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CHAPITRE XV

lien de reeéAii Atl^ntl^Lue.

Ces tles sont Sainte-Hélène, l'Ascension, les îles du golfe de Guinée, celles du cap Vert, les Canaries, Madère, Porto-Santo et les Açores. Il n'y a pas de vignobles à Sainte-Hélène, à l'Ascension et dans les tles du golfe de Guinée, leur position près ou sous réquateur ne permettent pas à la vigne d*y prospérer; cependant on en cultive quelques ceps dans les vergers de l'tle Sainte-Hélène, uniquement pour en manger le fruit; mais la plupart des autres tles étant placées sous un climat plus tempéré, elles fournissent au commerce une assez grande quantité de vins, parmi lesquels il y en a qui jouissent d'une réputation méritée.

S I. Iles du cap Vert, situées à la hauteur du cap du mime nom^ entre les ik^ et 28« degrés de latitude septentrionale et les 18^ et 25* degrés de longitude à C ouest du méridien de Paris.

Ces tles ont des vignobles qui fournissent des raisins de bonne qualité, mais pas assez abondamment pour former une branche de commerce importante. Les vins sont en petite quantité et consommés par les habitants. On cite cependant avec éloge celai que Ton fait dans Ttle Brava; il est de la même espèce et égale en qualité celui de Ttle Canarie. Santiago, dans l'tle do même nom, est la ville capitale de cet archipel ; elle a un bon port.

S IL Iles Canaries, situées près de F Afrique, entre le ^^ degré 89 minutes et le ^ degré 36 minutes de latitude septen-* trionate.

On en compte sept, savoir : Lancerotle, Fartaventura, Ca* narie, Ténérijfe, Gomère, Palme et Fer. Les anciens leur avaient donné le nom A'iles Fortunées, h cause de leur fertilité. La vigne

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est cultivée partout ; elle produit des vins secs et des vins de liqueur de même espèce que ceux de Madère, mais ils sont, en général, moins corsés et inférieurs en qualité.

Lancerotte, la plus septentrionale de ces iles. a des coteaux riants et quelques vallons fertiles; mais, en général, le terrain est sec et sablonneux, et plusieurs de ses parties sont stériles. La vigne n*est pas un objet intéressant de son agriculture; Ton D*y fait que des petits vins secs, piquants et dénués de qualité, dont la majeure partie est convertie en eau-de-vie. Les habitants tirent, chaque année, environ 1,000 pipes de vin de Ttle Ténériffe pour leur consommation.

FoRTAVENTURA, au S. 0. dc la précédente, dont elle n'est séparée que par un canal d'environ 8 kil. de large, jouit du même climat ; le sol y est aussi de même nature-, cependant on y récolte environ 200 pipes de vin , qui est moins mauvais que celui de Lancerotte, quoique bien inférieur à celui des autres îles.

Canarie, située au S. 0. de Porta ventura. Son extrême fertilité lui a mérité, plus qu'à aucune autre, le nom d'île Fortunée. La vigne y prospère et fournit de bons vins de liqueur du genre des malvoisies, dont ils ont le goût et les qualités. Ils sont fins, délicats et parfumés, mais moins corsés que ceux de Ténériffe et moins susceptibles de supporter les voyages; cependant on en expédie tous les ans pour les possessions espagnoles des Indes occidentales. Les vins secs ont de la légèreté, de la délicatesse et un parfum agréable, mais ils sont faibles et peu spiritueux; néanmoins ils supportent bien les voyages et se conservent longtemps. On en exporte, chaque année, environ 900 pipes. Les eaux-de-vie que Ton fait avec les vins inférieurs entrent aussi dans les exportations ; le principal commerce s'en fait a Ciudad-de-las-Palmas, ville capitale, plac^ sur la côte N. E. de rile : elle a un bon port nommé la Lu%, où se font les chargements.

Ténériffe, située au N. 0. de la précédente et au centre dé cet archipel, est la plus grande et la plus peuplée de ces lies. On rencontre, dans presque toutes ses parties, de beaux vignobles, qui sont la principale branche de son agriculture. La récolte annuelle des vins est évaluée à 22,000 pipes, dont environ 12,000 sont exportées. On fait aussi des eaux-de-vie que Ton préfère à celles d'Espagne* particulièrement à la Havane. 011 elles ont le plus grand débit. On en expédie aussi des cargaisons considérables pour la Providencei Venezuela et pour la

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Terre-Ferme. r.es raisins secs font encore partie des exportations. Les vins de Ténériffe sont le produit des mêmes cépages que ceux de l'iie Madère, auxquels ils ressemblent beaucoup, et sous le nom desquels ils sont souvent présentés sur les marchés.

Les principaux vignobles sont dans le district de Laguna, cbef-lieu , situé vers le milieu de la pointe N. E. de Tlle, à 4kil. du port de Sainte-Croix; dans celui d'OROXAVA, situé au milieu d'une plaine fertile, à SOkil. S. 0. de Laguna et 4 kil. de la mer qui baigne cette tie au N. 0. Chacun de ces districts fournit annuellement 8,000 pipes de vins blancs secs, dont les meilleurs se récoltent dans les environs d'CaoTAVA. Les autres vignobles intéressants, moins considérables que ceux dont je viens de parler, sont dans les environs de Tagaronte et de Matanza, à 7 kil. 0. de Laguna. La vallée dlcon est entièrement peuplée de cépages de malvoisie, ainsi que les environs de Dante et de Silos. Ces trois vignobles sont situés entre la montagne du Pic et la pointe de Teno, à l'extrémité occidentale de l'ile; ils produisent beaucoup de vins. Le territoire de Guimar, situé près de la côte S. E. de Ttle, à environ 32 kil. S. 0. de Laguna, produit d'excellents vins. Il y a aussi des vignobles assez étendus à Tagamana, sur la c6te la plus septentrionale, à 46 kil. N. E. de Laguna, et à Téguina, à 12 kil. N. 0. de la même ville. On ne récolte dans cette île que des vins blancs, dont plus des trois quarts sont de l'espèce nommée vidogne; ils sont secs et ressemblent beaucoup aux vins de même espèce que l'on fait à Madère; ils ont seulement un peu moins de corps et de parfum, mais ils sont assez forts pour supporter les plus longs voyages et gagnent à être transportés dans les climats chauds. Le surplus de la récolte est un vin de liqueur nommé malvoisie : il est liquoreux, fin, parfumé^ d'un goût fort agréable et se conserve longtemps. Cependant il est inférieur au vin de même espèce que l'on tire de File de Madère.

Sainte-Croix, Santa-Cruz, ville et port, avec une bonne rade sur la cête de l'est, à 4 kil. £. de%aguna, est le principal entrepôt et le centre du commerce de cet archipel. C'est dans ce port que relAchent le plus ordinairement les navires européens. La plupart des autres îles apportent à cet entrepôt les vins et toutes les denrées destinés à l'exportation. Orotava, située au milieu de la côte du nord, fait aussi un très-grand commerce des vins de ses environs, ainsi que de ceux qui y sont apportés des vignobles situés à l'ouest de l'tle : elle en

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reçoit encore beaucoup des ties de Fer, de Gomère et de Palme. Les chargemeots s'en font dans le port de la Paz, è 6 kîl. d'Orotava.

Gomère, à environ 24 kii. E. de Ténériffe, est très-favorisée de la nature sous le rapport de ses productions : on en tirerait le plus grand parti, si la culture n'y était pas extrêmement négligée. La récolte des vins est d'environ 1,100 pipes par an, dont une partie est convertie en eau-de-vie; ils sont, en général, faibles, peu spiritueux, piquants, blancs et limpides comme de Teau : cependant on en trouve qui, après deux ans de garde, ont un go&t et une saveur fort agréables. La vallée de Herminga est la plus délicieuse de l'île par l'abondance des vignes et des arbres fruitiers de toute espèce que Ton y cultive.

Palme, à 68 kil. N. 0. de Ténériffe, contient beaucoup de vignes qui y réussissent très-bien, et donnent de bons vins, surtout dans la partie orientale; ils diffèrent de ceux de Ténériffe par le goût et la saveur. Les vins secs sont jaunes et oui peu de corps : la malvoisie n'a pas autant de douceur et de force que celte de Ténériffe; mais, quand elle a été gardée trois ou quatre ans, elle acquiert un bouquet prononcé qui ressemble à l'odeur que donne une pomme de pin bien mûre. Ces vins se conservent difflcilement lorsqu'ils ont voyagé, surtout si on les transporte dans des climats froids; ils sont alors sujets à tourner à l'aigre. Cependant il s'en fait une assez forte exportation, ainsi que des eaux-de-vie que l'on tire des vins de qualité inférieure.

Fer, la plus orientale des Canaries, au sud de Palme, doit sa célébrité bien plus à sa position sous le premier méridien, dit de i'ile de Fer, qu'à ses avantages comme terre habitable, car à peine produit-elle de quoi nourrir ses habitants. Il y croît principalement des vignes, dont la majeure partie est plantée dans la vallée de Jolfo; les vins sont de fort bonne qualité, mais il ne s'en fait aucune exportation. Les figuiers sont très-abondants, et l'on tire de leur fruit une eaux-de-vie assez bonne, qu'on mêle avec celle 4k vin.

La mesure en usage dans les lies Canaries se nomme acroba, et contient un peu plus de 16^7. Les tonneaux se nommeot pipes, et contiennent environ 483 litres.

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§ III. MADÈaB.

Cette lie, située à 240 kil. N. des Canaries, sous le 32* degré 37 minutes d« latitude septentrionale, et sous le 19' degré 46 minutes de longitude, à l'ouest du méridien de Paris, a environ 32 kil. de long sur 16 de large, et se trouve sur la route des vaisseaux qui font des voyages de long cours.

Toutes les plantes des quatre parties du monde que l'on a apportées dans cette tie ont prospéré et se sont améliorées ; les vignobles y sont nombreux et trës-étendus; ils fournissent une grande quantité de vins de différentes espèces et de qualités très*variées, qui font sa richesse. On assure que les premiers plants de vîgne ont été apportés de t'tle de Chypre par ordre du prince Henri , sous les auspices duquel la première colonie portugaise s'établit en 1421. Le nord de Ttle est eiposé aux vents froids et aux brouillards de la mer; il convient moins à la vigne que la partie méridionale, où sont situés les meilleurs vignobles. Le sol que Ton rencontre le plus ordinairenoent se compose de pierre ponce mêlée avec de l'argile, du sable et de la marne. Sur plusieurs des collines les moins élevées, on ne voit que des cendres volcaniques noires ou grises, et les hautes terres sont couvertes de laves tendres sur un lit de cendres noires. Les coteaux étant souvent Irès-escarpés, on forme des terrasses pour que les eaux n'entraînent pas les terres, et l'on établit des conduits d'eau sur le côté des montagnes pour arroser les vignes quand cela est jugé nécessaire.

On cultive neuf espèces de cépages, dont six de raisins blancs et trois de raisins noirs. Les cépages blancs sont 1^ laimahoisie, provenant de Mie de Candie, et qui fournit le fameux vin de liqueur connu sous le nom de malvoisie de Madère (1) ; 2® le vidogne, qui a beaucoup de ressemblance avec notre chasselas; c'est le cépage le plus généralement cultivé, et qui produit le meilleur vrn sec ; 3^ le bagoual, qui fournit plus que le vidogne, et dont le vin est plus doux, mais moins spiritueux ; 4^ le sereial, qu'on nomme aussi esganacao; ce plant est très-rare, bien qu'il produise d'excellent vin ; 5*" le museatel, dont on fait rarement du vin muscat; 6® ïalicanie , que l'on n'emploie que pour la

(1) On rappelle ainsi, à cause de sa ressemblance avec le vin de môme nom que fournissent les vignobles de Malvasia, en Morée, et dont on a tiré originairement tous les plants qui donnent les vins de cette espèce.

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table. Les cépages noirs sont l"" le bâtard, avec lequel cependant on ne fait que des vins blancs; la tinta ou négramol, ainsi nommé parce que la grume est molle au toucher : â*" on en fait du vin rouge qui fermente avec la grappe et qui sert à colorer les autres vins ^ 3** le ferrai, dont les grappes sont très-grandes et les grumes grosses comme des œufs de pigeon : il n'est employé que pour la table.

Dans la partie méridionale de Ttle, où sont situés les principaux vignobles, on choisit les terrains sablonneux, et surtout ceux qui sont pierreux ; on fouille dans le sable ou dans les cailloux jusqu'à ce que Ton trouve de la terre, dans laquelle on plante le cep, qui, en grandissant, couvre un grand espace de terrain et prend un tel accroissement que Ton rencontre des pieds de vigne que trois hommes peuvent à peine embrasser. Pour soutenir les tiges, on plante des pieux, et on forme des berceaux plats, élevés d'environ 3 pieds au-dessus du sol : par cette disposition, le raisin reçoit non-seulement les rayons du soleil, mais encore la chaleur que réfléchissent les cailloux, et mûrit parfaitement; la vendange a lieu du 15 au 30 août; on cueille les raisins à plusieurs reprises, en choisissant toujours les plus mûrs.

VINS DE LIQUEUR

Le vin dit de Malvoisie^ du nom du plant qui le produit, occupe le premier rang parmi ceux de cette espèce, ou du moins il est le plus estimé. Doux et en même temps très-fin, son arôme spiritueux embaume la bouche sans y laisser la moindre âpreté; il se conserve longtemps et n'en devient que plus agréable. Son prix est ordinairement, dans le pays, au moment de la récolte, de 1 ,000 Trancs la pipe, qui contient environ 415 litres ; il faut l'attendre plusieurs années pour le boire avec toutes ses qualités. Pendant les guerres de la révolution et de l'empire, la France ayant cessé de demander de ce vin, plusieurs propriétaires ont arraché le plant qui le produisait, et l'on en prépare aujourd'hui beaucoup moins qu'autrefois.

Pour faire l'excellent vin de Malvoisie, on choisit les raisins les plus mûrs du cépage de ce nom, et on les porte sur le pressoir pour en exprimer le jus. Après la première pression, on enlève toutes les grappes, et Ton met les grumes et les pellicules en monceau, pour les presser de nouveau a plusieurs reprises.

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On mêle ordinairement ensemble les produits de toutes ces pressions ; mais quelques propriétaires les séparent et obtiennent des vins de différentes qualités. Le produit dé la première pression se nomme j^m^o, ou vin de première goutte ; il est parfaitement limpide, très-fin et très-délicat. Celui que l'on obtient ensuite, et qui se nomme mosto^ est plus corsé. Le vin des dernières pressions a du corps, du spiritueux et une âpreté qui le rend peu agréable pendant plusieurs années, quand on le conserve pur.

Le vin muscat, que Ton tire du plant nommé muscalely est d'excellente qualité; mais Ton n'en rencontre point dans le commerce, attendu que les propriétaires n'en font que pour leur consommation.

VINS BLANCS SECS

On met au premier rang celui qui est fait avec les raisins du cépage nommé serdal, sans mélange d'autre espèce. Jeune, il est vert et âpre \ mais, après plusieurs années de garde, il a un goût de noisette fort agréable, un peu d'amertume et beaucoup de corps. Riche en spiritueux, en parfum et en sève, il réunit toutes les qualités qui caractérisent un vin parfait de cette espèce. Il est beaucoup plus sec que nos vins blancs de Bourgogne, mais il n'a pas le piquant des vins du Rhin. Sa couleur est ambrée, mais beaucoup moins que celle des vins de même espèce que Ton fait à Marsalla en Sicile. La récolte de ce vin de 1'* qualité n'excède pas 40 ou 50 pipes chaque année. On fait beaucoup d'autres vins secs, qui sont le produit des différents cépages réunis, mais plus particulièrement de celui nommé vidogne, qui, après le sercial, produit les meilleurs vins. Leur couleur est ambrée-, ils ont un fort bon goût, du corps, du spiritueux et un parfum agréable. Les vins secs se préparent comme celui de Malvoisie, excepté qu'on n'égrappe pas le raisin pour le presser.

VINS ROUGES

Celui que l'on tire du plant nommé tinta ou négramol est très-généreux, parfumé et agréable; mais son usage, à haute dose, est dangereux ; c'est un astringent très-fort, que Ton emploie comme remède contre la dyssenterie. Les petits proprié-

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taires ne font pas ce vin séparément, et mêlent le raisin de iirUa avec ceux de tous les autres cépages.

Le canton nommé la Fago-de-Perbiea est celui dont on tire les meilleurs vins de Malvoisie, les vins secs provenant des plants nommés vidogne et sercial^ ainsi que le vin rouge de tinta, h» autres vignobles en réputation sont la Calhbta, Arco-da-Cal-

HETA, PONTA-DO-SOL, RiBEIRA-BrAYA, GaMA-DE-LoBOS, Es-

TRETO-DE Cama-be-Lobos, Santo-Martinho et Santo-Antonio.

Les vignobles du nord de Ttle sont, pour la plupart, peuplés de ceps hautains, plantés au pied des orangers, des citronniers, des grenadiers, des chAlaigniers, et surtout des noyers, dont il y a une grande quantité. Ces arbres sont très-élevés, et quoiqu'on ne plante que les cépages nommés vidogne et serciàl, qu'on ne vendange qu'en novembre, les raisins, presque tous ombragés par les feuillages, souvent privés du soleil par les brouillards, et frappés des vents du nord, mûrissent très-mal ; ils sont quelquefois si durs, qu'on est obligé de les broyer pour en exprimer le suc. Le vin qu'on en retire est blanc comme de l'eau et de la plus mauvaise qualité. On le consomme dans l'année, parce quMI n'est pas susceptible d'être gardé ni transporté; cependant il produit beaucoup d'eau-de-vie assez forte^ mais qui^ par le vice de sa fabrication, a toujours un goût empyreu* matique très-désagréable. Les vignobles qui fournissent la plos grande quantité de ces vins sont ceux de PoRTO-BA-Caczt Sainte-Anne, Saint-Goborge, Ponte-del-Gaob, PoRTOHoraz, Saint-Vincent et Setgai-bo-Norte.

Dans les parties voisines de la mer où il n'y a pas d'arbres et où le terrain est pierreui, les vignes, plantées comme celles de la partie méridionale, fournissent des raisins qui mûrissent très» bien^ et dont on tire des vins bien supérieurs à ceux que produisent les ceps hautains. Les meilleurs crus se trouvent dans le territoire de Porto da-Cbdz, Ponte-dbl-Gadb et Portomonir.

Les vins blancs de Madère sont, avec ceux du Rhin, les plus susceptibles de se garder longtemps ; ils conservent leurs qualités sous les climats les plus opposés et ne cessent pas d'en acquérir en vieillissant. Ils doivent être gardés huit ou dix ans en tonneaux, et ils n'acquièrent leur plus haut degré de qualité qu'après vingt-cinq ou trente ans de séjour dans les bouteilles. Quoiqu'ils soient naturellement très-spiritueux, ils reçoivent une addition d'eau-de-vie au sortir de la cuve et une autre portion au moment de leur exportation, surtout lorsqu'ils sont destinés pour les pays où on les aime très-forls.

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Depuis le commencement de ce siècle, on a construit d'immenses étuves dans lesquelles la température est maintenue à un très-haut degré à Faide de poêles et de tuyaux de chaleur. Elles sont disposées pour recevoir un certain nombre de tonneaux de vin sec, qui, en y séjournant quelques mois, acquiert Tapparence de vétusté, la couleur et le parfum qu1l n'obtient ordinairement qu'après cinq ou six ans de garde, ou à son retour d'un voyage aux grandes Indes. Mais ce vin n'a jamais autant de qualité que celui qui a voyagé, et que Ton nomme vino de roda. Lorsque celui-ci a été conservé pendant trente ou quarante ans, il forme une croûte très-épaisse contre la paroi des bouteilles : il est blanc et limpide comme de Veau; son parfum se dilate avec tant de force quand on débouche les bouteilles, que les personnes qui ont les nerfs délicats en sont quelquefois incommodées. On en rencontre difBcilement d'aussi vieux, et il se vend jusqu'à 24 fr. la bouteille, pris à Madère.

On emploie encore un autre moyen pour vieillir le vin sec. Après ravoir mis dans des bouteilles dont le bouchon est parfaitement assuré, et qu'on enveloppe avec des vessies, on l'enfouit dans un trou assez profond et rempli de fumier de cheval. Lorsqu'il a séjourné six mois ou un an dans cette espèce d'étuve, il a acquis la maturité et une partie des qualités que l'on estime dans ceux qui ont voyagé.

Le vin de Madère sec se vend ordinairement, celui que l'on envoie aux Indes, de 8 à 900 fr. la pipe de 415 litres f celui destiné pour l'Angleterre, 1,000 fr.; et celui qui provient du plant nommé sercial, de i ,100 à 1 ,300 fr., comme celui de Malvoisie. Les gourmets font un grand cas du vin sec, et plusieurs le préfèrent. Il peut être considéré comme le meilleur de ce genre. Le vin de Malvoisie ne se présente qu'au dessert, tandis que le madère sec se boit dès le commencement du repas (après le potage).

Le produit total des vignobles est (' value à 50,500 pipes, ou 202,000 hectolitres par an, dont il est ordinairement exporté 6,500 pipes aux Indes orientales, 4,500 en Angleterre, 3,000 aux Indes occidentales et 2,000 en Amérique. Le surplus est exporté dans les autres parties du globe ou consommé par les habitants. Le vin se vend à Valmude, qui contient 16\62, et à la

n' e, qui se compose de 25 almudes ou 415^,00; elle équivaut 10 gallons d'Angleterre.

Le principal commerce des vins et des autres productions se fait à Funchal, chef-lieu de Tile, située au fond d'une baie^ sur la c6te méridionale.

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L'Ile de Porto-Santo, à 60 kil. N. E. de Madère, a quelques vignobles qui produisent des vins de la même espèce ; ils sont consommés par les habitants.

§ IV. Iles âçoeks.

Les Açores paraissent être les ties les plus reculées qui ont appartenu aui terres de l'ancien continent» dont elles sont éloignées d'environ 900 kil. On en compte neuf, placées entre le 36* degré §6 minutes et le 39* degré 43 minutes de latitude septentrionale, et entre le 27* degré 42 minutes et le 33* degré 27 minutes de longitude, à l'ouest du méridien de Paris. Elles sont disposées en trois groupes : le premier, en commençant au sud-est, comprend Sainte-Marie et Saint-Michel; le second, au nord-ouest, Tercère, Gracieuse, Saint-Georges ^ Vile du Pic et Fayal; le troisième, au nord, n'est formé que des deux petites lies de Corvo et de Flores. La vigne est l'un des principaux produits du territoire de ces tIes ; et, comme elles n'ont pas ou presque pas de manufactures, les vins, les blés et les fruits, qu'elles fournissent en abondance, sont échangés contre les objets de consommation dont elles manquent.

Saint-Michel, dont les vignes sont plantées, en grande partie, dans la lave décomposée, produit annuellement 5,000 pipes de vin. Sainte-Marie en produit beaucoup moins.

Tercère, la plus étendue de ces tIes, fournit beaucoup de vins de bonne qualité, dont le commerce et l'expédition se font à ÂNGRA, chef-lieu de toutes les Açores, placée sur la côte orientale et ayant un bon port.

L'iie du Pic ou Pico, à 50 kil. S. 0. de Tercère, est très-fertile, surtout eu vins, qui font sa principale richesse, et dont, suivant les années, elleproduit depuis 15,000 jusqu'à 30,000pipes. On en distingue deux espèces principales, dont l'une, nommée vino passado, est de l'espèce des malvoisies, et ressemble beaucoup au vin de même nature que Ton fait à Madère; mais on n'en récolte qu'une petite quantité. L'autre est let^tno seco, dont la qualité varie dans les différents crus. Le commerce s'en fait dans l'Ile de Fayal, où ils sont transportés.

Fatal, au nord-ouest de la précédente, dont elle n'est séparée que par un canal de 10 kil., est Tune des plus grandes de cet archipel. Les vins qu'elle produit ont la réputation d'être fort bons 'y elle en fait un commerce considérable, ainsi que ceux de

rtle de Pic. Les chargements ont lieu dans sod port, nommé

ViLLA-DAS-HORTAS.

Gracieuse. Les vins de cette ile sont de basse qualité \ on en convertit une grande partie en eau-de-vie.

Saint-Georges. Il y a, dans le sud, des vignobles dont les vUis sont préférés à ceux des autres îles; mais on n'en fait pas une grande quantité.

Flores et Corvo ont quelques vignobles dont le produit est peu important. Les vins sont inférieurs à ceui des autres ties.

Le vin se vend à la pipe, qui contient environ 415 litres. Les principales expéditions ont lieu pour le Brésil, les Etats-Unis et l'Angleterre. On en envoie aussi en Hollande, dans le nord de l'Europe et à Angola.

CLASSinCATION.

Les meilleurs vins rouges nommés tinta^ dans l'tlede Madère, peuvent être rangés dans la 1'* classe. Les vins blancs secs nommés sercialf dans la même ile, sont aussi de 1'* classe. Une partie des autres entre dans la 2^, avec les meilleurs de Tfle Ténériffe; le surplus des vins secs de ces îles, ainsi que ceux de Brava, Canarie, Gomère, Palme, Fer et des îles Açores, parcourent les différents degrés des 3** et 4' classes. Ceux de Lancerotte et de Fortaventura ne sont mis que dans la 5*.

Les meilleurs vins dits de Malvoisie, à Madère, entrent dans la 1'* classe des vins de liqueur. Ceux de 2' qualité entrent dans la 2* classe avec les vins muscats de la même tie et les vins dits de Malvoisie que Ton fait à Ttle Ténériffe et dans les Açores. Les Tins de même espèce, récoltés dans les tIes Canaries, Gomère et Palme, ne peuvent entrer que dans la 3* et la 4"" classe.

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