CHAPITRE XII
Maure à Tonnerre
lentrée des dix -sept à Tonnerre. — Assemblée de la Commune du 14 Frimaire. — Rapport des commissaires Jacobins. — Arrestation de Lombard. — Acquittement des Juges du Tribunal. — Assemblées de la Commune. — Cherest en prison. — Grosfils et Cherest. — Les subsistances. — Querelles entre le District et le Conseil. — Maure à Tonnerre. — Arrestation de la femme de Cherest. — Emprisonnement de Roze-Feuillebois. — Dissolution de la Commune. — Arrêté du 8 Floréal. — Travaux de Maure. — Comité de subsistances. — Le pain de
VEgalité. — La famine à Tonnerre. — Rapport alarmant du Procureur. — On manque de pain. — Les Finances de la Ville.
(Frimaire-Novembre 1793 — Messidor-Juin 179 1)
Les dix-sept rentrèrent à Tonnerre le 10 Frimaire 3o Novembre 1793). Ils étaient accompagnés des re-
présentants Maure 1 et Garnier et des deux commissaires Jacobins Bouin et Gonord.
Maure présida, le 14 Frimaire, une assemblée de la Commune. Il fît un discours dans lequel il recommanda de nouveau « la réunion entre les citoyens de cette Ville qui se trouvent divisés par une différence d'opinion sur la Révolution. » Un membre voulut faire observer que de vrais sans-culottes ne pouvaient s'allier à des ci-devant nobles et à des [prêtres. Maure, d'un caractère très autoritaire, lui coupa la parole, en déclarant que dans une assemblée tenue par des représentants du Peuple, personne autre qu'eux n'avait le droit de parler. Il continua son discours qui, dit le procès-verbal, plut aux uns, déplut aux autres. Les assistants murmurèrent et essayèrent de protester, le citoyen Gonord entonna la Marseillaise et l'assemblée entraînée cria : « Vive la République ! Vive la Convention ! > 2
Le Comité de surveillance n'en fit pas moins le lendemain arrêter et mettre entre en prison les dix-sept. C'était passer toutes les bornes. Leur acquittement les avait relevés de leur suspicion et Garnier lui-même les fit mettre en liberté le jour même. Néanmoins, le club
1. MAURE, l'alné, marchand épicier à Auxerre, membre de la Convention. Il vota la mort de Louis XVI, en regrettant, dit-il, que le tyran n'ait pas mille vies pour les lui ravir toutes à la fois. Ami de Danton, de Robespierre et de Marat. Après l'exécution des derniers Montagnards en Prairial, il se tua a Auxerre, d'un coup de pistolet (4 Juin 1795).
2. Registre des Assemblées de la Commune. — Assemblée du 14 Frimaire an II.
de l'Hôpital ne se rouvrit pas. On ferma l'Église et on abattit le drapeau que la Société avait fait planter sur son clocher.
Les représentants du Peuple et les commissaires Jacobins passèrent à Tonnerre une quinzaine de jours. Ce fut le dernier séjour qu'y fit Garnier, mais s'il n'y revint pas, il continua à s'intéresser aux afiaires' du parti Jacobin Tonnerrois et tenta de faire élargir Cherest et Rousseau.
Au contraire, Bouin et Gonord firent de leur mission un long rapport qui ne fut qu'un violent réquisitoire contre les détenus de la Force et de l'Abbaye. 1 Ils firent arrêter Lombard, un des affidés de Cherest qui faisait le plus de tapage.
Maure fit remplacer au Comité de surveillance les membres qui avaient été emprisonnés. La Commune nomma : Gormand, Debrienne père, J.-B. Saussey, Pierre James, tailleur et J. Champeil, poëlier (3o Frimaire — 20 Décembre.) 2 Le Tribunal et le District furent également reconstitués : M. Roze-Feuillebois fut au nombre des nouveaux administrateurs et remplaça Cherest en qualité d'agent national (Procureur-Syndic).
Avant de quitter Tonnerre, le représentant fit relaxer
1. Pif ces justificatives. —Rapport des citoyens Bouin et Gonord l'aîné, membres de la Société des Jacobins, sur l'esprit public qui règne à Tonnerre.
2. Registre des Assemblées de la Commune, — Assemblée du 30 Frimaire.
plusieurs détenus, parmi lesquels ceux de Noyers que Garnier avait fait emprisonner. On ne garda en réclusion que les prêtres et tous les chefs du parti de l'Hôpital.
Millot, Paintendre et Jacquillat, accusés d'avoir dressé un faux procès-verbal de l'affaire du i5 Septembre comparurent à Auxerre le 6 Nivôse (26 Décembre) et furent acquittés. 1 Le môme Tribunal acquitta peu de temps après, le 25 Pluviôse, deux officiers municipaux de Tonnerre, Hullin et Dragon, poursuivis sous l'inculpation de prévarication dans la vente et la distribution des grains. 2
Tous ces acquittements auraient pu amener à Tonnerre un apaisement, si les esprits n'avaient pas été aussi surexcités. Il n'en fut rien et les querelles ne tardèrent pas à se réveiller.
La Commune, depuis le départ de Maure, tenait toujours ses séances dans l'Eglise de Notre-Dame, tous les décadis. Les réunions étaient nombreuses et d'autant plus suivies que les absents étaient frappés de suspicion.
Collard ou Hector Macé les présidait. On s'y occupait des subsistances dont la pénurie augmentait chaque jour, et les motions les plus bizarres s'y produisaient. C'est ainsi qu'on proposa d'arracher toutes les vignes de la contrée et d'ensemencer leurs terres en grains.
1. Pièces justificatives. — Jugement du Tribunal criminel séact à Auxerre, du 6 Nivôse an II.