ET ILES LIPARI
Le royaume de Naples occupe toute la partie méridionale de l’Italie ; il est borné au nord par l’Etat Romain , et de tous les autres côtés par la mer ; son territoire est d’une étonnante fertilité en toutes espèces de productions 5 des vignobles trèsétendus y donnent une grande quantité de vins de bonne qualité, parmi lesquels on distingue plusieurs vins de liqueur justement estimés : on y fait aussi beaucoup d’eaux-de-vie qui s’exportent en différens pays.
Le mont Vésuve , célèbre par ses éruptions volcaniques , ne mérite pas moins d’être cité pour l’excellence des vins qu’il produit. La partie de cette montagne , voisine de la mer , est couverte de vignes dans lesquelles on récolte trois espèces de vins précieux ; celui nommé Lacryrna C/iristl est le meilleur; il s’en fait très-peu et l’on n’en trouve presque jamais dans le commerce , étant principalement desliné pour les caves du roi. Ce vin liquoreux et fin réunit à une belle couleur rouge un goût exquis et un parfum des plus suaves. La seconde sorte est le vin muscat y dont la couleur est ambrée, le goût fin , délicat et très-parfumé ; il occupe l’une des premières places parmi ceux de cette espèce. Le troisième est le vin grec y ainsi nommé parce que le plant qui le produit a été tiré de la Grèce ; il est de l’espèce des malvoisies y et en a toutes ieg qualités.
Les collines des environs du lac Averne , entre Pouzzole et Baïa et les montagnes qui ehtourent l’emplacement de l’ancienne Capoue, sont couvertes de vignobles dont on tire d’excellens vins de liqueur, blancs et rouges , qui participent des qualités des précédens et se présentent souvent sous leur nom ; il en est même quelques-uns qui approchent tellement de leur goût et de leur saveur , que les palais les plus exercés ont de la peine à les distinguer.
Après ces vins de première qualité, on cite ceux de la Calabre-Citérieure , et particulièrement les vins muscats , que l’on récolte sur le territoire de Carigliano , à quatre lieues de Rossano et aux environs du golfe de Tarente ; ils ont toutes les qualités que l’on recherche dans les vins de cette espèce , et se distinguent par un goût de fenouil très-agréable.
Bari , capitale de la province de ce nom, et Tarente y dans la terre d’Otrante, sont entourés de vignobles qui produisent d’excellens vins muscats et des vins d’ordinaire de bonne qualité. Ces derniers se trouvent aussi dans la province nommée Basilicate et dans la Pouille ; mais iis ont en général un goût saumâtre désagréable.
Les environs de Reggio > dans la Calabre-Ultérieure , produisent beaucoup de vins dont la qualité varie suivant les procédés employés à leur fabrication. Le voyageur Spallanzani assure qu’il a vu faire , avec la même espèce de raisin , des vins qui ressembioient à ceux de Bourgogne , et des vins de liqueur rouges et blancs.
Gzerace , à treize lieues nord de Reggîo , fournit des vins d’une couleur jaune et qui se distinguent de tous ceux de la province par un caractère particulier; ils joignent la maturité des vins cuits à la légèreté des vins de France : qualités qui se rencontrent très-rarement dans ceux d’Italie.
Les raisins secs forment une brandie importante du commerce de la Calabre-Ultérieure; en temps de paix elle en expédie beaucoup pour les autres contrées de l’Italie, pour la France , et sur-tout pour l’Allemagne. Le raisin dont on se sert pour la dessiccation se nomme z'ibillo ; il ressemble au gros muscat; ses grappes sont volumineuses, et ses graine, de forme ovale, ont environ un pouce de longueur sur buit lignes de diamètre ; leur peau est dure et leur goût très-sucré. Le blanc est meilleur que le rouge ; c’est pourquoi on cultive peu ce dernier.
Les îles & Ischia et de Vrocida , situées dans le golfe de Naples , sont fertiles en bons vins. La première sur-tout est couverte de vignes qui font sa richesse.
Le principal commerce d’expédition des vins des environs du Vésuve et de la terre de Labour, se fait à Naples ; ceux de la Calabre-Citérieure se vendent à Rossano ; ceux de la Calabre-Ultérieure à Reggio; ceux de la terre d’Otrante s’expédient parTarente; les raisins secs de la Calabre-Ultérieure se chargent au Pizzo, pour Trieste, Livourne, Gènes, Marseille , etc., d’où on les transporte par terre ou par mer à leur destination. *
Les mesures en usage dans le royaume de Naples
«ont le barillo qui contient 42 litres et demi; la botta de 5 08 litres, et le carro composé de 3 bottas. On prétend que le bénitier de Saint - Janvier a été pris pour modèle de la mesure des liquides. La mesure en usage dans la Calabre, est la s aima , qui représente 3o4 litres ; dans la Pouille on se sert de la staja qui vaut i5 litres , et de la salma qui est de i54 litres.
La Sicile , située entre P Afrique et l’Italie, sous les 37e. et 38e. degrés de latitude boréale , et séparée du continent par le détroit de Messine, est la plus grande des îles de la Méditerranée; elle est divisée en trois provinces que l’on désigne sous le nom de Val-di-Mona , au levant, de Val-di-Noto, au midi, et de Eal-di-JMazara , au couchant. Cette île est très-fertile, quoiqu’elle paroisse couverte de rochers. Ses vignobles nombreux et étendus fournissent en abondance des vins d’ordinaire de bonne qualité et d’excellens vins de liqueur, dont il se fait des exportations estimées à 25, 000 somma , d’une valeur de 75,000 onces ou 375,000 francs ; on exporte en outre des eaux-de-vie, des vinaigres et des raisins secs. Les vignes sont, en général, tenues basses ; on cultive peu de ceps hautains.
L'Etna , volcan fameux et la plus haute montagne de la Sicile, dans le Val-di-Mona , est divisé en trois régions distinctes. La première entoure le pied de la montagne et forme le pays le plus fertile du monde, jusqu’à la région des bois ; elle est composée presque entièrement de laves , qui , après des siècles , se sont converties en un sol très-
riche. La plaine la plus basse est couverte de champs immenses de lin et de chanvre, arrosés par des ruisseaux ; les collines, que le volcan a lui même créées , sont tapissées de vignes et couronnées d’oliviers et d’orangers, au-dessus desquels le palmierdattier élève sa tête majestueuse.
J\fascolijà&ns\& région inférieure de l’Etna, entre Catane et Taormina, est situé au milieu de beaux vignobles qui fournissent les meilleurs vins de la province 5 ils sont rouges, ce qui est rare en Sicile, et leur £oût est agréable. On cite aussi comme fort bons ceux des vignobles de la Sciarra , de la Macchia et de San-Giovani , dont le territoire est de la plus grande richesse.
Catane y sur un golfe au pied du mont Etna, a beaucoup de vignes dans son territoire ; on y recueille les meilleurs vins d’ordinaire de la Sicile; ils sont trèsforts, portent bien l’eau, et ont un léger goût de goudron , qui ne diminue en rien leur qualité , sur-tout pour les personnes qui en font un usage habituel. Le côté de la montagne, entre Catane et Nicopoli , est aussi très-fertile en vins; mais ils sont acerbes et conservent un goût sauvage déplaisant.
Les environs de Taormina , sur la côte orientale du Val-di*Mona , entre Catane et Messine, et les vignobles du Faro, entre cette dernière ville et Milazzo, produisent de fort bons vins rouges de la même espèce et presque de la même qualité que ceux de Mascoli. Le district de Messine en récolte aussi en assez grande abondance pour fournir à des exportations.
Syracuse, ville ancienne et fameuse, avec un beau port sur la côte orientale du Val di-Noto, est encore célèbre par les e.\cellens vins de liqueur qu’on récolte sur son territoire , et dont on fait un grand commerce. Les vignobles sont en plaine, et les ceps, plantés près les uns des autres , ne s’élèvent pas audessus de quatre palmes, ce qui, vu la fertilité du sol et la chaleur du climat ne nuit ni à la végétation ni à la maturité du raisin. La partie de l’ancienne Syracuse nommée Nicopolis , et qui étoit la plus belle et la mieux bâtie, est aujourd’hui plantée en vignes et en oliviers. On y récolte une quantité prodigieuse de vins muscats, qui occupent le premier rang parmi tous ceux de cette espèce ; il y en a de rouges et de blancs : la couleur des premiers est peu foncée , et celle des seconds est ambrée $ ils sont doux sans être fades, pleins de finesse, de sève et de parfum.
Le Val-di-Mazara fournit aussi des vins estimés , dont une grande partie est livrée au commerce. Parmi les différens vignobles de ce val y on cite ceux de JSlazara , de Castel- V eterano , de Coriglione , de Termini et de Qirgenti , comme produisant les meilleurs vins.
Indépendamment de ces crus, la Sicile en a beaucoup d’autres qui donnent des vins d’ordinaire et une quantité de vins communs qu’on convertit en eaux-de-vie ou en vinaigres. On prépare aussi , dans plusieurs cantons , des raisins secs qui sont exportés.
Le principal commerce des vins se fait à Cataire, a Messine et à Milazzo, dans le Val-di-Monaj à
Syracuse , dans le Val-di-Noto ; à Païenne , à Castel-à-Mare , à Castel-Veterano et à Marsaila , dans le Val-de-Mazara. Les expéditions ont lieu dans les différens ports.
La mesure en usage se nomme salma ; elle contient 88 litres à Messiue, et 78 à Syracuse : 1 2 salma font une tonne > qui se partage en tonneaux d’une moindre capacité.
Les Iles Lipari forment un groupe très-étendu , situé au nord de la Sicile , près des côtes de la Calabre, sous le 38e. degré de latitude boréale. On en compte dix, dont les plus fertiles sont celles de Lipari , de Didimia ou île des Salines , de Panaria, de Stromboli , de Felicuda , d’AIicuda et d’Ustica.
Lipari y la plus étendue , est à environ neuf lieues nord-ouest de Milazzo ; elle contient beaucoup de vignobles dont les produits font toute sa richesse. Les vignes sont ordinairement tenues à la hauteur de deux à trois pieds 5 on forme , avec des pieux et des roseaux , de petites treilles où elles sont entrelacées et couvrent un espace de terrain qui reste inculte. Quelques propriétaires les cultivent en espaliers parallèles , et sèment du blé dans les intervalles, ce qui leur procure deux récoltes au lieu d’une 5 la terre est tellement fertile et le climat si favorable , que cette double culture ne nuit ni à la quantité nia la qualité du raisin. Chaque année elle fait de nouveaux progrès qui augmentent la fortune des cultivateurs.
On récolte dans cette île des vins de différentes qualités ; le malvoisie y qui provient de plants tirés
de la Morée, est le plus estimé; il a une couleur ambrée, est généreux et suave, et laisse dans la bouche un parfum délicieux et un arrière-goût de douceur non moins agréable. Ce vin est préparé avec beaucoup de soin ; on choisit les grappes , et , après en avoir oté tous les mauvais grains , on les expose pendant huit ou dix jours , au soleil avant d’en exprimer le jus, que l’on met ensuite fermenter dans les tonneaux. La récolte s’élève à peine à 2000 barriques que les Liparotes envoient à l’étranger ; ils en réservent très-peu pour leur usage , et les voyageurs ont souvent de la peine à s’en procurer quelques flacons, lorsqu’ils veulent en boire pendant leur séjour dans l’île.
Les vins communs, dont les habitans font leur boisson ordinaire, ont du spiritueux, un goût agréable , et se conservent. Les vignerons sont dans l’usage de presser le raisin dans la vigne meme , à mesure qu’ils le cueillent , et d’en renfermer le jus dans des outres goudronnés, pour le porter chez les propriétaires 5 ce qui communique au vin un goût de goudron qui se dissipe promptement, lorsqu’on a soin de le verser de suite dans les tonneaux. La récolte de ces vins est si abondante qu’on en exporte chaque année deux à trois mille barriques , et que l’on fabrique encore une assez grande quantité d’eau-dë-vie , qui fait une branche importante du commerce de l’île.
Les vignobles fournissent aussi des raisins que l’on fait sécher ; il en est de deux espèces : l’une appelée passola , et l’autre passolina ; celle-ci , dont les grains sont plus petits , prend aussi le nom
cïe raisin de Corinthe . On prépare annuellement 1 1 à i2?ooo barils de la première espèce, et 10,000 de la seconde : les barils pèsent environ 200 livres chacun, ou 100 kilogrammes.
Le principal commerce des vins , des eaux-de-vie et des raisins secs se fait dans la ville de Lipari , située au bord de la mer, à Test de Vile ; c’est aussi l’entrepôt des productions des autres îles de cet Archipel.
Didymia ou l 'Ile des Salines , à deux lieues nord-ouest de Lipari, ne produit pas de blé,; mais ses champs sont couverts de vignobles qui ne le cèdent pas en qualité à ceux de l’ile Lipari. On y prépare beaucoup de raisins secs qui sont le principal article de son commerce.
Panaria , à environ deux lieues nord-est de Lipari, produit du vin et des raisins de Corinthe, qu’on transporte à Lipari.
Stromboli , à deux lieues et demie nord-est de la précédente , produit les mêmes végétaux que Lipari, et dans la même proportion. Les habitans tirent leur principale richesse de la vente de leur malvoisie qu’ils portent dans cette île capitale , où ils trouvent aisément à s’en défaire. Les vignes qui produisent la malvoisie et les raisins nommés passola et passo lina, sont plantées au bord de la mer \ celles qui donnent le vin d’ordinaire tapissent les flancs de la montagne, et forment une zone qui s’étend du nord à l’est. Elles sont toutes plantées dans les sables volcaniques et dans les sites les plus élevés $ on les entoure de fortes palissades pour les défendre contre les vents.
Les iles de Féllcuda , d’ Alicuda et d’ U Stic a , contiennent des vignobles dont on tire d’assez bons vins pour la consommation des babitans ; mais on n’y renconfre pas les raisins nommés passola et passo lina , ni ceux dont les Liparotes font leur excellente malvoisie.
Le vin dit Lacryma Christi , que l’on recueille au pied du mont Vésuve, est du petit nombre de ceux de première classe.
Le muscat et le vin grec des environs du Vésuve, et les vins blancs et rouges des vignobles voisins du lac Averne, dans le royaume de Naples ; le muscat de Syracuse, en Sicile; la malvoisie des îles Lipari ; les vins d’Albano et de Monte -Fiascone, dans l'Etat Romain ; ceux de Monte-Pulciano, Montalcino, Riminese, Pont-Ecole et Santo-Stepliauo , en Toscane; enfin le vin dit aleatico, que l’on fabrique à l’ile d’Elbe, en Toscane et dans plusieurs vignobles de J’État Romain , sont comptés parmi les meilleurs vins de liqueur de seconde classe. Le vin nommé vermut, que l’on prépare à l’ile d\Elbe, étant un composé de plusieurs substances, n’apparlient à aucun genre ; il peut néanmoins , quant à son prix, être considéré comme vin de seconde classe.
Le vin dit d’Allesse des environs de Chambéry, en Savoie ; ceux d’Asti , les malvoisies de Canelli et les muscats de Chambave , dans le Piémont ; ceux
de Chianti , Carmignano , Artiminio , Tizzana , Montale , Lamporecliio , Monle-Sperîoli , Poncino , Antella'et les Roses, en Toscane 5 ceux nommés nasco, giro, caunonao, monaca , garnaccia et les malvoisies de Sorso, de Bosa et d’Alghier, dans Tile de Sardaigne; de Monte -Serrato et de Rio, île d’Elbe; le vino-santo de Brescia, royaume de Lombardie ; les vins muscats de Carigliano , dans la Calabre-Cilérieure ; de Bari , dans la principauté de ce nom; de Tarente dans la terre d’Otrante ; de Gierace et de plusieurs autres cantons de la Calabre- Ultérieure; d’Orvieto, de Castro, de Viterbe, de la Riccia , de Bologne et de quelques autres parties de l’Etat Romain , occupent les différens degrés des troisième et quatrième classes.
Les vins qui forment la cinquième classe, se font dans presque tous les vignobles de l’Italie ; comme ils sont peu susceptibles de se garder long-temps , et encore moins d’acquérir de la qualité en vieillissant, 011 les consomme dans le pays.