‹ Topographie historique du vieux Paris (volume 2)Chapitre 43 sur 302 · RUES FROMENTEL ET DU CIMETIÈRE-SAINT-BENOÎT · texte numérisé non relu

RUES FROMENTEL ET DU CIMETIÈRE-SAINT-BENOÎT

Ces deux voies, qui se continuent d’orient en occident et n’en forment, en réalité, qu’une seule, aboutissent encore aujourd hui, d’une part, à la rue Saint- Jacques et, d’autre part, au petit carrefour formé jadis par la rencontre des rues Saint-Jean-de-Latran , Jean ou Saint-Jean-de-Beauvais, Chartière et du mont Saint-Hilaire. Quoique certains auteurs les considèrent comme deux voies distinctes, elles sont généralement réunies l’une à 1 autre, et la même dénomination leur est appliquée dans les litres, à cette différence près que la partie occidentale, voisine de l’église Saint-Benoît, en prenait quelquefois le nom, tandis que la partie orientale était désignée sous le vocable latin de frigidum mantellum , traduite par froid manlel, froil manie], freit manie 1, fres manlel, froid ou f'OU mantyau,

freimanlel, fromentel et enfin fromcnleau, ces deux dernières formes étant évidemment une corruption du nom primitif.

A partir de 123g, ces appellations se succèdent dans le Cartulaire de Notre- Dame, ainsi que dans diverses chartes de ieA3, 125i, 1282, 1283 et 128/1, dans les Livres de la Taille de 1292, 1296, 1 3oG , 1 3o8 et 1 3 1 2. Les Registres criminels du Châtelet de 1390, les Comptes de l’ordinaire de 1 Ai 6, le Compte des confiscations faicles par les Anglois en 1A20, un manuscrit de l'abbaye de Sainte- Geneviève, daté de iA5o, ne donnent plus la forme latine frigidum mantellum, mais le vocable francisé Frementeau ou Frementel, qu’une assimilation erronée a transformé en Fromentel et Fromenleau. Des altérations et des appropriations analogues ont également diversifié le nom d’une rue qui était voisine du Louvre et que nous avons décrite dans le premier volume du présent ouvrage I1). La rue Fromenteau, de la rive droite, à laquelle s’appliquent la plupart des vocables que nous venons d’énumérer, et qui conduisait de la façade occidentale du Louvre au château d'eau du futur Palais-Royal, devait sans doute ces diverses dénominations à ses froids ombrages, comme celle du mont Saint-Hilaire, dont il convient de parler plus longuement.

L’étymologie de ce vocable a beaucoup occupé les historiens de Paris; outre celle que nous venons d’indiquer et qui semble la plus naturelle, il en est une à laquelle A. Berty s’était rallié et qu’il motive ainsi : nNous avons lu, dans un Registre de Gens du Parloir aux Bourgeois, à la date de 1292, qu’il existait, près du cimetière Saint-Benoît, une meson nus moines de Frémont, de l’ordre de Cîteaux, lesquels moines étaient établis au diocèse de Beauvais. Cette maison, au témoignage de Sauvai'2', subsistait encore en 1 3 8 3 . D’autre part, on trouve, dans une pièce de 1 27 1, la mention suivante : Domum nostram que dicitur Domus monachorum Froil Mantel. 11 est clair que c’est cette maison qui a donné son nom à la rue. d L'argument, qui repose sur l’identité supposée de fremonl ( frigides nions’) et de froid mantel (frigidum mantellum ), ne nous semble pas absolument concluant'3).

Une autre étymologie nous paraît un peu plus probable; elle s’appuie également sur des textes. Guillol mentionne, dans son Dit, une rue de l’Oseroie, qui a dû être voisine de celle qui nous occupe, si elle ne s’identifie pas avec elle : Lors descendi eu Fres Mantel Eu la rue de l’Oseroye;

Ne sais comment je desvouroye.

O11 s’est demandé ce que pouvait être cette rue située a en Fres Mantel*. Le Beuf,

(1) Voir la Topographie historique du Vieux Paris ( Région du Louvre et des Tuileries ), p. 3g.

(s) Antiquités de Pans, t. III, p. 178.

M. l’abbé V. Dufour donne comme possible

l’étymologie fraclum mantellum , fortification rompue, à raison d’une prétendue première enceinte de la rive gauche, détruite sur ce point, comme sur tout le reste de son parcours.

TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, avec quelques autres, l'identifie avec celle du Cimetière-Saint-Benoît, qui constituait la partie occidentale de la rue du Frigidum Mantellum. Les oseroies s’y mêlaient peut-être aux nouroyes, à raison du voisinage de la rue des Noyers et le tout formait un froid manlel. 11 ne faut pas oublier, d’ailleurs, que le versanl de la montagne Sainte-Geneviève était couvert de vignes, au pourtour desquelles on plantait jadis des noyers. Ce qui confirme cette conjecture et tend à faire croire que oseroie est une mauvaise lecture, c’est que de nombreuses chartes de la première moitié du xiv' siècle mentionnent un viens diversement orthographié : noierie , noeroie, noyevoie et nouroye. Dans l’un do ces titres, daté de i3u4, on lit : tt Maison assise rue de la Noeroie, au bout de Fromentel en descendant au cloz Brunei. n Un autre, de i3û6, parle de et une maison assise rue de l’Ospital, — c'està-dire de Saint-Jean-de-Latran, — en l'opposite du cloz Brunei, faisant le coing et tenant, d'une part, à la rue que l’on dit la Nouboïe».

Une circonstance vient corroborer nos inductions : un titre mentionne une maison située rue Saint-Jacques, dans la censive de Sainte-Geneviève, probablement lTIostel de la Coutube et aboutissant ttruës de la Nouroye et de Fromentel n. Cette Nouroye, ou Noyeroie semble donc avoir été la partie occidentale de la rue Froid-Manlel, à son débouché dans la rue Saint-Jacques.

Ce qui paraît ressortir des textes comparés entre eux, c’est l’identité de l’Oseroye avec la Noyeroie. Les erreurs de copie, les fautes de lecture sont si nombreuses dans les anciens textes et, en particulier, dans le Dit de Guillot, qu'on ne peut s'arrêter à ces variantes, alors surtout qu’une raison de convenance vient s’ajouter aux arguments de l’ordre topographique : nouroye rime, en effet, plus richement avec desvouroye, qui termine le vers de Guillot, que ne le fait oseroye. Enfin la marche du poète, qui est régulière, conduit à la même conclusion.

L identité des rues Fromentel et de l’Oseroye étant établie, en ce sens qu’elles se continuaient l’une l’autre, d’orient en occident, il nous reste à rappeler les raisons que les historiens de Paris ont données du vocable froid manlel , frigidum manlellum, que l’on rencontre dans les titres les plus anciens.

« Noyeroie , ou noyeraie, dit A. Berty, signifie un lieu planté de noyers, comme misaye indique un endroit où croissent des cerisiers. Mais on sait que les noyers produisent un ombrage d’une extrême fraîcheur; les arbres qui avaient donné leur nom à la rue, formant donc une voûte de feuillage qui ne laissait point pénétrer les rayons du soleil, on s’était habitué ,à désigner, par un terme aussi vrai que poétique, l’abri qu’ils formaient sous le nom de froid et fies manlel, froil et fre manhjau. y

Du sens physique, un auteur contemporain est passé au sens moral ; le froid manteau, c’était, selon Édouard Fournier, non pas les noyers et leur fraîche voûte

de verdure, mais le cimelière Saint-Benoît lui-même; c’élait le froid de la tombe. Cette explication, fort ingénieuse assurément, ne saurait malheureusement s’appliquer à la voie de la rive droite, où l’on n’a jamais constaté l’existence d’un cimetière.

Celui de Saint-Benoît, qui a laissé sa dernière appellation à la voie qui nous occupe, ne parait pas avoir servi à la dénommer dans les temps anciens. On le trouve, il est vrai, dans le Plan de Tapisserie; mais, dans celui de Dheulland, elle porte le vocable banal et peu recommandable de crue Breneuser, appliqué à plusieurs voies du mont Saint-Hilaire.

La rue Fromentel étant peu étendue et touchant à d’autres voies bordées de maisons, qui étendaient leurs dépendances jusque-là, nous n’avons pu relever qu un petit nombre d’immeubles ayant façade sur ladite rue.

CÔTÉ MÉRIDIONAL

(d’Occident en Orient).

PAROISSE S A INT-ETIEN NE-DU-MONT

Ostkl ads Camraülx (i38o), antérieurement le Plat d’estain et les Trois Escuelles. On en constate l’existence jusqu’en i/i3A; mais il semble avoir disparu à cette époque par suite des travaux d’agrandissement du collège de Plessis, qui, ayant sa façade principale sur la rue Saint-Jacques, touchait cet hôtel de flanc et par derrière.

Façade postérieure de la Maison du Mouton ou du Mouton blanc, qui touchait au Plat destain, et faisait front sur la rue Saint-Jacques. Entre le Mouton blanc, les collèges du Plessis et de Marmoutiers, s’étendait un terrain rl une certaine importance, qui ne paraît avoir été englobé ni dans ces établissements scolaires, ni dans les maisons contiguës, puisqu’une note de 1780 le detei mine ainsi : «Il est situe entre les Maisons du Mouton blanc et le Collège de Marmoutiers; il a quinze toises de longueur sur la rue Fromentel, qui sont depuis le derrière de la Maison du Mouton blanc jusqu’à l’encoignure et pli de la rue fromentel, estant sis vis-à-vis du coin du cimetière Saint-Benoit v.

Il s’agit ici du second cimetière de Saint-Benoît, dont nous allons parler. Quant à cette <t encoignure* et à ce «pli», ce n’est point à l’angle de la rue Saint-Jacques qu’il faut les placer, mais au débouché de la ruelle Fromentel, qui s’ouvrait en face, et conduisait à la rue Saint-Jean-de-Latran. Le second cimetière de Saint- Benoît est de beaucoup postérieur au premier.

Le côté méridional de la rue Fromentel se terminait, a 1 orient, par la

Maison de l'Escu de France (i38g-i586) appelée, au xve siècle, la Maison de l’Ysore et portant, en 1780, l’enseigne du Grand Henri.

CÔTÉ SEPTENTRIONAL

(d’Occident en Orient).

PAROISSE SAINT-BENOÎT

La Coupe d or (1780), faisant le coin des rues Saint-Jacques cl Fromentel.

Arrière-façade de I’Hostel de l’Estoile, ou de Notre-Dame de la Cousture. C’était le logis parisien des abbés de ce monastère, logis qui consistait en k un petit corps et un jardin n.

Second CIMETIÈRE DE Saint-Benoît. La nécropole primitive de cette paroisse avait été établie en face de l’église, et dans son voisinage immédiat. Au commencement du xvnc siècle, on crut, avec raison, devoir l’éloigner de la rue Saint- Jacques et le reporter un peu plus à l’ouest. C’est alors que lut acquis un terrain destiné à cette translation, acquisition qu’une note atteste dans les termes suivants :

cr 1 6 1 A. Achat par le Roy d’une place proche I’Hostel de la Couture, pour estre icelle place échangée avec les marguilliers de Saint-Benoist, pour servir de cimetière. v L’appropriation du terrain à usage lunèbre demanda une année, puisque le transfèrement de l’ancienne nécropole n’eut heu quen i6i5.

«Le cimetière de Saint-Benoist, dit en effet Le Beuf, etoit autrefois derrière — ou plutôt devant l’église, au lieu qu’on appelle la place de Camhray; ce n est qu’en 1 G 1 5 qu’on l’a transféré où il est derrière le Collège Royal W. t> C’est à partir de cette translation que la place de Cambrai put être régularisée. (Voir ci-avant l'article que nous lui avons consacré.)

La seconde nécropole de Saint-Benoit subsista moins longtemps que la piemière : elle fut supprimée, avec les autres cimetières intérieurs, par décrets des ■là août 1790, 6 et i5 mai 1791.

Entre le second cimetière de Saint-Benoît et barrière-façade de 1 hôtel de Coulons, fut ouverte la ruelle Fromentel dont il est question à la page suivante.

Histoire de tout le diocèse de Paris, éilil. H. Cocheris, t. Il, p. 53.

PAROISSE SAINT-ÉTIENNE-DU-MONT

Partie poste'rieure de l’Hostel des Coulons, dont la façade principale bordait la rue Saint-Jacques.

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