V. - ÉTUDES SUR LES PRÉS-AUX-CLERCS
De tous les souvenirs du vieux Paris, il n’en est pas un plus populaire que celui du Préaux-Clercs. Ce nom-là est certes très familier 5 tout le monde; aussi il n’éveille que l’idée fort vague d’un emplacement sans forme arrêtée, et situé non loin de l’abbaye de Saint-Germaindes-Prés, sur le bord de la Seine. C’est ainsi que le placent, en effet, les restitutions fantastiques qui ont la prétention de représenter la Ville dans son état ancien; mais, sur ce sujet,
fr de Paris du coslé des Thuilleryes, ensemble du parlais de la royne (mère duroy) ausdites Thuilleryes cret ayant aussi la charge du gouvernement du bac «■assis sur la rivière, vis à vis dudit pallays, pour n- le passage desdits matériaux, obtint de 1 Univerfp site la permission de faire passer et repasser les r chevaux, chareltes, harnoys, tant chargés que ffvuides, avec les gens dudit Regnier, par et au r travers du Pré-aux-Clercs . . . par le chemin jà ffcommencé depuis longtemps et qui vient de Vaurr girard , entrant dans ledit Pré, auprès de sa rr borne, située près du lieu oit etoit sise la Maisonff Rouge, pour aller où est situé ledit bac d’icelluy rr Regnier . . . sans que icelluy Regnier ni ses gens fret serviteurs puissent faire autre chemin que celui rr susdit, de largeur de dix pieds." Cette curieuse pièce, heureusement retrouvée par M. Berlv, n’avoit pas échappé à du Boulay. (Voyez son Mémoire, p i53.) — U n’est pas étonnant que les matériaux pour les fortifications et le palais dussent venir du
Pré-aux-Clercs. Les tuileries, déplacées par suite de la construction du palais qui leur devoit son nom, avaient été transportées de l’autre côté de la Seine. M. Bonnardot en remarque une dans le Pré-aux- Clercs, sur le plan anonyme (le 1601. (Voyez son livre sur les Plans de Paris, p. 108.) Du Boulay parle plusieurs fois du four à tuiles de Moussv, dans la rue de Seine (p. 261, 399). Les pierres étoient tirées de Vaugirard et de Montrouge : on devoit donc prendre pour leur transport le chemin indiqué ici.
(1) Petit-fils de Coilïier, le cabaretier, et gendre de Vanel , l’un des premiers propriétaires dans la rue Neuve-des-Petils-Champs. (Voyez Tallemant, in-8°, t. III, p. 270-275.)
(2) Ces études , publiées dans la Revue archéologique, ont été la première forme donnée par Adolphe Berty à son travail sur le grand Pré-aux- Clercs; il les a condensées et souvent reproduites textuellement dans son article définitif.
comme sur tant d’autres, il ne faut pas s’en rapportera ces images, qui traduisent avec inhabileté des notions superficielles, toujours incomplètes et très fréquemment crrone'es. A propos du Pré -aux-Clercs, on doit le reconnaître, d’ailleurs, elles ne font que reproduire des erreurs qui sont commises dans les titres et les plans du xvii® siècle, et qui consistent à considérer ce liel comme beaucoup plus vaste qu’il ne 1 était réellement, et à en donner le nom à des terrains qui y étaient contigus au nord et meme à l’ouest, mais n’en ont jamais fait partie. Il faut le dire aussi, c’était surtout l’Université qui possédait des renseignements satisfaisants sur le Préaux-Clercs, et méfiante avec raison, par suite de ses nombreux différends avec l’abbaye Saint- Germain, elle ne permettait pas facilement l’accès de ses archives. Cependant, comme jusqu’au milieu du siècle passé les bornes du Pré ont été conservées, il n’eût pas été très difficile aux auteurs de s’en procurer un relevé exact; nous ne sachions pas, malgré cela, qu’il en ait été publié un PI, ni meme qu’on ait paru penser que la chose était possible; elle l’est pourtant , et nous pouvons garantir la précision mathématique du plan tracé sur notre planche 267 cijointe. C’est la réduction d’un grand plan manuscrit en plusieurs feuilles, exécuté avec soin en 1753 et conservé aux archives impériales®. On verra plus loin que nous avons eu l’occasion d’en vérifier l’authenticité .
Si, comme l’ont pensé Dubreul et D. Bouillait, ce pré est celui qui a été appelé plus tard Pré-aux-Clercs , c’est la première mention que l’on trouve de son existence .
Une première aliénation a pu servir de précédent pour en autoriser une seconde, à la suite de laquelle le Pré aura fini par devenir le fief de l’Université, dont on sait bien aujourd’hui que l’existence ne remonte pas jusqu’à l’époque où vivait Wallon .
Il paraît que dès lors le Pré-aux-Clercs servait de lieu de promenade ou, au moins, de réunion, pour d’autres que les écoliers, car dans la charte relative à la dédicace de la nouvelle église de l’Abbaye, qui avait eu lieu le 21 avril de cette même année ®, et avait été faite par Alexandre III en personne, il est rapporté que, après la cérémonie, ce pape s’y rendit en procession et y fit un discours au peuple : te Intérim dominus papa Alexander ad pratum quod est 'tjuxta inonasterii muros, cum solemni processione procedens, ad populum sermonem lécit®.n
Au mois de juillet 1 25 A, l’abbé Thomas de Mauléon accensa à Raoul d’Aubusson, et moyennant quarante sols de redevance annuelle, une place de cent soixante pieds carrés, en s’engageant à la faire longer par une rue de trois toises de large, qui servirait au preneur et à ses ayants cause, mais sur laquelle il ne pourrait exercer aucun droit seigneurial. Celte rue, c’est celle des Mauvais-Garçons®, et la place est une partie de Pilot situé de son côté oriental, entre les rues des Boucheries et de Bussy. Nous en parlons parce que l’histoire en est liée à celle du Pré-aux-Clercs .
La chapelle de Saint-Martin-des-Orges était située sur la terre même de l’Université et lui avait appartenu de Lout temps. Avant 1278, où elle était déjà ancienne puisqu’elle dut alors être rebâtie, elle n’avait pas de chapelain qui lui fût propre; on n’y faisait le service que dans des circonstances exceptionnelles, sans doute lorsque les écoliers se réunissaient pour quelque fête dans leur pré, et c’était alors un maître choisi pour l’occasion qui y disait alors la messe. La chapelle Saint-Martin-des-Orges, dite aussi Saint-Mar tin-le-Vieux, fut démolie en 1 368 , lorsqu’on creusa les fossés de l’Abbaye, et on en transporta la chapellenie en l’église du cou-
(,) A la fin du xvii0 siècle, l’Université a fait graver un petit plan des deux Prés-aux-Clercs, mais il ne semble pas qu’il ait été mis dans le commerce. Nous l’avons fait graver pour la première fois.
(2) Il est compris dans les atlas et coté n° 3g.
(3) Il s’agit de l’année 1 1 63.
(4) Archives de Saint-Germain, Histoire de l 'Abbaye, preuves.
( J On lui a ridiculement donné depuis quelques années le nom de Grégoire de Tours.
TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, vent P'. Celte circonstance quelle lut détruite pour creuser les fosse's prouve assez quelle était située sur partie de leur emplacement, mais on ne trouve aucun renseignement qui permette de déterminer avec exactitude sa position réelle. D. Bouillant dit quelle se trouvait vers l’angle du jardin de l’Abbaye, proche du Pré-aux-Clercs, c’est-à-dire à peu près sur l’emplacement de la maison faisant le coin de la rue du Colombier et de Saint-Benoît. Celte situation est fort vraisemblable, car dans une transaction de 1289, au sujet d’une place qui y était contiguë, cette place est dite tenir des deux côtés à des voies publiques. «Quadam platea sita apud Sanctum t: Germanum prope Parisius, contigua ex una parte, sive ex uno latere, capellæ S. Martini ve-
eteris de Sanclo Germano, et ex alia parte domui dicti magistri (Pétri de Ancelira) . et
ttcx tertio latere est via publica; ex quarto vero latere est via publica et prope muros abbatiæ r dicti Sancli Germani . *
En 1 53n, l’Université, voyant que le petit Pré-aux-Clercs, devenu un réceptacle d’immondices, et souvent inondé lors des hautes eaux, ne lui rapportait rien, mais lui était même onéreux par les dépenses que causait chaque année l’entretien des fossés qui l’entouraient, résolut de l’aliéner. La question lut agitée dans des assemblées ténues les 5, G et 21 juin, et l’on convint de faire afficher qu’il serait baillé aux enchères. Plusieurs acheteurs se présentèrent immédiatement, mais ce fut seulement le 29 mai 1 à h 0 que, dans une nouvelle assemblée, l’accensement fut décidé. Par acte du 2 juin suivant, il fut fait en laveur d’un nommé Pierre Leclerc, qui l’obtint, au prix de deux sous parisis de cens et dix-huit livres de rente annuelle. Cette adjudication fut confirmée en i5Ù2 par le Parlement. C’est probablement à cette époque que fut percée vers le Pré la rue des Marais. Nous en trouvons la première mention en 1 543. On l’énonçait alors crue ou ruelle des Marais;» plus tard on a écrit crue des Marels.» Mais nous 11e savons si cette variante d’orthographe a une signification, et si la rue doit réellement son nom à ce que le terrain où elle se trouve était humide et souvent couvert par les eaux, ou bien à un certain Nicolas Marets, qui, en 1629, possédait une pièce de terre d’un arpent et demi et quinze perches, s’étendant le long du chemin creux, entre le petit Pré-aux-Clercs et la Seine. Cette dernière hypothèse est la plus vraisemblable; il est certain d’ailleurs que, contrairement à l’opinion de Jaillot, le petit Pré-aux-Clercs était inculte et ne renfermait pas de ces jardins potagers qu’on appelle marais I2'.
VI. - LES PRÉS-AUX-CLERCS ET LEURS ABORDS VERS LE MILIEU DU XVIII' SIÈCLE.
La place considérable que les deux Prés-aux-Clercs occupent dans la topographie parisienne, et les longues luttes dont ils ont été le théâtre, donnent un interet tout particulier aux divers plans qui en ont été faits. Nous avons reproduit, à la page 20, celui de 1 676 , et, à la page 23 , celui qui fut gravé pour le mémoire de Pourchot. Un document du même genre clôt la série de ces figurations graphiques : c’est le plan parcellaire dressé, en 1753, par le baron de Molina, d’après l’arpentage de Girard, et présentant, à cette date, l’état de lotissement des terrains que l’Université et l’Abbaye se sont si longtemps disputés.
Rapprochés des feuilles que Berty a ébauchées et du plan de la paroisse Saint-Sulpice, ou il a tracé, à une échelle malheureusement trop réduite, sa restitution du grand Pre, ces diiers documents constituent une représentation successive, aussi exacte et aussi complété que possible, de celle région célèbre dans les annales parisiennes.
; En 1 533 , 011 l'appelait : La chapelle Saint- Martiri-des-Orges, autrement dit la chapelle des Bienfaiteurs. Voir le volume du Bourg Saint-Germain, p. 63.
(3I Les parties que nous avons omises et qui sont représentées par des points ont été reproduites textuellement par Adolphe Berty dans son travail définitif.
9WV
Noms des Proprietaires MCS delà Rouvrclle ci 1 Abbé de Cornouaille» HT de Poli§nac
l'Hôpital de la Charité et dépendance*
MC Chavigny MC d'AutW.
MC Cissey de Colombet,
Mrle Dran MCPoulard
Maison à l'Hôpital de la Charité Mr Nanly de Fricot .
MC d'Arcelot Hôtel de Beaupréau Hôtel do Pomponc.
Hôtel de Pons .
MC le FYesidcnt Rouleau .
Mr de Broux Hôtel. d'Ali^re
Mr Bochard de Sarron
Hôtel de Mortemart
MC Leclère .
MC le Résident Monou.
Hôtel de rUnivcrsile
Hôtel do Volbele MC de Nicole!'
MC le Rebours Mmc Bonnier
M®c d'Arroenonvillc Mmc Raymond MC' de Keshé MT le Résident Mole le SCBeliquard Hôtel de Sqyceourl.
Hôtel d'Auvcr§nc à MC de Bouillon Hôtel de Broÿ.ic .
Jacob
9 perches 76p '
borne"