RUE DES CORDIERS
Cette voie, qui vient d’être englobée dans le périmètre de la Sorbonne agrandie, est, selon toute probabilité, contemporaine de la construction de (enceinte dite de Philippe Auguste. Le long et en dedans de la muraille, ainsi que cela se pratique dans beaucoup de villes murées, les cordiers turent autorisés sans doute
à exercer leur industrie, et donnèrent ainsi leur nom à une rue nouvelle, tracée parallèlement à l’enceinte.
La rue des Gordiers existait depuis peu de temps, au moment où fut composé le Dit de Guillot (1 3oo). Ce nomenelateur l'appelle « rue as Gordiers v, et c’est le premier document où il en soit fait mention. Elle a , d'ailleurs, fort peu occupé les historiens de Paris. Toutefois, il en est question dans un acte de vente de 1 3 1 g , qui confirme ce que nous venons de dire sur son origine, puisqu’elle y est appelée Viens noms Corderiorum.
Contrairement à l’opinion émise par Jaillot, la rue des Cordiers n’a pas du se prolonger, à l’ouest, jusqu’à la rue Saint-Gosme, ou de la Harpe. L’ancien passage des Jacobins, aujourd’hui partie occidentale de la rue Cujas, avec lequel on Ta confondue, lui était parallèle dans la partie orientale de son parcours.
Elle se distinguait également de la rue ttaus escoliers de Clunyn, à laquelle son nom a été plus d’une fois appliqué; toutes deux se rejoignaient, en effet, mais en équerre, ou à angle droit.
11 faut très probablement identifier la rue des Cordiers avec une certaine voie ainsi désignée en l'année ia3 i, dans un cartulairc de THôtel-Dieu : Vicus Johannis medici, ultra Parvum Pontem, juxta Sanctum Jacobum, in censiva Mercatorum aque. Il s’y trouvait, en effet, à la date ci-dessus indiquée, une maison appartenant à Pierre d'Argenteuil, qualifié de médecin dans le texte que nous venons de citer. Or, on sait que la famille d’Argenteuil, qui a servi, au xmc siècle, à dénommer deux rues dans cette région, habitait dans les environs immédiats de la rue des Poirées. Le développement des bâtiments du collège de Gluny ne permettant pas de considérer l’hôtel d’Argenteuil comme ayant été situé dans la rue edes Escholiers de Clugnyr, il semble qu’on doive le placer dans celle des Cordiers.
Le côté méridional de cette voie était, à partir de la maison faisant le coin de la rue Saint-Jacques, exclusivement de la censive de Saint-Etienne-des-Grés et de la paroisse de Saint-Benoît. Le côté septentrional appartenait à la même paroisse; mais il était de la censive du Parloir aux Bourgeois, Mercatorum aque, comme il est dit dans l’acte de ia3i, jusqu’à l’extrémité occidentale de la rue, qui relevait de la Sorbonne.
L’ancien parcellaire de la rue des Cordiers est très difficile à établir ; nous allons cependant essayer de le reconstituer.
La Madeleine,
CÔTÉ SEPTENTRIONAL
(d’Orienl en Occident).
Le Barillet,
La Rose blanche.
Ces trois maisons b entretenantes*, pour parler le langage d'autrefois, ont pu être réunies et séparées alternativement, ainsi qu’il est arrivé pour une grande partie des anciens immeubles parisiens. Mais il est certain que la première, tout au moins, avait une existence distincte en 1/178, et qu’elle portait même alors une triple dénomination. U11 acte de cette année la désigne ainsi : b Ostel grant — où pend pour enseigne I’Ymaige saixct Vincent, nommé I’Ostel des Caves, faisant le coin de la rue des Cordiers, tenant et aboutissant, de deux costez, aux hoirs de feu mestre Gilles Luillier; c’est la Magdeleine d.
Un siècle plus tard, la Madeleine et son voisin le Barillet étaient réunis, bien qu'ils eussent deux enseignes distinctes : b Maison, — est-il dit dans une pièce de 1078, — faisant le coing de la rue des Cordiers, en deux corps d’hostel, en l’un desquels pend pour enseigne la Madelaine, rue Saint-Jacques, et l’autre le Barillet, rue des Cordiers, touchant à la Rose blanche d.
Ces deux corps d’hostel, dont le premier formait l’angle des rues Saint-Jacques et des Cordiers, et dont le second élait en bordure de cette dernière rue, sont dits appartenir eau collèges, sans autre désignation. La contiguïté du collège de Réthel semble indiquer cet établissement comme propriétaire de la maison dont il s’agil ; mais elle appartenait au collège de Fortet, qui s’y installa en 1 3 g 1 .
La Roze blanche était la troisième maison, en allant d’orient en occident lille tenait, d’une paît, au collège de Réthel, de l’autre ù la
Maison du Nom de Jésus, dénommée plus tard Hostel de Bourgogne, appellation dont l’origine n’est point indiquée.
Maison tt cy devant le Droit canon (1662), tenant au collège des Dix-Huit, d'autre part, en retour, sur la rue des Poirées par derrière, au mesme collège des Dix-H uit n.
Partie poste'rieure du Collège des Dix-Huit, ainsi déterminée par une note relevée sur pièces authentiques du xvne siècle : b Place du Collège des 18, tenant , d’une part au long, à la nouvelle église de Sorbonne, la rue des Poirées entre deux, et, d’autre part au long, à la rue des Cordiers, d’un bout, par derrière, à une maison du collège de Reims ( vulgo Réthel), sise rue des Poirées, et à celle de la Rose blanche, rue Saint-Jacques, et encore à une maison, rue des Cordiers, où pend pour enseigne le Nom de Jésus n.
Hôtel Saint-Quentin, à l’angle septentrional des rues des Cordiers et de Cluny, vieille maison de peu d’apparence, comme presque toutes celles de la rue des Cordiers, mais ayant eu, en qualité d’hôtellerie, l’honneur d’abriter, aux xvnc et xvnic siècles, plusieurs célébrités de l’ordre philosophique et littéraire : Spinosa, Leibnitz, Condillac, Mably, Gresset, enfin J.-J. Rousseau, dont on lui donna le nom, en souvenir du séjour qu’il y avait fait.
Maison de Notre-Dame-de-Pitie:, ayant dû faire partie de l’une des maisons précédentes, dont elle a été probablement détachée à une époque indéterminée, puisqu’elle avait une enseigne distincte.
CÔTÉ MÉRIDIONAL
(d’Orient en Occidenl).
Maison du Panier vert, formant l’angle sud-est des rues Saint-Jacques et des Cordiers. C’était une taverne assez mal fréquentée, s’il faut en croire Fauteur de l 'Apologie pour Hérodote M.
Maisons sans désignation, tenant à des immeubles de la rue Saint-Jacques, ou en dépendant, ainsi qu’on peut le conclure de la note suivante relevée sur des pièces d’archives :
k Saint-Bernard tenant, d’une part et par derrière, aux Jacobins, d’autre part à une maison appartenant à la Charité, et à d’autres maisons ayant issue rue des Cordiers. v
Ostjïl aux Champions ( i 3 6 o) , auquel aboutissait une maison appartenant à Guillaume Chrétien, ainsi qu’il résulte de la note suivante déterminant la position respective des deux immeubles : ni36o. Maison à Guillaume Grestien, dict du Celier, tenant aux Dix Chaises, et d’autre part, à l’ostel des Jacobins, aboutissant par derrière à l’oslel des Champions, en la seigneurie de Sainct- Eslienne des Grezu. Une pièce latine de 1 3 1 g appelle cet hôtel «dormis ad Pugiles n.
Jardin de Symon, faisant encoignure sur la rue de Cluny et localisé par un titre de 1,3 i g, où il est dit que Adamus de Caulainvilla, chanoine de Saint-Elienne-des- Grés, vendit « domum cumjardmo, rétro silam, ultra Parvum Ponlem, prope Fratres Predicatores, contiguam, ex una parte , jardina Domus ad Pugiles, et, ex alia parte,
Voir le lome II, chap. xxxvi, p. 1 85 de cet ouvrage, édition de 1735.
vico novo Corderiorvii , et, in ejus capite, conliguam cuneo dicte domüs Predicatorum , et, in alio capite, jardino Symonis de. . . v