S. I. ÉGYPTE
Cette contrée célèbre qui occupe la partie nordest de l’ Afrique , est bornée au nord par la Méditer-
ranée, à Test par la mer Rouge, au sud par la Nubie, et à l’ouest par les déserts de Libye. Elle s’étend en latitude du 24e. au 3ie. degré 3o minutes, et en longitude du 25e, au 62e. degré à l’est du méridien de Paris.
La vigne formoit autrefois une branche intéressante de la culture et du commerce de ce pays. Antoine et Cléopâtre exaltoient leur imagination voluptueuse en buvant le vin provenant des raisins maréotiques.Du temps de Pline c’étoit Sebennitus qui alimentoit de vins de liqueur les tables de Rome; et l’on en récoltoit de très-renommés dans les environs d’Alexandrie; mais aujourd’hui la vigne n’y est
Quoiqu’on ne fasse presque plus de vin en Egypte , les ceps de vigne ne laissent pas que d’y être fort multipliés; on les plante, pour l’ordinaire, dans le sable , où ils prennent un prompt accroissement et acquièrent souvent des dimensions colossales. Le nom arabe des raisins est aneb ; la plupart sont de l’espèce dont le grain ne renferme qu’un pépin ; ils ont un goût et un parfum délicieux, lies feuilles en sont fréquemment employées dans les cuisines de l’Égypte.
Il y a beaucoup de vign.es dans le Fayoum, et sur-tout aux environs de Médine ; les chrétiens y font du vin, mais il ne vaut pas celui que les anciens Egyptiens fabriquoient dans le Nome-dri~ sonoite ; il a sur-tout le défaut de ne pas se garder. Cette contrée envoie an Carre une certaine quantité de raisins secs par la caravane qui part tous les huit
jours deTamyeh. Les caravanes delà Syrie apportent aussi de leurs raisins dans diverses parties de l’JÉgypte.
Dgeddié , sur la rive occidentale du Nil, à peu de distance d’Abou-Mandour , est entouré de beaucoup de vignes ; c’est de là que se tire la provision de raisins pour Rosette et Alexandrie,
On récolte à Dendera , près des ruines de Tentyris, à Kous , à Farschout et dans plusieurs autres cantons de la Haute-Egypte, des raisins excellensj mais on n’y fait pas de vin,
S. II. NUBIE, ABYSSINIE, BARBARIE , TO^aUme de MAROC, SÉNÉGAL et GUINÉE.
La vigne est peu connue en Nubie 5 elle est cultivée dans plusieurs cantons de l’Abyssinie $ l’on y fait même du vin , mais en petite quantité , cette liqueur étant peu goûtée des habitans qui préfèrent une espèce d’bydromel et de l’opium.
On rencontre des vignobles importans dans plusieurs oasis (1). On cite sur-tout, comme trèsfertile, le canton de Syouah, dans l’oasis d’Hammon, situé vers le 29e. degré de latitude septentrionale, à quatorze journées de marche d’Alexandrie. Les environs de cette ville, qui forment une étendue de six à liuit lieues, produisent toutes espèces de fruits d’Europe, et des raisins qui passent pour très-savoureux.
(1) Cantons habités et entièrement environnés de grands déserts 5 ils ressemblent à des îles au milieu d’une mer de sable.
La vigne est l’une des productions ordinaires de quelques parties du mont Atlas et de la côte de Barbarie. Strabon et Pline ont célébré la fertilité de la région Atlantique. Les vignes, Strabon j ont souvent le tronc assez gros pour que deux hommes puissent à peine l’embrasser; les grappes sont longues d’une coudée. Le même auteur remarque que les vins avoient une certaine âcreté qu’on corrigeoit en y mêlant du plâtre. Un gouvernement despotique et le défaut de civilisation n’ont pu anéantir tous les dons de la nature, et, malgré les défenses de la religion de Mahomet, les Maures cultivent encore plusieurs variétés de vignes.
On trouve de beaux vignobles aux environs de Tanger ; ville du royaume de Maroc, sur la côte méridionale du détroit de Gibraltar.
Mogodorej* ille commerçante du même royaume, exporte une assez grande quantité de raisins secs qu’elle récolte sur son territoire.
Le Sénégal et la Guinée n’ont pas de vignes ; mais leshabitansde ces contrées, très-passionnés poulies liqueurs enivrantes, font du vin de palmier et de la bière qu’on dit ressembler beaucoup au porter des Anglais; celle que l’on fait à Médina et dans le royaume de Wouli est préparée avec du millet au lieu d’orge, et une racine en remplacement du houblon. Les Européens fournissent aux nègres des contrées maritimes ces funestes eaux-de-vie qui les ont fait passer si souvent de l’ivresse à l’esclavage.