QUATRIÈME SECTION. — TOMBEAUX
Les rochers des environs de Jérusalem sont criblés d'exca^ vations , de grandeurs et de profondeurs très diverses' . Dans les flancs des collines qui forment les étroites vallées de Cédron et de Hinnom , sont taillées une foule de grottes sépulcrales. Dans la vallée de Hinnom » la pente opposée à Sion
1 Voy. Schob. Reise, pp. 177—183.
en contient un grand nombre, sur lesquelles on a retrouvé des débris assez nombreux d'inscriptions grecques , hébraïques et peut-être phéniciennes. Il en est une , plusieurs fois répétée et ainsi conçue :
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qui a fait croire à E. Clarke que ce mont , celui du Mauvais-Conseil , est la véritable montagne de Sion.
C'est surtout dans la vallée de Josaphat, et du côté de l'Orient que les sépulcres sont nombreux ; les Juifs s'y font ensevelir en grand nombre même de nos jours, et cet empressement à y être inhumé date d'une très haute antiquité. J'ai parlé de la superstition à laquelle se rattache cette habitude. On sait qu'elle est née d'un oracle de Joël (III, 2, 12 et 14) mal interprêté. Un targum (sur Cant. VIII, 1) annonce que le Mont des Oliviers sera déchiré en deux , et que tous les morts d'Israël en sortiront ; les justes morts dans la captivité rouleront sous terre et apparaîtront en cet endroit.
Les tombes sont en général des grottes dont l'ouverture est tantôt souterraine , tantôt au niveau du sol , et quelquefois aussi située assez haut dans la colline ; on y trouve une ou plusieurs salles et des niches basses et étroites dont chacune est destinée à un cadavre. Parfois tout le tombeau ne consiste qu'en une seule salle, ou même en une de ces niches. L'entrée est quelquefois décorée , mais le plus souvent toute simple. Quelques tombes sont fermées avec une ou plusieurs pierres ; beaucoup n'ont conservé aucune trace de ce qui les fermait. On trouve dans ces grottes sépulcrales des débris de sarcophages , et plus souvent de simples lits ou couches de pierre ou encore des cercueils ouverts , dans lesquels on déposait les
corps. On voit au Nord de la ville plusieurs de ces soûler* rains qui , sous plus d'un rapport, sont intéressants à étudier.
Les Juifs n'ensevelissent qu'en dehors des villes ; leurs lois sur la pureté légale expliquent cet usage. Il n'y eut d'exceptions à cette règle que dans deux capitales , Samarie (2 Rois X , 35) et Jérusalem.
Article 1 er . — Tombes royales dans la ville.
A Jérusalem il n'y avait dans la ville que les tombeaux des rois en la cité de David (Néh. III, 16 etc.J, celui de la prophétesse Hulda et peut-être ceux de quelques prophètes.
Dans les tombes royales on ensevelit successivement auprès de leur aïeul David les rois dont voici les noms : Salomon (t Rois XI, 43), Roboam(XIV, 31), Abija(XV,8), Asa' (XV, 24), Josaphat (XXII, 51), Joram (2 Rois VIII, 24), Achazia (IX, 28), Amasias (XIV, 20), Jotham (XV, 38), Ezécbias (2 Chron. XXXII, 33), Josias (XXXV, 24), et peut-être Jéhojakim I er (2 Rois XXIV, 6). Il paraît que ces sépulcres étaient placés les uns à côté des autres et creusés d'une manière uniforme. Outre cette série, il y avait en Sion des tombes de rois distinctes et moins honorables, celles de Joas (2 Chron. XXIV, 25), d'Achaz (2 Chron. XXVIII, 27), et probablement celle d'Hozias, le roi lépreux (2 Chron. XXVI, 23). Le grand prêtre Joad (Jéhojadah) mérita l'insigne honneur d'un tombeau parmi ceux des rois. — Deux autres monarques , Manassé et Amon, furent ensevelis dans le jardin d'Huza, qui dépen-
1 On pourrait conclure du passage parallèle des Chroniques , que le tombeau de ce prince était isolé (2 Chron. XVI, 14). Mais je ne crois pas que ce soit l'idée du texte.
dait de leur palais (2 Rois XXI , 18 et 26 ; 2 Chron. XXXIII , 20). Il ne paraît pas que ces sépulcres fussent dans la ville; il est certain qu'ils n'étaient point en Sion.
On montre à Sion en dehors de l'enceinte actuelle de la ville , un édifice qu'on appelle le cénacle et le tombeau de David. Il est vénéré des Chrétiens sous ces deux titres , et des Mahométans sous le second. On en fait encore la maison de la vierge Marie, le lieu où s'assemblaient les apôtres , et où ils reçurent le Saint-Esprit, la salle du concile de Jérusalem, et la première Église ; on y a montré longtemps la colonne à laquelle le Sauveur fut lié pendant la flagellation (Schubert, Chateaubriand, G. Robinson). Que la sainte Cène ait été instituée au tombeau de David, que la mère de Jésus ait habité ce même lieu , que la primitive église s'y soit réunie, ce sont autant de traditions impossibles à admettre , et qui n'ont aucune apparence de fondement. Ce qu'il y a d'à-peu-près certain , c'est qu'il y eût en cet endroit, ou fort près, d'assez bonne heure, une église chrétienne. Cyrille, au quatrième siècle, en parle, et prétend qu'elle était contemporaine des apôtres. Ce fait explique assez l'accumulation des traditions sur ce point.
Les sépulcres des rois, (ils de David, étaient-ils là? on n'en sait rien. Ces tombeaux ne furent point détruits lors du sac de Jérusalem, par Nébucadnétzar. Ils existaient encore au siècle apostolique; Saint-Pierre l'affirme (Act. II, 29). Ils étaient probablement dans les grands souterrains de Sion ; et il n'est pas impossible qu'on en reconnaisse un jour l'emplacement avec quelque certitude.
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Article î. — Tombes royales hors it la fille.
«A environ cinq cents pas de la ville,» dit M. de Lamartine, «nous nous trouvâmes aux bords d'une profonde car-; »rière; nous y descendîmes. A gauche, un bloc de roche, «richement sculpté, s'étendait dans toute la largeur de la «carrière, et laissait voir au-dessous une étroite ouverture, »à demi fermée par la terre et les pierres éboulées.... c'étaient »les sépulcres des rois.» (Souvenirs, etc., t. II , p. 55. Voyez dans le voyage de George Robinson. une vue de cette entrée).
Cette sorte de carrière n'a plus que 18 pieds environ de profondeur; elle en a eu beaucoup plus. Scholz pense qu'il y avait un escalier. Aujourd'hui l'on descend par un chemin large et commode; on se trouve alors dans une cour ou salle découverte, taillée dans le roc. (Voy. Schubert, Chateaubriand, E. Robinson). L'ouverture des caveaux, murée en partie par des débris, est un portique orné de sculptures très-remarquables, d'ordre dorique, et surtout de frises qui portent des guirlandes de fleurs et de fruits d'une grande beauté. Par un passage presque complètement obstrué et où l'on ne peut avancer qu'en rampant, on arrive à plusieurs salles carrées , de grandeurs diverses. Elles communiquent irrégulièrement entre elles par des corridors étroits ou par quelques marches ; toutes ne sont pas de plain-pied. Plusieurs ont dans leurs murs des niches basses et allongées, évidemment destinées à contenir des cadavres. Dans plusieurs de ces niches se trouve une ouverture qui mène à une seconde niche moins grande que la première. Cathenoooden indique vingt, réparties dans trois grandes salles.
Les auteurs varient sur le nombre de ces salles ; E. Robinson en cite quatre principales , G. Robinson cinq ou six , Châteaubriand huit* Le premier nous donne un plan de ces souterrains, dessiné par Catherwood , mais qu'il ne trouve pas lout-àfoit exact, non plus que ceux publiés par Niebuhr et Pococke. Il y a, dans plusieurs des salles, des débris de sarcophages en pierre ou en marbre blanc , couverts de riches sculptures. Schubert rapporte qu'on peut juger d'après quelques-uns de ces fragments, que les sarcophages, trop grands pour passer dans les corridors, ont été taillés sur place. Tous les voyageurs qui sont descendus dans ces tombeaux ont admiré des portes faites de la même pierre que le reste, et autrefois suspendues à des gonds en pierre, qui sont taillés dans le mur. 11 paraît qu'il existe de ces portes dans plusieurs des salles , quoique E. Robinson ne dise les avoir vues qu'au sortir du grand vestibule. La grande cour, les salles, les niches sépulcrales, les corridors, les sculptures des frises, les sarcophages, les portes, et jusqu'aux gonds, tout est taillé dans le roc.
Comme toutes les chambres sont d'un seul côté du grand portique (au Sud), on a pensé que quelque porte inconnue doit se trouver au Nord; peut-être découvrira-t-on quelque jour d'autres salles de ce côté. Plusieurs voyageurs, Irby et Mangles, E. Robinson et d'autres, ont luit des fouilles et des recherches dans ce but; mais ils n'ont rien trouvé.
J'ai cru devoir décrire avec quelque détail cette helle nécropole, qui rappelle celles de l'Egypte. On ne peut taxer les voyageurs de beaucoup d'exagération; les récits sont nombreux; et des hommes peu disposés à admirer font un grand éloge de ces souterrains, et les jugent très-dignes d'attention.
Quelle est l'origine de ces tombes? Quel nom faut-il leur donner? C'est ce que nous allons chercher à établir.
Précisons d'abord leur position . Elles sont à un quart-d'heure (Schubert) ou un demi-mille (Chateaubriand) , au Nord de la ville, un peu à l'Est de la route de Sichem.
Ces monuments ont porté depuis des siècles, peut-être à cause de leur magnificence, le nom de tombeaux des Rois. Mais de quels rois s'agit-il? est-ce réellement une nécropole royale? La tradition, contredisant la Bible, y a vu les sépulcres des rois de Juda. La science a fait sur ce sujet deux hypothèses. Josèphe (B. J., V, 4, 2 et ailleurs) parle du sépulcre de la reine Hélène et du roi Izate , son fils , et aussi des cavernes royales AmAjnm). Les uns ont fait, des tom-
beaux qui nous occupent, ceux de la famille des Hérodes (sauf Hérode-le-Orand qui fut enseveli ailleurs). Pococke y voit celui d'Hélène et d'Izate. On a fait dans cette discussion grand étalage d'érudition; M. de Châteaubriand s'est déclaré pour les Hérodes, E. Robinson pour Hélène; et ce dernier accable son antagoniste en lui montrant dans différents auteurs une longue suite de citations inexactes , auxquelles le noble pèlerin aurait ajouté une foi complète , et des erreurs nouvelles (voy. Itinéraire» p. 295 et sq. ; E. Robinson, t. I er , noteXXVUI).
Voici au fond le seul argument de M. de Châteaubriand pour les Hérodes : Il a existé un tombeau d'un d'entr'eux , dont la position (et c'est tout ce que nous en savons) coïncide avec celle de la nécropole' . Mais il y a plus à dire en faveur de la première hypothèse.
1 Josèphe parle (B. J. , V, 3 , 2) de» monuments d'Hérode, rit fxmp&0i qu'JE. Robinson disfî- up, à tort, ce me semble, de ce qui est nommé pins
Josèphe, nous l'avons dit, place le' tombeau d'Hélène au Nord de la ville. Un passage de Jérôme (Ep. Paulœ ad Eustochium) est plus explicite. Pau la , venant du Nord , entre dans la ville en laissant à sa gauche le mausolée d'Hélène (Ad lœvam mausoleo Helenoe derelicto. . . . ingressa est Jerosolymam urbem). Nous avons vu en effet que la route de Sichem , la seule de ce côté , passait à peu de distance de ces monuments , et à l'Est. Ce n'est pas tout. Pausanias (Grœc. Descr. Arcadia, 1. VIII, chap. 16) décrit le tombeau d'Hélène (Eiivnç yviouxïç f*i%»f/«ç txQoç içh h irôxst 2oxiÎa*«ç , etc.) qu'il regarde comme le plus remarquable du monde , après celui de Mausole. Il s'étend en longs détails au sujet d'une porte faite de pierre , comme tout le reste du tombeau (0^«» W«f Ww« oî<r«y rÇ T«tp v mS/hp), sur laquelle il débite une fable qui prouve combien ces portes l'avaient étonné. Selon lui, aucune force humaine ne suffisait à les ouvrir ou les fermer ; une mécanique intérieure les ouvrait une fois par an , à un moment fixé , et les refermait de même. Evidemment il s'agit ici des portes remarquables des tombeaux des Rois, et Pausanias ajoute des merveilles imaginaires à celles qui existaient. Remarquons ici que si Clarke, Irby et Manqles ont vu d'autres portes de ce genre, c'est dans d'autres contrées ; il n'y a pas d'autre monument en Judée auquel ces détails puissent s'appliquer. Pausanias, il est vrai , place le tombeau d'Hélène dans Jérusalem ; mais la description qu'il en donne prouve certainement pour l'identité du monument.
Josèphe dit encore (Arch. XX, 3, 3) qu'Hélène avait fait
tard B J v . 1 •:• 2 />• monument d Hé rode , ?è pv*uu'.v. Tout ce que l'on apprend par ces deux passages , c'est qun ce tombeau était placé au Nord- Ouest de la ville.
construire trois pyramides funèbres ; et Eusèbe rapporte que les célèbres stèles (fSX* ït*Q*n~ç) du monument d'Hélène étaient encore visibles de son temps dans les environs de Jérusalem. Il y a dans la disposition de ces sépulcres tant de ressemblance avec les tombes égyptiennes , que ce rapport de plus ne doit étonner personne ; on comprend fort bien d'ailleurs que la partie souterraine du mausolée ait survécu aux révolutions et aux guerres qui ont emporté tout ce qui était au dessus du sol. Il y a en outre dans ce fait une réponse péremptoire à l'objection de Raumer, qui ne veut pas que l'on confonde le tombeau d'Hélène avec notre nécropole, parce que dans ce tombeau l'on ne devait ensevelir qu'une personne. Si elle construisit à la fois trois pyramides , c'est qu'elle n'avait pas seulement en vue sa propre sépulture , mais celle de sa famille (que l'histoire affirme avoir été nombreuse) , et peut-être des gens de sa cour. C'est donc au roi Izate et à sa mère que nous attribuons les tombeaux des Rois.
J'avais cru d'abord que ces tombes royales pouvaient se rapporter à l'époque de Manassé et compter parmi les constructions énormes entreprises par ce monarque qui , ainsi que son fils, fut inhumé dans un jardin hors de la ville de David. Mais il paraît, quoique Jf. de Lamartine les fasse remonter à Salomon , que le caractère tout-à-fait grec des sculptures , oblige à rattacher ces sépulcres à une époque beaucoup moins reculée de l'histoire juive.
Article î. — Tombes diverses.