‹ Topographie historique du vieux Paris (volume 2)Chapitre 54 sur 302 · COLLÈGE DE BEAUVAIS, OU DORMAN S-BEAU VAIS · texte numérisé non relu

COLLÈGE DE BEAUVAIS, OU DORMAN S-BEAU VAIS

Temple, architecte du Louvre de Cliarles V; le charpentier de Notre-Dame de Chartres, Jacques de Chartres; le sculpteur Hennequiu de Liège, probablement le même qui avait été charge' d’orner de statues le nouveau Louvre; le peintre Nicolas de Vertus, très recherché à la fin du xivc siècle. Leurs efforts réunis avaient élevé l’un des plus gracieux sanctuaires de Paris : le grand portail orné des statues de saint Jean, du cardinal de Dormans et du chancelier son frère, et décoré des plus riches couleurs; le petit portail latéral, surmonté d’un porche élégant qui abritait des peintures décoratives d’une grande richesse, et, au milieu d’elles, l’image de la Mère de Dieu et de son Fils; la voûte haute de soixante pieds et portée par une charpente d’une rare légèreté; les murs ornés des images des douze apôtres et percés de hautes fenêtres, par où le jour ne s’introduisait qu’en illuminant des vitraux splendides; le maître autel également décoré de peinture, entouré de colonnes supportant des anges d’argent, et en avant du chœur, deux autres autels plus simples; au milieu delà nef, un tombeau magnifique en marbre noir sur lequel étaient couchées les staLues en cuivre de Miles et de Guillaume de Dormans; dans la sacristie, un autel remarquable par la beauté de son retable et de ses peintures; les toits d’ardoise avec leur crête peinte et leurs épis de plomb aux couleurs variées; un clocher aigu, aux arêtes également peintes, portant son coq doré à plus de cent vingt pieds du sol, et où deux jolies cloches chantaient joyeusement dès l’aurore, tout cela formait un petit chef-d’œuvre que nous pouvons encore aujourd'hui admirer sans restriction, malgré les mutilations opérées par le temps et par les hommes .

k Les murs intérieurs de la chapelle se décorent en outre de six statues en pierre, «ce qui représente au naturel, dit du Breul, trois hommes et trois femmes, yssus de Dormans ». Sous leurs pieds, une longue inscription latine faisait connaître leur nom, leur origine, la date de leur mort et leur munificence envers le collège; la même inscription, traduite en français, avait été placée au-dessus de leurs têtes. Les trois statues du côté du nord représentaient Jean de Dormans, licencié ès lois, chanoine de Paris et de Chartres et chancelier de l’église de Beauvais, mort à Sens, en i38o, à l’âge de vingt ans, et inhumé plus tard dans la chapelle, en même temps que l’archevêque Guillaume, son frère; le chevalier Bernard de Dormans, chambellan de Charles V, mort à Paris en 1 38 1 , enterré par son ordre avec les pauvres, aux Innocents, mais représenté, par son ordre aussi, dans la chapelle du collège; Renaud de Dormans, archidiacre de Chàlons, chanoine de Paris, de Chartres et de Soissons, conseiller et maître des requêtes de l’hôtel du roi, mort à Paris en 1 386. A la muraille méridionale, étaient adossées les statues de Jeanne Baube, femme du chancelier Guillaume de Dormans, belle-sœur du cardinal, mère de Miles et de l’archevêque Guillaume, ainsi que des autres Dormans dont les statues entouraient la sienne, de Jeanne de Dormans, dame de Paillant , et de Ide de Dormans, dame de Nesle et de Saint-Venant.

fr II est bien entendu que nous ne voulons point énumérer tous les changements apportés dans

I ornementation et l’arrangement intérieur ou extérieur de la chapelle, depuis sa construction.

II suffit de noter qu’au xvi° siècle une partie du collège ayant été reconstruite sur la rue Saint- Jean-de-Beauvais, de chaque côté de la chapelle, les deux dernières fenêtres furent entièrement bouchées par les constructions, et que le principal Jean Grangier relia plus tard ces deux bâtiments par une tribune intérieure, placée au-dessus de la grande porte de la chapelle; celle tribune fil disparaître deux des chrémaux, ou figures d’apôtres peintes pour la consécration de

l’édifice . Signalons aussi un ouragan terrible qui éclata sur Paris, la veille de Saint-Mathieu

1671 : c<- La chapelle du collège en fut fort affligée; il fallut en réparer le comble d’ardoise; en 167Ô ce n’était pas encore achevé et cela couloit près de 3, 000 livres. r> Enfin nous aurions voulu savoir la date précise de la restauration stupide qui, au siècle dernier, ravit à la façade de la chapelle le caractère que lui avait donné le xive siècle; nous aurions aimé à faire

connaître l'architecte mal inspiré qui entreprit celte œuvre de vandalisme; malheureusement les archives et les comptes eux- mêmes sont absolument muets à ce sujet PI.

L’historien auquel nous empruntons ces détails, et qui avait largement puisé aux sources manuscrites que possèdent les Archives nationales, raconte plus loin comment furent construits les bâtiments du collège. La chapelle d’abord; c’était la pensée des fondateurs, qui fut respectée par les exécuteurs testamentaires; les locaux scolaires ensuite, quand les écoliers auraient un lieu pour prier.

«Une fois la chapelle construite et fournie des objets nécessaires au culte, les exécuteurs testamentaires, pour se conformer aux derniers vœux du fondateur, durent songer à bâtir le collège lui-même .

«Le 16 juillet suivant (année 1887), on fit marché avec Jean Filleul, maçon, Jean le Soudoyer, tailleur de pierres, et Michel Salmon, maçon. Ils s’engageaient à édifier, le long de la rue du Mont-Saint-Hilaire (ou des Carmes) un corps d’hôtel de quinze toises de longueur, avec caves et celliers au-dessous, le tout en pierres de taille; les fondements, profonds de deux toises et épais de quatre pieds, devaient être construits en «libes et moironw. Au-dessus du rez-dechaussée, la muraille devait faire un retrait et ne plus avoir que deux pieds et demi d’épaisseur. monter encore à seize pieds et demi de hauteur pour former le premier elle second étage, perdre, par un nouveau retrait, un demi-pied d’épaisseur, et s’élever de nouveau à seize pieds et demi , pour former le troisième et le quatrième étage. Au-dessus, les entablements ne devaient point s’élèvera une hauteur considérable. Les fenêtres, dont le devis ne désigne pas le nombre, devaient être munies de treillis de fer «bien dru , de 1111 posses de joui’, entre les courants et montants On convint ensuite que, sur la cour intérieure, serait édifiée une vis, ou tourelle, d’escalier à huit pans, dont trois seraient engagés dans la construction; que cette tour aurait neuf pieds dans œuvre, serait en pierre de taille au dehors, et au dedans en moellons et en plâtre; que les huit premières marches accédant à la grande salle seraient seules en pierre, le reste en plâtre; que l’embrasure des portes et des fenêtres de la tour serait en pierre de taille. La grande salle, placée en amont de la tour, devait avoir dans œuvre sept toises de long et quatre toises deux pieds et demi de largeur, s’élever sur deux pieds et demi au-dessus de «faire de la courtr, s’éclairer sur cette cour par trois fenêtres de huit pieds de haut. Il y aurait, au fond, une cheminée adossée au pignon. De l’autre côté de la vis, près du collège de Presles, serait la cuisine, éclairée, sur la cour et sur la rue du Mont-Saint-Hilaire, par deux fenêtres de un pied et demi de large sur trois pieds de haut. Les entrepreneurs s’engageaient à travailler sans relâche jusqu’à l’entier achèvement de l’œuvre, et l’on devait payer vingt-trois sous par toise. Le compte fut définitivement arrêté le samedi 7 septembre 1387. (Arch. nat., II 3785, fol. II-V.)

«Pendant les travaux... , Jean Audant, chanoine honoraire de Chartres, vendit au collège la maison et les classes qu'il possédait rue du Mont-Saint-Hilaire, près des nouvelles constructions, au prix de cent vingt-huit livres. ( Ibid ., H 27851 , fol. xxm.)

«Outre les travaux compris dans le premier devis, on creusa un puits dans la cour. La cour elle-même fut pavée, ainsi que la partie des deux rues du Clos-Bruneau et du Mont-Saint-Hilaire, le long desquelles s’étendait le collège. (Ibid., fol. xm.)

1 Le colli-ge Donnons et la chapelle de Saint-] ean-l’ Eoangéliste , par le R. P. Chapotin, p. 35, 96, 99, 100 et loi.

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