CENSIVE DE SAINT-JEAN-DE-LATRAN
Anciennes écoles de décret.
Il a existe, dans la rue du Clos-Bruneau, plusieurs écoles de décret, cinq peutêtre, plus ou moins distinctes les unes des autres, mais certainement trois, qualifiées de Premières ou Anciennes , de Grandes et de Petites. Avant de les localiser, disons en quelques mots quel était l’enseignement qu’on y donnait, et qui en faisait des établissements à part.
Les écoles parisiennes de décret étaient, en réalité, une faculté de droit cano-
TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, nique. La jurisprudence civile n'y était point enseignée, par suite d'une interdiction formelle du pape Honorius III. Le droit ecclésiastique, renfermé dans le décret de Gratien, — d’où le nom sous lequel la faculté était connue, — et dans les recueils publiés par divers papes, constituait le fond de son enseignement; c'est à Orléans et à Poitiers qu’il existait des chaires de droit civil.
H. Cocheris, dans ses notes ajoutées au texte de Le Beuf, distingue de la façon suivante les trois écoles de décret avant existé dans la rue du Clos-Bruneau : cLa première, dit-il, placée près du collège de Beauvais, et qu’on appelait les grandes écoles de décret; la seconde, qui était située du même côté, deux maisons plus loin, et connue sous le nom de petites écoles de. décret; la troisième enfin, vis-à-vis de la seconde, du côté de la commanderie de Saint-Jean et indiquée, sur le plan Berlv, sous la désignation de premières écoles de décret (I). v
A quelle époque et en quel lieu s’établirent ces premières ou anciennes écoles? A une époque moins reculée qu’on ne le supposerait généralement. C’est en i384 seulement, sous le règne de Charles VI, que lrère Gdlebert Ponchet et deux de ses cousins prirent 1 initiative de cette fondation. Ce religieux, qui était commandeur de Montdidier, obtint de celui de Saint-Jean-de-Jérusalem la concession d’une place attenant à l'enclos de la commanderie parisienne, à charge d'y faire construire une maison destinée à l’enseignement du droit canonique, maison dont le revenu serait divisé en portions égales entre le commandeur de Saint-Jean-de- Latran, les frères de cette communauté et le chef de la commanderie de Saint— Jean-en-l’Ile.
Ce revenu était annuellement de huit livres parisis, ainsi qu il appert d un censier de t A8o , où se trouve la mention suivante : r Les escolles de clos Brunei, que list faire feu frère Guillebert Ponchet, assises en ladicte rue du Clos Brunei, tenant d’une part et aboutissant, d’un boul , à hospital, et, d’autre part, tenant a la chaussée de ladicte rue, aboutissant par bas à ung ostel appartenant au curé de Sainct Hilaire, sont louées à .Messieurs les Docteurs en décret, moyennant la somme de liuict livres parisis pour une année, n
Avant celte construction, l’emplacement n’était d'aucun produit : l'acte consacrant la transaction intervenue entre les deux commandeurs, à la date du 20 juin i38A. le décrit ainsi : tr Corne en l’encloz de nostredicle maison, du costé devers la rue du Clos Brunei, eust une place, si corne elle se comporte en long et en lé, tenant, de l’un des bouz, quant au font, aux grans maisons de pierre que on dit les maisons de Bloiz, et, d'aultre part, quant à l'aultre bout, à une maison qui est du curé de Sainct Hilaire, de laquelle 1 entrée est en ladicte rue du Clos
Il y a quelque incertitude dans les dates et les emplacements indiqués par l'annotateur de Le Beuf.
Brunei, et tenant, d’une part, quant au lé, au mur de pierre taillée de ladicte rue, qui est nostredicte maison, et, d’aultre part, à une cuisine de pierre, appelée la vielle cuisine de Tospital. . . et du coing d’ycelle alant droict ausdictes maisons de pierre dessusdict W. »
Il paraît y avoir eu, dix ans auparavant, c’est-à-dire en 187/1, sur le même emplacement, un premier essai d’enseignement du droit canonique, sous le nom de «gratis escoles du clos Brunei *. Le Beuf et son annotateur donnent la date de 1 384 ■» comme celle de l’établissement définitif. Voici de quelle façon H. Cocheris commente l’acte qu’il a relevé, comme nous, sur les archives de Saint- Jean— de— Lalran , et auquel il ajoute des détails historiques complémentaires :
« Au milieu du xivc siècle, l’emplacement où se trouvèrent plus lard, les premières écoles de décret était une place vide, sur laquelle on déchargeait les immondices entassées à la hauteur de trois mètres , vuide , vague, inhabitable , disait un commandeur en i386, de nul profit à nostredicte maison, et qui pis estoit, domagiable à y celle, car par les gravois, jiens et ordures que on y mettoil et qui y estoient de haut de deux hommes et croissaient de jour en jour, les murs desdictes gratis maisons de ladicte cuisine et le mur de pierre dessusdict estoient moult empiriez et povoyent empirer. Celte place touchait en elfel , d’un côté, à l’hôtel de Blois, aux grans maisons de pierre que on dit les maisons de Blois, et de Vautre à la cuisine de V hôpital. Elle serait peut-être restée encore longtemps dans ce misérable état, si un ancien commandeur de Montdidier, nommé Guillebert Ponchet l’ainé, qui vivait à Saint-Jean, où sa mère, Guillemette la Ponchette, était enterrée, n’avait eu l’idée de demander comme une grâce à ses supérieurs l’autorisation de construire, avec son argent et celui de deux de ses cousins, Guillebert Ponchet le jeune et Philippot Ponchet, frère et doyen de l’ordre, une maison en cet endroit. Cette maison, en laquelle auroit escoles de décret, devait être habitée par les trois cousins et retourner, après le dernier survivant, à l’ordre de Saint-Jean, qui avait concédé le terrain. L’autorisation demandée (voir aux Archives nationales l’acte de concession du 20 juin i38ô) fut accordée dans un chapitre tenu en 1 3 8 4 , sous la présidence de Gérard de Vienne, et la maison fut construite. Les écoles de décret y furent installées, et l’on voit par les registres censiers qu'elles durèrent longtemps. Nous les retrouvons en îhbh sous le titre à' écoles de VEcu de Jérusalem, k assises en Clos Bruneau, appart. à Mons. le commandeur à cause de sa commanderie dudit hospital Saint-Jehan à Paris ». Et nous voyous que les professeurs payaient un droit au commandeur, pour les lectures qu'ils y faisaient. C’est ainsi que et maistre Hector Regnouart, chanoine de l’église Notre-Dame de Paris, par composition faicte à lui par MM. les commandeurs environ la licence de la faculté de décret qui fut à Pasques iù56 » , paye, et pour avoir leu deux années, comme il dit et affirme, aux escoles de i’Escu de Jérusalem, en Clos Bruneau, ung escu d’or de la valeur de xxii sous». C’est ainsi que trLoys Jeuflroy» paye 8 sous, et qu’Anloine de Langhac paye 2Ù sous rtpour avoir leu ausdictes escoles». Néanmoins, à la fin du xve siècle, la maison était abandonnée; mais un dernier et grand honneur lui était réservé, celui d’abriter un érudit de premier ordre, un imprimeur de génie, Robert Étienne. Le litre de maison des escolles de décret disparut et fut remplacé par l’enseigne de Sainl-Jean-Baptiste . . .
et A côté de celte maison, habitée successivement par Guillaume Le Breton, François Gueffier,
(1) Archives de Sainl-Jean-de-Lalran.
Jacques le Roy et Mammert Pâtisson, il y en avait une autre qui servait de jeu de paume à la jeunesse des écoles du Clos Rruneau, et qui devint plus tard la demeure du célèbre André Wechel et de Denis du Val PI. -n
Ce n’cst pas seulement à 1 imprimeur André Weckel fjue lune des maisons du clos Bruneau — le Jeu de paulme — , servit d’atelier; l’une des gloires de la typographie parisienne, la famille Estienne, installa les siens, dès i52C), au moins, dans le local des anciennes ou premières écoles de décret. Un censier de 1 5 r? g ne laisse aucun doute à cet égard; on y trouve la mention suivante :
a Maison où soulloient estrc les premières escolles de décret , assises au cloz Brunei, en la rue Sainct Jehan de Beauvoys, devant les Grandes Escolles de décret, tenant, d’une part, à Mc Raoul Vedel, et d’aultre part, au jardin de Sainct Jehan de Latran, aboutissant par derrière il une petite court, prez les estables dudict Sainct Jehan de Latran; ladicte maison a esté baillée à Henry Estienne, jadis imprimeur et libraire, v
Cet Henri, deuxième du nom, était le fils de Robert, cpii servit plus tard à dénommer la maison. On la trouve, d’abord vers le milieu du xvie siècle, désignée par l’enseigne de I’Yuaige de sainct Jehan Bsptiste; puis, au commencement du xvu', c’est I’Olivier de Robert Estienne, en souvenir de la marque de ce fameux éditeur.
Les vicissitudes de cet immeuble sont exposées sommairement dans une pièce conservée aux Archives nationales (S 5i i5a, io' liasse), et qui est 1 original du ircontract d’acquisition du tiers de la maison des Religieux de Sainct-Jehan-enl’isle par Monseigneur le grand prieur de la Commanderie de Sainct-Jehan-de- Latrana :
tt Ine maison, y est-il dit, consistant en deux corps de logis, 1 un sur le devant, l’autre sur le derrière, cour au millieu, petit jardin derrière lesdicts lieux, avec une imprimerie estant en aisle, à costé desdicts lieux, yceulx lieux assis en ceste ville de Paris, rue Sainct Jehan de Beauvais, où souloient estre antiennement les Escolliers de décret, et que naguère possedoient les heritiers de Robert Estienne, par bail amphithéotique qui est à présent expiré, et où pend à présent pour enseigne Y Olivier de Robert Estienne. . . ; de laquelle maison Robert Estienne et ses enfants auroient jouy pendant le temps dudict bail amphithéotique, et en fin d’icelluy, délaissé ladicte maison en mauvais estât et quasi en ruine, tellement que, à présent, il y convient faire plusieurs grandes et grosses réparations, et y despenser grande somme de deniers, n
111 Histoire de tout le diocèse de Paris, édit. Cocheris, t. Il , p. 1 53 et suiv.