GENERALLE
D’ARCHITECTVRE
des cinq manières de colonnes, à sçauoir,
Tuscane, Dorique, Ionique, Corinthe, et Composite : et enrichi de plusieurs autres, à l’exemple de l’antique : veu, recorrige' et augmente' par l’aucteur de cinq autres ordres de colonnes suiuant les reigles et doctrine de Vitruue.
An proflît de tous ouuriers besongnans au compas et à l’esquierre.
A Escouën par Iehan Bullant.
A PARIS
De l'imprimerie de Hiérosme de Marnef et Guillaume Caueliat au mont S. Hilaire, à l’enseigne du Pélican.
Avec priuilege du Roy.
Le privilège, daté du 9 décembre 1 563, fut transféré à Marnef et Cavellat le 3i décembre de la même année. En 1619, N. Piloust fit une autre édition de la Règle d’architecture, qui fut meveue et corrigée par Monsieur de Brosse, arcliitrtecte du Roy, d et l’auteur des plans du Luxembourg. Cette édition fut suivie d'une dernière, publiée à Rouen, en 1667, par le libraire David Ferrand, qui appelle 1 ouvrage mm petit trésor caché depuis quatre-vingts années, n Dans ses deux livres, Bullant ne parle de lui-même qu’avec la plus grande modestie. 11 reconnaît ainsi qu’il 11’était point lettré, et dans le Traité d’Horlogiographie, s’adressant au Connétable, il lui dit : tr Monseigneur, je vous prie que si trouvez cr quelque faute à la lettre et langage, vouloir excuser la rudesse et malaornement "de mondit langage, parce que je ne suis latin ; -n ailleurs, il fait allusion à ce que son te petit entendement a sçeu comprendre ès livres de Vitruve.v De l’Orme ne s’exprimait point, d’une façon aussi humble.
Les huit dernières années de la vie de Bullant, pendant lesquelles il fut fort occupé, ressemblèrent peu aux dix précédentes. Bullant, devenu architecte de la Reine mère et surintendant de ses bâtiments, conduisit, à partir de 1670, les
LE CHATEAU DES TUILERIES AU TEMPS DE CATHERINE DE MEDICIS. 33 travaux du château des Tuileries. Bientôt après il entreprit la construction de l’iiôtel dit plus tard de Soissons, dont il ne subsiste que cette puissante colonne dorique creuse, imitée de la colonne Trajane, et aujourd’hui attenante à la Halle-au-Blé ; elle servait d’observatoire à Catherine de Médicis, lorsque celle-ci se livrait à ses folles observations astrologiques. En même temps, et évidemment depuis la mort du Primatice, arrivée en i 570, Bullant était contrôleur des bâtiments royaux, titre qui lui est donné à la date de 1575. C’est en vertu de cette charge qu’il dirigeait alors les travaux de Fontainebleau, au dire de Félibien, et qu’il surveilla l’érection du tombeau des Valois, à Saint-Denis. On le qualifie tt d’ordonnateur de ladicte sépulture 11 dans les comptes du monument, où il est indiqué que ses ttgaiges et appointemens n montaient à 600 livres par an. Il en recevait 5oo en qualité d’architecte des Tuileries, comme nous l’apprend un
compte que nous analyserons plus loin, et de sa gloire W.
(1) M. Dusevel a trouvé , dans les registres de l’échevinage d’Amiens, i°que, l’an i53a, un Jean Bullant était ffinachon de la grande église” (la cathédrale) de cette cité; 2° qu'un individu porteur des mêmes noms fut chargé, le ih mai 1 565. de donner, avec Zacharie de Cellers, les dessins d’un bastion dont l’ingénieur italien Bcllarmato avait marqué l'emplacement; 3° qu’en 157A, étant alors maître maçon de la ville d'Amiens et ayant mission de conduire les travaux du beffroi, il fut menacé d’un procès à l’occasion du lemps qu’il avait fait perdre aux ouvriers en leur lisant un certain livre; que, l'année suivante, il réclama le payement d'honoraires à lui dus en raison d’un arpentage qui, exécuté à la boussole, n’eût pu être effectué sans son concours (0). Le Jean Bullant d’Amiens serait-il le même que celui d’Écouen? M. Dusevel, avec la circonspection que donne l’expérience, n’a point osé décider la question, bien faite pour rendre perplexe.
Ce maître maçon employant la boussole pour des opérations géodésiques , et suspendant le travail de ses hommes pour leur lire un livre, répond parfaitement à l’idée qu’on se fait de l’auteur de la Réglé d’ architecture, auquel on a d’ailleurs attribué la construction de l’église abbatiale de Saint-Jean d’Amiens , bâtie avec élégance vers 1 5 Wb). Voilà donc bien des présomptions en faveur d’une solution affirmative.
1,1 Recherches historiques sur les ouvrages exécutés dans la ville peintres, verriers, brodeurs, orfèvres et fondeurs, pendant les xiv'
<b> Elle a élé détruite en 1697.
('’ Annales ccclesiœ Sancti Johannis Baptistœ, ad annum 16 h
et il avait atteint l’apogée de sa fortune
Faut-il. à cause de cela, croire que l’architecte du connétable Anne mettait aussi son talent à la disposition des bourgeois d’Amiens? Dans le dessein d’éclaircir nos doutes, nous avons voulu avant tout vérifier la valeur de l’opinion suivant latpielle l’église Saint-Jean aurait été bâtie par Bullant d’Ecouen. Nous avons constaté que l’assertion émise dans les ouvrages de Pagès et de Decourt, au commencement du xviii' siècle, se rencontre pour la première fois dans le manuscrit de Maurice Dupré. qui n’est point antérieur à 1 643. Or Maurice Dupré n’affirme nullement le fait d’une manière formelle; il le relate seulement, d’après les traditions, a Archirr tecturæ ducem fuisse audivimus Johannem Bulcflant, cujus nomen vel suis scriptis de architectura fret horologiis orbi notum exstat (c).” Ainsi il y a peu à arguer de ce qu’on a considéré Bullant d’Ecouen comme l’architecte de l’église Saint-Jean, et cela s’explique par l’hypothèse d’une confusion presque inévitable. On concevrait également sans peine qu'un parent du grand arListe eût eu l’intention de faire briller aux yeux de ses compatriotes la science de l’homme éminent qu’il admirait et dont il portail le nom. L’argument tiré de la lecture du livre aux ouvriers, la plus forte de toutes les présomptions, n’est donc pas concluant; il l’est d'autant moins que, selon une observation de M. Paul Lacroix, le
V Amiens par des maîtres de l’œuvre, maçons, cntailleurs de pierre,
', xv’ et xvi’ siècles. Amiens, 1 858 , in-8°, p. i3.
3, auctorc Mauritio Dupré. Mss. de la Bibl. iinp. Suppl, lalin
De loute la famille de Huilant, un seul membre, Charles, avait été signalé (H, lorsque, récemment, M. de Montaiglon a publié des extraits de registres conservés à Ecouen (2>, d’après lesquels il est constant que Bullant a eu de sa femme, Françoise Richault, les neuf enfants dont les noms suivent : Jean, baptisé le 2 5 juin '556; N. baptisé le 1 h mai 1 558 (?); Anne, baptisée le 5 octobre 1 56 1 ; Réol, baptisé le 2/1 juillet 1 5G5 ; Pierre, baptisé le 17 mai 1 5 6 8 ; David, baptisé le 3 décembre 1 56g ; Magdeleine, baptisée le 7 août 1671; Guy, baptisé le 1 h juin 1673, et Claude, baptisé le 20 septembre 1676 ,3). En 157b, Bullant n’avait certainement pas moins de soixante ans, et l’on pourrait s’étonner qu’il soit encore devenu père à cet âge; mais il n’y a pas lieu d’en douter, les textes étant trèsexplicites et repoussant toute supposition d’homonymie. M. de Montaiglon a tiré des registres d’Ecouen une autre pièce fort importante, la copie du testament de
Bullant, conçu en ces termes : « . jour d’octobre mil v'lxxviii, fut présent
cr (honorable homme) Me Jehan Bullant, architecteur du Roy nostre sire et de "la Royne mère, demourant à Escouen, estant en son lict, malade et indispos de rrson corps, mais sain de son entendement; lequel de bonne volonté a faict son » testament en la manière qui ensuict :
Testament c Jean Bullant.
«Et premyèrement a recommandé son âme à Dieu et à la glorieuse Vierge
livre auquel les ouvriers prêtèrent attention rrl’espace de quatre heures de suite» semble avoir été un ouvrage religieux prohibé, bien plutôt qu’un traité d’art. Si maintenant on examine combien il est peu probable que le contrôleur des bâtiments du Roi et de la Reine mère, certainement fort occupé à Paris vers ibyti, ait eu la faculté de remplir à celte époque les fonctions de maître maçon d’une ville située à trente lieues de là, on sera disposé à conjecturer (jue le Jean Bullant d’Ecouen ne se confond pas avec le Jean Bullant d’Amiens, qui, en tout cas, appartenait manifestement à la même famille. Ils comptaient, sans aucun doute, parmi leurs ancêtres, les maçons André et Wuillaume Bullant, dont les noms se rencontrent dans les comptes de la seigneurie de Lucheux en Picardie, pour les années 1/107 et 1/167. Ces comptes, signalés aussi par M. Dusevel, mentionnent de plus, en i5si5, ff Jehan Bullant. maistre machon, demeurant à (f Amiens, quy vint audict Luceu pour conduire l’ouvrage de machonnerie» d’une tour. Ce dernier, apparemment père de celui contre lequel on informa en iô'jh, est bien clairement l’architecte de la cathédrale vers i53a. Appelé à diriger des travaux en i525, il 11e pouvait être né après i5o5; il diffère
donc nécessairement du Bullant d’Écouen, qui eut un fds soixante et dix ans plus tard.
(l) La Henaissance des arts à la cour de France , t. 1, p. 535. — Charles Bullant était le neveu de Jean Bullant. Dès 1573, il travaillait sous ses ordres, à Saint-Denis, comme entrepreneur de maçonnerie, et il avait la garde de ses ateliers. On doit supposer qu’il était peu digne de cette confiance, car, au mois de janvier i58o, il était emprisonné à la Conciergerie, sous la prévention d’avoir dérobé des matériaux destinés au tombeau de Henri 11, et notamment trneuf petits populolz de fr marbre.» Félibien donne (t. V, p. 11) deux arrêts relatifs à ce procès, dont l’issue 11e nous est pas connue.
(3) Archives de l’art français , livraison du i5 mai 1860, p. 3o5 et suiv.
(a) Ces registres d’Ecouen fournissent la mention de plusieurs autres membres de la famille Bullant, dont on ne voit point le degré de parenté avec l’architecte des Tuileries; ce sont : Charlotte Bullant, marraine le 3 novembre 1 569 ; Marie Bullant , marraine le 16 septembre 1578; Jacques Bullant, parrain le 23 mai 1671, et un Pierre Bullant, qui fut parrain le 12 janvier 1575.
LE CHÂTEAU DES TUILERIES AU TEMPS DE CATHERINE DE MÉDICIS. 35 «Marie, monseigneur sainct Michel l’ange et à M. sainct Accéol (l>, son patron, et «t.oulte la cour céleste de Paradis; et a ordonné son corps estre inhumé en terre «saincte, en l’église dudicl Escouen, devant le crucifix de ladicte église.
et Item, veult et ordonne ses services estres fairi.es suyvant la couslume dudict tt Escouen, et à la volonté de ces exécuteurs.
«Item, a donné, pour estre aulx prières des gentz de bien, cinq solz tournoys et pour une foys payés.
«Item, aulx églises circonvoisines a donné à la volunté des exécuteires.
«Item, a donné et délaisse à l’église dudict Escouen, perpétuellement, une «pièce de terre labourable, contenant environ un terceau en une pièce, comme
«elle se comporte, assise audict terroir d’Escouen, au . tenant d’une part à
«Laurens Porlier, d’aultre part à . d’un bout à . et d’aultre bout à . pour
«luy estre dictet célébré à tousjours, perpétuellement en ladicte église, une messe «haulte de Requiem, vigiles à trois leçons, et Libéra sur la fosse pour le salut «aseuré de son âme, leurs parentz et amys, ung an aprez et à telle jour qu’il «décéra et yra de vie à trespas, de ce siècle en l’aultre; et, pour faire et accom-
« plir le contenu en son dict testament, a ordonné et . <a> Françoise Richau .
«il donne plain pouvoir . à sa volunté et . l’an et jour co . de Pierres
«Prévost, greffier . le Brun et aultres tesmoingtz à ce appel . Passé audict
«Escouen par devant moy . presbtre viccaire dudict lieu, tesmoing mon
«seing . merc (ou marque) cy mis .
« Tallebot. '■
Au momentoùBullant dicta son testament, il avait déjà un pied dans la tombe, car il expira le 1 o octobre 1678, suivant le témoignage de Le Laboureur et celui de Lebcuf®. Il fut l’avant-dernier survivant de cette illustre pléiade d’architectes qui se composait de lui, de Philibert de l’Orme, de Pierre Lescol, de Jean Goujon et de Jacques Androuet Du Cerceau.
O11 a tant répété que de l’Orme et Bullant avaient conduit ensemble les travaux des Tuileries, que presque personne n’en doute depuis longtemps: seulement on s’est plusieurs fois étonné de cette étrange collaboration de deux artistes également célèbres, âgés tous deux, et dont l’un ne semble point avoir eu un caractère compatible avec une sembable association. Il y a là une méprise analogue à celle
(1) Saint Accéol était le patron de l’église paroissiale d’Ecouen.
(2) L’humidité a endommagé la pièce originale.
(3) Le Laboureur, dans ses Mémoires de Castelnau (t. Il, p. 5 10), parlant du tombeau du connétable Anne, dit : wCe mausolée est demeuré imff parfait en quelque chose par la mort du célèbre rrJean Bullant, qui l’avoit entrepris, arrivée le 10
«d'octobre 1578 . » La même date est donnée
dans le Mercure de France du mois de juillet 17/10 (p. 1 5/i 2), et par l’abbé Lebeuf, dans son Histoire du diocèse de Paris (t. III, p. 38 1). O11 trouve dans les comptes de Saint-Denis la preuve que Bullant ne vivait plus en 1679, mais qu’il devait vivre encore en 1576. puisqu’il reçut ses gages pour tannée 1 575.
TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, que nous avons relevée touchant l’inscription de la cour du Louvre. Sauvai et lîrice on dit que de 1 Orme et Bullant avaient bâti les Tuileries du temps de Catherine, ce qui est exact; quelqu’un a compris qu’ils l’avaient fait simultanément, ce qui est laux, et ce que Brice et Sauvai ne rapportent nullement (i'; puis, tous les auteurs, se copiant les uns les autres, ont consacré l’erreur, qui est passée à l’état de lieu commun. Bullant a simplement succédé à de l’Orme, qui, jusqu’à sa mort, a seid été l’architecte de l’édifice, et il n’est question que de lui dans tous les documents antérieurs à 1 5 70 : ainsi, c’est de l’Orme qui baille aux passeurs le bac sui- la rivière , en 1 564; c’est lui qui signe des ordres de payement pour les travaux, en 1 5 G 6 ; c’est lui dont parle la Reine dans une lettre de 1 5G7 ; c’est lui encore quelle humilie devant Ronsard, etc. Quant à Bullant, il 11’en est fait nulle mention pour cette période*21. Mais de l’Orme meurt le 8 janvier i5yo; le même jour ou
(1) On lit simplement dans Sauvai (t. II, p. 53) : ff. . . Ce que Catherine de Médicis y a construit est rr de la conduite de Bullant et de Philibert de l'Orme. "Jean Bullant est l’architecte de ce beau pavillon, "élevé de deux étages, etc. . . Le corps de logis. . . rr est de la conduite de Philibert de l'Orme. " Brice 11e dit rien de plus.
(2) De l'Onne ne parle naturellement point de Bullant; en revanche, il s'efface avec un empressement qui n’est ni de la dignité, ni de la franchise, devant une collaboratrice dont le talent en matière architecturale devait rester inconnu de la postérité. A l’entendre, Catherine de Médicis aurait donné elle-même les plans de son palais. On imagine facilement ce qu’il faut penser de semblables flatteries. Elles prouvent tout au plus que la Florentine se mêla de la construction des Tuileries un peu plus qu’il n’est accoutumé aux femmes de faire en pareille occasion. Un passage du livre de Ph. de l’Orme établit toutefois que c'est sous t’iniluence du goût italien île Catherine que l’on eut recours aux incrustations polychromes, en manière de décoration, cr Au n palais de la Majesté de la Rovne mère, à Paris, rr dit-il , laquelle pour son gentil esprit et enlenderr ment très-admirable, accompagné d’une très-grande rr prudence et sagesse, a voulu prendre la peine, rravec un singulier plaisir, d’ordonner le déparlerrment de sondit palais, pour les logis et lieux de rrsalles, antichambres, chambres, cabinets et galrrleries, et me donner les mesures des longueurs et "largeurs, lesquelles je mets en exécution au susdit rr palais, suyvant la volonté de Sa Majesté. D’abon- "dant elle a voulu me commander faire faire plusieurs incrustations de diverses sortes de marbre, "de bronze doré et pierres minérales , comme mar-
"chasites, incrustées sur les pierres de ce pays, qui "sont très-belles, tant aux faces du palais et par le "dedans que par le dehors, ainsi qu’il se peut voir; "et avec tel artifice qu’il n’y a celui qui ait quelque "jugement qui ne trouve les œuvres de cesle très "bonne et magnanime princesse très-admirables et "dignes de sa grandeur." ( Architecture , fol. 20.) Il dit aussi : "J’y procède (au palais) tout ainsi qu’il "plaist à sa dicte Majesté le me commander, sauf les "ornements . symmé tries et mesures , pour lesquelles "elle me faict cesle grâce et faveur de s’en fier "à moy.n (Ibid. fol. 1 56 v°.)
Si Catherine abandonnait à de l’Orme le choix des ornements du palais, c’est quelle savait que son architecte 11’oublierait aucun de ceux qui étaient propres à lui plaire. Il reproduisit ainsi, dans la décoration des colonnes du pavillon central, divers emblèmes peu remarqués aujourd'hui, dont la signification serait fort obscure sans le passage suivant, où Brantôme, parlant de la douleur de Catherine de Médicis, dit : "Elle en prit cette devise propre "et convenable à son deuil et à ses pleurs, qui es- " toi t une montagne de chaux vive, sur laquelle les "gouttes d’eau du ciel tumboient à foison , et disoient "les mots tels en latin : Ardorem cxtincla leslanlur " vivere Jlamma. . . Or nostre Reyne, autour de sa "devise que je viens de dire, yavoil fait mettre des "trophées, des miroirs cassez, des éventails et des " pennaches rompus , des carquans brisés et des pierreries et perles espandues par terre, les chaisnes "toutes en pièces; le tout en signe de quitter toutes "bombances mondaines, puisque son mary estoit "mort, duquel n’a jamais pu arrester le deuil." {Vie des Dames illustres } I. l,p. 57.) — Un auteur, qui cite ce texte, raconte que, sous le premier Empire.
LE CHÂTEAU DES TUILERIES AU TEMPS DE CATHERINE DE MÉDICIS. 37 la veille, Ballant est nommé à sa place, et, dans le compte de l’année suivante, nous trouvons effectivement que les honoraires perçus par ce dernier, en qualité d’architecte des Tuileries et de Saint-Maur, sont comptés à partir du 7 janvier 1670. Quoi de plus clair? La partie de l'édifice attribuée à Bullant confirme ce qui ressort du compte. Le pavillon à deux ordres de colonnes , dont le style est distinct de celui des ailes, a été sans aucun doute élevé postérieurement à ces mêmes ailes, œuvre de Philibert de l’Orme. 11 ne fut point, au surplus, achevé par Bullant, parce que, en 1672, pour des raisons que nous exposerons plus loin, Catherine renonça à poursuivre la construction de son palais*1).
Le jardin des T uileries, dont on plantait encore certaines parties en 1671, était '■«<
J L 1 ' jardins des Tuileries.
terminé cinq ou six ans plus tard; car Du Cerceau dit expressément qu’il l’a repré- (>571-1578.) sentétel qu’il était à l’époque où il en a gravé le plan, c’est-à-dire vers 1578. Le jardin offrait, dans le sens de sa longueur, six grandes allées, et, dans le sens de sa largeur, huit autres, dont la plupart se retrouvent dans la disposition actuelle.
Ces allées, en se croisant, produisaient des compartiments rectangulaires, des c parquets, il comme on disait, dont les uns renfermaient des massifs d’arbres, d’autres des quinconces, quelques-uns des pelouses de gazon, plusieurs des parterres de Heurs dessinant des figures géométriques, et même une écusson parti de France et des armes de Catherine de Médicis. Dans un des compartiments il y avait un labyrinthe ou un trdedallusn de cyprès, dont le patron avait pour éléments des bâtons rompus, et qu’on 11e voit plus sur les plans du xvu" siècle, quoique Sauvai en parle comme s’il existait de son temps. Au nord et au midi, les limites du jardin étaient identiquement les mêmes que de nos jours; mais, au couchant, elles étaient fort différentes et consistaient en un mur biais, élevé assez vraisemblablement sur les vestiges de celui qui servait de clôture au jardin des Cloches. On en retrouve la trace en faisant partir une ligne de l’angle rentrant que présente la terrasse du bord de l’eau vers son dernier quart, et en prolongeant cette ligne de façon quelle passe par le centre du grand bassin octogone. Le mur biais, au droit de la grande allée, formait un hémicycle dont l’emplacement répond aujourd’hui à celui de la moitié occidentale du grand bassin. Cet hémicycle donnait un écho remarquable, et Sauvai en parle ainsi : c L’écho est un endroit beaus coup plus fréquenté (que le labyrinthe) ; les galans y donnent souvent des concerts
parmi les ornements des colonnes on remarquait le modèle d’un niveau : crCe niveau, dit-il, appartient, je pense, non à l’époque des Médicis, mais t celle des niveleurs de la Révolution, à qui la rr lettre initiale du nom de Henri aura paru favorable à l’insertion du niveau. 11 y a environ dix a ans (vers 1 809) , le niveau occupait la même place, crau Louvre, dans les monuments de Henri et de
fr Diane. Alors j’en témoignai ma surprise chez un ff ministre, et le surlendemain les niveaux avaient tr disparu ». (Gail, Tableaux chronologiques , p. 97.) Ces niveaux étaient probablement anciens.
(l) On dit que la Reine surveilla les travaux des Tuileries d’un pavillon voisin de la rue Saint-Honoré, qu’on appelait pavillon de Médicis; nous n’avons jamais rien vu qui confirmât cette particularité.
«à leurs maîtresses, et les commencent quelquefois aux heures où il y a grand <t monde, afin d avoir plus de témoins de leurs amours. 11 est situé au bout de la «grande allée, et entouré d une muraille haute de deux toises, arondie en demitt cercle, de vingt-quatre de diamètre«, verte de haut en bas, cachée par des «palissades et des tonnelles. Les endroits où se reçoivent les voix et d'où elles «partent en occupent presque tout le diamètre, n’étant séparés l’un de l'autre que «par le vuide de quelques toises, qui continue vers le centre de la grande allée «et conduit dans la capacité de celte demi-circonférence. Par là on voit que cet «écho n’est pas si naturel que le peuple s’imagine , car ce n’est ni la proximité des «fossés ni celle de la rivière qui causent cette réflexion de voix si agréable qu’on «y admire, mais bien la forme et la disposition artificielle du lieu ; ce qui arrivera «infailliblement et toujours aux endroits qui seront ordonnés de la même sorte, n Après avoir donné ces détails, Sauvai poursuit : «Maître Ponce, dont j’ai parlé «tant de lois, a commencé dans ce jardin un grand trophée qui devoit servir de «fontaine, et qui, depuis, a été gâté par un autre sculpteur: c’est un gros pié- «deslal de pierre, isolé et parallélogramme, qu’on voit posé dessus une plinthe, «et élevé d’une hauteur considérable, à côté de la principale allée des Tuileries. «Le long de ses quatre faces sont quatre figures, deux de Fleuves et deux de «Naïades, plus grandes que nature et couchées sur des cruches ou conques marines, toutes d’un grand goût et bien dessinées et maniérées, un peu même trop «fières pour des Naïades et de simples Fleuves, qui ne versent que de l’eau douce «et n’ont jamais éprouvé ni bourrasques ni tempêtes. n Le piédestal dont il est ici question est reproduit sur le plan de Du Cerceau, dans le compartiment voisin du labyrinthe, vers l’orient. Sur le plan de Mérian il apparaît surmonté d’un groupe et fait face à un autre situé au nord de la grande allée, à l’endroit où Du Cerceau place un objet qui semble être aussi un piédestal ou quelque chose d'analogue'-. L examen du plan de Du Cerceau ne laisse guère voir un autre endroit où ait pu se trouver la fontaine dont Catherine orna son parc, et dont l’eau venait de Saint-Cloud, comme elle le dit dans la lettre que voici, et qui renferme plusieurs renseignements sur un projet de canal communiquant avec la rivière,
lequel ne fut point mis à exécution :
«Mons.de Villeroy, ayant estée advertie par l’abbé de Saint-Serge (de l'Orme) i. «comme les maçons travaillent fort aux murailles et forteresses des fossez de la
Copie d'une lettre de Catherine.
Fontaine des Tuileries.
Le plan de Du Cerceau, que nous avons p. 3 20), qui rappelle que l’élégie sur les Tuileries
suivi dans notre restitution, indique environ cinq toises de plus.
publiée dans les Essais poétiques de Guillaume Di
Peyrat, en 1593, contient les vers suivants :
Admirable quadran où, soit jour ou soit nuit,
La lune ou le soleil de toutes parts reluit,
Marquant quelle heure il est, et dont la forme ronde Fait voir en un quadran mille quadrans au monde.
LE CHÂTEAU DES TUILERIES AU TEMPS DE CATHERINE DE MÉDICIS. 39 te ville de Paris, à l’endroit de mon jardin, mesme au lieu par où doit passer le et cours de l'eau de la fontaine que je fais venir de Saint-Cloud en mon jardin, et et que je pourray aller des canaux que j’ai délibéré de faire faire en mondit te jardin, par batteau, dans lesdits fossez de laditte Ville et de là sur la rivière, " je vous ai bien voulu écrire la présente et prier que l’on y fasse une arche et tr ouverture de douze pieds de large, qui se pourra fermer à clef, et que, par les ttcostez de laditte arche, il y ait bonnes murailles et voustes aussi longues que sera tt large le rempart, pour porter les terres que l’on a accoustumé mettre derrière tt les murailles de ville, afin que Ion puisse passer aisément par dessous, et de tt telles hauteurs et façon que ledit abbé de Saint-Serge montrera aux ouvriers; tt et pareillement faire faire un esperon et attentes de murailles au droit de celles rr que j’ai commencé de neuf pour la closture de mondit jardin, et quelles soient tt aussi longues pour le moins que sur la largeur dudit rempart, et par mesme tt moyen vos ouvriers pourront faire quelques fondemens et petits pilliers qui tr seront voustés de l’un à l’autre pour porter les tuyaux et cours d’eau de maditte tt fontaine, de la longueur des fossez*11, et que cela soit au long du tournant du tt boulevard, passant pardevant la cassematte; et aussi que, en parachevant l’autre ttcassematte de nostre boulevard, sur le grand chemin, du costé de la rivière, tt d’y garder encore un autre petit passage pour aller avec le batteau , entrer dans tries canaux de mondit jardin, et laire par mesme moyen la muraille au long du tt chemin, depuis lad. cassematte jusqu’à la petite tournelle des Cloches, afin que trie petit bout de mon jardin soit fermé, et que les choses soient bien faites et le ttplus tosl que 1 on pourra, ainsi que ledit abbé de Saint-Serge montrera aux ouït vriers; et vous me ferez plaisir bien agréable, priant le Créateur, Mons. de tt V illeroy, qu’il vous ait en sa sainte et digne garde. Écrit le neuvième jour de septembre mil cinq cens soixante et sept. Signé CATHERINE, et au-dessous: Fizes.h
Le compte de lâ^o mentionne une irgrotten ornée de poteries émaillées, à laquelle travaillaient alors I illustre Bernard Palissy et ses deux parents, Nicolas et Mathurin Palissy. Cette grotte ne doit point se confondre avec la fontaine dont il vient d’être parlé, bien que, au xvic siècle et encore dans le xvue,2>, les mots grotte
;l) La lettre est extraite du mémoire de Bouquet sur la Topographie de Paris (p. 328-29). M. de Montaiglon, en la publiant de nouveau dans les Archives de l’art français (liv. du 1 5 janvier 1 857), a rappelé, touchant la fontaine des Tuileries, le passage suivant des Discours admirables de B. Palissy : rrMais, dit Théorique, si 111a maison estoit. ffunchasteau entouré de fossez, cela ne me pour frroit servir. — Si ainsi estoit, répond Pratique, il rr faudrait amener l’eau du receptahle par tuyaux,
rrjusqües au dedans du chasteau; tout ainsi que lu «vois les fontaines de Paris et celle de la Royne, «que l’on fait passer à travers des fossez, pardedans ffcertaines pièces de bois qui sont creusées pour cet rreffect, et sont ouvertes pardessus , et y a dedans un fr tuyau de plomb où l’eau des fontaines passe. ” (3) Comme exemple connu de tou t le monde , nous citerons la belle fontaine du Luxembourg, d’abord dite la Grotte , ainsi qu’on le voit dans les comptes de la construction de l’édifice, et ailleurs aussi.
La grotte lu parc des Tuile
et fontaine fussent à peu près synonymes, en ce sens que par l’expression grotte on désignait toujours quelque construction comportant une fontaine. La grotte des Tuileries était certainement un ouvrage très-remarquable tant par l’originalite de la conception que par 1 éclat des matériaux. En i5yo, on travaillait aux quatre ponts qui en faisaient partie; elle n’était donc point terminée alors. Le lut-elle jamais ? Il est permis d’en douter, et de supposer que son état d’inachèvement est la principale cause pour laquelle elle a disparu si vite, malgré sa magnificence. On ne la voit sur aucun plan du xvue siècle, et, si l'on croit la distinguer sur le plan de Du Cerceau, c’est seulement depuis cpie la découverte de certain dessin dont nous allons parler est venue suggérer des idées sur sa disposition probable.
M. IL Destailleur possède, parmi les dessins de sa belle collection, un croquis du xvic siècle, exécuté à la plume et légèrement lavé au bistre, représentant la coupe d un édifice circulaire placé en contre-bas du sol. (Voir h fac-similé ci-contre.) Cet édifice est incontestablement une grotte décorée d’émaux, puisqu’on lit au bas du dessin : Le portraict de la crotte rustique qui sera en terre environt quinze piet, et le tout sera faicl de rustique , tant les anymault que la massnnerye ; cl ladicte crotte a esté inventé par Madame la Grant; et ailleurs : La plusse là où l’on peult mestre des émaillés de terre cuytte. M. de Montaiglon , qui a signalé et étudié le dessin (1), n’hésite pas à déclarer que cest celui de la grotte des Tuileries. Pour justifier son opinion, il commence par faire observer que le dessin émane évidemment de Palissy ou d'un de ses parents. rr La façon, dit-il, dont figurent, dans la décoration, des coquillages, edes homards, des écrevisses et des serpents, l’importance que l’artiste donne à cr leur emploi , puisqu’il met les animaux à l’égal de la maçonnerie, le mot de rr rustique , nous montrent que nous avons devant, les yeux une œuvre de l’invenrr teur des rustiques figuhnes, de l’auteur de cri admirable grotte rustique de nouer velle invention ,» faite pour le connétable de Montmorency, et que l’émail devait, cc sinon recouvrir le tout, au moins y jouer un grand rôle. Le dessin et l’écriture rr sont-ils de Palissy lui-même? L’absence de termes de comparaison ne permet pas cr de 1 affirmer, et il se peut que le tout soit de la main de Nicolas ou de Mathurin , erses fils, ses élèves et ses aides. . . mais, pour l’invention, il n’y a pas à en douter, (telle n est 1 œuvre que du grand, du seul Palissy; car, lui mort, ses héritiers ont rtété encore plus indignes de lui que ne l’avaient été de Luca ceux des Délia rr Robia qui ont prétendu le continuer, n Décrivant ensuite le dessin , et établissant qu il est en parfaite conformité avec les idées exprimées par Palissy, M. de Montaiglon conclut que Palissy ou l'un des siens en est nécessairement l’auteur. Toutes les probabilités se réunissent pour donner raison à M. de Montaiglon sur ce premier point; mais, sur la question de savoir si le dessin représente véritablement
0 Arch. de l’art français , t. VII, p. 1 6 et suiv.
TOPOGRAPHIE HISTORIQyE DV VIEVX PARIS
LE CHÂTEAU DES TUILERIES AU TEMPS DE CATHERINE DE MÉDICIS. Al la grotte des Tuileries, les arguments de M. de Montaiglon sont moins décisifs, et, parmi ceux qu il emploie, un seul nous paraît militer fortement en faveur de I affirmative; c’est cette phrase : ctLadicte crotte a esté inventé par Madame la et Grant. * Il lui semble que l’expression de <r Madame la Grant n désigne Marie Du Perron, qui, authentiquement chargée de payer les travaux de la grotte, pourrait avoir exercé près de la Reine des fonctions ayant motivé l’épithète que nous venons de rapporter. Si la personne à laquelle s’applique l’épithète n'est pas Marie Du 1 en on, c est du moins et infailliblement 1 une des deux dernières femmes de Claude Gouffier, grand écuyer de France, soit Claude de Beaune-Semblançay, qui épousa Gouffier eu 1667, soit Antoinette de Latour-Landry, qui la remplaça I année suivante. Toutes deux effectivement vécurent dans l’intimité de Catherine de Medicis, dont elles furent dames d’honneur, et toutes deux portèrent incontestablement le nom de tt Madame la Grande, d comme l’avait porté avant elles Françoise de Brosse, seconde femme de Gouffier h) . U est, au surplus, un excellent argument subsidiaire à invoquer à l’appui du sentiment de M. de Montaigion , qui en a d’ailleurs entrevu la portée. Sur le plan de Du Cerceau l’on n aperçoit que deux endroits où il y ait apparence d’une grotte : l’un est situé près et au nord de l'allée centrale, à un peu plus de deux cents mètres du palais;
1 autre, distant du double, est un parterre carré de douze compartiments (voir la feuille V bis). K11 ces deux places figure un cercle d’environ trois toises ou dixhuit pieds de diamètre;or, en restituant I échelle du dessin d’après cette note, * la " crotte. . . sera en terre environt quinze piet <2), » on trouve que le diamètre de la grotte esl justement de dix-sept pieds et demi. Il serait dillîcile de 11e voir encore là qu une coïncidence fortuite. Nous croyons donc, pour notre part, que le dessin est très-vraisemblablement un projet . exécuté ou non , de la grotte des Tuileries, et que, dans tous les cas, il nous renseigne très-heureusement sur ce que put être l’édifice réellement construit. Nous pensons, en outre, que ce dernier est 1 objet que Du Cerceau a voulu reproduire par les deux cercles concentriques qu’il a placés dans le parterre de douze compartiments, à l’intersection de deux petites allées, faites pour inspirer l'idée des quatre ponts dont il est certain que la grotte était munie (3 .
Françoise de Brosse est appelée tt Madame la rrGrande* dans un document original de 1 5 5 8 , <jue possède M. Benjamin Fillon, et qu’il nous a communiqué. — M. Fillon a signalé, dans son ouvrage sur la Vendée (p. 1 3), une grotte qui était située dans le manoir du Veillon (commune de Sainl- Hilaire de 1 almond) et qui présentait une décoration d’émaux analogue h celle de la grotte des Tuileries.
Les autres inscriptions du dessin, qui offrent quelques difficultés de lecture, sont ainsi conçues : n.
Le boys — l’ascotoys (l’accotoir, le parapet). — Le ray [rec] des tares. — L’es penseur de la murailles. — Le (p )uis ser(\an)t de fo(ale)yne. — Pot pour féaux. — L’esquallier qui est par defors. — La projection de l’escalier est fausse : il devait être circulaire en plan.
' M. de Montaiglon incline à placer la grotte dans le lieu le plus rapproché du palais, parce que ce lieu lui paraît couvert d’arbres sur le plan de Du Cerceau, et qu’il est parlé d’un bois sur le dessin;
Devis d'une grotte par
Bernard Palissy.
à'2 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS.
A défaut de renseignements tout à fait authentiques sur l’ordonnance définitive de la grotte des Tuileries, nous savons du moins comment Palissy conçut d’abord les projets d une pareille construction. En effet, chercheur aussi heureux que zélé, M. B. Fillon a découvert à la Rochelle un manuscrit de neuf pages in-/i°, qu’on peut croire de la main même de Palissy, et dont la couverture- porte ces mots : Devis d une grotte pour la Royne, mère du Roy. Voici ce que renferme le manuscrit:
La Royne mère m’a donné charge entendre si vous lui sçauriez donner quelque devis ou por- Irnict ou modelle de quelque ordonnance et façon estrange d’une grotte quelle a vouloir 1ère cons- Iruiro en quelque lieu délectable de ses terres; laquelle grotte elle prétend édifyer, enrichir et aorner de plusieurs jaspes estranges et de marbres, pourtires, couralz et diverses quoquilles, en la forme et manière de celle que monseigneur le cardinal de Lorraine a faict construire à iVIudon.
RESPONSE
S’il plaist h la Royne me commander luy fère service à tel chose, je luy donneray la plus rare invention de grotte que jusque^ icy aye esté inventée, et si ne sera en rien semblable à celle de Mudon.
Je vous prie me fère entendre de quelle chose vous vouldriés aorner et enrichir vostre grotte, affin que j’en face le récyt à ladicte Royne.
RESPONSE
La grotte que je vouldrois conseiller 1ère, elle seroil toute, par le dehors, de pierres communes, et, par le dedans, de terre cuicle en forme d’un rochier estrange; le tout enrichy, insculpé et esmaillé de diverses choses inénarrables.
DEMANDE
Voire, mais cela seroit dangereux à rompre et de petite durée; car l’on sçaif bien qu’il n’v a rien plus frangible que la terre.
RESPONSE
Et je vous asseure que si la Royne m’avoit commandé luy faire une grotte de l’invention susdite, qu’elle seroit de plus grand durée cent fois que non pas celle de Mudon; car ceulx qui disent que la terre est par trop frangible, ilz l’entendent fort mal, car elle est beaucoup plus dure quand elle est bien cuicte que n’est pas la pierre ; mais ce qui la fait appeler frangible, c’est parce qu'on l’applique à vaisseaux qui sont lerves (minces); mais si elle estoit cuicte par masses aussi grosses comme sont les pierres, il n’y a si bon ferrement qui ne fust soudain usé en les taillant en la forme que l’on taille les pierres. Aussi, si l’on faisoit des vaisseaux de pierres coin-
mais il nous semble douteux que la grotte ail pu être bâtie au milieu d’un massif d’arbres, car cette circonstance, jointe à celle de sa situation en contre¬
bas du sol , l’eût rendue d’une obscurité intolérable nous ne pensons pas non plus que, au point indiqué, le plan représente une futaie.
munes aussi terves que ceux de terre, ilz se trouveroyent beaucoup plus frangibles que non pas ceux de terre.
DEMANDE
Et pourquoy dis-tu qu'elle seroit de plus longue durée que celle de Mudon ?
Parce que les enrichissemens en dedans de celle de Mudon sont cynïentés et placqués, rapportés de plusieurs pièces, lesquelz seront subgects à estre desrobés au changement des seigneurs du lieu; mais il ne sera pas ainsi de celle qui sera laicte de mon art, parce que toute l'œuvre de terre qui sera pardedans sera massonnée et lyée avecques la muraille du dehors , et, par tel moyen . l’on ne pourra rien arracher de sa parure, que premièrement on ne rompe toute la muraille.
Il fauldroil, pour ceste cause, que tu me fisses un discours bien au long de l'ordonnance de la grotte que tu vouldrois entreprendre pour ladicle Rovne, et, me l’ayant donné par escrit, je metlray peine de luy faire entendre.
RESPONSE
S’il plaisoit à la Royne me commander une grotte, je la vouldrois faire en la forme d’une grande caverne d’un rochier; mais, afin que la grotte fust délectable, je la vouldrois aorner des choses qu’il s’ensuyt :
Et premièrement, audedans de l’entrée de la porte, je vouldrois faire certaines ligures de termes divers, lesquelz seroient posez sur certains pieds d’eslratz pour servir de colonne, et, audessus des testes desdicts termes, il y auroit certains arquitrave, frise et cornische, timpans el fronlcspice, et le tout insculpé d'une telle invention que je vous feray entendre cy-après ; et les deux coslés du longis de la muraille, à dextre et à sénestre, je vouldrois qu'il fust tout garnv de niches que aulcuns appellent doulcyers, lesquelles nyches ou doulcyers serviroient un chascun d’une chaire; entre lesquelles niches il y auroit un pilastre et une colonne faisant la division des deux niches; aussi audessoubz d’une chascune colonne il y auroit un pied d’estralz en ensuivant Tordre des antiques, et le tout enrichy en la manière que je vous diray par après.
Et quant au pignon qui seroit à l’aultre bout de la grotte, je vouldrois l’enrichir de plusieurs termes, lesquelz seroient portez sur un rochier qui contiendroil toute la largeur de la grotte, el de la haulteur aultant qu’un homme pourroit toucher de la main, duquel rochier sortiroienl plusieurs pissures de fontaines eu la manière que je vous diray ci-après ; et audessus des testes des termes il y auroit une arquitrave, frise et cornische, qui régneroit tout à l’eulour de ladicle grotte, et audessus de la cornische il y auroit, tout à l’entour, un grand nombre de fenestres, qui monteroient jusques à un pied près du commencement des voultes, lesquelles fenestres seroienl fort estranges, comme pourrez entendre cy-après. Aussi je vous feray entendre cy-après le discours des voultes; mais premièrement je vous veulx fère entendre l’enrichissement et beau I te des choses que je vous ay nommé ci-dessus.