‹ Topographie historique du vieux Paris (volume 3)Chapitre 23 sur 150 · LA PETITE-SEINE · texte numérisé non relu

LA PETITE-SEINE

Pour tous les historiens de Paris, la Petite-Seine n’a été autre chose que le canal amenant l’eau dans les fossés de l’Abbaye; aussi nul d’entre eux n’a-t-il signalé l’existence du territoire de la Petite-Seine (1), qui avait cependant une assez grande importance puisqu’il en est fréquemment question dans les archives de Saint-Germain-des-Prés. Le censier de 1 3 5 5 nous fournit une première indication de la Petite-Seine; toutefois, dans ce registre et dans plusieurs actes postérieurs, les renseignements, fort vagues, laissent seulement reconnaître qu’il ne s’agit point d’une localité voisine du monastère. Au xvi° siècle, les titres, devenus plus nombreux et plus intelligibles, prouvent que l’on appelait la Petite-Seine soit tout le terrain circonscrit actuellement par les rues Saint-Dominique, de Bourgogne, do l’Université et Jean Nicot, au Gros-Caillou, soit plus spécialement le chemin représenté par la partie de la rue de l’Université qui s’étend de la place du Palais-Bourbon à la rue Jean Nicot. Ce chemin était la continuation de celui qui sillonnait le grand Pré aux Clercs dans toute sa longueur.

Le deuxième triage renferme une foule d’articles où sont énoncés des terrains aboutissant, d’une extrémité, sur le chemin des Treilles (la rue Saint-Dominique), et, de l’autre, sur la Petite-Seine. Il faut donc que celle-ci soit la rue de l’Université, puisque c’est la seule qui, avec la rue Saint-Dominique, borde le deuxieme triage. 11 n’est d’ailleurs point douteux que la Petite-Seine était au nord, et non au sud de la rue Saint-Dominique, divers documents nous offrent en effet les passages suivants : « Trois arpeus. . . aboutissant par bas sur la Petite Seine, et, « d’aultre bout, par hault, au chemin des Treilles. * (i523.) — «Trois arpens. . . rr à la Saulmonnière. . . aboutissant à la Petite Seyne. n (î 5a6.) — «Neuf quartiers

« . aboutissant d’un bout sur la Petite Seyne et d’aultre bout sur la rivière

« de Seyne. n (î 5 1 8.) — « Six arpens au lieu dict la Petite Saine . aboutissant

«d’un bout à ladicte Saine, et d’aultre bout à la grant rivière. v (i5aà.)

Les renseignements modernes sont encore plus explicites. Nous avons vu que des champs, énoncés en 1 665 et 1675 comme situés au lieu dit «la Petite «Seyne, et autrement la Grande Haye , r, sont placés, sur le plan dressé à l’occasion de la construction des Invalides, entre la rue Saint-Dominique et la rue de l’Université. Sur un autre plan contemporain, le chemin formant le prolongement de la rue de l’Université est nommé «chemin de la Petite Seine, dit la Vove aux «Vaches. n Dans un Jjail de 1 6 8 4 , trois quartiers de terre situés au Gros-Caillou sont déclarés aboutir «d’un bout au chemin de la Petite Seine, d’autre bout à la «Longue Rue (sic).n Dans une transaction de 1717, il est parlé dune maison,

1 Voir le volume duBourg Saint-Germain, j). 18.

DEUXIÈME TRIAGE DES TERRES DE SAINT-GERMAIN, près des Invalides, a tenant par hautà la Longue Raye, et par bas au chemin de la «Petite Seine. » Dans un acte de 1719, un terrain des environs est pareillement dit «à la Longue Raye ou la Petite Seine;n et, enfin sur des actes de 17/16 et i763 , mais certainement rédigés d’après d’autres plus anciens, on lit : «Rue de «l’Université, ou chemin de la Petite Seine, n et «la Petite Seine, à présent la rue « de l’Université, n

Le territoire de la Petite-Seine 11’avait point de limites rigoureuses, et se conlondait avec les territoires adjacents. Il avait apparemment emprunté son nom au canal qui séparait la terre ferme d’avec les îles dont l’agglomération a produit lîle des Cygnes. Le «Rras des Vaches, i> d’un document de 1A7G, 11e doit point différer de ce canal, qui a été énoncé «la Rivière et le Ru de l’Isle des Treilles, 11 en i523; «la Noue de l’Isle Maquerelle, » au milieu du xvte siècle; «la rivierre « appellée la Petite Seyne, u en 1 534; la « Petite Seine, 71 en 1 743 ; la «Petite Seine courante, n en 1717 et 1687, ainsi que la «rivière de la Petite Seine, v en 1628.

Au reste , ces dernières désignations révèlent une intention évidente d’établir une distinction entre la Petite-Seine, bras de rivière, et la Petite-Seine, territoire ou même simple chemin. Nous disons : la Petite-Seine, simple chemin, parce que la voie remplacée par la rue de l’Université, voie qu’on appelait parfois «le chemyn «qui va à l’Isle Maquerelle* (i5a4), et ordinairement le «chemin de la Petite «Seine» (io23, 1527, etc.), est énoncée souvent la «Petite Seine r> seulement, comme s’il s’agissait du canal longeant les îles M. Il est possible que cette circonstance provienne d’une ellipse de la locution «chemin de la Petite-Seine ; » mais une autre explication se présente à l’esprit, lorsqu’on observe que l’appellation de Petite-Seine, au lieu de s’appliquer de préférence aux terrains riverains du bras de rivière, s’appliquait à peu près exclusivement aux terrains qui se trouvaient au-dessus de 1 Ile aux Cygnes. C’est que ceux-ci formaient anciennement une île naturelle ou artificielle, et que le chemin, si étrangement qualifié de Petite-Seine, avait été produit par le comblement d’un bras d’eau, véritable et primitive Petite- Seine. Nous ajouterons, à l’appui de cette hypothèse, que la configuration générale du terrain suggère immédiatement l’idée d’une île, et que la Noue du Pré aux Clercs, dont l’utilité 11e se devine point, paraît bien avoir été le reste d’un canal supprimé.

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