‹ Topographie historique du vieux Paris (volume 2)Chapitre 45 sur 302 · RUELLE FROMENTEL · texte numérisé non relu

RUELLE FROMENTEL

Les deux mentions que nous venons de transcrire, et qui sont empruntées à un «censier de la Confraerie n , énoncent une rue, ou plutôt une ruelle, à laquelle il est donné un nom, celui de Thibaut Dacre, l’un de ses habitants sans doute, et une direction, puisqu’elle est dite descendre «à hospital » de Saint-Jean-de-Latran. Cette ruelle, qui a subsisté jusqu’au commencement du xvu' siècle, séparait le collège de Tréguier des terrains qui furent occupés par celui de Cambrai, et

permettait de passer de la rue Fromentel à celle de Saint-Jean-de-Latran. La plus ancienne dénomination qu’on lui trouve est celle de «ruele devant l’ospital ou rue Henry Lorgueneur* (ia5o). Cet individu était-il un simple habitant, comme Thibaut Dacre, ou un organiste de Saint-Benoît? Ici tout est conjecture. Eu i3o8, la ttruele qui descend devant l’ospital * prend le nom de Thibaut Dacre; puis en 1369 et i3g8, elle emprunte celui de la voie à laquelle elle aboutissait au midi : c’est tria ruele de Fromentel*. 11 est probable que ce dernier vocable finissait là, et que là aussi commençait la Noycroie, partie orientale de la rue Froid Mantel, ainsi que nous l’avons établi plus haut.

La ruelle Fromentel était certainement en censive de la Grande Confrérie, au moins dans son côté oriental, cest-à-dire vers le clos Bruncau. Cette association pieuse avait également droit de censive, du côté méridional de la rue Fromentel. Quelques-unes des maisons achetées, en 1 3 1 g , par Geoffroy du Plessis, pour l'établissement de son collège, sont indiquées, en effet, comme relevant du fief de la Confrérie, fief dont l’existence et la situation précises sont constatées par plusieurs pièces appartenant aux archives de Sainte-Geneviève. L’abbaye eut, vers la fin du xiv° siècle, un procès à soutenir contre la Confrérie, qui était alors moins riche : partie par usurpation, partie par amortissement, partie par la dégradation et la ruine des maisons sur lesquelles reposaient les cens et rentes, la Confrérie avait vu ses * droits * diminuer d’abord, dans une proportion sensible, puis s’éteindre entièrement. Déjà, en i3go, les redevances notaient plus perçues sur un certain nombre d’immeubles situés en la rue et ruelle Fromentel, ainsi que le constate un Inventaire daté de cette année. A propos de cinq maisons tt assises en y celle riien, il est dit que «la Confraerie 11e prend rien sur ycelles maisons, 11e aussv ès menus cours et rentes quelle soloit jadis prendre, quar la rue est devenue vague et inhabitable, et les maisons d’ycelle chues et anéanties*. 11 n’est pas possible de s’y tromper, car f Inventaire ajoute : «Et soloit seoir ycelle riic oultre Petit-Pont, devant la porte de l’ospital Sainct Jehan.*

La rue Fromentel était jadis la principale voie transversale joignant Saint-Benoît et le quartier Saint-Jacques au mont Saint-Hilaire et au clos Bruneau. Les maisons durent s’y bâtir sur les côtés méridional et septentrional; mais ce mouvement de construction fut arrêté, tant par la proximité du cimetière, que par l’établissement des collèges de Cambrai et du Plessis qui couvrirent une certaine surface. L’ouverture de la rue Saint-Jean-de-Latran, qui n était primitivement qu’une impasse et qui, une fois débouchée, établissait une communication plus directe entre les deux quartiers, explique, en outre, la décadence de la rue Fromentel et la dépréciation des immeubles dont elle était bordée. Réduite au rôle de voie de desserte, elle l’a conservé jusqu’à nos jours. Les collèges du Plessis et

de Marmoutiers n’existent plus; mais celui de Louis-le-Grand, qui les a absorbés, projette ses dépendances de flanc sur la vieille rue Fromentel. 11 n’y a plus de cimetière Saint-Benoît et de collège de Cambrai; mais le Collège Royal, agrandi sous le nom de Collège de France, étend ses bâtiments renouvelés sur tout le côté septentrional de l’antique rue de Froid Mantel.

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