut appelé à faire la constatation des blessures, il ne trouva que des plaies insignifiantes et déjà cicatrisées. 2 Les délégués des autorités n'en firent pas moins devant les clubs et les Assemblées de la capitale un récit exagéré et hors de toute mesure. Ils parlèrent de deux volontaires patriotes massacrés ; de leurs cadavres mutilés traînés dans les rues : « des prêtres, ajoutèrentils, étaient à la tête de cette troupe de furieux et avaient provoqué ce massacre ».
A la Commune de Paris, les tribunes poussèrent un cri d'horreur. On répéta bientôt partout, qu'à ToO-* nerre des patriotes avaient été massacrés par d eS prêtres et des nobles en fureur. Tout Paris s'en o c " cupa et les comités révolutionnaires des sections r e " curent l'ordre d'exercer une surveillance exacte et d'arrêter tous les membres d'une société d'assassi* 13 qui tenteraient de se réfugiera Paris. 3 Gohier écrivit
1. Ibid. — Réquisitoire du Procureur-Syndic du 16 Septenib 1 * 0,