RUE DES MARAIS W
Il n’y avoit anciennement dans cette rue qu’une grande maison et jardin, bastie sur deux places données à cens et rentes par ledict sieur Le Clerc, par contrat des A et 9 octobre 1 5 43, à Mathurin Fretté ^ et à Nicolas de la Marre, à la charge de 6 livres de rente et de 2 sols parisis de cens. Ces deux places furent, quelque peu de temps après, acquises par Thomas de Burgensis, qui y fit bastir ladite maison, qui avoit deux corps de logis en aile avec cour au milieu et jardin au derrière, dont Jeanne de Burgensis, sa fille, veuve de Hierome Berzeau, hérita, et dont elle fil ensuite donation entre vifs, par acte du 5 septembre 1676,0 Hierome Berzeau, sieur de la Marcillère, son fils. Le 2 juillet 1 583 , Guillaume Taveau, bourgeois de Paris, fondé de procuration dudit sieur de la Marcillière du 2 5 juin précédent, vendit ladite maison à Jean Robineau, sieur de Croissy-sur-Seine, secrétaire du roy. Le 1 1 janvier 1602, ledit sieur Robineau vendit la susdite maison à Claude Lebret. Le 28 mars 1607, ledit Lebret la revendit «à M. Nicolas le Vauquelin, seigneur des Yveteaux et de Sacy, conseiller d’estat, laquelle il fil décréter sur ledit Lebret, et s’en rendit adjudicataire par sentence du Châtelet du 19 septembre audit an. Ledit sieur des Yveteaux la donna à M. Nicolas le Vauquelin, seigneur de Sacy, son neveu, et à dame Marguerite Dupuis, son épouse, en faveur de leur contract de mariage du
(1) Voir l’article consacré à cette rue dans la Topographie historique du vieux Paris, III, volume du Bourg Sahit-Germain , p. 200. ( Note du service. )
(î) Ce Martin et non pas Mathurin Fretté, eut une grande part, en i559,aux premières mesures prises contre les huguenots, en raison même de la position de sa maison, qui le faisoit le voisin d’un grand nombre d’entre eux, car ils aflluoient, comme on sait, dans le fauhourg-Saint-Germain , et surtout dans celte rue des Marais " que nous autres, dit rrd’Aubigné, appelons le Petit-Genève.» (Le baron de Fœncste, liv. I II , chap. xm.) Fretté étoit donc en un lieu commode pour les bien épier, et sa qualité de clerc au greffe criminel de la cour du Parlement ne répugnoit pas à cet emploi. Regnier de la Planche ( Hist. de l’Estal de France, etc. , in-8°, t. I , p. 5i) le donne même pour "caut et rusa en ces "matières, s’il en fut oneques. Aussi, dit-il, estoit-il ff dressé de la main du feu president Lizet, en sorte "que, quand on ne pouvoit tirer tesmoignage et concession suffisante des accusez de ce crime (de relier gion ) , on mettoit ce tin Frété aux cachots avec eux , "lequel savoit si bien contrefaire l’Evangeliste que "le plus subtil avisé tomboildans ses filets. » Ce qu’on cherchoit surtout, c’étoit à surprendre quelques-uns des huguenots "mangeant de la chair aux jours "défendus.» On savoit qu'en cette même rue des
Marais un nommé le Visconte, dont nous n'avons pu retrouver la maison, a retiroit coustumièrement "pour cela les allans et venans de la religion.» Ses voisins, et Fretté surtout le premier, l’avoient dénoncé. C’est donc chez les accusateurs , et nommément chez notre clerc du greffe, qu’on résolut de dresser des embûches un jour de vendredy. . . "Frété, dit Regnier de la Planche, alléché de la dépouillé de ses voisins pour les avoir de longtemps "remarquez, retire chez soy quarante ou cinquante "sergenlz en sa part, qui esloyent entrés à la file. "Et sur les onze heures estans arrivé Thomas Bragelonne, surnommé le Camus, conseillerai! Cha- "telet. . . avec deux ou trois commissaires des plus "envenimez contre celte doctrine, la maison du "Viconle fut incontinent environnée et rudement "assaillie. » La lutte fut longue: "Bragelonne et ses rr commissaires furent en grand danger d’estre tuez.» Si bien que ceux qu’on vouloit prendre "eurent "loisir de se sauver, et les autres de la religion "des maisons prochaines eurent aussi temps de se "retirer, quittant leurs maisons à la merci des "juges et sergens, qui y trouvèrent richesses d’or r-et d’argent monnoyé, principalement chez ce "Viconle, où ses hostes avoient laissé leur argent «en garde.» La Planche cite parmi ceux de cette rue qui avoient aussi quitté la place un gentilhomme nommé la Fredonnière.
]7 octobre 16 A4. Ledit sieur de Sacy, tant en son nom, comme donataire dudit sieur des Yveteaux, son oncle, de la moitié' de ladite maison, que comme tuteur de damoiselle Charlotte- Gabrieile le Vauquelin, sa fille, et de la dite defunte dame Marguerite Dupuis, vendit la totalité d’icelle, par contract d’échange du 3o décembre i658, à M. Jacques Lemaçon, seigneur de la Fontaine, intendant et controlleur général des gabelles de France. Ledit sieur de la Fontaine fit après construire trois maisons au lieu de celle qu’il avoit acquise dudit sieur de Sacy, et depuis, ses créanciers ayant vendu ses biens, lesdites trois maisons ont esté partagées en sept desquelles :
Première maison.
La première, ayant face sur la rue des Pctits-Augustins, bastie sur . . . toises de terre, appartient à M. Edine Robert, cy devant intendant et trésorier de feu Son Altesse Royalle Mademoiselle de Montpensier, lesquelles il a acquises de Pierre Siuson, charpentier, et de Marie Bequet. sa femme, sous le nom de Martin de la Croix, par contract du 6 mars 1672, dont il a passé titre nouvel le i3 février 1691, pardevant Baglan, notaire. Au derrière de laquelle maison il y a joint vingt-quatre toises et demie de terre qu’il a acquises des héritiers de feu M. le Président le Boulanger, par contract du. . ., qui les avoit acquises de M. le président Thevenin ou de ses héritiers, à qui dame Claude de la Roue de Gallardon les avoit vendues, laquelle les avoit acquises de Gabriel Montagne, par contract du i4 mai 1606, qui les avoit aussi acquises de Nicolas Baujouen, lequel les avoit pris à cens et rentes dudit sieur Le Clerc, par contract du 18 juin 1 645 M, moyennant 8 deniers de cens et 49 sols de rente.
Seconde maison.
La seconde, faisant lace sur la rue des Augustins, joignant la précédente, avec issue à porte cochere, dans la rue des Marais, hastie sur . . . toises de terre, a esté acquise par M. Jean de Joncoux, avocat au Parlement, de M. Jacques Lemaçon, seigneur de la Fontaine, par contract passé pardevant Plastrier, notaire, le 10 juin 1659.
Troisième maison.
Cette maison, qui est bastie sur 161 toises de terre, a esté acquise par le mesme sieur de Joncoux, dudit sieur de la Fontaine, par contract du dernier septembre 1672, passé pardevant ledit Plastrier, notaire, lesquelles deux maisons ont été vendues par damoiselle Françoise- Marguerite de Joncoux P), fille majeure seule et unique héritière dudit M. Jean de Joncoux, à M. Jean Chastelier, avocat en Parlement, par contract passé pardevant Couvreur et son compagnon, notaires, le 24 may i6g5, lequel sieur Chastelier en a passé titre nouvel pardevant Baglan, notaire, le 7 juin 1695.
(1) Cette petite portion de terre cédée par Le Clerc a Baujouen éloit une de celles sur lesquelles on n’avoit pas construit crà cause, dit du Boulay ff(page 260 du mémoire déjà cité), que l’on aprrprehendoit les desordres et insultes des escocrliers.» Les mêmes craintes étoient préjudiciables aux maisons bâties, rr Et ceux mesmes, dit encore rrdu Boulay,, qui y avoient des maisons ne trouer voient pas bien souvent à qui les louer, et ainsi
tri Université 11e pouvoit eslre payée de ses cens et tt rentes.»
(2) Françoise-Marguerite Joncoux, fille du gentilhomme auvergnat qui vient d’estre nommé et de qui elle tenoit la maison de la rue des Marais désignée ici, s’est distinguée parmi les écrivains jansénistes. C’est elle qui a traduit les notes de Wendrock (Nicole) sur les Provinciales. Elle éloit née en 1668, et mourut le 27 septembre 1715.
Quatrième maison.
Cette maison appartient aux sieurs Le Doux, procureur au Cliastelet, et Domillier, comme l'ayant acquise de M. Charles Sinson, avocat en la Cour, et autres par contract passe' pardevant Lebeuf et Boindin, notaires, le a septembre 1688.
Cinquième maison.
La cinquième maison, bastie sur . . . toises de terre, appartenante à M. François Commeau, avocat, comme l’ayant acquise des créanciers et directeurs des créanciers dudit sieur de îa Fontaine, par contract passé pardevant Baglan et son confrère, notaires, le 3i janvier 1682.
Sixième maison.
La sixième maison, bastie sur . . . toises de terre, acquises par M. Antoine de Massanes, secrétaire du roy, des créanciers et directeurs des créanciers du sieur de la Fontaine, par contract passé pardevant Prieur et Baglan, notaires, le 17 janvier 1682. M. Thomas Hardy, écuyer, seigneur de Beaulieu, oncle et tuteur d’Auguste et de Jacques de Massanes, enfans et héritiers de M. Antoine de Massanes, écuyer, lequel estoit fils et héritier dudit sieur de
Massanes, secrétaire du roy, en a passé titre nouvel le 20 février 1691, pardevant Baglan,
La septième et dernière maison, bastie sur . . . toises de terre, acquises par M. Augustin de Louvancourt, conseiller du roy, maistre ordinaire en sa Chambre des comptes, et lun des quatre secrétaires d’icelle M, des créanciers et directeurs des créanciers dudit sieur de la Fontaine, par contract passé pardevant Dettoyes et Baglan, notaires, le 27 février 1682, dont ledit sieur de Louvancourt a passé titre nouvel pardevant Barbar et Baglan, notaires, le 20 lévrier 1691. Toutes ces sept maisons, basties sur lesdites places données à cens et rentes susdits Fretté et Delamarre par ledit Le Clerc, ne sont aujourd’huy chargées que de 2 sols 6 deniers de cens, la rente de 6 livres ayant esté rachetée par ledit sieur Hercules de Vauquelin, par quittance passée pardevant Baglan et son collègue, notaires, le 8 mars 1690.