‹ Topographie historique du vieux Paris (volume 2)Chapitre 47 sur 302 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Sommaire : Église Saint-Benoît. — Ancienneté de celte église; ses vocables primitifs ; son double caractère; étymologie de son dernier vocable; origine des divers qualificatifs ajoutés à celte appellation; constructions partielles et agrandissements; chapelles et chapellenies; désaffectation, transformation en magasin et en théâtre; destruction totale. — Description qu’en a laissée un archéologue contemporain.

ÉGLISE SAINT-BENOIT

Celte église, dont il ne reste plus trace aujourd’hui, était fort ancienne. Les historiens de Paris s’accordent à la considérer comme antérieure à l’an 1000; elle fut, disent-ils, lune des quatre, situées dans les faubourgs de Paris, que le roi Henri ILr accorda à Imbert, évêque de Paris, et à ses chanoines, pour les relever de leurs ruines, après les dévastations commises par les Normands.

Placée d’abord sous l’invocation de saint Bacche ou Bacchus, et de saint Serge, martyrs dont elle possédait, dit-on, des reliques, elle prit ensuite le vocable de Saint-Benoît, non point, comme certains auteurs l’ont prétendu, en souvenir du célèbre moine du mont Cassin, mais, ainsi que l’a fait remarquer Le Beuf, treu 1 honneur du benoist Dieu, benedictus Deus, et de la benoiste Trinité, benedicla Tri nilas^n.

L ancienne église de Saint-Bacche et de Saint-Serge n’était probablement que la chapelle d une sorte de monastère : ouverte à la population rurale des clos environnants, elle conserva, après sa restauration, le double caractère monastique et paroissial. L’évêque de Paris et les chanoines de Notre-Dame y entretenaient six chanoines, un curé et douze chapelains, qui y exerçaient les fonctions curiales.

1 oui a été dit sur les trois qualificatifs donnés successivement à l’église Saint- Benoit : te le bestourné, ou mal tournés d’abord, parce que le maître autel était autrefois placé vers l’occident, contrairement aux règles de l’orientation chré-

Le Beuf, édition Coclieris, t. Il, p. 5i.

TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, tienne. Celte disposition subsista jusqu’à Fan 1 5 1 7, époque où Fon profita de la reconstruction de la nef et du portail, pour reporter 1 autel a 1 orient. Saint-Benoît fut dit alors nie bien tourné» et nie bistournéi), ou tourné deux fois.

A la reconstruction partielle de 1 5 1 7 s’en ajouta une seconde, en 1679 : l’architecte Beausire rebâtit alors le chœur, ainsi que le clocher, et Claude Perrault, le célèbre auteur de la colonnade du Louvre, fournit les dessins d après lesquels furent exécutés les pilastres corinthiens décorant le rond-point de 1 église.

Il était résulté de ces divers travaux un édifice hybride, de peu de valeur architectonique et sans aucune régularité, r Cette église, dit Le Beuf, a le même défaut que celle que Fon remarque dans 1 église de Saint-Jacques-de-la-Boucherie : deux ailes fort larges, avec des chapelles du cote méridional, et, du coté septentrional, une aile seule, fort resserrée et presque sans chapelles n, Il explique cette disposition en faisant observer que nie terrain où sont les chapelles, vers le midi, avoit été autrefois une rue, ou un cul-de-sac, dont on a trouvé le pavé n:l;.

Le savant annotateur de Le Beuf a voulu se rendre compte du nombre des chapelles qui décoraient le côté méridional de 1 église Saint-Benoît, et il est amvé au chiffre, évidemment excessif, de vingt-six. et 11 y avait, dit-il, deux chapelles des morts, celle fondée par Jean Voisin, et une autre, beaucoup plus ancienne, fondée en 1202 par Leonius, sous le nom de Sainte-Madeleine et de Saint- Benoît. . . <2>n. Il énumère ensuite la chapelle diaconale, dite de Saint-Étienne, la chapelle sous-diaconalc, celles de Sainte-Catherine, de Saint-Biaise* deux de Saint-Nicolas, deux de Sainl-Jean-FÉvangéliste, deux de Saint-Pierre et Saint- Paul, trois de Saint-Louis, trois de Sainte-Croix, de Saint-Jacques et Saint-Philippe, de Saint-Jean-Baptiste et Tous les Saints, de Notre-Dame sans qualificatif, de Notre-Dame-de-la-Paix, de Notre-Dame-de-la-Table et de Notre-Damede-la-Miséricorde.

Dans cotte longue énumération, JJ. Coclieris a évidemment confondu chapelles avec chapellenies, distinction que Le Beuf avait faite, et que nous avons faite nousmême, dans le volume précédent, à propos de 1 église Saint-André-des-Arts.

Mais, si la plupart des chapelles auxquelles H. Cocheris a donné une existence matérielle, n’avaient qu’une vie morale, c’est-à-dire si elles n’étaient que des fondations pieuses, placées sous des vocaldes différents, il 11 en était pas de même d’une chapelle externe, que Saint-Benoît revendiquait comme sienne, et avec laquelle elle eut de longs différends. Nous voulons parler de la chapelle de Saint- Yves, considérée comme un démembrement de 1 église Saint-Benoît. Le lecteur trouvera, à l’article des rues Saint-Jacques et du Plâtre, le récit sommaire de ces controverses.

(D Le Beuf, édition Cocheris, t. II, p. 5i. — Ibid., t. Il, p. 82.

ÉGLISE SAINT-BENOIT

Déclarée propriété nationale et vendue, le 28 nivôse an v, à un ancien fabricant d’ornements sacerdotaux, l’église Saint-Benoît fut rendue au culte par l’acquéreur qui en prit les frais à sa charge. Reconnue comme paroisse après le Concordat, quoiqu’elle fût une propriété particulière, elle passa, en 1812, aux mains d’un meunier qui la transforma en dépôt de farine. Ainsi désaffectée, elle fut, en 1882, aménagée en salle de spectacle, sous le nom de Théâtre du Panthéon, et elle était dans un état de délabrement complet, lorsqu’on la démolit, en i85/i, pour ouvrir la rue des Ecoles, dans l’axe de laquelle elle se trouvait.

Les Archives nationales possèdent, dans les sections administrative et historique, plusieurs cartons contenant des documents de diverse nature sur l’église Saint-Benoît. Ce sont, pour la plupart, des titres de rente sur des maisons, des baux à cens, des pièces relatives à la boucherie du chapitre, aux discussions avec Saint-Yves, aux élections canoniales, à l’administration religieuse, etc.; le côté topographique en est généralement absent. C’est dans le carton S 890 (section historique) qu’il y a le plus à glaner.

Un archéologue contemporain a laissé, de l’église Saint-Benoît, une description détaillée, où est exposé le dernier état de l’édifice; nous empruntons quelques traits à ce tableau tracé de visu.

*• L'église Saint-Benoît consistait en une nef centrale, d'une élévation en rapport avec la grandeur et l’ordonnance générale du vaisseau, et éclairée par des fenêtres en ogive mousse, larges, mais peu élevées dans leur ouverture; elles avaient été privées de leurs meneaux dans le siècle dernier. Deux ailes bien proportionnées, avec six chapelles, régnaient du côté méridional, et une seule aile, fort étroite et presque sans chapelles, composait le côté septentrional, le tout voûté en arêtes croisées où se trouvaient plusieurs clefs en pendentifs, remarquables par le sujet représenté ou par la délicatesse de la sculpture. Les clefs de voûte de la grande nef figuraient des écussons, avec lleurons ou supports, et dont les blasons avaient été grattés à l’époque révolutionnaire. La clef au-dessus de l’orgue offrait le monogramme de Saint-Benoît, S. B., séparé par une crosse épiscopale. Toute celte voûte existait encore, en 18Ô7, dans des ateliers pratiqués dans celle nef. Les nervures et formerets de cette voûte retombaient sur des piliers à chapiteaux profilés, garnis de colonnes engagées, dont le soubassement à moulures prismatiques, ou à talon, arrondissaient en gorge les arêtes qui séparaient leurs fûts. . .

r'Le grand portail donnant sur la rue Saint-Benoît, et qui a subsisté à peu près intact jusqu en 1 83a , à l’exception de la statuaire, offrait une construction assez bizarre, quoique curieuse dans ses détails. Il se composait de trois frontons obtus, dont les rampons à chaperons étaient ornés de crosses végétales. Celui du milieu était plus élevé que les deux autres. La voussure ogive de la porte était ornée de redans et autres ornements gothiques. L’archivolte, formée de feuilles de vignes, de lierre ou de chicorée, retombait sur des consoles figurant des animaux fantastiques. Ces consoles, on ne sait par quel caprice, ont été dédaignées par la hache du démolisseur. Cette archivolte s’amortissait par un gracieux pédicule, se terminant en pointe de flèche. Le tympan, percé d’un oculi, était lisse et sans figure; au-dessus régnait une rose polylobée, se contournant en lignes sinueuses et flamboyantes; sur le trumeau qui divisait la baie en deux parties, était jadis adossée une statue de la Vierge, et sur les pieds-droits latéraux, les statues de saint Benoit et de sainte Scolastique.

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