I. PALAIS DES THERMES
O11 s’accorde généralement à faire remonter la construction de l’édifice à Constance Chlore, qui fit un séjour de quatorze années à Lulèce. 11 est historiquement certain que Julien l’habita et y fut proclamé empereur par ses troupes, en 36o. Quelle était alors son étendue et celle des jardins qui l’entouraient? Ici tout est conjecture et matière à comparaison. Les palais romains ayant de vastes dépendances, on en a conclu que celui de Lutèce devait s’étendre du bord du fleuve au sommet du mont Leucotitius, et des Arènes au monticule où s’est élevée depuis la basilique de Saint-Vincent (Saint-Germain-des-Prés). Le canal dit la Petite Seine aurait été la limite de ses jardins vers le couchant.
in II exista, rue des Malhurins, une maison à ment d’imprimerie et de librairie, qui fut Iransfenseigne de La licorne, dans laquelle Tielman féré rue Saint-Jacques, même enseigne, et dura Kerver, d’origine allemande, fonda un établisse- cenl ans.
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Une conjecture qui a été émise et qui ne nous semble point déraisonnable, c'est que le fameux château de Hautefeuille, ouvrage romain dont on a eu peine à entamer les fondations, pouvait être, vers le sud, la limite du palais, et que remplacement sur lequel on a édifié le Pelit-Cliàlelel en marquait les bornes, du côté du nord. L’antiquaire Caylus dit, en effet, que, cdans les caves des.niaisons situées enlrc la rivière et les restes du Palais des Thermes, on a trouvé des piliers, ainsi que des voûtes de maçonnerie romaine, et que, avant la démolition du Polit Châtelet, on y voyait des arrachements de murs antiques qui se dirigeaient vers ce palais r.
Palais des Thermes. — Vue de la grande salle. — Réduction d’une, estampe de Génillon el Née.
Mais laissons de côté ces hypothèses et rappelons sommairement ce que devint le palais après la conquête de la Gaule par les Francs. Mabillon, en relevant un certain nombre de chartes, datées du Palais des Thermes, en a conclu qu il avail été habité par plusieurs rois mérovingiens, par Ghildebcrt notamment. Adrien de Valois a fait la même remarque; malheureusement les pièces probantes ne sont pas nombreuses.
Le palais gallo-romain dut être abandonné à l’approche des invasions normandes; il offrait, en effet, moins de sécurité que celui de la Cité, abrite derrière une muraille dont on a retrouvé les débris, et qui avait pour fosses naturels les deux bras de la Seine. Gomme tous les édifices de la rive gauche, ainsi que nous
I avons fail remarquer pour Saint-Benoît et Saint-Élienne-des-Grès, le Palais des Thermes dut être ravagé par les Normands, surtout à l’époque du siège de Paris, et c’est très probablement alors que commence la série des dévastations qui l’ont réduit à l’état où on le voyait au un' siècle, époque où le gros œuvre était encore intact. L enceinte de Philippe Auguste, qui l’aurait protégé, contribua peut-être à en diminuer l’étendue; pour faire passer la muraille à travers les anciennes dépendances du palais, il fallait faire quelques démolitions, couper des terrains qu’on aliéna, et c’est ainsi, nous le répétons, que l’ouvrage gallo-romain, appelé Altum folium, a pu demeurer en dehors du mur fortifié et rester contigu au Parloir aux Bourgeois de la rive gauche.
Depuis les rois de la première race jusqu’à ceux de la troisième, le Palais des Thermes reste dans l’oubli. Il faut aller jusqu’au milieu du xuc siècle pour eu trouver une prétendue mention. Jean de Hauteville, ou Hauville, sous le nom de Joannes Architrenius , nous aurait laissé une description du Paris de son temps; mais rtBonamy, de l’Académie des inscriptions et belles lettres, s’est singulièrement trompé sur toute cette description, évidemment allégorique. . . Notre grand pleureur. . n’est plus à Paris quand il remonte la montagne de l’ambition. Il est en Grèce, en Macédoine; et cette montagne s’élève au-dessus de la ville de Pella, patrie d’Alexandre. Il le dit positivement, en commençant la description de cette montagne et le chapitre u de son quatrième livre :
Mons survente rugo , Pellæam despicit urbem ,
Aslra supercilio libans , etc.
cil s’exprime, à la lin du chapitre v, de manière à ne laisser aucune équivoque... C’est là, dit le poète, que jouait cet enfant avide de régner, cet élève de Mars, Alexandre, . . .
[hc puer imperii cupidus ludebat, alumnus Martis, Alexander, etc. W
Cette description, crue exacte, ne pouvait que recommander le palais galloromain aux historiens de Paris; ils n’ont garde de l’oublier et en parlent avec admiration. Il en est un qu’il faut reproduire, parce qu’il consacre le contresens auquel avait donné lieu le mot latin terminus, substitué au mot grec Bepu-ôs, incompris. Dans le commentaire ajouté à sa traduction de La Cité de Dieu de saint Augustin, Raoul de Preslcs, qui écrivait sous le règne de Charles V, mentionne le palais des Thermes ainsi qu’il suit : # Julius Cæsar fist le palais de lermes, qui estoit ainsi appellé pour ce que là se payoient les trehuz ans termes qui esloient ordenez. n Ce jeu de mots nous fait sourire aujourd’hui.
Histoire littéraire de la France, t. XtV. p. 576, article Jean de Hautville, par Guinguette.
3 ilt TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS.
Quand ce palais cessa d’ètre résidence royale, il dut fournir, comme les arènes, une carrière à exploiter et contribuer ainsi au peuplement de la région. Raoul de Presles le constate dans les termes suivants : ccAdont les gens commencierent à ediffier maisons ans environs de ce chastel, et à eulx y logier, et commença ceste partie lors à estre premièrement habitée R), v
Le palais n’étant plus habite par les rois, les terrains qui en dépendaient furent baillés h cens et à rentes. Même une charte de Philippe Auguste, datée de 1218, portant donation à perpétuité du palais des Thermes à un certain Henri, qualifié de « concierge n et de chambellan, moyennant une redevance annuelle de douze deniers, prouve que cette concession n’était pas la première, puisque, suivant cet acte, elle succédait à celle dont avait bénéficié un certain Symon de Pissiaco !2) ; et l’on sait, d’ailleurs, que Simon de Poissy avait été précédé, en qualité de propriétaire de l’immeuble, par Jean de Courtenay, successeur de Raoul de Meulent. Ce document nous apprend encore que le palais était devenu le centre d’une exploitation rurale; il y existait un pressoir, pressorium.
De donation en donation, le palais des Thermes finit par avoir de nombreux propriétaires. Un héritier de Robert de Courtenay, Jean de Courtenay, vendit, au commencement du xivc siècle, sa portion à un archevêque de Reims, qui la céda à un évêque de Bayeux, de qui elle fut acquise par Pierre de Chaslus, abbé de Cluny, qui possédait sans aucun doute, avec l liôtel de ce nom, les autres portions du palais. Tout le domaine en dépendant se trouve alors réuni à I hôtel abbatial, et l'histoire des deux édifices se confond à partir de ce moment.
Les appropriations du vieux palais furent multiples. Nous ne pouvons suivre le mouvement de ces constructions parasites, qui cessa après l’acquisition des abbés de Cluny; mais nous devons mentionner les jardins suspendus, à la façon de ceux de Babylone, qu’011 avait eu l'idée d’établir au-dessus des solides voûtes romaines. 11 y en avait deux, dont l’un couronnait la terrasse de la salle des 1 hernies; cest celui que la génération précédente a pu voir, puisqu il a subsiste jusqu en 1820. L’autre, dont parle Piganiol comme existant encore vers 1700 nsur une terrasse fort élevée dans la partie de l'hôtel de Cluny communiquant aux Thermes, fut anéanti en 1737, avec la voûte qui le supportait ^ n.
Parmi les descriptions contemporaines qui abondent en détails et en conjectures, il en est une que recommande le nom de son auteur, à laquelle nous faisons quelques emprunts :
La gronde salle, dit M. F. de Guillermy, est une fabrique immense, majestueuse d’aspect, merveilleuse de solidité, empreinle, comme les œuvres du peuple romain, d une grandeur mâle et sévère. De semblables monuments se mesurent plutôt qu ils ne se décrivent; ils tirent toute
ta Paris et ses historiens aux xiv' cl xV siècles , p. 1 07 et 1 08. — ' Bibl. nat. , Cartulaire de Philippe Auguste, f" 170. — Mémoires de l’Académie des inscriptions , l. \X, p. G7 f|.
leur beauté du grandiose des proportions, de la régularité de l’appareil et de l'importance de leurs dimensions. Quelque nue et dépouillée qu’elle puisse être, la salle des Thermes, sur laquelle ont passé déjà quinze siècles, commande l’admiration el le respect. On contemple avec étonnement les hautes voûtes et les voussures hardiment projetées dont les retombées ont pour consoles des poupes de navires. L’œil suit avec curiosité les archivoltes des arcades et des niches, dont la brique et la pierre, découpées en claveaux d’une finesse charmante, composent alternativement le pourtour. Nous avions peine à croire, au premier abord, que, sous un climat humide et froid, comme le nôtre l’est une grande partie de l’année, les Romains n’eussent pas senti la nécessité de réduire les dimensions qu’ils étaient dans l’usage de donner à leurs constructions thermales d’Italie ou de l’Orient, et que celle immense salle du palais de Paris n’eût réellement jamais eu d'autre destination. Mais la comparaison de nos Thermes avec des établissements semblables bien étudiés à Rome el ailleurs ne laisse pas même le droit d’émettre un doute. Il paraît aujourd’hui prouvé que la grande salle était la frigidarium, ou salle des bains froids. Elle est accompagnée, du côté du nord, d’une pièce en saillie, dont le sol est un peu plus bas, et qui formait la piscine. De l’autre côté, des arcades, aujourd’hui murées, communiquaient avec d’autres salles voisines, et de grandes niches présentant les vestiges bien appa-
Vuc de la salie des Thermes, en i8a6, d’après un croquis de H. Legrand.
rents des canaux par lesquels les eaux tombaient dans les baignoires. La construction a été exécutée en petit appareil carré, avec des chaînes horizontales en briques destinées à maintenir les assises et à les régulariser. La hauteur de la grande salle est de i8 mètres, la longueur de yo, sa largeur de n,5o. La piscine s’élève à une hauteur égale; mais elle n’a en surface que 10 mètres sur 5.
Si de la salle des bains froids on se dirige vers la rue de la Harpe, on parvient, après avoir
traverse un vestibule, dans l’ancienne salle des bains chauds, le tepidarium, dont il ne reste plus , |ue des murailles en ruines. Elle était bordée de grandes nielles en hémicycle. A l'extrémité de cette salle, on aperçoit, engagés sous le sol de la rue, quelques débris d'hypocauste, de réservoirs et d’escaliers de service.
Au-dessous du sol de la grande salle, il existe des restes d'aqueducs, des trous de réservoirs, et plusieurs salles curieuses, les unes voûtées, les autres couvertes en plafond.
Rien n'avait été épargné pour faire du palais des Thermes une résidence vraiment splendide. Un aqueduc allait lui chercher des eaux saines et pures jusqu’aux sources de Rougis, c'est-àdire à trois lieues environ du centre de Paris. Souterrain dans la plus grande partie de son cours, il traversait cependant le vallon d'Arcueil sur une suite de hautes arcades, dont le lemps a respecté quelques piles, d'une belle architecture, appareillées comme les murailles de la salle des Thermes. L'aqueduc antique a été complètement reconnu dans toute son étendue; il esl côtoyé par l'aqueduc moderne qui apporte à Paris les memes eaux'1'.