RUE GALANDE
L’histoire topographique de la rue Galande se lie intimement à celle du clos dont elle porte le nom, légèrement altéré; nous renvoyons donc à notre article des Clos de Garlande et de Mauvoisin, pour tout ce qui concerne l’ancien état, puis la division et le peuplement de ces deux seigneuries.
C’est au xme siècle que l’on commence à y bâtir, et que les chemins tendent à se transformer en rues. En îaoa, Mathieu de Montmorency, seigneur de Marly, qui possédait le clos, du chef de sa femme Mathilde de Garlande, obtint de l’abbaye de Sainte-Geneviève la permission de le livrer à des particuliers pour y bâtir, hospitibus ad hospitms faciendas, à la condition que ces hôtes seraient paroissiens du couvent. C’est alors que se formèrent des groupes de maisons qui constituèrent les rues Galande, des Rats, du Fouarre, des Trois-Porles, et en partie celle de la Bûcherie. L’abbaye, qui n’avait eu primitivement, sur ce nouveau quartier, que le droit de fonds de terre, en acquit la propriété en ia63.
Pour nous borner à la rue Galande, principale artère de la nouvelle région et ancien chemin séparatit des deux clos, nous allons indiquer, par ordre chronologique, les noms que lui donnent les anciens titres. On trouve, en 1218, in Galanda, en 1233, in Garlandia, en 1 2 h h , in Gallandm ; les livres de la Taille de I2g2 et 1296 portent rue de Garlande et de Guerlande. Ces diverses appellations se reproduisent, avec de légères variantes, dans les documents postérieurs, le livre de la Taille de 1 3 1 3 , les statuts du Collège de Cornouailles (i38o), les Comptes des confiscations anglaises publiés par Sauvai (1/121) W, les Censiers de l’abbaye Sainte-Geneviève, etc.
Le Dit de Guillot, qui est de i3oo, donne le nom actuel, avec addition d’un l; le besoin de la rime l’oblige à faire un vers explétif:
... La chaussée se rapporte Droit à la rue de Gallande,
Où il n'a ne forest ne lande.
Une assez grave altération, le changement du C en D, avec addition d’un R, se reproduit au xvc siècle : le manuscrit de la bibliothèque Cottonienne (1/100) donne " rue de la Calandre u, appellation tendant à faire confusion entre deux voies fort différentes, celle qui existait jadis dans la Cité et celle qui nous occupe. La même altération se retrouve dans Guillebert de Melz (i/i3/i)t2). Mais, à partir de cette époque, on ne rencontre plus, soit dans les manuscrits, soit dans les imprimés, Corrozet , Bonfons, Du Breul, etc., que Galande, Gallande, Garlande, avec ou sans l’article la. Le Beuf croit que la suppression de IV a eu pour cause un besoin tr d adoucissement », besoin qui s’est manifesté de bonne heure puisque Galanda est de 1218.
Deux autres désignations assez anciennes se rencontrent dans les titres et donnent lieu à diverses conjectures : c’est d’abord la mention, dans un Inventaire de 122/1 et dans les censiers de mâ3 et 1255, d’une rue que dicitur viens Radulphi de Bello Grandi, voie qui paraît être la même qu’une certaine rue du Lion . vicus Leonis, dont il est également parlé dans le censier de 1 3 /i 3 . La veuve de ce Raoul de Beaugrand, dont la rue portait le nom, y demeurait à cette époque. Il se pourrait que ce fut la rue Galande, dans laquelle on trouve deux enseignes des Lions.
La seconde désignation fournie par les censiers de Sainte-Geneviève, et notamment par un titre de 12/11, est celle-ci : Vicus qui dicitur Camelinin Galandria. Si Galande ou Garlande était, à cette époque, un nom général de région, de quartier, plutôt que le vocable spécial d’une rue, on comprend qu’un habitant notable ou connu ait pu servir ù dénommer la voie où il demeurait. Or on constate que,
(l) Tome III, p. *286, 291, 2 q5. — Chap. xx.ui.
TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, en i2Ôg, un certain Pieire, dit Camelin, fripier de son état , ferperius, avait sa boutique en la rue Galande. L’identification semble donc certaine.
La rue Galande a conservé, en grande partie , son ancien aspect et la direction que lui imposait celle du vieux chemin quelle a remplacé. Tout récemment, le prolongement de la rue Monge en a fait disparaître le côté septentrional compris entre la rue du Fouarre et la place Maubert, avec la petite rue Jacinthe qui y débouchait, et tout le côté oriental de celle du Fouarre, ainsi que le flanc méridional de celle des Trois-Portes.
CÔTÉ MÉRIDIONAL
(d’Orient en Occident).
PAROISSE SAINT-ÉTIENNE-DÜ-MONT
Maison dd Greil (i38o) ou du Gril (i42i), formant l’angle occidental de la rue des Lavandières. O11 la retrouve, à la fin du xvin' siècle, ainsi désignée dans une pièce conservée aux Archives nationales : tt Maison située à Paris, rue Gallande, faisant une des encoignures de ladite rue et de la rue des Lavandières, près la place Maubert, qui avoit anciennement pour enseigne Le Gril, ensuite l’Image Sainte-Thérèse, et depuis Les Pellerins, contenant environ sept toises de terrain en superficie, consistante en un corps de logis, composée, par bas, d’une boutique, salle derrière, caves dessous, plusieurs étages de chambres au-dessus, aisances, circonstances et dépendances de ladite maison, appartenante ladite maison au collège de Presles, au moyen de la donation qui lui en a été faite par contrat du seize juin mil quatre cent soixante dix huit, v
Maison du Cornet (i2ô3), sans autre désignation.
Maison du Lyon d’or (i38o), ayant pu servir à dénommer la rue Galande Viens Leonis.
Maison de la Croix de fer (i38o).
Maison de la Corne de Cerf (1Ù26), puis de la Pomme de Pin(1>.
Maison du Soleil d’or ( 1 5 96 ).
m Le Livre commode des adresses, par Nicolas de Blegny, édit, de 1691, met au nombre des auberges de bas étage la Corne, en la rue Galande.
Ostel de tous vens ( 1 355). Cet immeuble ne se distinguait peut-être pas des trois précédents. Il a dû former un corps de logis du Soleil ii’oii , de la Corne de Cerf, ou de la Croix de fer. Il est possible aussi qu’il n’y ait là qu’un changement d’enseigne.
Maison de la Gallee d’or (i5oc)).
Maison de l’Homme Sadlvaige (1/117).
Maison des Trois Cornets (i5oç)), sur l’emplacement de laquelle s’élevait, en i38o, une maison dite À la Nasse.
Maison des Trois Maillets (i5oq), faisant le coin oriental de la rue des Anglais,
ClENSlVE DU FIEF1 DE GARLANDE.
Dans la partie de la seigneurie de Garlande qui appartenait aux chanoines de Notre-Dame, dits de Saint-Aignan, s’espaçaient une certaine quantité de maisons bâties, selon toute probabilité, dans le cours des xvc, xvie et xvne siècles. Nous les énumérons dans leur ordre de succession.
Maison de la IIerpe (i Û89), qui formait l'angle occidental de la rüe des Anglais, et portait, en iGo3, l’enseigne du Boeuf couronné.
Maison de la Corne de Cerf (i/i65), séparée par six immeubles de celle qui portait la même enseigne entre la Croix de fer et le Soleil d’or.
Maison du Plat d’estain (i/i65), ainsi désignée en 1602 : «Maison en deux corps d’hostel, l’un sur le devant, l’autre sur le derrière, cour entre deux, tenant, par derrière, à la Maison du Mirouer en la rue des Anglois. «
Maison sans désignation (1/17/1), paraissant s’être étendue derrière la maison suivante, qui est dite y aboutir en 1/19 4.
Maison de la Pomme rouge (1/17/1), ainsi désignée dans un titre de 1 572 , par analogie avec le nom de son propriétaire :
«12 février 1.572. — ... domum sitarn in vico diclo Galaxde, ad intersignum Pomi Ruina , que olim fuit defuncti domini Lunonci Pommier, quondam canonici Parisiensis, per eum legatam pro certâ fmdatione in eâdem eccksiâ factâ (Saint- Aignan)!1). y.
(1) Archives nationales, LL 157, f’ 6 1 5. — Communication de M. Paul Le Vayer.
Maison des Tnois Pucelles (i/i65), dénommée Maison des Pourcelets en i5q7- Y a-t-il eu changement d’enseigne, ou altération du premier vocable? Ges deux hypothèses sont également admissibles.
Maison de la Levrière (i/j65).
Maison de la Croix Blanche (iA65).
Ali.e'e de l’Hostel de la Longue Ale'e (1/162), appartenant au collège de La Marche et aboutissant à la rue du Plâtre; elle fut divisée vers 1 5 2 7.
Maison des Trois Collons (1/162). En i6o5, l’ancien vocable avait fait place au mot nouveau; l’enseigne portait : Aux Trois Pigeons.
Maison de l’Vjiaige Nostre-Daîie ( 1 éi 2 3 ) , l’un des nombreux immeubles ainsi dénommés dans les divers quartiers du Vieux Paris. Les statues de la Vierge abondaient, en effet, surtout à l’angle des rues.
Maison de la Longde Alée (i/102), réunie plus tard à celle des Trois Canettes, qui en était distincte en 1578. Dès 1A23, elle portait pour enseigne l’Ymaige saint Yves et appartenait à la chapelle de ce nom. En îAGa, on la trouve ainsi désignée : «Grand hostel de la longue alée, ouquel a sale, chambres, caves, cour, jardin, estables et autres appartenances, assises en la rue de la Galandre (sic) et ayant issue en la rue du Piastre, u La Maison de la Longue Alée, desservie par un couloir étendu et très fréquenté, encore aujourd’hui, se composait de plusieurs corps de logis ayant eu leur existence distincte; indépendamment des Trois Canettes, elle comprenait, après toutes les annexions :
La Maison du Serf (iA63).
La Maison du Petit Cerf ( 1 5 0 8 ) s’étendait par derrière et avait, par l’allée, une issue dans la rue Galande. Quant aux Trois canettes, elles aboutissaient, ainsi que nous l’avons dit, à la rue du Plâtre, par une autre allée contiguë à une maison appartenant au Collège de Cornouailles.
O11 éprouve quelques difficultés à suivre les vicissitudes de la Maison de la Longue Alée. Après s’ètre annexé celle du Petit Cerf, ou de la Hure de Sanglier, elle semble en avoir été indépendante à certaines époques. L histoire de ces réunions et de ces séparations offre, nous le répétons, beaucoup d incertitude.
Maison du Lyon d’argent, puis des Trois Boittes (iA65), portant, un demisiècle plus tard, l’enseigne de I’Imaige Sainot Michel ( 1 5 1 0).
Etait-ce à la Hure du Sanglier , ou au Lyon d’argent que demeurait le libraire Marbes dont il est question dans un titre de i 446? On trouve, à cette date, une mention ainsi conçue : cc Maison ayant issue sur la rue du Piastre, tenant par devers la rue Galande, à ung hostel qui fut J. Marbes, libraire de l’Université de Paris, séant à l’opposite de la rue du Feurre, et, du mesme costé à une alée et aultres appartenances du collège — Cornouailles — jusques à la rue du Piastre, tenant, d’aultre part, tout au long, à ung hostel appelle l’hostel de Garancières. * Ce texte établit que le libraire .1. Marbes possédait, en face de la rue du Fouarre et sur le côté méridional de la rue Galande, une maison ayant sans doute formé l’un des corps d'hôtel du Petit Cerf, de la Hure de Sanglier, dépendances de la Longue Ale'e; mais il est difficile de l’identifier positivement avec l’un de ces logis plutôt qu’avec un autre, puisque tous avaient également issue sur la rue du Piastre. C’est par derrière que s’étendait le Petit Cerf.
Quoi qu’il en soit, le Lyon d’argent, qui a pu contribuer à l’appellation Vicus Leonis, et qui se nommait, en 1 5 1 o, l’Imaige Sainct Michel, avait pour enseigne, en i6o4, lf.s Trois Pigeons, et est dit alors former «deux corps d’host.elr.
Allée, distincte des précédentes et dépendant du collège de Cornouailles, dont elle traversait la cour. C’était le passage des anniversaires, encore ouvert à travers la cour de l’ancien collège.
Maison, sans désignation, aboutissant, comme les voisines, à la rue du Plâtre, au moyen de la même allée.
Hostel de Garancières (i465), ayant issue sur la même rue, et portant déjà ce nom au commencement du xv° siècle { i A o a ) . Le Comptedes confiscations de Paris pour les Anglais (i4ai) contient la mention suivante : «L’hostel de la Garancière, en la rue Galande, qui fut à la dame de Garancière, qui fut femme de feu le vicomte de Narbonne, du pays d Auvergne, ou de Languedoc, n La maison, qui portait le nom du second mari de la dame, fut divisée au xvi° siècle; une partie du terrain ou elle s’élevait servit de jardin à la Maison de la Cloche Perse, en façade sur la rue Saint-Jacques. Sur le plan de restitution, l’hôtel de Garancières s’efface derrière la Maison des Trois Estriers, qui est en façade sur la rue.
Maison delà Bannière de France (is54), appartenant à la Nation d’Allemagne et ayant, selon toute apparence, servi, en tout ou en partie, à abriter le Collège de Dampnesi arche , aliàs de Suesse et de Dace, après annexion de ses bâtiments au couvent des Carmes et au collège de Laon. Ce collège, en effet, avait été primitivement installé en la rue de la Montagne-Sainte-Geneviève ; mais il dut céder ses locaux à des voisins plus riches que lui. « Les Danois, dit Félibien, furent depuis
transférez dans la rue Galande W. » Mais en quel lieu précis de cette rue se réinstalla-t-il ?
Les Comptes du Domaine et le Compte de la Prévosté de Paris pour i45i, publiés par Sauvai, nous permettent de répondre à cette question. Le premier de ces documents contient la mention suivante : n Maison seize rue Sainct Jacques, paroisse de Sainct Séverin, tenant, d’une part, à THostel de la Cloche, d'autre part, aux appartenances de la Cloche Perce, aboutissant, par derrière, à ung liostel que l’on dit le College d’ Allemagne®, v Le second contient cette autre mention tout aussi significative : n Maison rue Sainct Jacques, où esl l'enseigne des Trois rois de Cologne, aboutissant par derrière à un liostel que l’on dit le college <f Allemaigne^.-n L identité des termes conduit à l’identité des conclusions.
Cet Hôtel des Trois rois de Cologne, en façade sur la rue Saint-Jacques, et dont la situation est bien connue, se prolongeait par derrière, et touchait parle fond à la Bannière de France, dite, en t 5aù, appartenir à la Nation d’Allemagne. C’est donc là, dans la maison portant cette dernière enseigne et ayant façade sur la rue Galande, que le collège de Danemarck, de Suesse ou de Dace, avait été transféré, par abandon de ses bâtiments aux Carmes et aux écoliers de Laon. La transaction entre les deux collèges eut lieu le 2 3 août 1 A3o; celui de Laon, en échange de la maison qu’il s’annexait, en céda, à celui de Dace, une autre qu'il possédait ttoultre Petit Pont, en la rue Gallande r.
Maison de la Porte dorée ( i 5 g 8 ).
Maison de la Corne de Daim (iû65).
Maison de la Couronne (1Û21) et de la Couronne de fer (1 635).