‹ Topographie de tous les vignobles connus ... suivie d'une classification générale des vinsChapitre 96 sur 116 · S- III. AFRIQUE - MÉRIDIONALE · texte numérisé non relu

S- III. AFRIQUE - MÉRIDIONALE

On ne trouve des vignobles, dans cette partie de l’Afrique, qu’au cap de Bonne-Espérance, palcé sous le 54e. degré 24 minutes de latitude méridionale, et le 16e. degré 3 minutes de longitude orientale. Cette colonie est divisée en quatre districts, savoir : le Cap, Stellenbosch , Graff-Reynet et Zwellendam. La ville du Cap en est la capitale , et le centre de toutes les opérations commerciales ; elle est située sur la côte occidentalé de la baie de la Table, dans une plaine fertile, qui s’élève en pente douce jusqu’aux trois montagnes du Diable, de la Table et de la Tête-du'Lion.

Les vignes du Cap sont justement estimées; il n’y a pas de culture plus productive aux environs de la ville, et le raisin est le seul des fruits d’Europe qui n’y dégénère pas. On récolte trois différentes espèces de vin, toutes de bonne qualité, et dont il se fait un grand commerce.

Le petit vignoble de Constance , situé sur la côte du même nom , à deux lieues du Cap , produit des vins très-renommés. On les recueille dans deux clos contigus, l’un appelé le liaut et l’autre le bas Constance; iis sont peuplés d’un plant tiré de Perse, et que l’on nomme au Cap kaenapop . Chacun des propriétaires de ces clos prétend à la supériorité sur l’autre; maisc’est leur rendre justice à tous deux, que de mettre les vins qu’ils fournissent au nombre des meilleurs vins de liqueur du globe, immédia-

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îement après celui de Tokai : ils ont, comme ce dernier, une douceur agréable, beaucoup de finesse, du spiritueux et un bouquet des plus suaves; le blanc, quoique un peu moins corsé et moins liquoreux que le rouge, se vend à-peu-près le même prix.

La récolte du vin de Constance n’est évaluée qu’à 900 hectolitres , dans les années abondantes , et son produit est toujours retenu d’avance ; d’où il résulte que, même au Cap, l’on s’en procure difficilement de véritable : le commerce en étoit autrefois réservé à la compagnie hollandaise, et dans le pays même on le payoit une piastre ( 5 fr. 2 5 c.) la bouteille, taudis que les vins ordinaires se donnoient à 3 et 4 sous.

Après les vins de Constance on eslirne au Cap les muscats, dont il se fait une grande quantité, quoique les abeilles et autres insectes attaquent et détruisent une partie des raisins. La plupart se récoltent sur les terrains situés entre la baie Falso et celle de la Table ; ils sont fort bons , et l’on en expédie considérablement pour plusieurs contrées de l’Europe , où ils prennent le nom de vins de Constance , quoiqu’ils lui soient bien inférieurs en qualité. Les plus estimés sont ceux des crus dits de Becker et de Hendrick y l’on assure qu’au moyen d’une préparation, les marchands du Cap parviennent à les vendre, même aux habitans du pays, comme provenant des clos de Constance.

La troisième espèce de vin que l’on récolte dans le district du Cap, se nomme vin de pierre ; il est sec,

de bon goût, et ressemble aux vins de Grave : il provient des cantons dits la Perle > Dragestein et S tellenbosch. On y fait aussi des vins rouges d’une couleur foncée, pleins de corps, de spiritueux et de parfum, qu’on désigne sous le nom de rota , avec lequel ils ont quelque analogie.

A une lieue de lfa baie de la Table , se trouve l’île de Robben, lieu d’exil des malfaiteurs. Le terrain, tout sablonneux qu’il est, a cédé aux efforts de ses liabitans. Chacun des relégués a un jardin et une vigne à cultiver : le vin et les autres produits se vendent aux vaisseaux qui relâchent dans ce mouillage, et contribuent à adoucir le sort des cultivateurs.

Le district de Grafl-Reynet est stérile et peu habité. Quoique celui deZwellendam soit très-fertile, la vigne y est peu cultivée : ce district est encore trèssauvage et presque désert.

Les Hottentots, voisins de la colonie, et les Gonaquois, dont les habitations sont plus enfoncées dans les terres, composent, avec du miel et une racine qu’ils laissent fermenter dans l’eau, une sorte de boisson enivrante qu’ils aiment beaucoup ; c’est une espèce d’hydromel.

Quoique les différens cantons de la colonie produisent du vin en abondance, on en apporte encore une certaine quantité d’Europe. Le vin commun du pays paroit rarement sur les bonnes tables, où l’on boit plus ordinairement ceux de Bordeaux , dont le prix varie de un à trois florins la bouteille , et quelquefois des vins du Rhin, de la Moselle, et de l’eau de

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Selz (1). On y fait aussi une grande consommation de rack, de genièvre et d’eau-de-vie de France ; cette dernière liqueur est sur-tout très-estimée au Cap.

Le commerce des vins et autres denrées se fait dans la ville du Cap. Le vin de Constance n’entre que pour une foible portion dans les expéditions ; il se loge dans de petits barils nommés alvrames , contenant environ 80 litres. On emploie aussi une mesure plus forte , nommée liggars, qui représente 6 00 pintes anciennes de Paris ou 571 litres.

Les vins de Constance rouges et blancs sont au nombre des vins de liqueur de première classe. Les muscats du Cap et les vins rouges dits rota , du district de Stellenbosch , entrent dans la seconde $ le vin blanc sec des cantons de la Perle, de Dragestein et de Stellenbosch, ne peuvent être mis que dans la quatrième; et ceux de Pile Robben , du Fayoum, en Egypte, et de l’Abyssinie, ne sont que des vins ordinaires ou communs de la cinquième classe.

(1) Eau minérale gazeuse , qui vient de Nieder-Seîters , dans le grand-duché de Hesse-Darmstadt. Voyez page 4*4 ci-dessus.

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