Ibid. — Séance du 22 Thermidor
tion de Cherest l'aîné. Malgré les menaces de Maure, les Jacobins tonnerrois recommencèrent à s'agiter.
Le Conseil Général, tel que Maure l'avait reconstitué en Floréal, appartenait en majorité à la fraction modérée du parti républicain. Il voulut en imposer par un coup d'audace et fit de nouveau arrêter Lombard, un des plus turbulents. i On le fit enfermer à la Conciergerie, où, d'ailleurs, il ne resta que très peu de temps. L'agitation redoubla.
Les certificats de civisme, sans lesquels personne ne pouvait exercer aucune fonction publique, telle que celle d'avoué ou de notaire (loi du 5 Août), en furent l'occasion et donnèrent lieu à des querelles sans fin, à de violentes récriminations.
Le Conseil refusa de donner des certificats à Cherest- Verne et à Fleury. Il en délivra au contraire à des prêtres et à d'autres détenus, dont il réclama avec instance la liberté. 2 Tout cela mit le comble à l'exaspération du parti avancé.
Le club des Religieuses prit fait et cause pour Cherest-Verne et Fleury, et attaqua vivement le Conseil Général, qu'il accusa d'incivisme. Le quatrième jour complémentaire (20 Septembre), la séance de la Société populaire fut très orageuse, et l'instituteur Thibaut y prononça, contre la Municipalité, un discours d'une violence inouïe.
1. Pièces justificatives. — Arrêté de la Municipalité du 27 Thermidor.
± Reg. N. — 2, 5, li. 10, 22 Fructidor.
Le Conseil écrivit à Villetard, qui avait remplacé à la Convention Lepelletierde Saint-Fargeau, en le priant de dénoncer la Société populaire de Tonnerre au Comité de sûreté générale et d'en demander l'épuration aux Jacobins. Villetard promit de s'en occuper et le Conseil fit imprimer et répandre sa réponse.
On n'avait pas osé s'adresser à Maure qui, depuis la chute de Robespierre, était lui-même en suspicion auprès de la majorité de l'Assemblée. Un article du Courrier Républicain, du 4 Vendémiaire, l'avait dénoncé comme ayant, avec l'appareil le plus rigoriste, peuplé les administrations de contre-révolutionnaires et de nobles. On citait précisément celles de Tonnerre. Le Conseil défendit Maure dans une adresse à la Convention et Maure remercia chaudement la Municipalité de son intervention. Le Conseil, fort de la réponse de Villetard, persista dans ses refus de certificats de civisme aux membres de la Société populaire. 4
Sur ces entrefaites, Cherest sortit de prison le 27 Vendémiaire an III (17 Octobre 1794). Il fut reçu au club des Religieuses avec de grandes démonstrations de joie, et les Jacobins tonnerrois, ayant retrouvé leur chef, reprirent leurs attaques avec plus de force. Les discussions devinrent très vives. On s'injuria de plus belle, dans des chansons et des placards incendiaires. On se traita réciproquement de gueux, de
1. Rcg. N. — Cinquième jour complémentaire et tt Ycadémiaire. — Rcg. S. — 15 et 2& Vtndémifth».
brigands, de scélérats, de vendéens, de contre-révolutionnaires. *
Les plus violents, d'un côté, étaient Regnard et Grosfils.
Ce dernier avait pris plus particulièrement à partie l'ancien Juge de Paix Cherest- Verne. Il rédigea contre lui un mémoire très acerbe, dans lequel il l'accusa d'avoir été le secrétaire d'un émigré et d'avoir parcouru, en 1792, en qualité d'agent vendéen, les départements de la Vendée et des Deux- Sèvres. Chères t- Verne protesta énergiquement et demanda à se défendre publiquement.
Le Conseil, après de nombreuses tergiversations et des remises, décida de les entendre tous deux contradictoirement en séance publique, et fixa le débat au 12 Brumaire (2 Novembre).
Cette séance avait attiré une foule énorme, et la discussion souleva un tumulte effroyable dans la salle. Peu s'en fallut que les partisans des deux contradicteurs n'échangeassent des coups dans les tribunes. Grosfils, qui avait apporté son mémoire, ne put en finir la lecture. Il fut impossible à Cherest- Vente de présenter sa défense et le Conseil passa à l'ordre du jour au milieu d'un tapage infernal. 3