‹ Topographie historique du vieux Paris (volume 2)Chapitre 115 sur 302 · ÉGLISE SAINT-ÉTIENNE-DES-GRÉS · texte numérisé non relu

ÉGLISE SAINT-ÉTIENNE-DES-GRÉS

Le nom du premier martyr de l’église chrétienne a servi de vocable à de nombreux oratoires. A Paris, en particulier, on en comptait trois, indépendamment des chapelles et des chapellenies érigées en l’honneur du célèbre diacre. Le plus ancien de ces édifices parait avoir été Saint-Etienne-le-Vieux , a qui joignoit la cathédrale et qui ne subsiste plus», dit Félibien. C’est, là, ajoute le même auteur, que s’est probablement tenu le concile de Paris de l’an 8a9, contrairement à l’opinion de Baluze, qui le fait siéger à Saint-Étienne-des-Grés W.

Cette dernière église était l’une, des deux qu’on avait élevées sur la montagne Sainte-Geneviève, en l’honneur du saint. On la distinguait de l’autre par l’appellation ir des Grés», tandis que celle-ci était dite et du Mont».

(l) Histoire de la Ville de Paris, t. I, p. 128.

Les anciens historiens de Paris ont assigné à l’église Saint-Étienne-des-Grés une origine fort ancienne; mais la critique moderne a réduit cette antiquité à de justes proportions. Ceux qui tiennent pour saint Denis l'Aréopagite et qui, avec Raoul

Boutrays, l’appellent . prœsul Achivus, ab arce Cecropidum ad Cellas mis-

sus (Lutetia, éd. de 1621, p. 17), lui attribuent la fondation de cette église, sans aucune pièce à l’appui. Lebeuf est plus réservé : cil y a preuve, dit-il, quelle avoit été bâtie au moins cent cinquante ans avant les guerres des Normans. Je suis bien éloigné, ajoute-t-il, d’en faire remonter l’origine au siècle de saint Denis. Je me contente de dire que cette église existoit dès le vu0 siècle, parce qu’une riche dame de Paris, ou des environs, nommée Hermentrude, en fait mention dans son testament (1). *

Ici Coclieris contredit Lebeuf sur un point. Le savant auteur de 1 Histoire de tout le diocèse de Pans avait dit : c Saint -Étienne subit le sort des petites églises d’autour de Paris; elle fui pillée et brûlée par les Normans avant la lin du ixe siècle12). » Or ni Saint-Étienne-des-Grés, sur la rive gauche de la Seine, ni Saint- Étienne-le -Vieux, en la Cité, ne lui paraissent avoir été victimes des incursions normandes. La première, écrit-il dans ses annotations, cne lut point brûlée par les Normands; ce fut, au contraire, une des églises qui leur lut rachetée, ainsi que le dit expressément 1 auteur des Annales de Saint-Bertin . Dont, Luteliam Parisiorum agressi, basilicam B. Pétri et Sancle Genovefc incendient , et ceteras omîtes , prêter doniiwi S . Stéfani. . . , pro quibus lantuviinodo , ne meenderentui , milita solidorum summa soluta est (3). Lebeuf pense, il est vrai, que ce passage se rapporte à l’église Saint-Étienne, proche Notre-Dame ; mais, comme il est presque certain aujourd’hui que les Normands n’ont jamais pénétré dans 1 intérieur de la Cité, 011 ne peut admettre qu’ils aient reçu de l’argent pour épargner une église dont ils ne s’étaient pas emparés <4).

Sauvai était arrivé à peu près à la même conclusion. Cette tt maison de Saint- Étienne T) , qualifiée d’église dans le poème d’Abbon, est-ce, dit 1 auteur des Antiquités de Paris, Saint-Étienne-du-Mont, qui touche à Sainte-Geneviève, ou Saint- Étienne-des-Grés, qui en est un peu plus éloignée et qui, depuis environ cent cinquante ans, a perdu son nom propre parmi la populace ignorante, car elle l'appelle Saint-Étienne-des-Grecs, au lieu quelle a toujours été appelée, dans les anciens titres et monuments, Saint-Étienne-des-Grés? Je croirais plutôt que ce serait la dernière, s’il est vrai que la première fût lors, comme elle est à présent, toute joignante l’église de Sainte- Geneviève. En ce cas, l’église Saint-Elienne-du- Vlont ne pouvoit pas s’exempter d’être brûlée, non plus que celle de Sainte-Ge-

e> Histoire de tout le diocèse de Paris , édit. Co- 1 Recueil des Historiens de France, t. III, p. 71.

chéris t. II, p. 55. ” Histoire * t0,lt ,e èioccse de Pans, <?d. Co-

W Histoire de tout le diocèse de Paris, l. II, p. 91. chéris, t. U, p. 55.

neviève, en étant si proche, et nous voyons que cette église de Saint-Étienne fut garantie de toutes sortes de dégâts <*>. n

Maintenant qu’il nous suffise de résumer le peu que l’on sait sur l’édifice, dont la valeur architecturale, après plusieurs remaniements, était à peu près nulle, sur les tenants, aboutissants et dépendances, ainsi que sur les découvertes qu’on a faites dans ses environs immédiats.

et L’édifice de l’église de Saint-Étienne-des-Grés, dit Lebeuf, n’a d’ancien que le côté où est la chapelle de N. D. de bonne délivrance, où plusieurs piliers et la tour sont d'environ 1200. Le portail de devant paroit être plus nouveau de cent ans. Le reste est postérieur et construit sans ornemens. On n’y voit plus aucune tombe

A ces renseignements, un peu trop généraux, nous pouvons heureusement ajouter un état descriptif de l’édifice en 1 5 8 g , où l’on rappelle ce qu’il avait été auparavant; nous 1 empruntons à un factum, et pour les chanoines et chapitre de ceste églises, imprimé en cette année et conservé aux Archives nationales. Un plan y est joint, et permet de voir comment l’édifice se profdait sur la rue Saint- Jacques, où il avait son entrée, et sur celle de Saint-Étienne-des-Grés, le long de laquelle s’étendait sou flanc septentrional. On voit, à l’inspection de ce plan, comment l’église touchait, par son chevet, au clos qui en portait le nom, ainsi qu au pourpris du collège de Lisieux. O11 aperçoit également le cloître canonial placé sur le flanc méridional de l’église avec laquelle il communiquait, ayant son entrée principale sur la rue Saint-Jacques et touchant aux maisons en bordure sur la Petite-Bretonnerie.

Voici un extrait du factum auquel ce plan est annexé :

L nuit entendre (fu en I église dudit S. Lstienne des Grecs une des plus antiennes de Paris et des premières construictes , y avoit autiennement troys portailz, l’un qui servoit à la principalle nef du millieu, qui est encore. L’autre à costé joignant la rue qui tend à l’église saincte Geneviefve du mont. Et le tiers de laustre costé vers la porte Sainct Jacques. Cestuy est maintenant en court ou cloistre.

Devant ces trois portailz y avoit autiennement une place vague ou parvy, sive atrium Ecclesiœ, autrement dict petit cimetière, tendant du long du bout à aullre depuys la rue Saincte Geneviefve jusques à l’encoingnure de la maison du Porc Espic, joignant laquelle estait le dernier portail dont est à présent question. Et de large, à prendre depuys lesdietz portaux jusques au pavé de la grande rue Sainct Jacques, vis-à-vis des Jacobins, et à la lignes des (déchirure du papier) maisons.

Est advenu par succession de temps comme ladicte église qui estait lors bien fondée, et en laquelle le peuple de Paris faisoit de grands biens, et y avoit grande dévotion, l’église était bien entretenue. Et depuys la ville s’estant accreue petit à petit, le peuple ayant transféré sa dévotion ailleurs, l’église est demeurée pauvre.

1 1 Antiquités de Paris, t. 1, p. 978. — !ï) Histoire de tout le diocèse de Paris , t. II. p. 5g.

De façon que la voulte de l'une desdictes allées tirant du coste' de la porte Sainct Jacques estant tombée et le Chapitre n’aiant moyen de fournir aux fraiz pour rebastiment et restauration d'icelle, Poil l’auroit laissée en forme d’une court ou petit cloistre, comme il est de présent, auquel se voyent encores les pilliers des arcs boutans qui soubstenoient la voulte dont y a enrores partie en nature des deux costez de ladicte allée. Ensemble une vielle et antienne montée qui est au bout par où l’on souloit monter au dessus des voulles de l’église, laquelle sert de présent pour monter à quelque chambre que l’on a faict contre le long et au dessus des portaux de laditte église pour loger les chanoines.

Tellement que ce troisiesme et antien portail qui, servant de passage à reste allée, estant appliqué à usage prophane parce qu’il ne servoit plus au corps de l’église, l’on avoit faict bastir contre ledict portail une pétillé maisson et ediffice où est de présent pour enseigne la Croix blanche, l’on avoit ainsy retiré l’enclos du parvy,. et délaissé le devant de ladicte maison de la Croix Blanche en court pour servir tant ausdicts usages de ladicte maison que du petit cloistre et desdictes chambres bastyes sur les portaux de 1 église, demeurant tousjours les très fondz de cesle place à la propriété de l’église l11.

Ce que ne dit pas ie factum composé pour les besoins d’une instance judiciaire, mais ce que nous savons par ailleurs, c’est que 1 église, en son état de caducité et dépourvue r d’ornemensr, selon le mot de Lebeut, possédait cependant un bénitier sur lequel était gravé le fameux vers rétrograde, qu’on lisait autrefois autour de celui que possédai! la basilique de Sainte-Sophie, à Constantinople ;

NA f/ov ivofj.vfJ.cnoi., p; fiovav oiptv.

c Lave tes péchés et non pas seulement ton visage, *

Un autre objet d’art, ou plutôt de dévotion, que possédait l’église Saint-Etiennedes-Grés, c’était la statue de Notre-Dame de la Délivrance, décorant la chapelle de ce nom et appartenant aujourd’hui à la chapelle des religieuses hospitalières de Saint-Thomas de Villeneuve, rue de Sèvres.

[| résulte du factum précité que l’église Saint-Étienne-des-Grés était assez délabrée vers la fin du xvtc siècle, et que les ressources manquaient pour lui rendre sou ancien aspect, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Les choses restèrent en cet état pendant le xvu', et Lebeuf, qui écrivait au xvme, ne mentionne aucun travail de restauration accompli de son temps. Ce n’est pas, d’ailleurs, au moment où l’on songeait à réédifier somptueusement l’ancienne église Sainte-Geneviève, que l’on pouvait songer à réparer Saint-Étienne-des-Grés, dont les nouvelles écoles de Droit allaient, en outre, occuper les abords. Les dépenses du Chapitre excédant de beaucoup les ressources, rien ne put même être tenté, et l’édifice ne présentait plus d’intérêt ni au point de vue artistique, ni sous le rapport des besoins

Archives nationales, S 907. Factum publié en 1689.

religieux du quartier, lorsqu il lut fermé par la mesure générale de sécularisation. On y apposa les scellés le 28 décembre 1790 ; l'église fut vendue eu deux lots les 16 el 17 avril 1792, et rasée peu de temps après. Sur ses fondations ont été élevées deux maisons, l’une dans la rue Saint-Étienne-des-Grés, l’autre en façade sur la rue Saint-Jacques.

Quelques subslruclions ont été reconnues, il y a peu d’années, au cours des travaux exécutés pour l’agrandissement des bâtiments de la Faculté de droit ; mais, sauf quelques traces d’anciennes fondations, aucune découverte de quelque importance n’est venue s’ajouter à celle qui fut faite en 16/10, et dont Lebeuf, historien du siècle suivant, parle en ces termes :

tt Vers l’an 1 64o, on découvrit, derrière le chevet de cette église, dans les fondations dune maison, une vingtaine de coffres construits de briques et de petites pierres, où étoient des cendres, et, par dessous, on trouva une boële pleine de médailles dor et d’argent, de Constantin, Constant et Constance, laquelle exposée à 1 air, tomba en poussière, et il 11e reste que les médailles RI. n Sauvai, qui rapporte le même fait dans des termes identiques, dit que la découverte eut lieu et dans les fondations du logis d'un maître maçon nommé Marchant^ d.

La maison dont il s'agit étant placée derrière le chevet de Saint-Étienne, c’està-dire sur le côté oriental de la voie romaine allant de Lutetia à Genabitm, il n’y a rien détonnant qu on y ait trouvé des sculptures contemporaines du règne de' Constantin et de ses successeurs. On sait, en effet, que les Romains et les Gallo-Romains inhumaient leurs morts le long des routes W. D’autre paît, l’existence, dans le voisinage des Thermes et des Arènes, de nombreuses villœ, habitées par de riches Parmi, rend fort naturelles les inhumations faites dans le pourpris même de ces villœ.

Des trois églises consacrées à saint Étienne, deux — Saint-Étienne-le-Vieux et Saint-Etienne-des-Grés — ne sont plus aujourd’hui qu’un souvenir. Saint- Étienne-du-Mont seul est resté debout. O11 en trouvera la monographie dans le volume suivant.

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