‹ Topographie historique du vieux Paris (volume 2)Chapitre 14 sur 302 · I.E CLOS MaüVOISInW T · texte numérisé non relu

I.E CLOS MaüVOISInW T

Le CLOS DE GARLANDE, que beaucoup d’historiens ont confondu avec le précédent, y était contigu, mais en était distinct; il avait pour artère principale un ancien chemin qui le traversait, ou le longeait, de l’est à l’ouest, et qui est devenu la rue Galande. Félibien a consacré à ce clos un article descriptif et historique, dont nous reproduisons les parties les plus intéressantes.

te Autrefois, dit-il, c’estoit un fief, qui d’abord relevoit du lïo v et des seigneurs de Garlande, et releve depuis du Chapitre de N. D. et de Sainte Genevieve. D’un costé, il tenoit à la ruë S. Jacques et aux environs; de l’autre, il s’estendoit jusques aux ruës du Fouarre, des Rats, des Anglois, du Piastre, des Trois Portes, de Saint Julien le Pauvre et à la rue GaIande(2N.

Moins exposé aux débordements de la Seine que son voisin et un peu plus élevé sur le versant septentrional de la montagne, le clos de Garlande était encore en culture au commencement du xue siècle, puisque Etienne de Garlande, archidiacre de Paris, fit alors don, aux chanoines de Saint-Aignan, d’un clos de vignes rt qui lui appartenoit là, au pied de la montagne Sainte Genevieven, et qui était sans doute compris dans le grand clos, puisque, quelques années après, en liai, un autre membre de la famille de Garlande, Guillaume, qualifié de sénéchal, dapifer, donne à Saint-Lazare et deux muids de vin, à prendre tous les ans, sur son clos, près le Petit-Pont r>. Dix ans plus tard, ajoute Félibien, tt Louis le Gros se défit, en faveur de N. D. et des chanoines, de la terre d’Estienne de Garlande, ou estaient des vignes qu’il avoit fait arracher. Il leur abandonna de plus la voierie, toute la justice et tous les autres droits, à la réserve seulement de dix huit deniers de ceus^D.

On n'attendit point l’achèvement de la muraille de Philippe Auguste pour livrer le clos de Garlande aux bâtisseurs. ttDès l’an 1202, dit Félibien, on pensa à y bastir. Mahaut de Garlande et son mari, Matthieu de Marly, ou de Montmorency, donnèrent à cens, à plusieurs particuliers, un clos de vigne qu'ils avoient en ce lieu, à condition qu’ils y feroient bastir des maisons, que ceux qui y demeureraient seroient paroissiens de Saint Estienne du Mont, et payeroient à leur curé les dixmes grosses et menues, avec tous les autres droits deus par les paroissiens; qu’à mesure que l’on bastiroit, des maisons, lui et sa femme pourraient augmenter leurs cens et rentes, et jouiraient de la moitié des lods et ventes, du tonlieu, du rouage, du forage, de la justice et de tous les autres droits seigneuriaux; mais que les abbé et religieux de Sainte Genevieve ne pourraient rien exiger des

(l) Preuves, t. I . p. 027. — (2) Ibid. — (1) Ibid.

habitans des deux rues, dont l’une descendoit de la montagne de Sainte Genevieve à la riviere, et l’autre y conduisoit par la rue GalandeWj,.

Cet acte a son importance au point de vue de la topographie parisienne, parce qu’il est le point de départ du peuplement du clos de Garlande. Les actes qui le suivent, et qui remplissent le xui° siècle, nous touchent moins, en ce qu’ils s’appliquent surtout à des cessions de droits seigneuriaux, à des fondations de chapellenies et d’anniversaires. Toutefois il faut considérer saint Louis comme ayant lavorisé le mouvement de construction dans le clos de Garlande, puisqu’il déclara, en l’an 12/18, te que la justice de ce clos appartenoit au Chapitre de N. D., et que ceux qui y demeuraient estaient francs de toutes sortes de tailles à son égard, excepté celles du pain et du vin en certains tems(!)n. Le quatrième registre des Olim confirme la décision royale : il y est dit, dans un arrêt rendu en i3i2, que et la basse justice appartient au Doyen et au Chapitre de l’église de Paris, au milieu de la voierie de Garlande située à Paris, c’est à dire du côté des maisons dudit Chapitre vers la montagne Sainte Geneviève et l’eglise Saint Etienne des Grecs : in media parte voerie Garlandie Parisius siluate, videlicet ex parte domorum dicli Capituli versus montem S. Genovefe et S. Stephani de Grecis ecclesiam n.

Le CLOS BRUNEAU, clausum Brunelli, dit également Bruxei. et Bubniau, du nom d’un particulier qui le possédail ou l’habitait, continuait celui de Garlande, au midi, en gravissant la pente de la montagne Sainte-Geneviève. Il avait pour seigneur, dit Félibien, le Chapitre de Saint-Marcel, et, pour limites, la rue des Noyers, celle des Carmes, devant Saint-Hilaire, et la rue Saint-Jean-de-Beauvais, nommée autrefois et assez longtemps nie clos Bruneau, la rue du clos Bruneaur. Le Chapitre de Saint-Marcel ne le possédait pas tout entier, puisque l’évêque de Paris, Eudes de Sully, y avait une vigne, en 1202, et la vendit à la charge d’y construire des maisons dont les habitants seraient paroissiens de Saint-Etiennedu-Mont. Le clos Bruneau commença donc à se peupler en même temps que celui de Garlande. 11 s’y établit, à des époques différentes, des écoles, tant universitaires que privées, des écoles de décret, ou de droit canonique, un collège, celui de Tonnerre et un hôpital de Saint-Jean-de-Jérusalem, érigé plus tard en commanderie, ce qui y favorisa le mouvement de construction.

Le CLOS L’EVEQUE avait peu d’importance ; il était presque contigu au clos de Garlande, comme le clos Bruneau, et tenait, en 1 177, aux terres de l’hôpital de Saint-Jean-de-Jérusalem. Gérard, procureur de cet hôpital, acheta une vigne qui dépendait du clos et louchait à l’établissement hospitalier. Une autre pièce de vigne, a qui estoit tout devant la porte dudict ospital», lui fut donnée en 1 2.3o,

'l; Preuves, I. I, p. 3-27. — (î) Ibid.

LES CLOS, LES ENCEINTES, LES PORTES, ce qui prouve que le mouvement de construction avait été plus lent dans ce clos que dans les précédents.

Le CLOS SAINT-SYMPHORIEN était situé « entre les rues de Reims, des Chollets, de Saint-Etienne-des-Grés et des Sept-Voies n. Il tirait son nom de la chapelle placée sous le même vocable que la rue Saint-Symphorien, lesquelles paraissent avoir existé avant le mouvement de construction qui remplaça les vignes par des bâtiments, rr Dûs l’an 120g, dit Félibien , il y avoit déjà des maisons, dont quelques-unes furent achetées par l’aumosnier de Sainte Geneviève, en 1 aââ, 125a et 1260. L’evesque d’Arras, ajoute-t-il, y logeoit en 1260, et depuis il n’en est resté qu’une petite chapelle dédiée à saint Symphorien, dont les religieux de Sainte-Geneviève sont collateurs, et dont ils ignorent la fondation h) n.

Dans l’article relatif à la rue des Chiens, nous consacrons une notice à cette chapelle, dont la construction a dû déterminer le peuplement du clos de vignes qui servait à la dénommer; au xme siècle, on bâtissait volontiers, en effet, à l’ombre d’un édifice religieux, comme on a bâti plus tard dans le voisinage d’un collège.

Le CLOS SAINT-ÉTIENNE continuait, au midi, celui de Saint-Symphorien, dont il était séparé par un ancien chemin transformé en rue dite de Saint-Étiennedes-Grés. Planté de vignes, comme tous les autres, il touchait presque à l’enceinte de Philippe Auguste. Sa situation entre une église, un collège, — celui de Lisieux, — le mur de ville, dont le collège le séparait, et le voisinage du clos Sainte-Geneviève, en retarda le peuplement. Les deux et Bretonneries n y touchaient, et la porte Papale en était très rapprochée; mais aucune voie de quelque importance n’y a été tracée jusqu’au moment où le travail de dégagement, exigé par la construction des écoles de droit et par la création d’une vaste place audevant de la nouvelle église Sainte-Geneviève, s’est opéré, en partie, aux dépens de ce même clos.

Le CLOS DES Jacobins diffère des précédents, en ce qu’il s’est formé (1218- 1280) par l’adjonction de diverses portions de terrain bâti et non bâti, dont la réunion a fini par former le pourpris du couvent des Frères-Prêcheurs. Ce travail de formation ayant été lent et laborieux, nous n’avons pas voulu en scinder l’exposé : on le trouvera aux articles Passage des Jacobins, Couvent, Eglise, Ecoles des Jacobins, et Parloir aux Bourgeois. Contrairement à ce qui s’est passé pour les autres clos, celui des Jacobins a été plutôt un obstacle qu’une aide au peuplement de la région.

(') Preuves, t. I, p. .82-7.

Les autres clos, dont il est question dans les anciens titres, étaient situés en dehors de la région à laquelle est consacré le présent volume. Celui de.L.aas, que nous avons décrit dans le tome précédent, s’étendait, à l’occident, vers Saint- Germain-des-Prés; celui du Chardonnet se prolongeait, dans la direction contraire, en deçà et au delà de la porte Saint-Victor; le clos Le Roy, les clos Drapelet et Entéle'ciiier étaient compris dans les faubourgs Saint-Jacques et Saint-Michel; celui des Poteries, enfin, faisait partie du faubourg Saint-Marcel.

LES ENCEINTES. Le volume précédent ( Région occidentale de l’Université) contient, sur les deux enceintes de la rive gauche, une étude à laquelle nous renvoyons le lecteur. On sait que la première est très contestée, et n’a laissé que peu ou pas de traces. Quant à la seconde, dont il subsiste encore quelques fragments, elle n’avait, dans la région à laquelle ce volume est consacré, qu’un parcours très limité. Entre la porte Gibard, d’Enfer, ou Saint-Michel, que nous avons décrite dans le volume précédent, et l’extrémité orientale du mur d’enceinte longeant, au midi, l’enclos de l’abbaye de Sainte-Geneviève, il n’existait que deux ouvertures donnant entrée dans la ville : la porte Saint-Jacques, et la porte Papale. Huit tours, les unes rondes, les autres carrées, flanquaient l’enceinte : cinq entre les portes d’Enfer et Saint-Jacques, trois entre cette dernière et la porte Papale. 11 en est, dont nous parlerons aux articles du Couvent des Jacobins et du Parloir aux Bourgeois, et qui ont subsisté jusqu’à notre époque, dans un jardin situé en contre-bas de l’ancienne rue Saint-Hyacinthe. On sait que cette rue fut ouverte à travers le clos des Jacobins et sur la déclivité produite par l’amoncellement, des terres, résultant du creusement des fossés autour de l’enceinte de Philippe Auguste, après la bataille de Poitiers.

Le fameux château de Hautefeuilie, ancienne villa gallo-romaine, dont le Parloir aux Bourgeois était peut-être un reste, faisait partie de ces ouvrages en saillie sur le côté extérieur de la muraille. Il se peut que les fondations seules de ce château aient été conservées et qu’on ait construit, au-dessus, d’abord la salle que nous décrivons à l’article Parloir aux Bourgeois, puis le réfectoire et le dortoir des Jacobins. Une partie de ces restes fut respectée, et l’on fit, dit A. lîonnardot, tt tourner le fossé autour; de là la forme ondulée de la rue Saint- Hyacinthe, jadis le chemin de Contrescarpe (|)d. Quant à la partie plus avancée au midi et devant être occupée par la ligne des fossés, Jean de Venette, continuateur de Guillaume de Naugis, en a raconté la démolition dans un texte bien connu PL

(l Bonnardot , Dissertations sur les enceintes de Paris , p. 5a.

2 r- Circa centrum J'ossatorum , ante domum Predicalorum , prope murum , ai extra, reporta sunl

fundamenla turrium cl caslrorum tante fortiludinis , ut vix instruments ferreis possel opus dissoki. . . Ut fertur, olim ibi fuerat palalium, tel castrum, rjuod Altum Folium vocabatur.n

LES CLOS, LES ENCEINTES, LES PORTES. 7

Intérieurement, l’enceinte avait son « allée au-dessus des mursn et son «allée basse des mursn, ou chemin de ronde; nous en avons parlé dans le volume précédent.

LES PORTES. — Quelle que fût leur importance, les portes d'Enl'er et Saint- Jacques ont été, comme les tours et les murs, l’objet de concessions diverses, à titre de jouissance, et sauf restrictions en cas de guerre. Les Jacobins ont acquis ou reçu, à titre de don, des constructions accolées à ces portes et des te places n les avoisinant, de telle sorte que leur couvent les englobait presque dans sou pourpris. Avant qu’on les démolît comme obstruant le passage, ces portes étaient décorées de divers ornements, statuettes, écussons, étoiles, etc. Quant à la porte Papale, ouverte dans la muraille pour le passage d’un souverain pontife, c’était une simple baie, habituellement fermée et donnant entrée dans le clos Sainte- Geneviève. Elle était située à peu près dans l’axe de la rue des Sept-Voies, aujourd’hui rue Valette, et de la moderne rue d’UIm.

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