‹ Topographie historique du vieux Paris (volume 4)Chapitre 17 sur 81 · DE LA BEAULTÉ ET AORNEMENT DE LA GROTTE · texte numérisé non relu

DE LA BEAULTÉ ET AORNEMENT DE LA GROTTE

Notez que le grand rochier, qui seroit au pignon opposite du portai, seroit insculpé par un nombre infini de bosses et de concavités, lesquelles bosses et concavités seroient enrichies de cer-

laines mousses el de plusieurs espèces d’herbes qui onl accoustumc croistre ès rochiers et lieux aquatiques, qui sont communément escoiopandre, adienton, politiicon , capillis veneris, et aultres telles espèces d’herbes que l’on adviseroit estre convenables ; et, depuis le tiers du rochier en haul , je vouldrois mettre plusieurs le'zars, langrottes, serpens et vipères, qui ramperaient au long dudict rochier, et le surplus dudict rochier serait aorné et enrichy d’un nombre infini de grenoilles, chancres, escreviss.es , tortues et yruignes de mer, et aussi de toutes espèces de coquilles maritimes; aussi sur les bosses et concavités il y aurait certains serpens, aspics et vipères couchez el entortillez en telle sorle que la propre nature enseigne, et au bas, joignant ledict rochier, il y aurait un Toussé contenant la largeur de ladicte grotte, lequel Toussé serait tout entièrement aorné de toules les espèces de poissons que nous avons en usaige, lequel poisson serait ordinairement couvert d’un nombre infiny de pissures d’eau qui tomberaient dudict rochier dans le Toussé, follement que les pissures qui tomberaient Teroient mouvoir l’eau du Toussé, el, par certains éblouissemens ou mouvemens de l’eau, on perdrait de veue par intervalles le’ poisson, en telle sorte que l’on penserait que ledict poisson se Tusl demené ou couru dans ladicle eau; car il Tault entendre que toutes ces choses cy-dessus seraient insculpées et esmaillc'es si près du nalurel qu’il est impossible de le racompter.

El quant aux termes qui seront assis sur le rochier des fontaines, il y en aurait un qui serait comme une vieille estatue mangée de l’ayr ou dissoulte à cause des gelées, pour démonstrer plus grande antiquité.

Et après cestuy-là, il y en aurait un aultre qui serait [aillé eu forme d’un rochier rustique, au long duquel il y aurait plusieurs mousses et petites herbes, et un nombre de branches dé lierre, qui ramperaient a 1 entour d iceluy pour dénotter une grande antiquité.

Item, après cestuy-là, il y en aurait un aultre qui serait en façon, comme bien souvent l’on Irouve , des pierres que, en quelque endroit qu’elles soient rompues, l’on y trouve un grand nombre de quoquilles creues et humées audedans de la mesure masse; aussy s’y trouve ung nombre de chadloux, lesquels chailloux et quoquilles sont beaucoup plus durs que non pas le 'résidu de la masse.

Item, il y en aurait un aultre qui serait tout formé de diverses quoquilles maritimes; sçavoir est les deux yeux de deux coquilles; le nez, bouche, menton, front, joues, le tout de quoquilles, voire tout le résidu du corps ; et si quelqu’un ose disputer que ce n’est pas imyter nature, je prorn veray que si, parce que je monstreray, si besoing est, plusieurs rochiers et pierrières qui, en quelque endroict que l’on les puisse coupper, elle se trouvent toutes pleines de quoquilles, voire si près à près, qu’elles se touchent l’une à l’autre.

Item, pour Taire esmervciller les hommes, je en vouldrois 1ère trois ou quatre vestus et coiffés de modes estranges, lesquelz habillemens et coiffures seraient de divers linges, toiles ou substances rayées, si très approchant de la nature, qu’il n’y aurait homme qui' ne pensast que ce lust la mesme chose que l’ouvrier auroit voulu imyter.

El quant aux nyches, colomnes, pieds d’estraez et pilastres, je les vouldrois 1ère de diverses couleurs de pierres rares, comme sont pourphires, jaspes, cassidoines et de diverses sortes d’agates, marbres et grisons madrez, en imitant les natures les plus plaisantes qui se pourraient fère el imaginer.

El quant aux deux quadratures qui seraient à la dextre et séneslre de l’entrée de la porte, s’d plaisoit à la Royne mère, je y vouldrois fère certaines figures après le naturel , voire imitant de si près la nature, jusqu’aux petis poilz des barbes et des soursilz, de la mesme grosseur qui est en la nature, seroient, observez.

El quant aux fenestres (pii régneraient à l’entour, elles seroient d’une invention fort mous-

TOPOCRAPHIE HrSTOfUQVE DV VI EVX PARIS.

A . Bcrty di r .

Ch. Oury del, et sc .

FRAGMENTS DE FIGVRES

DONT LES MOV LE S ONT ÉTÉ TROVVÉS DANS VN DES FOVRS DE B. PALISSY. AVX TVILERIES

treuse et beaulté indicible ; car je les vouldrois fère fort longues, estroites et biaises, ne tenant aulcune ligne perpendiculaire ne direcle; car elles seroient formées comme si un rochier avoil esté couppé indirectement pour passer un homme, en telle sorte que les fcnestres se trouveroient biaises, tortues, bossues et contrefaictes; et néanmoins elles seroient aornées, insculpées, madrées et jaspées de toutes les beaultés dessus dictes.

Et quant aux voultes, elles seroient tortues, bossues et enrychies de semblable parure que dessus; et tout ainsi que l’on voit ez vieulx bastimens que les pigeons, grolles, arondelles, fouynes et bellètes font leur nydz, je vouldrois aussi insculper plusieurs de telles espèces d’animaulx ausdicles voultes.

Et quant au pavement du dessoulz, je le vouldrois fère d’une invention toute nouvelle, non moins admirable que les aultres choses que dessus.

Aussi parce qu’il y auroit une table de mesme matière, je vouldrois aussi lui fère un buffet de semblable parure, lequel je vouldrois asseoir joignant les fontaines.

DEMANDE

Et sy vous vouliez édifyer un tel bastiment en un lieu qu’il n’y eust poinct d’eau, que vous serviroient vos fontaines?

RESPONSE

Encores pourroient-elles servir beaucoup, parce que, si l’on vouloit banqueter en ce lieu, Ion pourroit fère pisser les lontaines durant le banquet, et ce par certaine quantité d’eau que l’on mectroit en un canal secret qui seroit. par le dehors de la grotte.

«Ne voilà-t-il pas, dit avec justesse M. Fillon, la rédaction première du cc chapitre de la Bccepie véritable, consacrée au dessein d’un jardin autant délectable et « d’utile invention qu’il en fut oneques veu ? Ici toutes les bizarreries enfantées paire un cerveau quelque peu fiévreux sont accumulées dans une seule grotte, tandis et quelles ont été réparties plus tard entre plusieurs. On sent que Palissy, cr sublime rc ouvrier, mais pauvre artiste,? tenait surtout à frapper, par les séductions de la oc lantaisie, 1 imagination mal réglée d’une femme qui portait, dans son goût pour cries arts, l’incontinence de ses passions politiques W. n

On sait que les contemporains de Palissy l’appelaient ccMe Bernard des Thuilleccries(2),-n et Ion en a conclu qu’il habitait quelque partie du château, ou qu’il y avait au moins son atelier. L’exactitude de cette supposition si vraisemblable a été confirmée matériellement: au mois de septembre 1 8 5 5 , au fond d’une tranchée pratiquée dans le jardin des Tuileries pour la recherche d’une conduite d’eau . ont

(1) Lettres écrites delà Vendée à M. A. de Montaiglon, p. 48 et suiv.

(î)Peiresc racontait, en 1606, qu’il y avait à Ecouen derrees belles poteries inventées par M° Berce nard des Thuilleries.* ( Œuvres de B. Palissy, éd. de 1777, p. 465), et M.Ch.Read a vu un exemplaire de la Recepte véritable sur la couverture duquel était écrit en caractères du temps : rrLe livre de

Me Bernard des Thuilleries. * (Bull, de la Société de l’Histoire du. protestantisme français , t. I, p. 2 5.) Saint-Girault, Langrois, dans son ouvrage intitulé Globe du monde et publié en 1 592 , dit que rr Maistre ff Bernard Palissy* était crey-devant gouverneur des crTuilleries, à Paris;* ce qui semble étrange, mais n’est point après tout impossible, si l’on donne au mot gouverneur le sens de concierge.

été trouvés divers débris de poteries émaillées avec figures en relief, et, parmi ces débris, un grand morceau du plat de Palissy connu sous le nom de pial du Baptême, à cause du sujet qui y est représenté. Comme le fragment exhumé W est celui d’une épreuve gâtée pendant la cuisson et évidemment jetée au rebut, il paraît ipie Palissy avait son officine, te son œuvre, n au lieu même où la découverte a été effectuée, c’est-à-dire à une courte distance, au sud-est, de l’emplacement aujourd’hui occupé par le petit bassin méridional.

Découverte Si Palissy avait son atelier dans le grand jardin des Tuileries, ses fours du moins ” ,i,. étaient ailleurs. Une découverte des plus inattendues nous en a donné la certi-

' ' l >! lude. En effet, lorsque, au mois de juillet 1 8 6 5 , on fouillait pour asseoir les fondements de la nouvelle salle des Etats, on rencontra en contre-bas du sol deux fours à poterie, dont la plus grande partie était assez bien conservée En cherchant à déterminer l'époque de leur construction, nous constatâmes que celui qui avoisinait la contrescarpe se trouvait sur l’emplacement du chemin longeant le fossé, d’où résultait nécessairement que les deux fours, évidemment contemporains, devaient être d’origine antérieure à la création du chemin, ou postérieure à sa suppression. La nature des matériaux et d’autres circonstances rendant la première supposition inadmissible, il y avait lieu de s’arrêter à la seconde, ce qui reportail à la période de Catherine, car on ne pouvait songer à descendre plus bas. Mais comment s’expliquer que. cette princesse eût souffert la présence de plusieurs fours dans l’enceinte de son palais, où l’on n’a point fait usage de briques? Une seule hypothèse permettait de s’en rendre compte : les fours étaient ceux de tt l'invente teur des rustiques figulines du lîoy, et la Royne, sa mère, n

La conclusion qui précède se déduisait trop rigoureusement des faits pour laisser des doutes sérieux; cependant, comme la découverte offrait un vif intérêt, nous souhaitions ardemment recueillir des preuves matérielles de son authenticité. Il ne tarda point à en surgir une quantité inespérée. Dans le dessein d’obtenir le plan complet d’un des fours, dont l’extrémité était engagée dans la berge de la tranchée, nous fîmes exécuter un déblai, à la suite duquel apparut l’entrée de deux foyers qui n’avaient jamais été comblés. L’un d’eux nous fournit les éléments d’une démonstration péremptoire : il contenait des débris de ces manchons ou gazelles que Palissy passe pour avoir inventées, et. qui servent à la cuisson des pièces fines; des morceaux de grès céramique et de carreaux rouges d’une finesse de pâte remarquable; des fragments de ces poteries émaillées, si connues, qui ont fait la célébrité du maître; des empreintes d’ornements discoïdes et en pointes de

; Il a été déposé au musée céramique de Sèvres par les soins du conservateur de ce musée, M. Riocreux, lequel a bien voulu nous renseigner sur les circonstances que nous venons de rapporter, et dont

il a été fait mention dans les journaux du temps.

(ï) Voir l’article que M. Charles Rend a publié dans le Journal des Débats du 7 août 1 865 , en annonçant le premier cette découverte au public.

TOPOGRAPHIE HISTORIQVE DV VIEVX PARIS.

A. Berty di

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