DOMAINE RURAL DE L’ABBAYE
Les divers arpentages que nous venons d’énumérer, rapprochés de la charte de Childebert et de la description que nous avons placée en tête du volume consacre au Bourg- Saint-Germain, font connaître, dans toute son étendue, le vaste domaine donné à l’Abbaye pour la nourriture de ses religieux: ad victum cotidianum, dit la charte de fondation. Tout ce qu’on voyait sur ce territoire, omnia que ibi sunl aspecta, champs, vignes, forêts, prés, «gris, vineis, sylvis, pratis, devint la propriété du monastère, ainsi que le personnel, libre ou serf, employé à la culture, servis, inquilinis, liber lis, mmisterialis. L’Abbaye fut donc, des l’origine, un grand propriétaire foncier, et, comme elle ne pouvait faire valoir ses terres elle-même, à raison des occupations spéciales, — prière, méditation, copie de manuscrits, — auxquelles se livraient les religieux, elle organisa, comme tous les grands possesseurs du sol, un système d’exploitation par bail à cens, avec redevances en argent et en nature.
Les documents originaux manquent pour la période antérieure au xnT siècle; mais les polyptyques, celui d’Irminon en particulier, y suppléent et nous font connaître, dans une certaine mesure, le mode d’administration employé par elle, mode essentiellement traditionnel, comme toutes les institutions du moyen âge. L’affranchissement des serfs modifia nécessairement les conditions des classes agricoles, et apporta quelques changements dans les clauses des contrats de culture. Les premiers que nous rencontrons et qui appartiennent au xiiT siècle, sont des baux à cens, dont la rédaction est très courte, et qui indiquent simplement :
Le nom et la qualité du bailleur et du preneur;
Le climat ou lieu dit, avec la contenance du terrain accensé;
Le chiffre de la redevance annuelle.
Nous aurions pu en donner une longue série; mais nous avons dû nous borner. Les pièces que nous reproduisons, intégralement ou par extraits, ont toutes leur importance relative: au point de vue topographique, elles contiennent de précieuses indications de cantons ruraux devenus, par la suite, autant de quartiers du Paris moderne; considérées sous le rapport économique , elles fournissent des renseignements fort curieux sur le prix des terrains à louer et à vendre, dans toute l’étendue du domaine rural de l’Abbaye.
Depuis l’époque reculée où elle percevait quelques sous de rente, jusqu’au xvne et au xviii0 siècle, où elle encaissa des sommes énormes, en vendant des terres aux grands seigneurs, pour la construction de leurs hôtels, l’Abbaye a laissé, avec les baux qu’elle a consentis et les contrats de vente qu’elle a signés, les éléments d’une histoire financière de sa gestion. Elle a fait plus: elle a fourni aux historiens et aux économistes des documents pour servir, de siècle en siècle, à l’évaluation du sol parisien. C’est ainsi que se justifie la série des pièces justificatives dont se compose cet appendice.