RUE DES MATHURINS
La voie sur laquelle se développaient les bâtiments du palais des Thermes en a longtemps porté le nom plus ou moins altéré : on la trouve appelée, dans les textes latins, viens Terminorum et de Terminis, vicus ad Termas, magnus viens de Termis (î ai 6-i 220-1 26A-1 A 02), et dans les titres français, rue des Termes et du Palais des Termes. L’ignorance de l’étymologie grecque ne permettait pas d’attacher à la construction gallo-romaine, dont les restes subsistent encore aujourd’hui, l’idée d’un établissement thermal. Raoul de Presles, abusé par les expressions terme et terminas, va jusqu’à dire que les loyers se payaient dans l’ancienne résidence de Julien W. Piganiol prétend que cette voie a porté le nom de «rue des Bains ou des Etuves*; mais on ne peut citer aucun titre à l’appui de cette assertion.
A une date indéterminée, on élève, dans l’Ospitvl de Saint-Benoît, rue Saint- Jacques, une chapelle à saint Malhurin, chapelle et hôpital que les religieux Trinitaires reçurent de la libéralité de 1 Evêque et du Chapitre de 1 aris (1 2 2 8 ) , et auxquels ils ajoutèrent des bâtiments claustraux, ce qui leur valut le nom de Mathurins; mais la dénomination de la voie qui nous occupe n’en fut pas encore modifiée, parce que le pourpris du couvent n’atteignit que plus tard cette limite extrême. Les noms de Malhurin et Mathurins , Mathehn et Mathelins n étaient alors donnés qu’à la partie de la rue Saint-Jacques avoisinant le monastère des Trinitaires.
Cette dénomination de rue des Mathurins, appliquée à la rue des Thermes,
(l) Voir Paris et ses historiens aux xir' et ire siècles, p. 107 et 108.
RÉGION CENTRALE DE L’UNIVERSITÉ, est relativement moderne; on ne la rencontre, en effet, qu’au xvc siècle; elle a subsisté jusqu’à nos jours.
CÔTÉ MÉRIDIONAL
(d’Orient en Occident).
PAROISSE DE SAINT-BENOÎT
Maison tenant, d’une part, à celle qui faisait le coin de la rue Saint-Jacques, et, de l’autre, à la maison formant l'angle oriental de la rue du Cloître-Saint-Benoit. C’était un hôtel important, formé à certaine époque de trois corps de logis; celui du centre s’appelait la Croix blanche, le deuxième, du côté oriental, le boy David, et le troisième, sur le flanc occidental, le chef Saint-Denys. 11 était situé, dit un texte, et devant l'église des Mathurins» et aboutissait au cloître, il en est fait, dans plusieurs titres, diverses mentions que nous transcrivons ici :
trEn laquelle maison, il y avoit ci-devant une grande cour dans laquelle les chanoines ont fait bastir de neuf plusieurs corps de logis, dont partie leur sert pour le cloistre de leur chapitre et leur logement , et les autres sont loués par eux à différentes personnes, le tout ayant entrée par une porte rué Sailli Jacques. »
Ces mêmes chanoines de Saint-Benoît, est-il dit dans un autre document, a ont fait bastir deux petites boutiques, ayant face dans la rue Saint Jacques, dans l’une desquelles estoit placé l’estail à boucher, auparavant dans la Croix blanche ».
La maison dont il s’agit semble avoir appartenu, au xvic siècle ( 1 5 6 8 ) , à un helléniste ignoré aujourd’hui, mais ayant fait partie des professeurs du Collège de France. Une note, tirée d’un document authentique, paraît, en effet, la désigner dans les termes suivants : r Maison contiguë» — à celle du roy David et du Paon — ira Goullu, lecteur du Roy en langue grecque.»
Maison du Chef sainct Denys, faisant le coin oriental de la rue du Cloître- Saint-Benoît.
Grand hôtel, formant l’angle occidental de la même rue. Dans un titre de î 53g , il est appelé Hôtel de Longueil, comme le grand logis formant l’angle des rues Hautefeuille et Pierre Sarrazin.
Hôtel du président Lizet. Au xvic siècle, en effet, il était habité, à titre de location, par le premier président Lizet, ainsi que le prouve le texte suivant :
tr 1 538. Maison du Mirouer, tenant et aboutissant par derrière à un hostel que a tenu cy-devant à loyer messire Pierre Lizet, premier président en la Cour du
Parlement, n Un autre texte nous apprend que ledit hôtel échut ce par voie d héritage à Pierre Thibault, mestre des Comptes, fils du Procureurs.
Maison de l’Ymaige sainct Mabtin (i485), faisant le coin oriental de la rue de Sorbonne et située presque en face de l'hôtel de Cluuy. On y a trouvé des traces de constructions de la fin du xv' siècle. Achetée au xvuc siècle par le maréchal de Câlinât, elle a été au xvnie, et est encore aujourd’hui, le siège d’un important établissement d’imprimerie et de librairie ainsi localisé : Via el juxla Cancellox Maihurinensium.
Maison sans désignation, faisant le coin occidental de la rue de Sorbonne et l'angle oriental de la ruelle des Carneaulx. 11 faut, selon toute probabilité, l'identifier, de 1 485 à 1 5 î o , avec le Plat d’estaing, mentionné dans le Carlulaire de Sorbonne (f° 3g4). En 1/172 , elle est ainsi désignée : «Maison contenant cinq corps d’hostel , deux petits pignons sur rue, un autre et un appentis sur le derrière, et un autre pignon sur une allée, laquelle est de l’hostel des Carneaulx, au collège de Sorbonne. . . Deux petites tourelles et appartenances, tenant d’une part tout au long de ladicte allée, d’autre part, en partie à Poncelet Jonnvn, et en l’autre partie , sur le derrière, contre l’hostel d’Harcourt, aboutissant par derrière à la cour d’icelluy hostel des Carneaulx. v
Le président de Saint-André demeurait, en 1 5 5 2 , au susdit Hôtel des Carneaulx, ainsi qu’il résulte du texte suivant : « i55a. Deux maisons entretenantes, dont l'une est la Caige, tenant à la Maison de l’estrille Fauveau, d’autre à la Maison de la Hure, aboutissant A M. le Président de Sainct-André. v L un des cinq corps de logis, dont se composait l’hôtel, changea de propriétaire, quelques années plus lard, comme le témoigne la note suivante : « 1 56o. Maison taisant l’un des coings et tenant, d’une part, à la rué de Sorbonne, d’aultre part à une ruelle dite la ruelle de Carneaulx, d’un bout au Président de Saint-André, d’autre part sur la rue des Mathurius. »
Ruelle ou ALLÉE des Carneaulx (1/172), ainsi appelée parce quelle conduisait à un hôtel muni de cet appareil de défense.
Maison de la Hure (i552), faisant le coin occidental de la ruelle des Carneaulx; paraît avoir fait partie de la maison suivante.
Maison de la Caige d’or, mentionnée comme étant de la censive de la Sorbonne. Un document de 1547 la désigne ainsi : «La Caige, en quatre corps, tenant à l’iiostel des Carneaulx, daultre part à l hostel de Harcourt dit de Lob-
haine, et à l’iiostel de l’estrille Fauveau. ï Pour admettre la contiguïté de l'hùtel d’Harcourt, il faut ne pas tenir compte de la ruelle Coupe-Gueule qui le séparait de la Caige d’or. Une note relevée aux Archives nationales donne sur cette maison le renseignement suivant :
k 15/17. Jehan Bourbonne, marchant, l’un des quatre libraires-jurez de l’Université de Paris. . ., propriétaire d’une maison, rue du Palais du Terme, appelée la maison de la Caige, de quatre corps d’hostel, cours, quatre caves, aisances et appartenances . . . , tenant d’une part à i’hostel des Carneaux, d’autre part à l’hostel d’Harcourt, dit de Lorraine, appartenant à présent à Mc Gilles Magny (sic, mais: Magistri), advocat du Boy. . ., et à l’hostel de I’Estrille-Fauveau. d
De la note suivante résultent deux conséquences, savoir : que l’immeuble échut au gendre de Jean Bourbonne, ou plutôt Bonhomme, et que la Sorbonne comptait l’un et l’autre imprimeur au nombre de ses censitaires. Inventaire des biens de la Sorbonne, en i55y : rtSur une maison où de présent demeure Mc Jehan Charbonnier, qui fut à Jehan Bonhomme, son beau-père, où pend pour enseigne la Cage d’or, doibt, pour chacun an, vi 1. parisis. n
Maison de lestrille Fauveau ( 1 5 1 8 ) , faisant le coin oriental de la rue Coupe- Gueule. Elle est dite, en 1 5 19, k tenant d’une part et aboutissant à J. Bonhomme, et dautre part, en partie, à l’iiostel d Harcourt h. Nous consignons ici deux autres renseignements se référant l’un à une date antérieure, l’autre à une date postérieure :
De 1/189 a 1 9 ■’ : Durand Garlier imprima à I’Estrille-Fauvead ; puis il transféra son matériel typographique à TImage Saint-Denis de la rue Saint-Jacques.
tr 1 5/io. Jehan Thibault, procureur du collège de Sorbonne, a dict et dédain; que audict collège compecte et appartient une maison rue du Palais des Thermes, en laquelle pend pour enseigne I’Estrille-Facveau, tenant d’une part à Jehan Bourbonne, d’autre à une maison de Mmc Orge val. 71
Nota que le logis de la noble dame était partagé, un siècle plus tard, entre Mc d Orgeval, maître des requêtes, et le marquis de la Luzerne, son beaufrère.
Quant à I’Estrille-Fauveau, nous la retrouvons, en i55y, dans X Inventaire des biens de la Sorbonne : «Pour une maison louée à Gilles du Verger, mouleur de boys, en laquelle pend pour enseigne I’Estoille (sic) Fauveau, par chacun an. doibt xlxviii* parisis. n
L’enseigne que portail cette maison se répétait sur plusieurs points du vieux
Paris, dans la région du Louvre notamment M; elle constituai! une sorte de rébus P).
RUE, ou RUELLE Coupe-Gueule. — Nous avons consacré à cette petite voie, dont M. Gréard nie à tort l'existence, un article spécial, qu'on trouvera à son ordre alphabétique; nous nous bornons à la mentionner ici, parce quelle se rattache à la rue des Mathurins et à celle de Sorbonne. 11 faut très probablement l'identifier avec le viens tortuosus, ah opposilis palatii Tennorum, cité dans un acte de 1 a63 , et en constater la fermeture à une date imprécise, par suite des meurtres qui s'v commettaient. Cette clôture favorisa les usurpateurs, ainsi que les réunions des parties de maisons situées à la fois sur 1 un et 1 autre côté de la ruelle. C’est ce qui explique qu elle ait disparu, partiellement d abord, puis en totalité, et qu’il n’en reste plus trace aujourd hui.
PAROISSE SAINT— SBYERIS.
Partie latérale de l'hôtel d Harcourt, ayant entrée sur la rue des Maçons, dont il occupait l’angle oriental, comme il occupait l'angle occidental de la ruelle Coupe-Gueule. Voir l'article que nous lui avons consacré dans la description topographique de la rue des Maçons.
Maison de l'Angle, ou de l'Aigle, sise au coin occidental de la rue des Maçons, laquelle maison s’appuyait, en îôiô, à la Teste pelée.
Maison de la Teste pelée (îô 1/1), alias de Saint-Ignace, devant cette double dénomination à une enseigne de perruquier facétieux.
Partie latérale de la maison du Moulinet, formant l’encoignure de la rue des Mathurins et de celle de la Harpe (1 599). Le lecteur en trouvera la description topographique à 1 article de cette dernière voie.
CÔTÉ SEPTENTRIONAL
(d’Occidenl en Orient).
PAROISSE SAINT-SÉVEIUN.
Maison sans désignation, contiguë à rue de la Harpe.
1 Topographie historique du 1 ieux Pans. I. 1, p. 28.
; Marot a dit dans son Coq-à-l'âne :
Car, en rébus de Picardie,
Une faux, une estrille, un veau,
Cela fait Estrille Fauvctvt.
die qui faisait le coin septentrional de la
«Quant au surnom qu'on leur a donné de rébus de Picardie , c'est à raison de ce que les Picards . de tous les François, s’y sont infiniment plus adonnez et délectez.» (Voir les Bigarrures et louches du seigneur des Accords, par Étienne Tabourot. Rouen, 1G21.)
RÉGION CENTRALE DE L’UNIVERSITÉ. 3iy
Autre Maison sans désignation, divisée en deux corps de logis. Un document de date indéterminée l’indique dans les termes suivants : et Maison tenant aux voûtes de liiostel df. Cluny, d’autre part à Barentin, par derrière audict hoslel, par devant audict Barentin. u
Maison ayant fait partie de la précédente, dont elle a été détachée à une époque qu’on ne peut préciser.
Ces trois immeubles anonymes occupent remplacement de ceux ainsi désignés dans le Compte des confiscations de Paris pour les Anglois (1/12 1 ) : trHostel scis rue du Palais du Therme, qui fut à Mc Guillaume Bourratier, archevêque de Bourges, tenant d’une part (à l’hostel) au collège de Clugny et à Mc Philippe de Bully, et à M' Jean de la Marche, d'autre part; auquel hostel demeure le seigneur de B011hac, pour garder l’hostel seulement. Ledit hostel appartenoit à M- Hebert Camus, procureur au Parlement W. n Camus était donc un partisan du Dauphin, absent de Paris et spolié.
paroisse saint -Étienne -du -mont.
Hôtel de Cluny, adosse au Palais des Thermes et faisant corps avec lui. Nous avons consacré à ces deux édifices un article spécial qu’on trouvera à la suite de la description topographique de la rue des Mathurins.
PAROISSE SAINT-SBVERIN.
Ruelle CoterEL, ou Cocerel, rue sans chef, vicus sine capite, mentionnée, en 12/1 3, dans le censier de Sainte-Geneviève. On n’en trouve plus de traces dès le xvi° siècle.
CENSIVE DU CHAPITRE DE NOTRE-DAME
Maison du Grand Cornet (t43g), puis des Lions rajipans (i56G), dite, en un titre de 1 ûy5 , «tenant, d une part, à une petite cour pavée des appartenances des Mathurins, d autre part, au jardin de Clugny n. Un document de 1 555 nous apprend quelle avait et deux pignons de maisons, avec cour et appartenances, le tout entretenant, en la rue du Palais des Thermes r. En 1 533 , la Maison du Grand Cornet abritait les écoles des jeunes religieux; en 1 555, les Mathurins obtinrent l’autorisation dy établir «deux estaulx de boucherye*, sans préjudice d’un troisième installé
Sauvai, t. 111, p. 9fj5»
«en la maison voisine et joignant à icelle». Cet établissement eut lieu en vertu d’un arrêt du Parlement rendu l'année précédente. La Cour, considérant que «il n'y avoit estail en la rue Saint Jacques, que celui de Saint Benoist, entre 1 église et les Mathurins, de sorte que ceux du quartier estaient souvent obligez daller soit à Saincte Geneviefve, soit à Sainct Germain, soit à Petit Pont», dit que, crès rués de Sainct Martin, de Sainct Honoré, en la place Maubcrl et autres lieux commodes pour la chose publique, seroil de nouvel érigez estaulx à bouchers, pour y vendre et débitter des chares comme ès boucheryes d’icelle ville, par bouchiers jurez».
Maison sans désignation, située entre le Grand Cornet ci 1 église des Mathurins, et comprenant plusieurs corps d’hôtel. Un titre latin de ia37 la désigne, ainsi <iue la précédente, dans les termes suivants : « Duas domos silas Pansms, m vico de Thermie in ccnsiva el parrochia Sancte Gemvefe, conliguas domui Sancti Mathunm, ex ahera varie palalio de Ternis ». Les corps de logis dont elle se composait s étendaient en profondeur vers la rue du Foin, ainsi qu’il résulte d'un toisé de 1689 : rLa maison, rue des Matlmrins, tenant à l’église, huit toises de face sur trois de profondeur, pour le corps d’bostei de devant; le petit corps du milieu, qu, est le Bureau des Libraires, trois toises et demie de large, sur deux de profondeur, p us deux ailes ayant quarante huit toises de superficie, et les deux corps, trente cinq
toises. »
Église et couvent des Mathurins, ayant eu primitivement leur entrée sur la rue Saint-Jacques. Cette entrée fut reportée sur la rue des Mathurins. La notice que comporte la maison des Mathurins, doublement célèbre dans les annales monas tiques et universitaires, se trouve à la suite de celle que nous avons consacrée au Palais des Thermes et à l'hôtel de Cluny.
Échoppes. Comme à Saint-Yves et aux Jacobins, il y avait, sur le flanc méridional de l’église des Mathurins, une série d’échoppes sans enseignes. La demiere, cependant, est désignée en ces termes, dans un document de 1 57 . « “ ( ecl 1
que l'échope faisant le coing des Mathurins et de Sainct Jacques serviroit de garde
pour y faire sentinelle.»
Possessions des Mathurins, dans le voisinage de leur église et de leur couvent.
En dehors de leur pourpris, les Mathurins possédaient, ainsi qu'il résulte de divers titres, des terrains, des maisons, et avaient droit à certaines redevances, tant dans le périmètre circonscrit par les rues des Mathurins, Saint-Jacques e t u Foin, que sur d’autres points environnants. Le noyau de leurs propriétés était
Coupes de l'aqueduc lanif