CHAPITRE VI
SUITE DES RUES DE LA RÉGION CENTRALE DE L’UNIVERSITE
Sommaire : Rue des Chollets. — Origine de celte dénomination. — Description topographique des deux côtés de la voie. — Collège des Ciiollets; sa fondation; ses extensions; sa chapelle; son absorption par les établissements voisins. — Rues Fromentel et du Cimetière- Saint-Benoît. — Distinction nominale et réunion effective de ces deux rues; leurs dénominations diverses; étymologies et variantes orthographiques : Oseroye, Noyeroie, etc. — Description topographique des deux côtés de ces voies. — Second cimetière de Saint-Benoît. — Ruelle Fromentel; sa situation; son origine. — Rue du Cloître-Saint-Benoît; ce qu’elle était en réalité; absorptions successives. — Le peu qui en reste îi l’époque contemporaine. — Description topographique des deux côtés de ccLte voie.
RUE DES CHOLLETS.
Aussi courte, aussi étroite que la précédente, la rue des Chollets débouchait, au nord dans celle de Reims, au sud dans celle de Saint-Étienne-des-Grés. Elle était, comme ses voisines, un ancien chemin tracé dans les vignes et bordé plus tard de petites constructions, dont la plupart n'y avaient que leurs murs postérieurs. Aussi lui a-t-on donné souvent le nom de rue des Chiens, de Saint-Symphobien, de Matstbe Jehan, parce que les maisons dont nous parlons avaient leur entrée principale sur cette dernière voie.
Le nom quelle portait, et sous lequel on la connaît généralement, n’est sans doute pas le plus ancien, puisqu’elle le devait au collège des Chollets, dont la fondation est de 1292. C’est très probablement elle que le Livre de la Taille de la même année appelle trie Coing de Sainct-Syphorien n, à raison du voisinage de la chapelle de ce nom, désignation qu’on retrouve presque identiquement dans des litres postérieurs : tt devant Sainct-Syphorien ». La rue du Moine, dont il est question dans le Dit de Guiliot, ne peut être que celle des Chollets, à laquelle on aura tout naturellement donné le nom du cardinal Jean Le Moine, qui succéda aux exécuteurs testamentaires du fondateur du collège des Chollets, et révisa les statuts de cet établissement. On verra plus loin quelle a été confondue, à tort,
TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DH VIEUX PARIS, avec celle du Foin. Enfin, la proximité de la maison de Sainte-Barbe lui a valu, au xvii' siècle, une dernière dénomination, celle de Petite rue Sainte-Barbe.
Comme ses voisines, les rues de Reims et des Chiens, celle des Chollets a été absorbée par les maisons scolaires dont elle était bordée; mais son emplacement, transformé en cour ou passage, a été longtemps reconnaissable, à l’intérieur de ces établissements.
CÔTÉ OCCIDENTAL
(du Sud au Nord).
PAROISSE SAINT-ÉTIENNE-DU-MONT
Le côté occidental de la rue des Chollets était formé par le collège qui lui a donné son nom, par une partie de I'Hôtel de Langres, dont la façade principale se profilait sur la rue Saint-Jacques, et par les dépendances de I’Hostel ou Collège du Mans, ayant son entrée sur la rue de Reims.
COLLÈGE DES CHOLLETS.
Le cardinal Jean Cholet, mort le 2 août 1291, laissait sans emploi une somme de six mille livres destinée aux frais de la guerre contre Pierre d’Aragon. Ses exécuteurs testamentaires, Jean de Bulles, archidiacre du Grand-Caux dans l’église de Rouen, Evrard de Nointel et Girard de Saint-JusL, chanoines de celle de Beauvais, changèrent la destination de cette somme; avec l’approbation du pape Boniface VIII, ils l’appliquèrent à l’achat d’un grand logis, dit I’Hôtel de Sexlis, ayant appartenu à Gauthier de Chambly, évêque de cette ville, et joignirent plus tard, à cette acquisition, une maison voisine, pour y loger six pauvres écoliers des diocèses de Beauvais et d’Amiens. L’hôtel principal devait en abriter vingt-six, originaires des mêmes diocèses.
Les appropriations nécessaires furent faites immédiatement; elles étaient terminées en 1292, et non en 1 a g 5 , comme le dit Le Beuf, qui a conlondu la date de l’approbation des statuts avec celle de l’ouverture du collège.
Les immeubles acquis pour le nouvel établissement étant situés dans la censive de Sainte-Geneviève, les exécuteurs testamentaires du cardinal Cholet durent payer à l'abbaye une somme de six cents livres, à titre d’indemnité, pour 1 amortissement accordé par le roi Philippe le Bel, plus une rente foncière de quatre sols six deniers. Le cardinal Jean Le Moine, qui leur succéda, contribua à régulariser et à consolider la fondation nouvelle. Ces efforts communs furent couronnés de
succès, car le collège des Chollets, dont les bourses étaient fort recherchées, prit promptement, dans l’Université, une importance égale à celle des établissements les plus justement renommés.
Les étudiants du collège des Chollets, dit le savant annotateur de Le Beuf, jouissaient d’une bibliothèque assez considérable, si l’on en juge par un passage de l’Obituaire (Arch. nat. , M 112) où il est dit qu’il y avait, en iâ8â, tttant en la chapelle qu’en la librairie, des livres enchaînés, pour la valeur de soixante huit livres treize sous IP*.
La chapelle dont il vient d’èlre parlé avait été bâtie en i5oâ, et consacrée en 1 5 1 g . Avant sa construction, est-il dit dans les Remarques singulières de Paris (p. 92), re les Estudians alloient ouyr le service divin à Sainct-Symphorian-aus- Vignesn. Cet oratoire, très élégant édifice en style de la Renaissance, avait survécu à la Révolution, mais il ne trouva pas grâce devant les démolisseurs. Détruit en partie sous le premier Empire, il a été totalement démoli en 1822 et 1828, conformément à l’accord intervenu entre l’Université de France et la Ville de Paris, accord aux termes duquel les bâtiments de l’ancien collège des Chollets, devenus propriété nationale en 1792, étaient réunis aux biens composant la dotation de l’Université et rétrocédés gratuitement par elle à la Ville, ttà la charge d’en effectuer la démolition et d’en réunir le terrain au collège de Louis-le-Grand , sauf le retranchement nécessaire pour l’élargissement des rues des Cholets et de Saint-Étienne n :
Le collège des Chollets était assez richement doté en biens immobiliers. 11 possédait, au moment de sa réunion à l’Université, outre les bâtiments collégiaux,
La Croix d’or, en façade sur la rue Saint-Étienne-des-Grés;
Sainte-Catherine ;
Les Petits Ciiollets, ou le Püits des Chollets, sur la rue Saint-Jacques;
Le Monde ;
La Bergerïe ;
La Galerie d’or.
Le Beuf, e'ilil. Coclieris, t. Il, p. 5 98.
Tl. 10
IU PRIX EMC
Ces immeubles sont dits, dans les titres, et tenant aux terrains et bastimens du collège de Louis-le-Grand, d'autre part à la rue Saint-Estiennen. Nous les énumérons sous la rubrique générale : Maisons et de'pendances du collège des Chollets.
Le collège possédait également un jardin, qui est dit tt dépendant des Chollets n, et avait issue sur la rue Saint-Jacques. 11 y existait une petite maison, mentionnée dans un titre de i58a.
Enfin une «petite cour des Chollets r, avec les bâtiments y enclavés, tenait au collège de Clermont, ou de Louis-le-Grand, et y fut incorporée, ainsi que nous le dirons à l’article de ce collège.
Les Archives nationales possèdent, sous les colesMiii, 157, 1 9 5 , etS6Ao2, des pièces importantes, véritables sources de l’histoire topographique de celte région. Nous y avons largement puisé et nous en publions, aux Appendices, les parties les plus intéressantes.
CÔTÉ ORIENTAL
(du Nord au Sud).
MEMES PAROISSE ET CENSIVE
Le côté oriental de la rue des Chollets était bordé par les murs latéraux et postérieurs de la Maison de Sainte-Barbe, dont la notice se trouve à 1 article de la rue des Chiens, par le fianc de la chapelle Saint-Symphorien faisant le coin de celte rue et de celle des Chiens, et par I’Hôtel du Mont-Saint-Michel, formant l’angle de la rue des Chollets et de celle de Saint-Étienne-des-Grcs. Elle était donc, en partie, une ruelle de desserte pour les voies plus importantes, dont les dépendances s’étendaient jusque-là.