‹ Topographie de tous les vignobles connus ... suivie d'une classification générale des vinsChapitre 18 sur 116 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

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La France , située presque au centre de l’Europe , entre les i3e. et 25e. degrés de longitude , et les 42e. et 5 ie. de latitude septentrionale , est , par sa position, et par la nature de son sol , le pays le plus riche en vignes» Les vins rouges et blancs de nos différens vignobles affectent presque toutes les nuances des trois genres que j’ai décrits dans l’avant-propos de cet ouvrage. Les vins secs de l’Alsace , quoique très-bons , sont cependant inférieurs à ceux de plusieurs crus de la rive droite du Rhin ; nos vins de liqueur , fort estimés de l’étranger, et mis au premier rang par de célèbres gourmets , sont moins goûtés en France que ceux que nous tirons à grands frais

de quelques pays lointains ; mais nos vins moelleux (i) , dont le goût et le parfum sont aussi Taries qu’agréables , ne connoissent pas de rivaux hors des limites de notre territoire : ils ont sur-tout ces qualités que les meilleures variétés dewlà vigne ne peuvent fournir que lorsqu’elles végètent dans des terrains choisis , et sous un ciel tel que le nôtre. Les vins de nos premiers crus ~Seuls réunissent cet arôme spiritueux, nommé bouquet , qui, précurseur du goût, flatte l’odorat, et promet de plus douces jouissances, et cette -seve délicieuse, *moms légère que le bouquet , qui ne se dilate que dans la bouche , l'embaume et survit- àü passage de la liqueur. Ces qualités que possèdent essentiellement nos vins fins, distinguent aussi plusieurs de nos meilleurs vins d’ordinaire ; ces derniers , dont le nombre est considérable , fournissent comme ceux-là à de grandes exportations , et sont souvent assez bons pour prendre les noms des crus les plus renommés. Nos vins d’ordinaire de seconde qualité, et nos vins communs, procurent à l’immense population de la France la boisson Ta plus saine. et la plus généralement recherchée ; ils entrent pour une forte portion dans les envois à l’étranger , et servent encore à la fabrication d'une quantité prodigieuse d’eaux-de-vie et d’esprits, qui forment une

(I) Je désigne sous ce nom tous les vins qui tiennent le milieu entre les vins secs et les vins liquoreux , et qui n’ont ni le piquant des premiers , ni la douceur des derniers.

branche importante de notre commerce avec tous les peuples de la terre.

Ce qui distingue sur-tout les vins français de ceux des autres pays , c’est leur étonnante variété ; en effet , les vins de chacune de nos provinces ont un goût et un parfum qui leur sont propres, et que Ton reconnoît facilement sans avoir une grande habitude de la dégustation. Les vins , même de crus très-voisins , et qui ne sont séparés que par un mur , ou un chemin , diffèrent entre eux par des nuances assez distinctes pour être appréciées par les gourmets expérimentés du pay£, qui, après avoir goûté vingt essais qu’on leur présente , ne se trompent sur aucun , et indiquent la vigne d’où provient chacun d’eux.

D’après des renseignemens exacts, la France, telle qu’elle est aujourd'hui , contient environ 1,754,600 hectares de vignes, qui, d’après les produits constatés, i°. par les inventaires faits dans les vignobles , depuis la récolte de 1804 jusques et compris celle de 1808 5 20. par les évaluations faites dans chaque canton , après la récolte des années suivantes, jusqu’à 1 81 5 inclusivement , produisent, année commune, 5i,02i,g5a hectolitres de vin. Ces quantités ne s’accordent pas avec les évaluations précédemment faites par plusieurs savans ; mais elles me paroissent d’autant plus près de la vérité, quelles s’éloignent presque également des plus fortes et des plus foibles. En effet, M. de Vauban a évalué les pro-

âuits de nos vignobles à 36 millions de muids ; ( mesure de Paris , de 274 litres ) , ou 98*640,000 hectolitres , tandis que l’abbé d 'Expilly ne les porte qu’à 6,400*000 de muids* ou 17,536,000 hectolitres.

Pour conserver aux différons vins les noms sous lesquels ils sont connus depuis des siècles, pour éviter la trop grande division des chapitres , et sur-tout afin de présenter dans la classification qui les termine, tous les vins qui , sous le même nom , offrent des nuances de qualités qui les distinguent, j’ai cru devoir composer les uns d’une grande province , et les autres de plusieurs petites qui, par leur réunion, forment un tout partagé en plusieurs départemens. Je crois inutile d’observer que le peu de coïncidence des divisions anciennes avec les nouvelles , m’a souvent forcé de laisser hors d’un chapitre quelquesparties de province enclavées dans des départemens , dont la réunion au chef-lieu auroit entraîné de plus graves inconvéniens.

Chaque département vignoble forme un paragraphe, dans lequel tous les crus sont rangés et décrits suivant la qualité et l’importance de leurs produits. La marche adoptée parles géographes, de décrire les pays en les parcourant du nord au midi , m’a paru la plus convenable à suivre ; elle force, à la vérité , le lecteur de parcourir des vignobles peu intéressans , avant de rencontrer ceux qui méritent de fixer son attention ; mais elle le met en même temps à portée d’observer

les nuances qui distinguent les vins que l’on récolte sous les différentes latitudes.

Quoique la France produise plus de vin qu’il n’en faut pour la consommation de ses habitans , on y fait cependant une assez grande quantité de liqueurs fermentées qui servent de boisson journalière dans les provinces dont le climat n’est pas favorable à la culture de la vigne ; telles sont la bière , dont la fabrication annuelle est évaluée entre 6 et 7 millions d’hectolitres , et le cidre , dont la récolte s’élève , année commune , à près de 10 millions d’hectolitres. Il n’entroit pas dans mon plan de parler de ces liqueurs; cependant, des renseignemens positifs m’ayant été fournis sur la récolte des cidres , et ceux-ci étant le produit , non-seulement des départemens privés de vignes, mais encore de beaucoup d’autres où l’on fait d’excellens vins , j’ai cru devoir indiquer sommairement , dans chaque article , la quantité des produits de cette culture.

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