CHAPITRE PREMIER
LES CLOS, LES ENCEINTES, LES PORTES
Sommaire : Les clos; villœ gallo-romaines qui les ont formés; mise en culture el peuplement successif de ces clos. — Clos Mauvoisin; étymologie probable de son nom; son étendue. — Clos de Garlande; ses dimensions; ses propriétaires successifs; époque où il commença à se peupler. — Clos Bruneau; son étendue; établissements qui s’y fondèrent. — Clos l’Evêque.
— Clos Saint-Symphorien; chapelle de ce nom. — Clos Saint-Étienne; emprise qui y a a été faite pour la création d’une place au-devant de la nouvelle église de Sainte-Geneviève.
— Clos des Jacobins; sa formation successive; ce qui y était contenu. — Clos de Laas, du Chardonnet, Le Roy, Drapelet, Entélécbier, des Poteries; mention sommaire. — Les enceintes; première et deuxième enceinte de la rive gauche. — Tours qui flanquaient la seconde enceinte. — Château de Hautefeuille et Parloir aux Rourgeois; allées au-dessus des murs et basses des murs. — Portes de la seconde enceinte, ou enceinte de Philippe Auguste. — Concession qui en fut faite à diverses époques.
Avant d’entamer l’histoire topographique de la région à laquelle ce volume est consacré, avant d’indiquer les voies qu’on y a successivement tracées, de reconstituer l’ancien parcellaire de chacune d’elles et de faire revivre les édifices de diverse nature dont elles étaient bordées, il nous a paru indispensable d’esquisser, comme nous l’avons fait dans le volume précédent, la physionomie de cette partie du Vieux Paris, au moment où le mouvement de construction y a commencé.
On sait que le plateau de la montagne Sainte-Geneviève et ses versants étaient divisés en clos, plantés de vignes pour la plupart, et couvrant l’emplacement des jardins qui entouraient les villœ gallo-romaines de l’ancien mont Leucotitius, villœ
abandonnées depuis l’occupation de Lutèce par l’invasion franque. Livrés alors à la culture, coupés de chemins qui les desservaient et habilés seulement par des vignerons et des laboureurs, ces clos offraient de vastes espaces vides et formaient des espèces de fiefs, tant ecclésiastiques que laïques. Dans la région que nous étudions, Sainte-Geneviève, Notre-Dame, Saint-Marcel, Saint-Julien, Saint- Etienne-des-Grés, et autres églises, en avaient leur part; mais de hauts seigneurs et de nobles dames en possédaient aussi, le clos de Garlande notamment, qui était l’un des plus considérables. Les bourgeois de Paris avaient aussi le leur, contigu à leur parloir, et le Roi, indépendamment de ses droits sur les autres, en possédait un en propre, qui portait son nom. Il en était de même de l’Evêque.
Le peuplement de ces divers clos est peut-être un peu antérieur aux invasions normandes; mais il dut être arrêté par les déprédations auxquelles se livrèrent les hommes du Nord. La construction de l’enceinte de Philippe Auguste, en mettant une partie de ces clos à l’abri, derrière de solides murailles, permit de réparer les désastres causés par ces ravageurs, et de reprendre le mouvement d’accensement interrompu par eux, si tant est qu’il ait commencé avant leurs incursions. La nouvelle enceinte laissa quelques clos en dehors, soit en tout, soit en partie, ceux des Francs-Mureaux, de Saint-Victor et des Arènes notamment; mais ceux dont l’annexion a contribué à former la région parisienne qui nous occupe y furent enfermés, et l’on ne larda pas, selon l’expression des historiens de Paris, traies bâtir -n ; on devança même, sur certains points, l’achèvement de la muraille.
Félibien a relevé les textes à l’aide desquels on peut les délimiter. En procédant ilu nord au sud, c’est-à-dire de la Seine à l’enceinte de Philippe Auguste, il distingue d’abord :
LE CLOS Mauvoisin , longeant le petit bras du fleuve, contre les débordements duquel aucun ouvrage ne le protégeait, ce qui constituait pour lui un mauvais voisinage. Là est peut-être l’explication du nom qu’on lui a donné.
Un arrêt du Parlement, de l’an t3ai, cité par Félibien, dit positivement que la rue de la Bùcherie, a qui mene du bout de la rue de la Huchetle à la place Maubert, estoit anciennement appellée le clos Mauvoisin, clos qui u’estoil pas encore occupé de maisons en 120a, puisque, dans la transaction passée entre l’evesque de Paris et l’abbé de Sainte-Geneviève, on régla l’estât de ceux qui demeureront dans le clos Mauvoisin, s’il arrive qu’on y bastisse dans la suites. Un texte latin, cité également par Félibien dans ses Preuves, localise bien ce clos, en le confondant avec la rue de la Bùcherie, qui en était la voie principale, bien quelle 11’y fût pas comprise tout entière : il s’agit d’une maison sise à Paris,
LES CLOS, LES ENCEINTES, LES PORTES
outre Petit-Pont tt in vico de la Bûeherie, qui quidem viens anliquilus vocari consuevil