‹ Topographie de Jérusalem au temps de JésusChrist. Thèse, etc. With a planChapitre 2 sur 29 · PREMIÈRE SECTION. — DESCRIPTION GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE SECTION. — DESCRIPTION GÉNÉRALE

Ce qui caractérise surtout le sol montueux de la Palestine, c'est un grand nombre de vallées ou plutôt de ravins (D^TU) , souvent très profonds et presque toujours fort étroits qui le sillonnent. Ces ravins qui servent de lits pendant la saison des pluies à d'impétueux torrents , sont à sec presque toute Tannée. Plusieurs même des plus profonds n'ont jamais d'eau , sauf dans les saisons exceptionnelles où la masse des pluies dépasse de beaucoup la quantité ordinaire. Creusés presque tous par un cours d'eau considérable , rapide et subit , ils sont très irréguliers dans leur profondeur et sinueux dans leur parcours , et se croisent ou se divisent sans cesse , coupant le terrain en une foule de collines inégales.

Parmi ces élévations on distingue cependant une sorte de chaîne courant du Nord au Sud , et qui s'étend de la grande plaine de Jizréhel ou d'Esdraélon jusqu'à l'extrémité méri-

dionale de la Terre-Sainte . C'est à cette chaîne qu'appartient le groupe de collines calcaires % sur lequel Jérusalem est bâtie et qui est situé sous 31° 46' 43" lat. Nord, et 35° 13' long. Est de Greenwich\ à douze lieues environ de la Méditerranée, à huit du Jourdain (Raumer, p. 282).

Deux torrents séparent ce groupe des hauteurs voisines et le bornent au Levant, au Sud et au Couchant. Le plus considérable, appelé de nos jours vallée de Josaphat , et dans la Bible, torrent du Cédron, naît au Nord-Ouest de la ville, et court vers le Sud-Est jusqu'au moment où il touche l'angle Nord-Est de la ville. Dès-lors, plus étroit et plus profond, il la longe en ligne presque droite , en la séparant du Mont des Oliviers ; il fléchit ensuite vers l'Occident , s'unit après avoir traversé une petite plaine couverte de poiriers et de figuiers , au second torrent qui nous reste à décrire, et s'écarte bientôt vers l'Orient pour se diviser et se perdre. Excepté pendant les hivers excessivement pluvieux , il n'y a jamais de cours d'eau dans ce lit resserré ; et rien ne prouve que dans les siècles bibliques il en ait été autrement.

La seconde vallée, désignée dans l'Ecriture sous le nom de vallée de Hinnom (ou du fils, des fils de Hinnom. Jér. VII, 32; 2 Rois XXIII, 10; Jos. XV, 8), naît à la pointe occidentale de la ville; elle se dirige successivement du Nord- Ouest au Sud-Est, du Nord au Sud, et, en tournant presque à angle droit, de l'Ouest à l'Est; elle borne ainsi le coteau méridional à l'Ouest et au Sud , jusqu'au moment où elle se jette dans la vallée de Josaphat.

1 E. Robimon , 1. 1 , p 381 . Ces chiffres représentent la moyenne des quatre observations qui paraissent les plus dignes de foi , relie de Xiebuhr, de Seelzen, âe Cxmy et de Moort et Beke.

Les collines qui sont entourées par ces ravins sont difficiles à distinguer les unes des autres , et cela pour plusieurs raisons; les petites vallées qui les séparaient ont été comblées en grande partie par le temps , par des amas de débris .malogues au Monte Testacio de Borne, et par des ruines beaucoup plus considérables. De plus, les limites de la ville ont changé , et Jérusalem antique était beaucoup plus étendue que la ville actuelle. Enfin l'élévation de ces coteaux a été mal mesurée , et leur base n'est autre que le lit inégal des torrents.

Du premier coup-d'œil on voit que Jérusalem est bâtie sur deux rangées de petites collines. Ces deux lignes qui vont du Nord-Nord-Ouest au Sud-Sud-Est sont à peu près parallèles. Quoique leur longueur diffère peu, leurs extrémités ne coïncident pas; la ligne orientale commence plus au Nord que l'autre, dont l'extrémité inférieure s'étend plus au Midi. Le point extrême de cette rangée occidentale est donc le plus méridional de la ville ; c'est la colline de Sion. Immédiatement au Nord de celle-ci , il en existe une autre moins élevée, que j'appellerai avec Josèphe Akra. Ces deux éminenCes forment la ligne occidentale; un vallon assez large et peu profond les sépare de l'autre ligne. On distingue dans cette dernière trois parties très-différentes. Les deux principales sont à peu près de même hauteur. La première au Nord et la plus vaste, le coteau désigné par Josèphe sous le nom de Bezetha, forme l'extrémité septentrionale de la ville. La seconde est un terre-plein formé en partie par le roc aplani, et en partie par des terres amoncelées; c'est Morija, l'emplacement du temple. Plus au Sud , le terrain s'abaisse par degrés vers la plaine où les deux torrents s'unissent. Cette pente

escarpée a la forme d'un triangle dont la base fort courte est le côté méridional de la plate-forme , et dont les deux autres côtés s'allongent resserrés entre le Cédron et l'un des ravins intérieurs de la ville. Nous nommons ce quartier d'après la Bible et Josèphe : Hophel ou Ophla.

Quelques mots sur les petits vallons qui divisent ces collines compléteront ce plan général. Le principal est celui qui (selon Josèphe) , portait le nom de Tyropœon, vallée tyropéenne , ou des faiseurs de fromages. Elle court d'abord de l'Ouest à l'Est , en séparant Sion d'Akra , puis forme un angle presque droit, et se dirige du Nord au Sud entre Sion et Hophel. C'est entre cette vallée tyropéenne et celle du Cédron qu'est resserré Hophel. On ne peut guère donner de nos jours le nom de vallon à l'espace large , mais peu déprimé qui sépare Akra de Bezetha. Quant à la vallée qui a dû exister entre Bezetha et Morija , elle est depuis longtemps comblée , et il n'en reste d'autre trace que la grande cavité qu'on appelle, très-probablement à tort, piscine de Béthesda.

Jetons maintenant un coup-d'œil sur les alentours de la ville. Ce que nous avons appelé du nom assez impropre de colline d'Akra , est la dernière et la plus basse croupe d'une petite chaîne qui s'étend vers le Nord-Ouest, et s'élève en s'élargissant à mesure qu'elle s'éloigne de la ville. Les modernes ont appelé , sans preuve ni motif, cette chaîne le mont de Gihon. — La hauteur nommée Bezetha se perd par une pente large et douce dans une plaine assez vaste que bornent à l'Ouest cette continuation d'Akra , au Nord et à l'Orient la vallée de Josaphat.

• A l'Est de cette vallée et de la ville est le Mont des Oliviers qui domine toute cette contrée inégale. Il a trois som-

mets principaux. Au sud de la ville et de la vallée de H in nom , est une éminence dite Mont du Mauvais-Conseil; c'est là, dit-on , dans une maison dont on montre encore les ruines , que les principaux des Juifs décidèrent la mort du Sauveur. — Entre le Mont des Oliviers et celui du Mauvais-Conseil s'élève le Mont de l'Offense ou des Offenses, ou Mont du Scandale. Ce n'est qu'un sommet méridional du Mont des Oliviers ; on lui a imposé ce nom en mémoire de l'idolâtrie de Salomon. Il est dit (1 Rois XI , 7) : que ce roi établit le culte de Remos , idole des Moabites , sur la montagne qui est vis-àvis de Jérusalem. Il est probable en effet qu'il s'agit dans ce passage d'un des sommets du Mont des Oliviers , mais rien ne prouve que ce soit celui-là.

Une question sur laquelle le doute paraît impossible et qui cependant est presque insoluble, a beaucoup occupé les rabbins et les docteurs chrétiens. A quelle tribu appartenait Jérusalem? Est-ce à Benjamin ou à Juda? Est-ce en partie à toutes deux? Les Talmudistes sont pour ce dernier avis, et font passer la limite à travers l'enceinte du temple. Un verset de Josué ( XVIII , 28 ; voy. aussi XV , 8 ) nous apprend que la ville était dans la tribu de Benjamin: et d'autres passages nous la montrent habitée en effet par des Benjamites (Jug. I, 21 , Jer. VI, 1). D'un autre côté le Ps. LXXVIII, 68, place Sion en Juda; nous savons que ce sont les guerriers de Juda (Jug. 1,8) qui prirent Jérusalem; leurs descendants, d'après Josué lui-même, (XV, 63) y demeuraient mêlés aux Jébusiens; et cette dernière mention de la ville Sainte se trouve à la fin de la liste des villes de Juda. Enfin Jérémie (XXXVII, 12) sort de Jérusalem pour aller au pays de Benjamin. Ce qui ajoute à la difficulté c'est que l'on a des

exemples de villes conquises par une tribu pour une autre , et de villes enclavées dans une tribu voisine (Voy. Reland, t. II, p. 841, sq.). Malgré toute cette incertitude, je crois avec Winer qu'il faut placer Jérusalem sur le territoire de Benjamin ; mais il est impossible de savoir exactement quelle part y avaient les fils de Juda. On comprend du reste fort bien que, placée sur la frontière , elle fut habitée par les deux tribus limitrophes; il est peu étonnant que la capitale fût censée appartenir à la confédération f non à une tribu en particulier, et que la ville sainte appartînt à Jéhovah, et non à Juda ou à Benjamin. On sait d'ailleurs que le nom de Juda désigne souvent les deux tribus réunies.

Je crois devoir donner ici quelques détails sur les noms antiques des diverses parties de la ville. J*Ptf Sion, désigne un lieu sec et haut ou exposé au soleil; le nom de ville de David est donné à tout le quartier situé sur cette colline; par extension , ce nom et celui de Sion sont souvent employés pour Jérusalem. — Le nom d'Akra est étrange , appliqué à la ville basse. Mais il n'est pas toujours synonyme d'Acropolis et signifie simplement un lieu fortifié ; on sait d'ailleurs que le sommet de la colline avait été rasé par les Asmonéens ; cette partie de la ville n'avait donc pas toujours été aussi basse qu'elle l'est. Ce nom provient de la forteresse bâtie par Antiochus Epiphane dans ce lieu même, (Jos. Arch. XII , 5, 4) et qui fut détruite par les Asmonéens. * — Il ne faut pas confondre le coteau d'Akra et sa citadelle avec la forteresse de Sion, à laquelle le paraphraste chaldéen

1 Voyez une histoire spéciale et complète do cette citadelle, dans l'Appendice do la Palestine de Raumer.

(2 Sam. 11,7, 9) Josèphe (Arch . VII, 3, 1 etfc) et les Maccabées (1 Macc. I, 35, XIII, 53) donnent quelquefois le môme nom. nnû, (2 Chron. III, i; Gen. XXII, 2) peut se traduire ainsi : choisi par l'Eternel; il esta peu près synonyme du mot d'Abraham : l'Etemel y pourvoira; il en dérive. L'Ecriture même atteste cette étymologie (Gen. XXII , 8 , 14), quand elle rapporte le proverbe juif : en la montagne de l'Eternel il y sera pourvu. — Rosenmùller cependant dérive Morija de mû se révolter, et traduit : d'accès difficile. Winer observe que le nom de Morija était assez peu usité. On ne le trouve ni dans Josèphe, ni dans le récit de la construction du temple (1 Rois V, 6, etc.). On appelait d'ordinaire ce côteau la montagne du temple ou de l'Eternel. Bezetha , dit Josèphe , signifie ville neuve NTHri n*Q. Cependant (B. J., Il, 19, 4) il semble distinguer la K«^**mç et Bezetha. Villalpand croit que ce qui est nommé xarwr^w xanùrox» (B. J., V, 12) est distinct de Bezetha, et que ce nom ne désigne que la partie supérieure de la ville neuve. Retond lève la difficulté d'une manière plus simple en transportant un article dans le texte de Josèphe. Olshausen se donne beaucoup de peine pour fixer l'emplacement qui portait le nom de Ville-Neuve; et il distingue • deux Cœnopolis , non sans quelque fondement ; mais n'estil pas possible de comprendre que , dans une ville qui s'est lentement et considérablement étendue, ce nom de Quartier-Neuf ait été donné successivement à toute la partie nouvelle, et ait gardé, à cause de ces variations, quelque chose de vague dans son acception? Le nom de Vieille-Ville auquel Olshausen fait jouer un grand rôle, est de son invention.

VûJN Hophel, signifie une hauteur. Les raisonnements

de Hosenmùller, pour en faire une place située sur Akra , me semblent très faibles. Le nom du torrent de Cédron pTp signifie selon quelques-uns ténébreux, ou plutôt, d'après Gesenius, trouble, impur, agité. Le nom moderne, vallée de Josaphat, vient d'une tradition absurde et célèbre, accréditée chez les Juifs , les Musulmans et les Chrétiens , et d'après laquelle le jugement dernier aura Heu dans cette vallée. On a cru aussi, mais sans preuves, que ce nom provient de l'événement rapporté dans le second livre des Chroniques (XX, 26). — On ne sait d'où dérivent les noms de la vallée de Hinnom. Une partie de ce vallon a été nommée Tophet (horreur) à cause du culte abominable de Moloch (2 Rois XXIII, 10, etc.). — Le nom du Mont des Oliviers est encore justifié par les arbres, dont quelques-uns très antiques, épars sur ses flancs.

Quant au nom de Gihon pTTJ (jaillissant) , il se trouve plusieurs fois dans la Bible , sans qu'on sache bien à quoi l'appliquer. Les modernes l'ont donné à une montagne ; rien, dans les Livres Saints, ne justifie cette opinion. Il convient mieux à la partie septentrionale de la vallée de Hinnom. • Nous verrons plus loin que cette hypothèse, assez généra-

lement adoptée , s'accorde bien avec ce que nous savons du bassin supérieur de Gihon (2 Chr. XXXII, 30). Ce nom se retrouve dans le premier livre des Rois (I, 33, 38, et 45) , à propos du sacre de Salomon. Un passage semble contredire notre supposition ; (2 Chr. XXXIII, 14), Manassé bâtit (ou répare) la muraille extérieure de la cité de David, à l'Occident de Gihon ffrVjb PDrijflD » dans la vallée. Si Ton prend ces mots à la lettre, Gihon ne peut être la vallée; car il faudrait placer le mur en dehors de la ville et assez loin

pour qu'il fût à l'Occident de la vallée eu des eaux de Gihon ; ce mur d'ailleurs n'était pas dans la vallée, mais au-dessus, au bord, et c'est ainsi qu'il faut traduire bîllù ; le seul moyen de rendre ce verset intelligible, c'est, si je ne me trompe, de traduire : à l'Occident, vers Gihon. Il s'agit simplement du mur occidental de la ville de David. Les difficultés seraient bien plus grandes , s'il fallait entendre par Gihon la montagne qu'on a ainsi nommée.

Jusqu'ici , je n'ai emprunté à Josèphe que des noms sans lesquels je n'aurais pu rendre intelligible la disposition des lieux. Étudions maintenant la description qu'il en donne.

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