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EUROPE

Du temps de Strabon, les géographes ne connaissaient que la partie méridionale du sinus Codanus (mer Baltique), qu'ils croyaient être un grand golfe formé par TOcéan ; ils considéraient l'Europe comme bornée au nord par ce golfe ; à Test par le fleuve Tanaïs (Don) , le Palus Mœotis (mer d'Azof) , le Pont- Enxin (mer Noire) et la mer Egée (mer de T Archipel); au sud par la mer intérieure (Méditerranée), et à l'ouest par l'Océan. Elle comprenait la Germanie, les Gaules, THispanie, la Rhétie, l'Italie, la Sarmatie européenne, la Dacie, la Pannonie, la Mœsie, rUlyrie, la Thrace et la Grèce.

La vigne n'était pas connue dans la partie septentrionale de l'Europe. Suivant Pline, né l'an 23 et mort l'an 79 de notre ère, le fer belliqueux brillait seul dans la cabane du Germain ; point de vignobles, point d'arbres fruitiers, si ce n'étaient quelques cerisiers sur les bords du Rhin. Avant que les Romains leur fissent connaître le vin, ils ne buvaient que de la bière ; le même auteur assure que la vigne, le figuier et Tolivier n'avaient point encore franchi la barrière des Alpes lors de la grande émigration des peuples celtiques, qui avait eu lieu vers l'an 400 avant Jésus- Christ.

Les anciennes chroniques nous apprennent que la vigne était connue dans I'Auxerrois quand les Romains pénétrèrent dans les Gaules, et que l'an 92 de Jésus-Christ, après une disette de grain, Donatien ordonna d'arracher la moitié des vignes et défendit d'en planter de nouvelles. Du temps de Pline, toute la Gaule narbonnaise produisait déjà des vins de diverses qualités, parmi lesquels il y en avait de fort bons ; ils provenaient de cépages tirés (I'Alba Helviorum, qui est Alps dans le Vivarais. Les Romains tiraient des vins rouges de Narbonne (1) et des vins muscats du Languedoc, ce qui prouve que l'introduction de la vigne en France date de temps très-reculés. Pline parle aussi

Narbo ; Histoire ancienne.

page 196. Marseille abondait en vignes et en oliviers. Page 197. Us apprirent aux Gaulois à tailler la vigne.

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des vignes biiuriques ou da Béret, d'où Ton peut conclure que la permission d'avoir des vignobles, donnée par l'empereur Probus en 381, ne doit s'entendre que de la Gaule lugdunoise et de la Belgica, où jusqu'alors l'hydromel, la bière et peut-èlre le cidre avaient été les seules boissons. Ausone, qui naquit en 509, nous apprend que, dans I'Aquitaine seconde, les BiturigeS'Vibisci habitaient la plus grande partie du Bordelais, et qu*une de leurs tribus, les Medclli (habitants du Médoc), récoltait des vins que l'on estimait à Rome. Dans la Gaule-Aquitaine, suivant Apollonius, le pays des Aevernes (l'Auvergne) avait de beaux vignobles. Les Romains tiraient aussi des vins de ViENNA (Vienne en Dauphiné) et de Massilia (Marseille).

L'HisPANiE (Espagne et Portugal) avait de grands vignobles; Pline cite ceux que les Laletani cultivaient dans les environs de Bargino (Barcelone) comme produisant des vins qui étaient estimés à Rome. Martial et Silius Italiens, qui vivaient dans le premier siècle de notre ère, citent les vins de Tarrago (Tarragon) comme égalant en qualité les meilleurs de la Toscane et comme peu inférieurs à ceux de la Campanie. Il paraît que la partie de cette contrée, que l'on nommait Lusitanie et qui forme aujourd'hui le royaume de Portugal, n*avait pas de vignobles, ou qu'ils étaient d'une bien Taible importance, car les anciens auteurs n'en font aucune mention.

La Rhétie, qui comprenait à peu près le pays des Grisons, le Tyrol et une partie des Etats de Venise, avait des vignobles qui produisaient d'excellents vins, principalement au pied des Alpes; mais nous n'avons aucune notion précise sur les qualités qui les distinguaient. Suétone, né l'année 75 de notre ère, ditseulement qu'ils faisaient les délices de César- Auguste, qui régnait lorsque Jésus-Christ vint au monde.

L'Italie» que les Grecs nommaient Hespérie» était couverte de vignes, qui produisaient des vins très-estimés, surtout dans sa partie méridionale. Il y en avait aussi beaucoup dans sa partie septentrionale, que les Romains nommaient Gaule cisalpine. On en rencontrait jusqu'au pied des Alpes; mais les vins qu'on en tirait étaient, en général, de qualité inférieure; cependant Pline cite comme généreux ceux de la Ligurie (Etat de Gènes), et quelques auteurs parlent avantageusement de ceux deTEtrurie (Toscane), parmi lesquels on distinguait ceux de Statonia comme étant assez généreux; le territoire de Verona (Vérone) en donnait aussi d'assez bons. Spoletum (Spolette) dans VUmbrie (duché d'Urbin) fournissait des vins blancs d'une couleur ambrée,

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légers et agréables. Le Lâtiuh (Etat romaio) produisait une grande quantité de vins de diversesnqualités; ceui d'ÂLBANUM (Albano)» dont Horace, né 66 ans avant Jésus-Christ, et Juvénal, qui vécut dans le commencement de notre ère, font plusieurs fois réloge, étaient les uns légers, les autres forts. Ceui-ci, d^abord liquoreux, épais et grossiers, perdaient leur liqueur après six ou sept ans de garde; ils devenaient fins et fort agréables. Le vin de Labicum (monte Comparto) tenait le milieu entre ceux de Falerne et ceux d'Albanum pour sa consistance; celui de Signia (Segni) était si ferme et si astringent^ qu'on ne remployait guère autrement que comme remède. Les vins les plus légers du territoire de Rome étaient ceux du canton des Sabins, parmi lesquels on distinguait ceux de Nomentum (Lamentano) . Strabon les compare aux meilleurs de Tltalie et même de la Grèce : ils avaient une couleur rouge peu foncée, de la délicatesse et beaucoup d'agrément. Horace, qui en récoltait, les recommandait à Mécénas comme étant légers, généreux, forts et propres à ranimer dans la saison des froids.

Pline nous apprend qu'Auguste et tous les gens opulents de son temps recherchaient particulièrement le vin de Setia (Sezza) , vignoble situé au-dessus du forum Appii , parce qu'il était fin, délicat, agréable et surtout très-salubre. Horace n'en fait pas mention, sans doute parce qu'il préférait les vins forts; mais Juvénal, Silius Italicus et Galien, né l'an 431, sont de l'avis de Pline, et disent que ce vin se conservait longtemps. Les amateurs de vins forts lui préféraient celui du champ de Coecube , situé eotre Terracina (Terracine) et Crieta(Gaëte), dont Horace fait un grand éloge. Galien dit qu'il était généreux, très-capiteux et sus- . ceptible d'une longue conservation; il ajoute que l'on vendait i Rome, sous le nom de vin de Ccecube, un vin blanc de Bithynie, qui lui ressemblait beaucoup. Ce vignoble ayant été en partie détruit lorsque Néron fit établir un canal entre Averne et Ostie, le vin perdit sa réputation.

FuifDi» près de Crieta (Gaëte) produisait des vins qui ressemblaient à ceux de Cœcube, Galien les cite comme pleins de force, de corps, et si capiteux qu'on ne pouvait en boire qu'une petite quantité.

SiifUESSA, ville maritime du Latium, sur la frontière de la Campanie, au pied du mont Hassique^ faisait un grand commerce des vins de son territoire et de ceux récoltés sur les coteaux voisins.

La Campanib Heureuse, aujourd'hui Terre de Labour, pro*

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duisait autrefois les vins célèbres qui faisaient les délices des Romains. Suivant Strabon et Pline, ce pays occupait tout le terrain compris entre l'ancienne Sinuessa et le promontoire de Sorrento; elle contenait les montagnes vinifères du M assique, du Vésuve et du Gaubus, dont les collines, couvertes de vignes sur toutes leurs faces, formaient des vignobles considérables qui n'étaient séparés par aucune culture. Les meilleurs vins se récoltaint sur les côtes exposées au midi, et ceux du mont Massique étaient les plus estimés. Les auteurs ne sont pas d'accord sur la position des crus célèbres. Florus et Martial parlent deFALERNE comme d'une montagne; mais Polybe, né Tan 24 avant Jésus-Christ, ainsi que Pline et plusieurs autres» l'indiquent comme étant un champ, tandis que d'autres disent que c'était une région de la Campanie fertile en excellents vins : d'où Ton pourrait conclure que tous les vins récoltés sur les collines du Massique prenaient le nom de faleme. On en faisait de trois espèces, du sec, du doux et celui que l'on nommait faleme léger. Quelques auteurs les classent diflTéremment; ils nomment ^atirantim le vin récolté sur le sommet des coteaux -, fauslianum celui qui provenait de la moyenne région, et falernum celui que l'on tirait des vignes de la partie inférieure.

Aucun vin n'a été célébré autant que le faleme; Martial lui a donné le nom d'immortel ; mais les écrivains se sont peu occupés de faire connaître positivement sa nature et ses qualités; on apprend seulement que les anciens en faisaient un très-grand cas, qu'ils le gardaient fort longtemps et qu'ils ne le buvaient qu'avec leurs meilleurs amis. Tous les auteurs s'accordent pour dire que, jeune, il était si Apre qu'il fallait le garder pendant un grand nombre d'années avant qu'il fût assez adouci pour être bu avec plaisir. Il paraît, d'après Galien» que ce vin n'était à son plus haut degré de qualité qu'après dix ans de garde, qu'il se con* servait (el jusqu'à vingt ans» mais qu'en le conservant plus longtemps il était sujet à devenir amer. Cependant Horace, qui aimait beaucoup les vins vieux et qui pouvait avoir au moins trente-trois ans quand il composa ses Odes, parle de Touverlure d'une urne de vin de Faleme, qui était aussi Agé que lui : d'où l'on peut conclure que» quand ce vin provenait d'un cru supérieur et qu'il était bien soigné, il durait très-longtemps.

Le mont Vésuve avait des collines couvertes de vignes; mais les vins qu'elles produisaient n'avaient pas la réputation qu'ils ont acquise depuis, et l'on ne cite aucun cru qui ait eu de la célébrité chez les anciens.

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Le mont Gaurus était situé près de Sukrentum (Sorrento), à 25kil. S.E.deNapIes; les ouvrages modernes ne font pas mention de cette montagne, mais ils disent que les collines de Surrentum produisaient des vins excellents. Suivant Pline, la réputation du vin de Falerne avait déterminé les propriétaires du Gaurus à planter des cépages tirés de ce vignoble et à vendre leurs vins sous le même nom. Virgile dit que la légèreté et la salubrité de ces vins les faisaient ordonner aux convalescents, et qo'en vieillissant ils ne devenaient jamais amers, comme cela arrivait à beaucoup d'autres ; mais Athénée fait observer, d'âpre Galîen, qu'ils restaient toujours maigres et faibles, parce qu'ils manquaient de corps et de spiritueux. Les vins de Tancienne Câpoub (Santa-Maria-delle-Grazie), è 3 milles de la rive gauche du Yulturne, ressemblaient beaucoup à ceux de Surrentum. VBPrAFEirii(Venafro), à 70kil.N. 0. deNeapolis, fournissait aussi quelques vins estimés. Cales (Caivi) , à 8 ou 12 kil. de Capoue, tirait de son territoire un vin très-estimé et connu sous le nom de calenum vinum. Horace en faisait un grand cas, et Galien le présente comme plus léger, plus agréable et plus ami de Testomac que le falerne. Il dit que ceux des crus nommés Caulinum et Slalanumj près de Neapolis (Naples), étaient peu inférieurs à ce vin célèbre. Mamertium (Oppido), ville du Brutium (Calabre). était entourée de vignobles très-productifs et dont les vins étaient fort estimés.

Pline forme une classe particulière des vignobles de la Sicile. Le vin nommé mamertinum, parce qu'il était récolté par des colons venus de Mamertium, se faisait dans les environs de Mes- SANA (Messine); il était léger et un peu astringent. On assure que ce fut Jules César qui le présenta le premier dans ses festins. Celui de Taubouenium (Taormina) ressemblait au précédent et se présentait souvent sous son nom. Le pollium ou poU bBumf que Ton tirieiit de Syracuse, était un vin doux de qualité supérieure; il provenait d'un cépage nommé Bt6/ta, sans doute pvce qu'il avait été apporté de la contrée de la Thrace nommée Biblina. Les anciens ne font aucune mention des vignobles du 8ud-ouest de la Sicile, dont nous tirons aujourd'hui d'excellents vins.

Dans les premiers temps de la république, les Romains consommaient peu de vin, parce que les guerres continuelles qu'ils avaient à soutenir les empêchaient de soigner leurs vignobles. Romulus ordonna d'employer le miel pour les libations, et, suivant Pline, Numa défendit de répandre du vin sur les tombes,

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parce que cette liqueur était peu abondante. Ce n'est qu'environ 600 ans après la fondation de Rome, que les vins d'Italie Turent en réputation. On finit par en récolter une si grande quantité que Catouy malgré son extrême frugalité, en faisait distribuer trois émines ou 0^80 par jour à chacun de ses valets ou de ses esclavas. On leur en donnait jusqu'à un congius ou 3^21 pendant le temps des fêtes saturnales. Lorsque le commerce de la république eut pris de l'extension, le luxe fit des progrès rapides, et les Romains tirèrent de l'étranger les vins les plus précieux qu'ils distribuaient quelquefois avec une grande prodigalité. Yarron, né il6 ans avant Jésus-Christ, dit que Lucullus, son contemporain, au retour de son expédition d'Asie, fit distribuer à la populace de Rome 600 culeus^ ou environ 310,000 litres de vin de Chios.

La mesure agraire des Romains était lejugerum, qui contenait environ 40 ares; celle pour la vente des vins était le cùleus^ qui conlenalt M5 litres; VamphorCy de 25*,66; Vurne, de 12^83^ le congius, de 3^21, et Vhémine, de 0^,56.

LaSARMATiE d'Europe, qui forme aujourd'hui plusieurs provinces de la Russie; la Dacie, la Pannome, la Moesie, qui font partie des empires de Russie, d'Autriche et de Turquie, ne sont point indiquées comme ayant eu des vignobles dans l'antiquité; cependant, du tempà de Strabon, la vigne était connue dans la Taubique (Crimée] , située sous la même latitude que la Dacie, ce qui donne lieu de croire qu'elle végétait aussi dans une partie de ces contrées qui contiennent maintenant beaucoup de vignobles, et où cet arbuste croît sans culture.

La Thbage (Roumanie) était située entre le Pont-Euxin, la Propontide, la mer Egée et la Macédoine; elle avait des vignobles considérables qui fournissaient à ses habitants les moyens de satisfaire leur passion pour le vin. Plusieurs cantons en produisaient d'excellente qualité, parmi lesquels les auteurs citent, comme le plus anciennement connu, celui de JUaronée, qui provenait, sans doute, des environs de la ville de ce nom, située sur la côte de la mer Egée, près du mont Ismarus, dont une partie était inculte et l'autre couverte de vignes. IJlysse s'en approvisionna pour son voyage à la terre des cyclopes. Ce vin était doux, avait une couleur très-foncée, avec beaucoup de corps et de spiritueux. Homère le cite comme étant riche, non frelatéet digne desdieux. La contréenommée Biblina, aussi dans la Thrace, était célèbre par les vins généreux qu'elle fournissait.

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