VI. ÉTAT ROMAIN
L’État Romain ou Etat de V Église , au centre de l’Italie , est borné au nord par le royaume de Lombardie 5 à l’est par le golfe de Venise; au sud par le royaume de Naples , et à l’ouest par la Méditerranée et la Toscane. Il est divisé en dix petites provinces contenant toutes des vignobles plus ou moins étendus et produisant d’assez bons vins d’ordinaire , beaucoup de vins communs et quelques vins fins et de liqueur , qui jouissent d’une grande réputation en Italie , mais dont il ne se fait qu’une foible exportation à l’étranger , parce qu’ils supportent difficilement le transport à de grandes distances.
La plupart des vignes de l’Etat Romain et de l’Italie méridionale sont encore cultivées selon le mode décrit par Virgile dans ses Géorgiques ; elles sont tenues très-hautes et montent aux arbres. En Toscane ce sont les oliviers qui soutiennent la vigne; ici l’on emploie plus généralement de jeunes or-
lîleaux; dans quelques cantons on la dresse en treîU lis , mais on ne connoît nulle part la culture à 1 echalas. Malgré la chaleur du climat, il est des endroits où le raisin ne parvient que très- rarement a une maturité parfaite, et dans plusieurs on est obligé de cuire le moût pour obtenir un vin qui se conserve. La fabrication, mal dirigée, n’en donne souvent que de médiocres , qui manquent de consistance et se corrompent ou perdent leur qualité au bout de quelques mois. Cependant, on assure que si Ton suivoit de meilleurs procédés , ces vins pourroient etre aussi bons que ceux de Toscane , et quelques expériences faites par des propriétaires éclairés confirment cette assertion.
On cldtive confusément les plants qui produisent le vin ordinaire et celui de qualité supérieure. Les vins de liqueur nommés Moscatello , Aleaûco , V ernaccia , Grcco et J^ino-Scuito sont préparés avec des raisins choisis dans les vignes qui fournissent les vins communs ; chaque propriétaire a des procédés différens pour les faire, de manière que Ion en rencontre souvent qui, quoique portant
le même nom , se ressemblent très-peu.
TINS DE LIQUEUR
Albano 9 dans la campagne de Rome , à quatre lieues sud-est de cette ville, produit les meilleurs vins du pays ; on en récolte de blancs et de rouges 5 ceux - ci ont une belle couleur $ les blancs prennent une teinte ambrée ; ils ont l’un et l'autre un goût agréable, du spiritueux sans être trop fumeux,
<le la sève et un bouquet très-suave. Ces vins, les plus estimés de l’Italie après le fameux vin du Vésuve , connu sous le nom de Lacryma Chris ti , sont trèssalubres, facilitent la respiration et se digèrent bien.
Monte-Fiascone , sur une montagne près du lac Eolsena , à cinq lieues sud-ouest d’Orvieto et dixhiiit nord-ouost de Rome, fournit des vins muscats très-liquoreux que l’on compare à ceux d’Albano pour l’excellence de leur goût ; ils ont un parfum a roulai i que prononcé , et passent pour trèscapiteux (1 ).
Orvieto , ville capitale de l’Orviétan , à vingt lieues nord-ouest de Rome, est entourée de vignobles importans , qui produisent des vins rouges fyrt estimés ; ils ont sur presque tous les autres l’avantage de se conserver plusieurs années et d’acquérir de la qualité. Ce pays fournit aussi des vins blancs muscats recherchés , tant pour leur goût agréable que pour leur parfum, qui a quelque chose d’embaumé :
(1) L’histoire d’un voyageur allemand , nommé Jeande-Fugger , n’a pas peu contribué à la réputation du vin de Monte-Fiascone . Ce digne amateur du jus delà treille avoit soin de se faire précéder par un domestique chargé de goûter le vin des hôtelleries j il écrivoit le mot est sur la porte de celle où il trouvoit le meilleur. Arrivé à MonteFiascone > le vin lui parut si bon qu’il écrivit trois fois ce mot. Le jnaitre fut du goût du valet, et fit un tel excès de cette liqueur qu’il en mourut; on l’enterra dans l’église de Saint- Flavinio , et chaque année , après la Pentecôte , on jfaisoit des libations sur sa tombe; mais on a réformé cet usage , et le j prix du vin qu’on y employoit , sert à acheter du pain qu* l’on distribue aux pauvres.
on leur reproche d’être huileux et de ne pouvoir se conserver long-temps : on les expédie ordinairement dans des bouteilles empaillées qui contiennent environ un litre. La majeure partie des vins de ce vignoble est transportée à Rome.
Farnese , à deux lieues nord-est de Castro , recueille aussi des vins muscats qui diffèrent peu des précédens.
1 erni , à six lieues sud-ouest de Spoleto, fait un grand commerce des vins de son territoire , parmi lesquels il y en a de fort bons.
vins d’ordinaire.
Les vins d’ordinaire sont en général légers , d’une saveur douceâtre et foibles en qualité ; comme on ne peut pas les exporter sans qu’ils se détériorent, on proportionne aux besoins des habitans la quantité de vignes qu’on cultive.
Viterbe , à quatorze lieues nord-ouest de Rome , est entourée de vignobles qui produisent les meilleurs vins d’ordinaire du pays.
La Riccia , à quatre lieues sud-est de la même ville, fournit d’excellent vin, mais en petite quantité. Les vignobles des environs de Rome , si estimés par les anciens, ont beaucoup perdu de leur réputation.
Saint-Marin , à cinq lieues nord-ouest d’Urbin , sur une montagne escarpée, récolte des vins trèsdélicats, et qui se conservent long-temps lorsqu’ils sont gardés dans des caves fraîches.
Dans les environs de Bologne > et particuliè-
rement sur la montagne délia Guardia y à trois lieues de cette ville , on trouve des vignobles fort étendus et dont les vins sont estimés ; on y fait aussi d’excellens raisins secs connus sous les noms de uva paradisa et de uva-angola .
Le Ferrarois produit beaucoup de vins d'ordinaire et des vins communs ; on y prépare aussi , comme dans les vignobles que je viens de citer, des vins de liqueur assez bons , mais qu'on n’exporte point.
Les environs de Spoleto y et sur-tout Amélia y cultivent les meilleurs raisins d'Italie , particulièrement celui nommé pizotello .
Entre Narni et Terni y où se termine la chaîne des Apennins y à six et huit lieues de Spoleto, on récolte des raisins sans pépins , nommés uvapassa et uvapasserina y dont les grains , très-petits , ressemblent à ceux du raisin de Corinthe , tant par leur forme que par leur goût : ces vignobles fournissent aussi de fort bons vins.
Le principal commerce des vins et raisins secs se fait à Orvieto , à Viterbe, à Spoleto, à Bologne, à Terni et dans quelques autres endroits.
Les mesures en usage sont, à Rome, le barillo y qui contient 4$ litres et demi $ la brenta , de i44 litres, et la botta y composée de 16 barilli ou de 72.8 litres ; à Bologne, la corba , qui est d’environ 75 litres; à Ancône , la soma y de 68 litres et demi ; à Ferrare, la secchia y de 10 litres et le mastello y contenant 8 secchia .