RUE AUX ÉCOLES DE DÉCRET
La voie qui a porté, concurremment ou successivement, ces quatre noms, aboutit encore, comme autrefois, malgré les modifications qu’elle a subies, au carrefour formé par les rues Saint-Jean-de-Latran , Fromentel, Chartière et du Mont-Saint- Hilaire, en face du lieu où se voyait autrefois le Puits Certain. Les plus anciennes dénominations qu’on lui connaisse sont celles-ci : «au clos Brunei, in clans o Brunelli ou Burnellin ; on trouve ensuite «rue du cloz Bruneau ou Burniau» par corruption. Nous avons dit précédemment ce qu’était le clos portant le nom de Brunei ou Bruneau, et nous renvoyons le lecteur à cet article.
Dans le cartulaire de Sorbonne, on lit «rue Jehan de Beauvais ou aux Escoles de décret». Quant au qualificatif Saint, précédant le nom de Jean, Jaillot le repousse pour les raisons suivantes, et explique comment la meilleure leçon est Jean de Beauvais :
«Le premier litre où j’aie vu que ce nom lui soit donné est, dit-il, celui de l’amortissement du collège de Beauvais, du h septembre 1871, dans lequel elle est nommée « rue du clos Bruneau, autrement dict Jehan de Beauvais». Quelquesuns ont pensé que ce nom venait de la chapelle du collège de Beauvais, dédiée sous l’invocation de saint Jean-Baptiste; niais l'acte que je viens de citer dit simplement Jean de Beauvais, et non Saint-Jean de Beauvais. D’ailleurs, cette chapelle
11’a été bâtie que postérieurement à cette époque. D’autres ont dit que le voisinage de Saint-Jean-de-Latran lui avoit fait donner le nom de ce saint, et que le surnom de Beauvais venoit du collège. Je conjecture que peut-être elle le devoit à Jean de Beauvais, libraire W, qui demeuroit au coin de cette rue et de celle des Noyers et que, tant par rapport à lui qu’à cause du collège de Dormans, lequel y fut fondé par un évêque de Beauvais, on lui donna d’abord le nom de Jean de Beauvais, et ensuite celui de Saint-Jean de Beauvais. . . On l’eût simplement nommée de Beauvais, ainsi que le collège, si c’étoit à celui-ci qu il fallût attribuer la dénomination de cette rue^v.
Quant à l’appellation tirée des écoles de droit canon qui y furent établies, elle s’explique aussi naturellement que les désignations empruntées, tant au collège qu’on y fonda, qu’au clos dont la rue longeait le côté occidental.
11 importe de ne pas identifier cette voie avec une autre tout aussi ancienne, mais qui en était parfaitement distincte, qui avait son nom et sa direction particulière : nous voulons parler de la rue Judas, allant de la rue de la Montagne- Sainte-Geneviève à celle des Carmes, et n’atteignant pas même celle avec laquelle on l’a confondue. C’est uniquement à cause de sa proximité, et pour conserver le souvenir du vieux closBruneau, quon lui en avait donné le nom, à une époque relativement récente. Cette voie, incorrectement dénommée, aura son arlicle dans le volume suivant.
Nous avons dit plus haut que la rue dont il s’agit aboulil, vers le sud, au carrefour Saint-Hilaire, où fut établi, au xvic siècle, le Puits Certain; elle débouche au nord, dans la rue des Noyers, et possédait, dès 12Ô2, un puits en la partie inférieure de son parcours. Ce puits tt joingnant le mur de 1 ospital de Sainet Jehan de Latrann est désigné ainsi dans un titre de 12Ô2 , à propos d une maison du clos Bruneau : tt puteum contiguum domui hospilalis Jherosolimi , Parisius, a parté posteriori, vi censiva Sancti Bénédictin.
CÔTÉ OCCIDENTAL
(du Nord au Sud).
PAROISSE SAINT -ÉTIENNE- DU -MONT
JUSTICE ET CENSIVE DE L’ÉVECIlÉ.
Lf. S\int-Esphit, maison contiguë à celle qui faisait le coin de celle des Noyers.
(1) On trouve dans Y Histoire littéraire de la France (t. XXIV, p. 3oo et 3oi), le renseignement suivant : «Parmi les vingt-huit libraires qui prêtèrent serment le 26 septembre i3a3, était Jean de Beauvais, dit prestre Jean.» — Autre rensei¬
gnement puisé à la même source : «Une ordonnance du 5 novembre 1 3 68 exemple du guet, de jour et de nuit, Jean de Beauvais.»
(2) Recherches, etc.. Quartier Saint- Benoit , p. 167.
Elle est désignée ainsi, dans un censier de 1 48g : c Maison qui fut au college de Fortet, le Saint-Esprit, maintenant le Papegault, tenant à la Fleur de lys». 11 y a là évidemment une de ces nombreuses disjonctions de corps d'hôtel, qui jettent tant d’obscurité sur l’ancien parcellaire parisien.
Le Papegault (1/189), démembrement de la maison précédente, avec laquelle elle se confondit jusque vers la fin du xve siècle.
L\ Fleur iie lys (1/189), possédée, au xmc siècle, ainsi que le Saint-Esprit et, par conséquent, le Papegault, parles clercs de matines de Notre-Dame. E11 1 3 7 3, toutes deux étaient la propriété de Me Denis Flaon et Jehan de Marson. La maison de la Fleur de lys appartint ensuite à Me Jehan Piousseau, à Pierre du Dois, ou de Bosco, à Thomas de Fontaines et à Pierre Frajant, qui la possédait en 1 /1 8 g .
L’Ymaige Nostre-Dame (i6o3), ayant fait partie de la maison précédente, au xiv1' siècle; en 1/189, e^e en ôtait séparée. Elle appartint ensuite à Jehan de Marson, puis à Daniel de Mascon, à Jacques Mérat, et à Jean Lemaire, qui eu était propriétaire en 1/189.
Le Souleil (1/16/1) et le Soleil d’or (i6o3), maison ayant, jusqu’à la lin du xvie siècle, fait corps avec la suivante. E11 i3y3, dans le censier de l’Evêché, elle est ainsi désignée « Maison du Souleil, escolles et jardins, lesdictes escolles qui sont aux escoliers de Cerbonne, que tient Thomas le Chandelier, qui furent Jehan Poinçon et, avant, Robert Graindor». En 1/189, elle est dite «distante du coing de la rue des Noyers, de vingt-sept thoises et demie, contenant, sur rue, quatre thoises cinq piedz trois poulces, et, de longueur, douze thoises trois piedz et trois poulces, aboutissant à ung jardin des appartenances d’une maison en la rue des Noyer.su. ( Cartulaire de Sorbonne.)
Le Ciiesne veud (îByS), corps de logis séparé de la maison précédente, à la fin du xvie siècle, ou au commencement du xvue.
L’Ymaige s.ainct Jeiian, maison se composant d’un jardin et de deux corps de logis occupés par des écoles. Celui du nord appartint successivement à Berthault, aux Chaperons, à Adrien de Cambray, à Pierre Piète, bedel de Clos-Brunol, à Me Oudart en 1373, à Jehan Le Dos, à Jehan de Voton et à Mc Lestournel, eu 1 /18g. L’autre corps de logis fut d’abord aux clercs de matines, puis à Michel des Cornes, à Pierre Piète, à Robin le Roy, à Henry de Chalons, à Philippe Vanier, a Odart Bdlet et à J. I.esfournel. De ces divers propriétaires, les uns paraissent
avoii1 possédé la maison en entier, et les autres n’avoir eu qu’un des deux corps
de logis; ce qui impliquerait différentes réunions et disjonctions.
Le Croissant ( i éi 5 7 ) , maison à écoles, comme la précédente. En t 6 8 g , elle appartenait à Jacques Bourgondys; mais elle avait été possédée antérieurement par le collège de Tonnerre et Mc Simon de Vertus. On 11e la trouve pas mentionnée dans les censiers du xive siècle, probablement parce qu’elle était rattachée soit à la précédente, soit à la suivante, où il y avait également école.
C’est peut-être dans la maison de I’Ymaige sainct Jehan, du Croissant, ou du Coco, qui vient ensuite, qu’avait été installé le Collège de Tonnerre, dont on ne connaît pas la situation précise, et qui est à peine mentionné par les historiens de 1 l Diversité. On s'accorde néanmoins à le placer dans la rue du Clos-Bruneau, cl Le Beuf le fait aboutir, par derrière, à la Commanderie de Saint-Jean-de- Lalran. L’acte d’amortissement, en date du 3 décembre 1 /106, indique qu’il avait été fondé par les religieux de Saint-Jean-en-Vallée, dont l’abbé était alors Richard de Tonnerre, qui lui donna son nom'1’. Le peu d’importance de cet établissement explique l’obscurité dans laquelle il est resté.
Le Cocq, qualifié, en 1 3 5 g , de o- vielle meson où jadis il y ot escolesn, était peut-être la propriété vendue, en 126/1, par Pétronille, veuve de Geoffroy Breton. à Robert de Sorbonne. Cet acte, qui est suivi de deux autres, aux années 1278 et 1289, fait connaître que la maison était située en face d’autres écoles, dans le clos Bruneau, écoles contiguës à la demeure de feu Mc Nicolas de Pars. Mais la teneur de ces actes est trop vague pour permettre d’affirmer que la maison vendue en 1 26/1 était le Cocq, plutôt que l’Ymaige sainct Jehan ou le Croissant. Ce dernier immeuble avait été la propriété du collège de Tonnerre.
Ce qui est hors de doute, c’est qu’il y avait, dans la rue du Clos-Bruneau, plusieurs écoles, parmi lesquelles se trouvaient celles qui occupaient les trois maisons dont nous venons de parler. Les écoles du Cocq, en particulier, furent possédées successivement par Robert de Monthyon, le collège de Sorbonne, le concierge de Tournay, la femme Jorlant, Mc Guillaume de Droye (1.897), Pierre Bride! et Guillaume Vincent (1/189). C’est sans doute après le déplacement, ou la suppression des écoles, que. la maison prit le Cocq pour enseigne, car on ne trouve ce nom qu’en i526.
Le Cheval rolge (1327). appartenant, en 1 68g, à Pierre Alart, et auparavant à Nicolas de Neauville et aux Malhurius, qui y tenaient leurs écoles; cette maison
;l) Voir, dans le tonie V de cel ouvrage [Région occidentale de l’Université) , la notice relative à l’iiôlel de Saint-Jean-en-Valk'e, lequel dtait situe4 dans la rue des Cordeliers.
est mentionnée simultanément dans les censiers de l’Évêché et dans ceux de Saint- Benoît; ce qui porte à croire qu’elle était en partie dans l’une, en partie dans l’autre des deux censi ves.
PAROISSE DE SAINT-BENOÎT
En 1179’ J abbaye de Chelles ayant été obligée, pour payer ses dettes, de mettre en vente trois quartiers de vignes quelle possédait au mont Saint-Hilaire, le chapitre de Saint-Benoît en fit l’acquisition. Là est sans doute l’origine du droit de censive exercé au clos Bruneau par le clergé de cette église.
Saint-Andry, mentionné en 1/127, 4^7®> 1667, et Saint-Martin, nommé dans un titre de i/i58, paraissent n avoir été que les deux portions d’une seule maison, peu importante, et ayant elle-même fait partie de l’hôtel du Cheval rouge, dont dépendaient aussi les deux immeubles suivants, autant qu’on peut en juger à la lecture des pièces très confuses où il en est question. Ces maisons touchaient, par un point, a la commanderie de Saint-Jean-de-Latran , ainsi qu’il résulte de cette double mention : 1Ù27- 1678, et Maison de l’Ymaige sainct Andry, qui fut depuis a Jehan Bussy, tenant au Cheval rouge; d’autre part, à une masure Saint-Martin, aussy à Bussy, aboutissant aux religieux de Sainct-Jehan-de-Jérusalem n.
La Couronne (i/io3), sans autre désignation.
Lv Corne de cerf, puis le Boi David, corps d’hôtel détaché de la grande maison du Cheval rouge. Un titre de Saint-Marcel, en date de 1/180, nous fait connaître que la Corne de cerf, avant de devenir le Boi David, s’était appelée Maison de Monseigneur saint Hilaire. En i5/i2, elle est dite tenir ce aux vieilles escoîles de Sain ct-Jeh a n-de-Latra n et a Barincotn; 1 année suivante 011 la localise ainsi : ce Sise vis-à-vis des escoîles de droict, tenant à Robert Estienne, d’autre, à Barincotn.