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Topographie de Jérusalem au temps de JésusChrist. Thèse, etc. With a plan

Parmi les longues et minutieuses recherches , indispensables au théologien qui veut , en lisant la Bible , s'expliquer tous les détails , aucune n'est plus utile ni plus intéressante que l'étude des lieux. Les travaux topographiques, moins arides que ceux de la géographie proprement dite, sont quelquefois plus nécessaires encore ; bien des objections se lèvent, bien des difficultés s'aplanissent, dans l'Écriture, pour celui qui connait les lieux qu'elle a rendus célèbres.

Aucune ville du monde ne présente autant d'intérêt que Jérusalem; l'historien, même incrédule, ne peut se refuser à le reconnaître. Toutes les civilisations ont passé sur ce sol consacré , l'ont marqué de leur empreinte , et lui ont donné un nom. D'impures et opulentes peuplades Cananéennes avaient appelé la ville Jébus, et déjà elle contenait des aqueducs considérables. Elle devint ensuite la cité de David,

la capitale du vaste empire de Salomon ; et les livres saints nous décrivent avec toute l'emphase orientale son luxe et ses trésors. Dans des jours moins heureux , les rois d'Assyrie s'en emparent et lui imposent des princes de leur choix. Plus tard , esclave de Rome , elle n'est sous le nom d'^Elia Capitolina qu'une colonie romaine , et reçoit de la métropole , avec le vieil Olympe de Virgile , une foule d'empereurs à adorer. Mahométane ensuite, elle n'est devenue un instant le centre et la clef de voûte d'un royaume chevaleresque et chrétien que pour retomber sous la loi du croissant , et reprendre ce nom arabe qu'elle porte encore , El Kods , la Sainte. Quelle ville , quel empire a jamais vu une si imposante suite de grands noms briller dans ses annales , et rendre à ses malheurs et à sa gloire de si nobles hommages? Son berceau remonte à travers les nuages du passé jusqu'à l'autel où Abraham obéit à la plus terrible des lois; et ses rois, ses conquérants ou ses restaurateurs, se sont appelés David , Salomon , Cyrus , Alexandre , Antiochus, Pompée, Titus, Adrien, Omar, Godefroy de Bouillon , Saladin , Charlemagnè.

Jérusalem a d'autres titres à l'intérêt du croyant. Que sont toutes ces œuvres d'hommes , tous ces noms mortels , devant le grand sacrifice et le nom divin que rappelle le nom de Jérusalem , et qui le feront répéter avec étonnement et amour par les rachetés et par les anges , après que ce monde aura cessé d'être?

Aussi l'imagination des peuples s'est toujours abandonnée avec ardeur au prestige qui entoure la ville Sainte. Mais l'enthousiasme a dégénéré en superstition; le temps a effacé les souvenirs; et ce beau sujet d'étude qui réveille de si

nobles et de si vieilles sympathies a été défiguré par l'ignorance et l'erreur. Il en résulte que la tâche de l'archéologue présente d'immenses difficultés. Où trouver des descriptions et des plans exacts de ce qu'était autrefois Jérusalem ? Il est inutile de dire qu'il n'en existe nulle part de certaius et de complets. Les hommes ont souvent et savamment exploré ce sujet ; mais l'imagination , la crédulité , l'inadvertance, et quelquefois l'incrédulité systématique ont jeté dans ce dédale de ruines mille pierres d'achoppement , mille ronces et mille fleurs qui arrêtent la marche de la science , amusent ou désespèrent l'investigateur. Le nombre des volumes écrits est immense, et ce nombre même est un obstacle. Les exagérations et les citations fausses abondent ; elles se perpétuent , prenant avec le temps plus d'autorité , et enfin enveloppent et obscurcissent le sujet d'un réseau d'erreurs.

Les témoins qui s'offrent pour éclairer ce vaste champ sont de quatre sortes. La première des sources à consulter, la seule certaine , est malheureusement la plus pauvre. La Bible dit peu de chose des localités , jamais plus que l'intelligence des faits ne l'exige , et rarement assez pour tout* expliquer. La curiosité du voyageur et la superstition du pèlerin sont désappointées quand elles cherchent un appui dans l'Évangile. On a remarqué avec grande justesse que dans l'église apostolique le respect des localités était inconnu ; la vie des premiers Chrétiens était vouée à des devoirs plus sérieux ; l'apostolat suffisait ; on n'avait pas le temps de songer aux pélérinages. Quant à l' Ancien-Testament , il en est de même

en général ; si Ton y trouve quelques détails sur l'enceinte de la ville , à propos de la restauration que dirigea Néhémie , ils sont incomplets ; et l'on ne peut arriver à former un ensemble qu'en combinant les données du Vieux-Testament avec celles du Nouveau et d'autres sources. Mais cette nécessité même est une cause inévitable d'erreurs ou au moins d'incertitude ; nui ne sait , nul ne saura jamais ce qui restait de la ville de Néhémie au temps du Sauveur ; les lieux , les noms , les choses ont pu , ont dû changer. Confondre les époques , c'est donc se condamner d'avance à peu de précision. — Est-il possible d'arriver d'après l'Écriture seule à quelque chose de positif? Je ne le pense pas.

Après la Bible viennent les commentateurs; et d'abord les Rabbins. Je ne les ai étudiés que dans les œuvres de Lighlfoot; en laissant de côté le système étrange et suranné du naïf érudit, il est impossible de ne pas être frappé de l'immense perte de temps qu'ont faite à plaisir les doctes commentateurs juifs , laborieux rêveurs. Travaillant loin de Jérusalem , et plusieurs siècles après les usages et les événements dont ils parlent, ils s'étendent en longues dissertations sur les détails les plus insignifiants , et accumulent des contes absurdes. Il y a bien rarement d'utiles directions à trouver dans leurs écrits. — Les commentateurs plus modernes ne se donnent guère la peine d'étudier l'ensemble de la ville, et expliquent chaque passage sans le confronter avec les autres , d'après le simple bon sens , ou les idées reçues , et quelquefois par l'étymologie*

L'histoire est moins féconde , mais plus sûre que l'exégèse. Tacite , en son éloquent laconisme , a décrit Jérusalem par quelques mots admirables de concision et d'exactitude ; mais

Tacite n'aurait pu ni voulu descendre aux petites recherches de la topographie ; il est beaucoup trop bref pour être de grande ressource. Dion Cassius, et (pour citer à la fois toutes les sources antiques) Strabon et Aristéas , contiennent quelques détails utiles. Le seul auteur qui ait fait et voulu faire une description de Jérusalem , c'est Flavius Josèphe ; mais il écrivait loin de sa ville natale , qui n'existait plus ; nul ne pouvait le démentir ; il a affirmé ce qu'il ne savait qu'imparfaitement ; il a exagéré ce qu'il savait. Son autorité souvent contestée et souvent défendue est restée debout après le combat , mais grandement affaiblie. Je paraîtrai peut-être le ménager beaucoup , le croire trop souvent ; c'est parce que je préfère dans l'absence de documents, les douteux aux impossibles, et l'incertain à l'inconnu ; c'est surtout parce qu'on peut le concilier avec lui-même , si l'on ne cherche pas une précision grammaticale dans son style descriptif, si l'on part du principe qu'il ne donne que des à peu près.

La tradition est la dernière source à laquelle on puisse recourir. Longtemps elle a été la seule consultée ; longtemps la tradition a régné sans contrôle , respectée à l'égal de la Bible, et parfois la contredisant. Les voyageurs nous ont rapporté ses enseignements , se permettant souvent d'embellir et d'augmenter le fonds commun. Chaque époque, chaque pèlerin a brodé une fleur sur ce canevas immense dont tant d'ornements ont bientôt caché, et, (faut-il le dire?) brisé la faible trame. L'audace des assertions des moines et des rapports des voyageurs est inconcevable. Je n'en citerai ici qu'un exemple. J'ai sous les yeux l'ouvrage du pèlerin Régnant (au quinzième siècle) , qui rapporte avoir vu sur un arbre semblable à un térébinthe , le cep de vigne que planta Noé

après le déluge 1 (p. 138). Ailleurs il a vu le lieu où furent créés Adam et Eve. «Nous arriuez , dit-il (p. 135) , allâmes nvisiter la terre Damascene , qui est à présent reduicte en » vignes. L'Escripture tient qu'en ce lieu Adam et Eue furent »creez\ et formez de la dicte terre. Pour la reuerence duyyquel lieu, où y a sept ans , et sept quarentaines de pardon , y>et là ont de coustume tous pellerins dire ce qui s'ensuit.» Et il donne l'hymne latin que les moines y faisaient chanter au sujet de la Création ; le tout orné de vignettes représentant la création d'Adam , celle d'Eve , leur faute et leur châtiment. J'ai choisi cet exemple entre mille, dont plusieurs non moins frappants. J'aurai occasion d'en donner quelques autres dans le cours de ce travail.

Si l'on se rappelle que des légendes nombreuses ont surgi à l'époque où Constantin et sa mère ont certifié l'identité des saints lieux , où l'on voulait retrouver le théâtre de chaque acte, de chaque discours de Jésus-Christ; si l'on songe au nombre immense des pèlerins qui , même avant les Croisades, ont visité le Saint-Sépulcre, et ont fait métier d'en raconter des merveilles et de les colporter de châteaux en châteaux; si- l'on réfléchit que leurs récits faisaient partir en foule d'autres pèlerins , qui n'eussent pas consenti à voir une sainte relique de moins que leurs prédécesseurs ; que les moines de Jérusalem avaient le plus grand intérêt à ne désappointer personne ; que par conséquent les mensonges inventés par un voyageur et rapportés par mille en Terre-Sainte, y étaient presque nécessairement consacrés par des fraudes pieuses ; si Ton songe enfin que la Bible et l'histoire furent longtemps

1 Je ne sais si c'est par une étrange confusion de mots , ou par une faute d'impression qu'il l'appelle Noël.

très mal connues, et des voyageurs empressés d'admirer, et des moines empressés de montrer; on ne s'étonnera pas de voir s'élever l'édifice immense et varié de la tradition , de voir rattacher à un même lieu (tel que le Cénacle et l'église de la Résurrection) une foule de souvenirs, souvent incohérents, bizarres, amassés sur un si petit espace que l'énumération seule en est ridicule.

Il y a plus. Les moines et les Pères de l'Église, qui vécu*» rent à Jérusalem ou aux environs, étaient tous étrangers au pays, et y arrivaient sans en connaître la langue. Cependant ce fut toujours du clergé latin , de ce corps étranger et intéressé que tous les voyageurs reçurent les renseignements qu'ils publièrent ensuite. C'est dans le couvent latin qu'ils ont toujours logé, qu'ils logent encore aujourd'hui , protestants et catholiques ; ce sont les pères de ce couvent qui font métier de guider les étrangers et de leur montrer tous les lieux saints. Cela est si vrai que, pour quiconque a lu deux ou trois Voyages à Jérusalem, l'ordro des promenades du voyageur dans la ville est connu d'avance; et Ton peut souvent en profiter pour trouver dans un livre encore inconnu le passage utile. Il y a des ruines intéressantes dont aucun voyageur à peu près n'a parlé , parce que la tournée ordinaire du guide ne les y mène point; parce que la leçon qu'il sait par cœur, n'en dit rien. Il est curieux, mais il est vrai de le dire, la tradition si minutieuse, si surabondante quant aux faits, est cependant incomplète quant aux lieux.

La tradition, c'est-à-dire les récits des voyageurs, et par conséquent des moines , est sans autorité. Les premiers Pères de l'Église, qui ont vécu sur les lieux, ou les ont parcourus, Jérôme, Cyrille, Eusèbe, ne font pas autant qu'on

pourrait le croire, exception à cette règle; ce qu'ils nous donnent, c'est la tradition de leur temps, et son antiquité n'est pas une garantie suffisante. Il en est de même de Vlti* néraire de Bordeaux à Jérusalem, qui remonte jusqu'à l'an 333 , et qui sous plusieurs rapports présente de l'intérêt.

Il est des archéologues qui m'ont précédé dans le travail auquel je m'essaie , qui ont exploité ces quatre ordres de sources et ont essayé de rebâtir à leur aide l'ancienne Jérusalem. Leurs recherches seraient d'une grande utilité, s'ils ne se laissaient souvent entraîner à la passion de tout croire, ou à celle de tout réfuter, ou encore à l'esprit de système. \

Je cite, je tiens à le dire, des auteurs que je n'ai jamais vus, ce qui du reste est arrivé à tous ceux qui out avant moi traité ce sujet. Mais je crois devoir ici donner la liste des livres qui m'ont été réellement utiles, et rendre compte, en peu de mots, du degré de confiance que j'ai en eux 1 .

Pour ce qui est exégèse , archéologie , étymologie , j'ai consulté Leclerc , Calme r , Jahn a , Dathe , Winer et le dictionnaire de Gesenius ; pour les travaux des rabbins, Lightfoot : Chorographic Works (vol. X des œuvres publiés par Pitman) et Prospect of the Temple (vol. IX des œuvres). Son plan de Jérusalem est complètement faux; il l'a dressé d'après les rêveries des rabbins et les siennes; l'exégèse fautive d'un verset du psaume 48 lui a fait bouleverser la ville sainte. Mais cet

* Quand je cite les ouvrages énumérés dans cette introduction , je les désigne, pour abréger, par le nom seul de l'auteur.

* Arch. Bibl. in epitomen redacta.

auteur est précieux comme donnant dans un nombre considérable de citations l'opinion des interprètes juifs. — Les historiens que j'ai cités de visu sont Tacite et Joskphe. Pour ce dernier, je renvoie toujours à la belle édition de Hudson (Oxford 1720. 2 vol. fol.) dont Havercamp et Oberthùr ont adopté les divisons.

Voici quelques détails sur tous les voyageurs que j'ai étudiés et leur crédibilité ; lorsque j'en citerai d'autres , ce sera par emprunt.

Régnant, le plus ancien que j'aie lu, a fait un livre fort rare et très peu connu , sans, utilité scientifique , mais intéressant sous plusieurs rapports. Il est intitulé : Discours du voyage d'outremer au Sainct-Sépulcre de Jérusalem et autres lieux de la Terre-Sainte. Avec plusieurs traictez.* Par Anthoinb Régna ut, bourgeois de Paris. Imprimé à Lyon aux despens de l'Autheur. 1573. Il donne un très grand nombre d'hymnes latins qui se chantaient -aux saints lieux; sa naïveté de pensée et de style attache, et ce qui le rend véritablement remarquable, c'est la piété large et intime qu'il montre souvent, et qui contraste avec sa crédulité officielle. Ainsi il donne perpétuellement les Mahométans en exemple aux Chrétiens, et fait grande honte à ses coreligionnaires d'être moins pieux et moins scrupuleux que ces payens. A moins qu'il ne soit désigné par M. de Chateaubriand sous le nom de Regnault et la date de 1522, je ne l ai vu mentionné nulle part.

L'Itinéraire de Paris à Jérusalem par M. de Chateaubhiand, récit du voyage qu'il fit en Palestine en 1806 , est moins

1 Parmi ces traité» d'édification , d'histoire , etc. , plusieurs sont extrêmement curieux.

un ouvrage scientifique qu'un poétique pèlerinage; cependant l'illustre auteur des Martyrs y a déployé un grand luxe d'érudition; et au sujet de l'authenticité du Saint-Sépulcre il a montré un grand talent pour le plaidoyer historique , genre difficile dont les arguments sont des faits et des chiffres. Ce travail a rajeuni l'authenticité ébranlée du tombeau. (Je cite l'édition de Paris, 1838. 1 vol. 8°).

L'anglais George Robinson a vu Jérusalem en 1830. Je ne connais de son Voyage en Palestine que la traduction française (Paris 1838. 1 vol. 8°). Il donne un plan fort médiocre de la ville, un autre très complet de l'Église de la Résurrection , et d'assez jolies vues. Il m'a été peu utile.

Il en est de même des Souvenirs , impressions, pensées et paysages, de M. de Lamartine (1832-1833) ; ce sont des notes prises par un poète, qui ne contiennent rien d'utile à l'archéologue (Paris 1835).

Quoique le Voyage en Orient de Schubert (fait dans les années 1 836-1337) soit aussi un livre de poésie et de plus un livre d'édification , il y a dans ce bel ouvrage, non beaucoup de critique, mais plus de précision, plus de recherches que dans les précédents; il m'a été plus utile et j'ai été souvent entraîné par l'éclat du style et l'émotion douce et vraie de l'auteur.

Le voyage du docteur Scholz (Reise in die Gegend swischen Alexandrien und Parœtonium , etc., in den Jahren 1820 et 1821. Leipzig 1822) et son opuscule intitulé : Commentât™ de GoîgotfuB etsanctiss. D. N. J. C. sepulcri situ (Bonnae 1 825), sont les œuvres d'un théologien érudit, qui sait montrer, quoique catholique , une très-remarquable indépendance; trop courts tous les deux, ces ouvrages ont cependant rendu des services réels à la science.

Il est enfin un voyage dont j'ai tiré un grand parti. C'est celui qu'a publié à Londres en 1 841 le D r Édouard Robinson , professeur de théologie à New-York, sous ce titre : Biblical Researches in Palestine , Mount Sinai nnd Ârabia Petrœa, a journal of iravels in the year 1838 by E. Robinson and E. Smith, undertaken in référence to Biblical Geçgraphy. 3 vol. 8°. L'auteur a passé une année à Berlin , confrontant son journal et celui de son compagnon de route et d'étude, avec la plupart des écrits de ses prédécesseurs. 11 ne s'épargne aucun travail de compilation , et fait de longues digressions historiques et critiques. Le grand défaut de l'ouvrage est dans le plan ; c'est un récit de voyage entremêlé de fragments d'histoire , de dissertations de tout genre , et hérissé de notes souvent polémiques, où d'autres voyageurs sont jugés quelquefois trop sévèrement. Le même sujet est quelquefois traité en deux ou trois endroits, et il n'est pas toujours aisé de voir comment ils se concilient. L'auteur a été accusé de présomption et d'inexactitude (surtout quant à ses opérations trigonométriques). Ces reproches me paraissent exagérés; mais je me défie un peu de ses découvertes ; il trouve presque toujours des ruines qui confirment ses hypothèses. Quoiqu'il en soit, son ouvrage est d'une très-grande utilité, parce qu'il est le plus complet qui ait paru ; parce qu'il fait preuve d'une érudition très-étendue ; parce qu'il donne l'histoire et la filiation de chaque tradition, et l'état des questions. Il embrasse une foule de points souvent négligés, et fait surtout connaître ce que d'autres ont passé sous silence. Ses cartes , plus travaillées que toutes les autres , sont les seules où les mouvements du terrain soient représentés avec soin.

Voilà l'indication des travaux archéologiques que j'ai sur-

tout consultés. J'ai trouvé dans Reland (Palestina ex monumentis veteribus illustrala) quelques questions traitées avec beaucoup de science et de bon sens. Rosenmuller a les mêmes mérites; mais, quoique dans son Handbuck der bibîischen Àrchàologie il traite tout au long mon sujet, il est loin d'être complet.

Les œuvres de deux savants allemands m'ont été extrêmement utiles. Ce sont Charles de Racmer et F. G. Crome. La Palestine du premier est un ouvrage d'une concision remarquable , plein de science , de sagesse , d'un tact particulier qui guide l'auteur dans le dédale des faits et des hypothèses. Il a de la méthode et touche en peu de mots toutes les questions importantes.' (Je me suis servi de la seconde édition, Leipzig 1838).

Crome a inséré dans YAllgeineine Encyclopœdie der Wissenschaften und Kûnsten, d'Ersch et Gruber, un grand article (de près de 50 pages 4° , à deux colonnes) sur la ville de Jérusalem. C'est certainement le travail le plus complet qui ait été fait sur ce sujet ; il prouve beaucoup de science ; mais le plan en est assez compliqué et peu heureux. Peut-être y at-il chez l'auteur excès de réserve. Ses objections contre les authenticités, simples, souvent neuves, et frappantes, ont beaucoup de force.

Le célèbre Olshausen a publié à Kiel un opuscule qui a pour titre : Zur Topographie des alten Jérusalem, 1833. Ce petit ouvrage est plein d'originalité , d'érudition et souvent de sagacité; mais malheureusement l'auteur n'a pas profité des voyages récents qui ont jeté de la lumière sur tant d'obscures questions ; il a trop raisonné a priori ; et les premières

1 Quant au temple , il est plus bref que je ne le serai.

pages de son traité contiennent deux ou trois graves erreurs qui ont influé sur tout le reste.

Je dois nommer encore d'AimLLE , dont la Dissertation assez fautive, sur V étendue de l'ancienne Jérusalem, etc., a été réimprimée par M. de Chateaubriand , à la suite de l'Itinérant* ; et Braem, auteur dune Description de la Terre- Sainte , que je ne connais que par la traduction française (1 vol. 12°. Neuchâtel 1837), petit livre plein de faits, simple, clair, précis, et en général à la hauteur de la science.

Il me reste à dire quelques mots de mon travail. On sera peut-être étonné de me voir, sans adopter aucun point de vue général , sans partir d'aucune idée systématique , construire mon édiûce pierre à pierre, en empruntant mes matériaux tour à tour à l'histoire , à l'exégèse , à la tradition , au témoignage , à la Bible surtout , tant qu'elle pourra fournir quelques données. On trouvera peut-être que je semble accorder aux sources, à l'histoire de Josèphe en particulier, plus de confiance qu'elles n'en méritent.

Quelques mots sur mon but répondront , je l'espère , à ces objections. J'ai commencé mon travail sans avoir aucune idée du résultat auquel j'arriverais, aucune thèse à prouver, aucun parti pris. Quand j'ai vu la grande difficulté du sujet, j'ai senti l'impossibilité d'arriver à un ensemble de résultats certains. J'ai donc cherché partout le plus probable , et sauf quelques exceptions (parmi lesquelles je ne citerai que le chapitre du Saint-Sépulcre) , je n'ai d'autre prétention que celle de constater des probabilités ; et d'expliquer, de la ma-

nière à mes yeux la plug plausible (mais non la seule) les difficultés que soulève la topographie de Jérusalem. Je dois dire encore qu'à l'exception de ce qui concerne le temple, j'ai cherché à être complet.

Quoique ma tâche fût surtout d'examiner la ville telle qu'elle était au temps de Jésus-Christ, j'ai dû proûterde tout ce que la Bible nous dit des siècles antérieurs au Messie , et de ce que raconte Josèphe des derniers travaux exécutés par les Hérodes. Quant à l'inconvénient qui résulte de cette confusion de diverses époques dans un même travail , je dois faire remarquer que mon plan l'atténue en grande partie. Le plus souvent chaque sujet traité dans un chapitre appartient en entier à une même époque. Ainsi mon chapitre second se rattache tout entier à une époque bien différente de celle que concerne le chapitre troisième. Dans d'autres cas , comme au chapitre quatrième , il s'agit de faits isolés et qu'il n'est pas possible de confondre. Enfin les époques auxquelles appartiennent quelques monuments sont impossibles à connaître. Je n'ai pas suivi comme Crome l'ordre des temps, ni comme Olshausen celui des sources ; j'ai préféré rapprocher les matières analogues, ce qui m'a semblé plus logique et plus simple.

Je n'ai pas besoin de prouver longuement l'utilité de ce travail. Résumer l'état des questions sur un sujet quelconque , c'est toujours rendre un service à la science. Le moment me paraît surtout opportun. Aujourd'hui qu'un prélat protestant siège à Jérusalem , il est naturel d'espérer que les débris de la ville ancienne seront plus étudiés , et le seront mieux.

Sous le patronage d'un évéque éclairé , la connaissance des faits peut devenir rapidement plus profonde et plus complète ; et les savants ne manqueront pas de s emparer de ces indications nouvelles ; le moment où s'ouvre une carrière nouvelle est donc opportun pour fixer le point de départ.

Un autre motif encore m'a encouragé à poursuivre ces pénibles recherches. Ce qui est connu est précisément ce qui mérite le moins de l'être. Il existe de précieux vestiges de la civilisation antique , que l'ignorant pèlerin méprise et que les archéologues ont à peine découverts. Il y a des mines, riches encore , à exploiter dans ce champ tant exploré. Les souterrains du temple et de Sion , les grandes piscines et l'aqueduc de Bethléhem à Jérusalem , les tombeaux dits des Rois , méritent d'être étudiés. 11 est impossible de prévoir les résultats qu'auront des recherches bien dirigées dans ces divers lieux. J'ai cherché à faire connaître, autant que me le permettaient les bornes de ce travail , ces points intéressants et dédaignés ; et j'ose croire qu'après avoir lu les récits d'une foule de pélérinages , on trouverait dans les pages qui vont suivre , sinon autant de merveilles , du moins des choses encore neuves et plus dignes de foi.

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