CHEMIN-NEUF
Le quatrième triage, le plus vaste de tous, offrait cette particularité, qu il était divisé en deux parties, dans le sens de sa longueur, par une voie qui allait aboutir au carrefour situé devant la Ferme de Grenelle, là où se réunissaient les deux grands chemins limitant le triage. Do cette voie il ne subsiste plus aujourd hui que l’extrémité occidentale, tronçon peu important, que représente la rue Dupleix; mais le reste de son parcours, jusqu’au boulevard des Invalides, nous est connu, et nous l’avons retracé avec une entière certitude, grâce aux plans manuscrits que nous avons découverts dans les Archives nationales, ainsi que dans celles des Invalides, plans que nous avons seul étudiés au point de vue de la topographie historique. La voie dont nous parlons est celle qu’on nommait la Yoye nouvelle» (1/163), s le Sentier neuf» (1 /18g), ou « la Ruelle neufve» (1 ùg 1) , et surtout « le » Chemin neuf» (1 Zi5g-i 5/17). Elle était, effectivement, beaucoup moins ancienne que les autres grandes artères du fief, et ne datait probablement que du deuxième quart du xve siècle. Pour s’expliquer les raisons qui la firent ouvrir, il suffit de jeter les yeux sur notre plan du faubourg. On y remarquera que 1 espace circonscrit par les rues de Grenelle et de Babylone prolongée 11 avait pas moins de sept cents mètres de largeur, en une place, et l’on comprendra comment, à un moment donné, fut décidée l’ouverture d’une route au centre de celte région, dans le dessein de faciliter l’exploitation des terres environnantes. Telle était si bien la destination du Chemin-Neuf, qu'il a été énoncé n- le chemin nouvellement fait pour et l’amendement des terres» (1/189), chemyn qui est estably et faict de neui
et pour la vuydenge des vignes» (1/199).
Le Chemin-Neuf passait au pied des fourches patibulaires de 1 Abbaye; aussi a-t-il été appelé tt le sentier de la Justice» (1617), tt le chemin neuf de la Justice »
(l) Nous avons eu l’occasion de constater plusieurs fois que, dans les titres relatifs à celle région, les mots r par bas -n signifient vers le nord.
(i5og), trie chemyn par où l’on va à la Justice dudict Sainct- Germain, au terri rouer de Gamelles » (i5ii), it chemin neuf qui va de la Justice audict Gamelles » ( 1 5 1 4) , «le chemin neul, tendant à la Justice-» (î 53 1 ) , et de chemin de la Justice » (î 53 o ) ou « du Gibet» (î 64o). Jaillota fait erreur en croyant que le chemin de la Justice se confondait avec la rue Saint-Dominique, et il s’est également mépris en ne voyant qu une même voie dans la rue de Grenelle et le Chemin-Neuf, attendu que, si les deux artères avaient un tronc commun, elles se séparaient bientôt et parcouraient deux kilomètres avant de se rejoindre. Rien ne nous serait plus aisé que d’accumuler les preuves pour établir la différence qui existe entre la rue de Grenelle et le Chemin-Neuf, puis l’identité de ce chemin et de celui de la Justice; mais, pour éviter la prolixité, nous nous bornerons à citer les faits suivants. Le clos des Billettes, dont on possède les plans, et qui s’étendait entre les rues de Grenelle et de Varenne, est dit, en divers titres descendant jusqu’à l’année 1671, aboutir, d’un côté, à la rue ou chemin de Grenelle et, de l’autre, au chemin de la Justice. 11 ne saurait donc y avoir de doute sur ce qu'était le chemin de la Justice, dont l’identité avec le Chemin-Neuf est démontrée par une des d ésignations que nous venons de rapporter, par les fréquentes mentions de terre confinant, d’une extrémité, au Chemin-Neuf et, de l’autre, au Grand chemin de Grenelle, enfin par cette circonstance qu’il n’est question du Chemin-Neuf que dans le seul quatrième triage.
Les plans du clos des Billettes, qui a été amoindri par le percement du boulevard des Invalides, et aussi le plan des terrains de ce dernier établissement, montrent que le chemin venant de la Justice était au droit de la muraille occidentale du clos, distant de la rue de Grenelle d’environ quatre-vingt-sept toises. Suivant un alignement du 26 juin 1G68, il dut être maintenu large de vingt-six ou vingt-sept pieds, derrière le clos. En deçà, son ancien parcours est difficile à déterminer; toutefois, le commencement de la rue de Grenelle ayant été énoncé « le chemin allant de la rue du Four à la Justice» (1 5 3 1 ) , et le chemin de la Justice ayant été dénommé « chemin qui va du chemin aux Vaches à la Justice «dudict Sainct-Germain» (i/i8g), il est avéré que le chemin de la Justice partait d’un certain point de la rue de Grenelle. Mais où était placé s ce coing du chemin «Neuf,» dont il est parlé dans un acte de i/igo, et dont il n’apparaît absolument plus rien aujourd’hui?
Sur le plan des terrains de l llôtel des Invalides, dressé au moment de la construction de cet édifice, on reconnaît que le chemin de la Justice, après avoir longé le clos des Billettes, s’infléchissait un peu vers le nord, de façon à se rapprocher de la rue de Varenne, qui, rigoureusement alignée, finissait alors au droit de la rue de Bourgogne. Il est manifeste que la rue de Varenne a remplacé le premier tronçon du chemin de la Justice; nous sommes, malheureusement, loin de pouvoir décider si elle en reproduit l’ancien tracé, plus ou moins rectifié. Les renseigne-
&à TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS,
ments sur la rue de Varenne sont fort rares avant la fin du xvuc siècle, et les auteurs n’ont même pas indiqué l'origine de sa dénomination. Elle provient du territoire de la Garenne, par corruption de la Varenne, et autrement de la Grande- Forêt, auquel conduisait la rue, qui a été ainsi appelée tt Rue de la Grande Forestn en 1674, et en 1672 ttchemin de la Varenne, tendant du fauxbourg Saint-Gerfrmain aux pilliers de la Justice dudit lieu." Elle existait, dès 1 628, sous le nom de (rrue de la Varenne; n mais les lacunes que présentent les archives de l’Abbaye ne nous permettent pas de dire exactement à quelle époque elle fut ouverte (l1 ou du moins alignée, ni en quoi elle a différé du Chemin-Neuf. La question du point de départ de ce chemin demeure donc irrésolue, et cependant nous en avons cherché la solution à travers des milliers de documents, qui n’ont fait naître en nous que des présomptions vagues et contradictoires^.