‹ Topographie historique du vieux Paris (volume 2)Chapitre 113 sur 302 · III. COLLÈGE DE CLERMONT · texte numérisé non relu

III. COLLÈGE DE CLERMONT

Cet établissement n’appartient point, par la date de sa fondation, au grand mouvement scolaire des xivc et \ve siècles, qui créa tant de collèges parisiens au profit des étudiants de province; il est l’un des derniers fondés et demeura, pendant toute son existence, en hostilité ouverte ou cachée avec ceux qui l’avaient précédé. La Compagnie de Jésus désirait posséder une école à Paris; mais, comme elle n’était point encore autorisée en France, elle se fit donner l’hospitalité par certains collèges régulièrement établis, et, en particulier, par celui du Trésorier, ainsi que par celui des Lombards. « C’est là, dit Félibien, que Jean-Baptiste A iole, supérieur des Jésuites, étudiant dans f Université de Paris, se logea en 1 5/iu , avec ses compagnons, et où ils demeurèrent jusqu’à i55o, que Guillaume Duprat, évêque de Clermont, grand amateur de la nouvelle société, les retira dans son hôtel de Clermont, situé dans la rue de la Harpe M. n

Cet asile ne pouvait leur suffire, et ils souhaitaient toujours d’avoir un collège à eux. Leur bienfaiteur, Guillaume Duprat, qui leur avait déjà fait un don considérable au moment où ils quittèrent le collège des Lombards, mit plus tard le comble à ses libéralités par ses dispositions testamentaires. Ce prélat qui, avant sa mort survenue le 22 octobre i56o, avait puissamment contribué à leur donner une existence légale en recevant la profession de Pierre Viole, et en ouvrant pour eux un collège à Billom, ville de son diocèse, les mit enfin en mesure de réaliser leur dessein. «Comme sa principale vue, dit Félibien, avoit été de fonder un collège à Paris, il leur légua, pour aider à le bastir, six mille livres, sans compter les seigneuries de Comede-le-Mode et Amans d’ Altière, dont il les avoit gratifiés par une donation entre vifs. Il ajouta de plus, par son testament, pour leur subsistance, la somme de quinze cent quarante six livres de rente annuelle sur les Prevosts et Eschevins de Paris, et outre cela, deux cents escus d’or sol, aussi de rente annuelle et perpétuelle, à condition d’entretenir six pauvres escoliers P) ».

C’est, avec ces ressources que les Jésuites acquirent l Hôtel ou Coun de Lascbes , dont nous avons parlé en son lieu, et qui était voisin des collèges de Marmoutiers et Du Plessis. Cet immeuble, assez oo.nsidérable , devait son nom aux évêques de Langres qui l’habitaient au xvc siècle, et dont l’un d’eux lavait d abord possédé à titre privé. C’était Bernard de la Tour, après la mort duquel il passa au seigneur de la Tour d’Auvergne, «sans pourtant perdre, dit Sauvai, son nom de Hostel de Langres». Mais ce seigneur tenait pour Charles Ml, et Henri VI, en i42Ô, confisqua l’hôtel d’abord au profil d'un de ses partisans, Jean Bazille,

Histoire de la Mlle de Paris, t. II, p. 1 09/1 et siliv. — (ï' lbul.

RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ, seigneur de Maye et de Bulïières, puis, du consentement de celui-ci, il le donna à Charles de Poitiers, évêque et duc de Langres, rr qui n’avoit point de maison à Parisr, ajoute Sauvai.

Mais , en 1 636 , quand les Anglais eurent évacué Paris, nous voyons i’hôtel laire retour à la famille de ses anciens propriétaires. En 1 6 8 6 , un autre Bernard de la Tour, comte de Boulogne et d’Auvergne, le vendit à Pierre Simart, secrétaire du Roi. Ce personnage, qui était en outre «maistre des eaux et forêts du duché d’Orléans v, ne le conserva point, ou du moins ne paraît pas l’avoir légué à sa descendance, car, au moment où les Jésuites en firent l’acquisition , il appartenait pour moitié à Jean Brachet, seigneur de Froville et de Portmorant, et à Antoinette Hennequin, sa femme. Le frère de celle-ci, Pierre Hennequin, conseiller au Parlement, fut l’intermédiaire de la négociation pour la moitié de l’immeuble. L’autre moitié appartenait à Jean Prévost, seigneur de Saint-Cyrdu-Sault, en Touraine, à Madeleine du Refuge, sa femme, ainsi qu’à Bernard Prévost, conseiller au Parlement, premier président des requêtes du Palais, et à Marie Pottier, sa femme ; la vente en lut consentie aux Jésuites par Nicole Prévost, conseiller au Parlement, président de la Chambre des Enquêtes, qui était copropriétaire de cette seconde moitié avec ses deux frères.

L hôtel était, dans son ensemble, chargé, envers la commanderie de Saint- Jean-de-Latran , dune redevance annuelle de soixante-cinq sols tournois, et envers 1 abbaye de Sainte-Geneviève, de douze sols six deniers de cens et rentes.

La négociation, qualifiée de «eschange et achaptr, fut conclue «moyennant treize cent vingt sept livres dix sols de rente, tant sur l’Hostel de Ville de Paris, que sur différens particuliers, et soixante dix livres de soulter.

Le contrat fut fait avec quelque solennité; il est dit, dans la pièce originale, «passé en la Prévosté de Paris n , entre les vendeurs ci-dessus nommés et «le R. P. Gogordan, recteur du collège des Jésuites de Paris -n, situé à l’hostel de Clermont, en la rue de la Harpe, et procureur général de tous les collèges de l’ordre de France, suivant les lettres de procuration à luy données à Trente, le 3o janvier 1 563 , signées Lainez (1)r. Le signataire n’était rien moins que le second général de l’ordre.

Les Jésuites s’étaient, d’ailleurs, ménagé des protecteurs à Paris; ils en avaient en la prévôté royale, comme on vient de le voir; ils en eurent également dans le sein de la prévôté bourgeoise, puisque le Bureau de la Ville, bien qu’il eût fait d’abord cause commune avec l’Université, en s’opposant, dit Félibien, à l’établissement du collège de Clermont, donna plus tard des marques d’estime et de confiance à la compagnie (2).

L acquisition de la Cour on Hostel de Langres mit fin au séjour des Jésuites 1,1 Archives nationales, MM 388. — <’> Même fonds.

en la rue de la Harpe, où ils occupaient l’Hôtel de Clermont, à eux cédé par Guillaume Duprat, le 16 mai 1 55g , moyennant indemnité en faveur de la mense épiscopale. «Le collège destiné à Paris, la maison qu’ils estaient en intention d’y avoir et acquérir pour y establir y celui ■» , ainsi qu il est dit dans les titres, deviennent une réalité à partir de 1 563. Dans la même année, au mois de janvier (vieux style), Charles IX donna des lettres patentes portant amortissement «de toute somme à luy due par les R. P. Jésuites, pour raison de l’acquisition de la Cour et Hostel de Langues «. Deux ans plus tard, le 9 août 1 565 , le Parlement les obligea à payer «aux religieux, abbés et couvent de Sainte-Geneviève-du- Mont et au commandeur de Samt-Jehan-de-Latran, la somme de trois nulle deux cents livres, pour indemnité de leur acquisition d.

Mais la Cour de Langues, malgré son étendue, n’était qu’un noyau : plusieurs maisons privées l’enserraient, et les Jésuites saisirent toutes les occasions de les acquérir, lorsqu’ils eurent satisfait à leurs premières obligations financières. C’est ainsi qu’ils achetèrent successivement :

L’Ymaige saint Martin et la Malassise en 1678 et i58o;

Une Maison sans désignation «joignant la Coun de Langres, et appartenant à Gabriel Bourdet (1582);

L’Image saint Jacques, appartenant à la veuve et aux héritiers Cardinal (1621):

La Maison de l’Escu de Bourgogne, vendue en 1625, au P. Filleau, recteur du collège;

La Maison de l’Annonciation, vendue en 1 6 3 3 , par le libraire Jacques Sanlecq,

L’Image saint Jean ( 1 6 3 6 ) ;

La Maison du Fer à cheval {16Ù7).

Entre l’acquisition de i582 et celle de 1621, il s écoulé un intervalle de trente-neuf ans, qui s’explique par la mesure prise contre les Jésuites, à la suite de l’attentat de Jean Châtel. Expulsés de France, où ils ne rentrèrent qu en 160Ù, ils ne songèrent point à reprendre immédiatement le cours de leurs achats, tout occupés, d’ailleurs, de faire construire un ensemble de bâtiments

01 Les Registres du Bureau de la Pille sont fort discrets sur ce point. Il semble que plusieurs pièces imporlantes n’y aient point été transcrites. — (î) Archives nationales, MM 388.

RÉGION CENTRALE DE L’UNIVERSITÉ, scolaires, sur l’emplacement qu’ils avaient acquis. La première pierre en fut posée, le 28 août 1628, par le Prévôt des Marchands, Nicolas de Bailleul, accompagné de quatre Échevins, cdont la société, dit Ch. Jourdain, élevait les enfants ».

L’Université protesta de nouveau; mais elle ne put empêcher ni la reconstruction du collège, ni l’acquisition d’autres immeubles, pour en augmenter les dépendances. L’année même où le P. Filleau achetait l’Escu de Bourgogne, il accomplissait un autre et plus important acte d’agrandissement. Non content d'annexer à la Cour de Langres les maisons environnantes, il voulait réaliser » l’union» des collèges du voisinage au nouvel établissement. Marmoutiers, Du Plessis, les Chollets, le Mans étaient l’objet de son ambition; mais il ne put ttunir» que ces deux derniers collèges, par suite de l’opposition des « recteur, doyen et supposts de l’Université», lesquels suppliaient le Parlement de ne point entériner et vérifier et les traitez faits et à faire pour raison d’union». Cependant Clermont parvint à s’arrondir aux dépens des Chollets, ainsi que nous le dirons à la date de ce nouvel accroissement. A l’article du collège de Marmoutiers, nous avons raconté 1 annexion de cet établissement ; il nous reste à exposer celle du Mans.

Le 1 1 octobre 1625, il fut passé entre Charles de Beaumanoir de Lavardin, évêque du Mans, et Jean Filleau, recteur du collège de Clermont, un contrat tt touchant l’union des maisons et places qui composoient le collège du Mans, situé rue de Reims, près Saint Estienne du Mont, à Paris, audit collège de Clermont h)». La négociation semble avoir été laborieuse, en raison des réserves, clauses et stipulations que contient le contrat. Le cédant consent à ce que le collège du Mans soit uni, mais non absorbé; il veut qu’il y reste trace de la fondation première, que les anciens boursiers soient bien traités, et qu'on puisse leur en adjoindre de nouveaux aux mêmes conditions ; il exige enfin que les Jésuites assurent à l’évêque du Mans un autre hôtel, en échange de celui qu’il leur cède, et consignent, pour cet objet, une somme de trente-trois mille livres. Le P. Filleau, désireux de réaliser » l’union », accorde tout; il est donc entendu et que la fondation dudit collège du Mans, faite par Mc le cardinal de Luxembourg, subsistera, ainsi que ses armes, ès lieux où elles sont; en cas de reconstruction des bastimens, qu’elles seront rétablies, et celles dudit Beaumanoir aposées. ..; qu’en la chapelle ou église, qui se doit bastir, il y aura une chapelle de Saint Julien, où seront les armes desdits cardinal et évêques . . . M». Ces stipulations, où la vanité a sa petite part, sont accompagnées de clauses plus scolaires; les nouveaux propriétaires du collège du Mans jouiront des douze cent soixante-quatorze livres de rente lui appartenant, mais a ils entretiendront de nourriture, semblable à celle des autres pensionnaires, cinq boursiers qui seront du diocèse du Mans et placez par ledit

Archives nationales, MM 388. — (!) Même fonc]s.

TOPOGRAPHIE HISTORIQUE , DU VIEUX PARIS, sieur Evêque et ses successeurs, à raison de iko livres par chacun boursier, sans que ladite pension puisse estre augmentée pour aucune raison ny de cherté, ny autre Ri».

Dans ces termes, et l’union» fut approuvée par le roi Louis XIII, en octobre 1 63 1 , et le 8 du même mois, les Jésuites furent mis en possession du collège du Mans. Estimé à trente-trois mille livres, en i6a5, il fut déclaré peu après en valoir quarante mille. Mais plus dun demi-siècle s écoula avant le remploi de cette somme, et deux expertises successives, faites les 39 avril et 12 mai 1682, la portèrent, l’une à 55,o63 livres 10 sols, I autre a 5 3 , 1 56 livres 10 sols h deniers. Une ordonnance du Roi prescrivit le payement de cette dernière somme entre les mains de l’évêque du Mans, pour etre affectée »à lacliapt dun autie collège i2)». L'hôtel de Marillac, sis en la rue d’Enfer, fut choisi pour recevoir les boursiers du Mans.

Pendant ces longs atermoiements, le collège de Clermont poursuivait son extension territoriale, en s’annexant les parties des établissements voisins qui pouvaient augmenter et régulariser son pourpris. Dans les années 1 656 et 1 660 , à la suite de nombreux différends relatifs à des murs mitoyens et ayant donne lieu a d’interminables procès, les Prieur, Procureur et Boursiers du collège des Chollets cédèrent à leur puissant voisin, et ce à titre d échange, des petits bastimens et petite cour appartenant et joignant audit collège des Chollets, enclavés dans les maisons et héritages de celuy de Clermont, avec le droit de passage par la Maison du Chef-Saint-Jean appartenant au collège de Clermont». Ce que les Chollets reçurent en échange était fort peu de chose : tt quatre toises ou environ de terre enclavée dans la cour de leur college, pour servir à l’accroissement et écarrissure de leur dite cour.» 11 leur fut heureusement octroyé une indemnité en argent, à titre de soulte; c’était une somme de quatorze mille sept cents livres.

"Nous avons jusqu’ici conservé au collège le nom qu il devait à Guillaume Duprat; mais il l’avait échangé, en 167/1, contre celui du Roi, dans des circonstances assez connues et peu topographiques.

Un siècle plus tard, le collège portait encore le nom de Louis-le-Grand ; mais les Jésuites avaient dû le quitter le ai mars 1 7 G 3 , par suite de la mesure qui les expulsait de France. Dans l’intervalle (1721), il y avait été créé ce que Félibien appelle nie vestibule, à Paris, du collège des Capucins de Constantinople», cestà-dire l’école dite des Enfants de langues, composée de dix jeunes gens, qui joignaient aux matières classiques l'étude des idiomes turc et arabe, pour aller ensuite en Orient se perfectionner dans la pratique de ces idiomes et aider ainsi

' Archives nationales, MM 388. — Même fonds.

TOPOGRAPHIE HISTORIQVE DV VIEVX PARIS.

E. llocliereau dcl.

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