‹ Topographie historique du vieux Paris (volume 2)Chapitre 112 sur 302 · II. COLLÈGE DE MARMOUTIERS · texte numérisé non relu

II. COLLÈGE DE MARMOUTIERS

Deux collèges ont eu pour fondateur commun Geoffroy du Plessis, et Six ans après avoir fondé le collège séculier qui porte son nom, dit Félibien, eu traduisant l'acte de fondation, il eu fonda un autre régulier pour les religieux de Marmoutier (i3ag). 11 donna, à cet effet, quatre maisons amorties qu’il avait dans Paris, dont trois étoient dans la rue S1 Jacques, avec celle où il demeuroit alors, qui étoit grande et spacieuse, accompagnée de chapelle, cour, préaux, vergers et places, et s’étendoit de la rue S. Jacques à la petite rue de la Charière, qui joi— gnoit l’hôtel du duc de Bourgogne et conduisoit à la rue du Clos-Bruneau, et, par derrière, le long de la salle où l’on avait dessein de faire la grande chapelle, s’étendoit jusqu’au jardin du collège d’Arras W. 11 voulut aussi que la grande chapelle, qui seroit faite sur le derrière de la plus grande maison, fût commune aux deux collèges (2). v

Ce nouvel acte de libéralité, fait en faveur des religieux de Marmoutiers, eut pour résultat de diminuer la part des étudiants séculiers du collège Du Plessis, et d'en réduire le nombre à vingt-cinq. Plus tard, le puissant collège de Clermont, dont la fondation est postérieure de plus de deux siècles, absorba Marmoutiers, tandis que Du Plessis trouva, peu après, de hauts protecteurs dans les héritiers du cardinal de Richelieu et dans la Société de Sorbonne. Il est vrai que les boursiers séculiers du collège Du Plessis se succédaient régulièrement, en vertu de

ll) Ce collège, qui aura sa notice à l’article de la rue d’Arras, était d’abord situé entre celui du Mans et la Maison du treillis vert, sur rempla¬

cement de laquelle fut construite la chapelle commune à Du Plessis et à Marmoutiers.

(î) Histoire de la Ville de Paris, t. I, p. 670.

l'acte de fondation, tandis que les novices de Marmoutiers durent cesser leurs études à Paris, à la suite de la reforme introduite en < 6 3 7 dans l'abbaye de Tours, par les religieux de la Congrégation de Saint-Maur.

A la dale de i6o3, un titre localise ainsi le collège de Marmoutiers, qui avait encore sa personnalité scolaire : 1 Collège de Marmoutiers, mesurant cinq cent treize toises environ de superficie, consistant en trois corps de logis et une grande cour, tenant, d’une part au collège Du Plessis, d'autre part à une maison qui dépendoit du collège des Jésuites, par derrière à une petite ruelle qui répond vis-à-vis le collège Coqueret, et par devant sur la rue S. Jacques. En la censive de Sainte- Geneviève-».

La ruelle dont il est question était plutôt une impasse débouchant dans la rue de la Chartière, et appelée, à cause de son passage à travers le collège, cruelle, ou cul-de-sac de Marmoutiers".

La seconde fondation de Geoflroy du Plessis eut un peu plus de trois siècles d’existence. Les libéralités de Louis XIV, qui paya pour eux la somme de go, 000 livres ( Arch . nul., MM 388), permirent aux Jésuites, déjà propriétaires de l’Hôtel ou Coca r>r Lakgbes, d’acquérir les bâtiments de Marmoutiers devenus inutiles par suite de la réforme bénédictine dont nous avons parlé. Mais les religieux entendaient s'y maintenir, et la négociation fut des plus laborieuses; c’était évidemment un conflit d’ordre à ordre et de collège à collège. Nous en indiquons sommairement les incidents principaux :

16 mai 1G/11, arrêt du Conseil d’Etat, par lequel, «Sa Majesté y étant, sans avoir égard aux opositions formées par lesdicts religieux anciens de l’abbaye de Marmoutiers, demeurant dans le collège de Marmoutiers à Paris, a uni et uni! en collège ensemble la place el les batiments d’iceluy au collège des Pères jésuites de Clermont, en payant, par eux , la somme de quatre-vingt-dix mille livres complant ès mains d'un notable bourgeois de Paris. . . , voulant, Sa Majesté, que ladicte somme soit par eux employée à l’acquisition d’une autre maison, qui portera le nom de collège de Marmoutier, et auquel seront annexés tous les revenus dudict ancien collège . . . l'G.

Autre arrêt du Conseil privé, en date du 21 juin i64i, par lequel cil est ordonné que ... les Révérends Pères Jésuites seront mis en possession du collège de Marmoutier, et que, au lieu de consigner les 90,000 livres entre les mains d'un bourgeois, ils les garderont par devers eux , en baillant suffisante caution, cl feront l'intérêt de ladicte somme jusqu’à l’employ d'icelle aux religieux anciens de ladicte abbaye Md. L’arrêt fut signifié non seulement aux professeurs de Marmoutiers, qui s’obstinaient à ne pas quitter les locaux, mais encore eaux religieux dudict

Archives nationales, MM 388. — Même fonds.

RÉGION CENTRALE DE L’UNIVERSITÉ, corps reformez, demeurant en l'abbaye de S. Germain des Prez», laquelle éloit considérée comme le chef-lieu de l’ordre à Paris.

A la suite de ce second arrêt, sommations furent faites par les Jésuites eaux religieux du collège de Marmoutier d’aller prendre leur logement dans un des bastimens neufs du collège de Cluny, en la ruë de la Harpe ».

On ignore le motif qui lit tomber l’opposition des religieux évincés, mais il intervint, à la date du 26 août de la même année, centre 11. P. dom Lerminier, pr-ofès de la congrégation de Saint-Maur et Cluny, grand maistre du collège de Marmoutier, de Paris, et les 11. P. Jésuites, Julien Haineuve, recteur, et Charles Lallemant, procureur de ce collège, un accord par lequel ledict P. Lerminier consent que lesdicts P. Jésuites entrent en possession réelle et actuelle du collège de Marmoutier, en payant, par eux, quatre mille cinq cents livres, par an, jusqu’à rachapt qui sera de 90,000 livres!1)». Par cet acte, les Jésuites s’engageaient à acquitter «tous droits de lods et ventes, indemnité, amortissement 11, et ils présentaient pour caution un ancien échevin, Nicolas de Creil, «bourgeois de Paris», que les religieux de Marmoutiers acceptèrent.

Mais tout n’était pas fini : après consentement arraché sans doute aux religieux de Marmoutiers, restait l’opposition de l’Université, qui voyait dans les acquéreurs de 1 un de ses collèges, de futurs et redoutables adversaires. Elle entama 'loue une instance contre eux; mais, grâce aux influences dont ils disposaient, ils obtinrent, à la date du 28 avril i6/i3, un arrêt du Conseil tr contre les doyen, recteur et supposts de 1 Université, qui prétendaient oster aux Jésuites la possession du collège de Marmoutier» et qui assignait ceux-ci à huitaine «pour l’exécution de 1 arrest d union du îfl mai 16Û1 ». Les locataires de «quelques maisons dépendantes du collège» étaient également mis en cause.

Il intervint une transaction, à laquelle se prêtèrent les religieux expulsés. Bien que l’arrêt du 16 mai 16/11 les eût autorisés à faire l’acquisition d’une autre maison qui porterait le nom de «collège de Marmoutier», sans spécifier le lieu où s’élèverait le nouvel établissement, leur présence à Paris fut sans doute regardée comme gênante par ceux qui leur avaient succédé dans les bâtiments de leur collège, car, au mois de janvier 1 653 , des lettres patentes permirent «aux religieux de l’ordre de Saint-Benoist de transférer le collège ancien de Marmoutier, avec les revenus d’iceluy, au prieuré de Notre-Dame de la ville d’Orléans, d’en rebastir les cloistres et laire telles autres acquisitions qu’ils jugeront à propos, pour le remploy des 90,000 livres à eux dues par les R. P. jésuites!2)».

Depuis lors, le collège Du Plessis n’est plus qu’un souvenir : les bâtiments, reliés à ceux du collège de Clermont, ont été entièrement rasés pour la réédification du lycée.

(:) Archives nationales, MM 388. — (i) Même fonds.

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