RUE DU BAC
Jaillot explique ainsi l’origine et la dénomination de cette rue : tt On lui a donné ttce nom, à cause d’un bac qu’on avait placé vis-à-vis, et qui fut établi en vertu tt de lettres-patentes du 6 novembre 1 55 0; 71 or ces quelques mots renferment plusieurs erreurs. Les lettres patentes qu’invoque Jaillot furent simplement lues au Bureau de la Ville, le 6 novembre 1 5 5 o (3Î ; elles dataient du g septembre précédent. Elles 11e prescrivaient pas expressément de disposer le bac devant les Tuileries; l’emplacement, non déterminé, ne devait, en tous cas, être choisi que dans les environs du Port-aux-Passeurs. O11 le voit par le texte de la requête à la suite de laquelle les lettres-patentes furent expédiées, et aussi par la proposition que fit Gilles des Froissiz, le 6 décembre 1 5 5 1 , de construire le bac en attachant le câble à la Tour de Nesle. Enfin on ne plaça pas le bac, auquel la voie doit son nom, en face de cette voie, vers l’année t55o. Le bac et la rue sont en effet d’origine postérieure; de plus le bac a préexisté, et, loin d’avoir servi de débouché à la rue, il en a motivé le percement W.
Les carrières destinées à alimenter la construction du Palais des Tuileries furent celles de Notre-Daine-des-Champs et de Vaugirard. Pour conduire les matériaux qu’on en tirait sur les chantiers où ils devaient être employés, il w fut ordonné et et mis au devant ledict lieu des Thuilleries, pour y passer et repasser toutes les
Elle n’apparaît point sur le plan de Quesnel.
(,) Puisque le Chemin-Neuf était un embranchement de la rue de Grenelle, il dut former deux coins avec cette rue; il n'est pourtant question ni de l'un
ni de l’autre de ces coins dans l’arpentage de 1 5 2 9 .
Arch. nat. Reg. II 1781, f° 199 v°. La pièce est reproduite aux Appendices.
Voir Topographie historique du Vieux Paris (Région du Louvre et des Tuileries, t. Il, p. 7).
(t pierres, materiaulx et aultres choses nécessaires pour ledict bassement, n un bac qui, le i /i mai t5G4, c’est-à-dire immédiatement, fut baillé à la communauté des maîtres passeurs (l). Toutefois ce bac n’aurait eu qu'une utilité assez restreinte, s’il n’eût point été relié par une route aux territoires des carrières; on ouvrit donc, à travers les terres en culture, un chemin de charroi, qui, appelé d abord et tout naturellement <r chemin du Bac,n s’est ensuite transformé en une rue importante, sans perdre son ancien vocable. Telles sont exactement les circonstances qui ont donné naissance à la rue du Bac.
Vers 1572, Catherine de Médicis cessa de poursuivre la construction des Tuileries, et, soit pour cette raison, soit pour d’autres motifs, le chemin du Bac demeura assez longtemps inachevé. Nous lisons dans les Registres de la Ville que, le 27 décembre 1577, le Roi, dans le dessein de soulager le pont Notre-Dame, prescrivit au Prévôt des Marchands de disposer quatre bacs sur la Seine, recommanda d’tt accommoder les chemins, principallement depuis la carrière de Noslrect Dame-des-Champs jusques aux lieux où, s dit-il, useront lesdicts bacqz; et le "semblable pour la carrière de Vaugirard, affin que les chartiers soient accomctmodez, et, n’ayent occasion de prendre leur chemyn par ledict pontNostre-Dame, rains, pour le regard de ceulxqui auront à aller du costé des Halles et Croix du tri i ro lier, par les portes Neufve et Sainct Honnoré n
Cinq ans plus tard, le chemin n’était point encore public dans toute sa longueur, puisque, pour obtenir le libre parcours de la partie comprise dans les limites du Pré aux Clercs, Georges Regnier, fournisseur des chantiers des Tuileries et des lortifications voisines, conclut avec l’Université un accord du 26 mai 1 582 , suivant lequel, moyennant quatre écus sol. pour un an, il pourrait faire et passer rret repasser les chevanlx, charettes, harnoys, tant chargés que vuides, avec les
e gens dudict Regnier, par et au travers du Pré aux Clercs . par le chemin
"jà commencé longtemps et qui vient de Vaugirard, entrant dans ledict Pré, "auprès de la borne située près du lieu où estoit size la maison Rouge, pour aller
"°ù est situé ledict bac d’icellui Regnier . sans que icelluy Regnier, ny ses
egens et serviteurs, puissent faire aultre chemin queceluy susdict de la largeur de tr dix pieds, d
A part quelques rares habitations isolées, comme cette maison rouge dont il vient d’être parlé et que nous ne connaissons pas, on n’a point bâti le long de la rue du Bac avant la lin du règne de Henri IV. Elle est cependant énoncée déjà dans un titre de 1 622 : r grand chemin et ruelle appellée la rue du Eue , venant .ide Grenelles audict Prén (aux Clercs), et (true qui conduit au Pré aux Clercsn dans un autre de 1623. Elle ne finissait point alors, connue aujourd’hui, àla rue
11 Areli. nat. Cari. Q 11/17-11118. Nous avons (!) Arcli. nat. Ileg. Il 1788, R iG3 v°. La
cité plus amplement le texte dans le ][■ volume de pièce, qui a son importance au point de vue topola Rêffion (lu Louvre et des Tuileries , p. 7. graphique, est reproduite aux Appendices.
de Sèvres; mais elle se prolongeait jusqu’à la rue du Regard, qui en formait la continuation, et qui, avec la rue Notre-Dame-des-Champs, a été aussi appelée rue du lîac.
Suivant un plan de 1 G 3 G , la Petite rue du Bac, dite tt chemin du Baq,n dirait le même décrochement que de nos jours, par rapport à la rue du Regard. Le plan, ne s’étendant point suffisamment, ne laisse pas voir si le décrochement du côté de la rue du Bac existait aussi; ce que nous croyons reconnaître sur le plan confus de Quesnel (1609). Cependant il n’est point invraisemblable de penser que l’alignement actuel de la Petite rue du Bac diffère un peu de son alignement primitif'. O11 la confondait, du reste, avec fa Grande rue du Bac; car nous la trouvons mentionnée sous la dénomination de « grand chemin du Bac n dans une transaction du 2 juin 162b, relative à une pièce de trois quartiers située entre les rues du Cherche-Midi et de Sèvres. Il faut admettre que le chemin représenté par la Petite rue du Bac est ancien, puisque la rue Notre-Dame-des-Champs a été appelée, en 1/112 et 1/19,3, te chemin qui va de la Maladerie de Saint Germain des Prés à ((Notre Dame des Cbamps;r, mais nous n’en avons jamais rencontré de mention directe.