HENRI IV
découverte au Château de hontai nebleau
LE LOUVRE ET LES TUILERIES SOUS HENRI IV ET LOUIS XIII. 97 rc droit en longueur les deux tiers de la terrasse; oster la chappelle de Bourbon «et tous les bastimens qui sont entre le Louvre et Sainct-Germain-de-i’Auxer- « rois , qui seroit la bienséance de la chapelle des roys; et se pourroit laisser la «salle de Bourbon sans y toucher, se contentant de ceste grande place qui seroit «depuis le Louvre à Sainct-Germain. Mais, à la vérité, pour faire de tels basti- « mens, il faudroit que le roy de France fust au moins seigneur de tous les Pays- «Bas, et bornast son estât de la rivière du Rhein, occupant les comtez de Fer- «rette, de Bourgongne et Savoye, qui seroient les limites devers les montagnes «d'Italie, et, d’autre part, le comté de Rossillon, et ce qui va jusques proche des « Pyrénées!*!, n Tous les projets du Bernin, de Perrault, etc. sont nés de celui qu’esquisse Tavannes, et que toute la Cour connaissait nécessairement, puisqu’il en existait une image peinte sur la muraille, au château de Fontainebleau. Lue dé- F„sq„ couverte bien imprévue vient de nous rendre un grand fragment de cette pein- Je F°°prà"etbl“n' turc. M. Paccard, architecte de ce palais, ayant été chargé de déblayer la galerie dser“T»iiënÏT des Cerfs, fit jeter bas, en 1862, les murs de refend qui la divisaient en appartements; alors apparurent les restes de l’ancienne décoration de la galerie, qui comprenait quinze « portraits d ou « cartes n de maisons royales, au nombre desquelles était le château du Louvre. Les peintures découvertes datent incontestablement, d’ailleurs, de la même époque que la décoration delà galerie, où sont multipliés les chiffres de Henri IV, et que le père Dan attribue à ce prince. Le même autour déclare, en outre, que la vue du Louvre représentait l’édifice, non tel qu’il était réellement, mais tel qu’il était «projetté dans son dessein!1 2 3', d Cette assertion est pleinement confirmée par l’examen du tableau, qui est donc une illustration authentique du projet adopté par Henri IV pour l’achèvement du Louvre et pour sa réunion complète aux Tuileries13'.
La peinture de Fontainebleau, aujourd’hui détruite à plus des trois quarts, occupe l’un des trumeaux séparant entre elles les fenêtres de la galerie. Exécutée à
(1) Coll. Petitot, t. XXV, p. ao5.
(2) c«- Restent les maisons royales et chasteaux du ffbois de Vincennes et du Louvre, dont les plans et ff portraits sont de'peints dans la mesme galerie, du freosté du jardin, où le chasteau et maison du Louvre rrse void entièrement représenté avec son pourpris, ff ainsi qu’il est projetté dans son dessein, n ( Trésor des merveilles de la maison royale de Fontainebleau , p. 95.)
(3) Il n’est point douteux que le projet ( Projet de réunion du Louvre aux Tuileries ) comportait une galeriedu côté delarueSaint-Honoré, car il est parlé de cette galerie, à l’année 160Ù, dans un passage de Palma Cayel, que nous avons oublié de citer en son lieu, et que voici: crLes superbes galleries pour ailler du Louvre aux Tuilleries, commencées seule-
frment par Charles IX, qui n’y fil que mettre la ff première pierre, de l’advis de la Reyne, sa mère, ff Catherine de Médicis , sont maintenant si advancées frque cest ouvrage est autant veu par admiration ffdes estrangers que les Parisiens en désirent l’accchèvement, aflin que le Louvre soit la plus belle ff maison du inonde; et voudroient que l’autre (raillerie pour joindre le Louvre avec les Tuilleries , du ff cos lé de la Porte Sainct-Honoré , fust aussi advanffcée que celle du coslé de la Porte-Neufve : que tfee vivier qui doit estre entre la Porte de Nesle «(lisez Neuve) et de Sainct-Honoré fust plein de freignes, et que le bas de ces galleries, où doivent ff estre logés les plus experts artisans, en fust déjà ff rempli, v ( Chronologie septénaire, éd. Michaud . p. 283.)
TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, rimile sur un enduit de mortier, elle est entourée d'une bordure feinte, qui lui donne un champ large de 2m,6o et haut de im,g4. Elle offrait jadis une vue à vol d’oiseauW de tous les bâtiments que devait renfermer la région même à la description de laquelle le présent volume est consacré; mais elle n’en laisse plus apercevoir maintenant que des parties très-restreintes, et, par un hasard fatal, la dégradation a précisément porté sur le côté du projet dont la disposition s’imagine le moins. 11 est ainsi impossible d’affirmer avec toute certitude que l’on avait décidément accepté l’idée d’une galerie faisant, vers la rue Saint-Honoré, le pendant de la grande galerie du quai. Dans tous les cas, cette grande galerie septentrionale ne se serait pas liée au quadrangle du Louvre, comme le dit Tavannes, par une petite galerie intermédiaire, car, à l’endroit que cette dernière aurait occupé, le tableau montre un vaste jardin divisé en parterres carrés, ayant pour motifs des réticulaires et les monogrammes du Roi. On trouve un de ces monogrammes dans l’angle sud-est du petit jardin des Tuileries; le reste du petit jardin, le grand et la Lotalité du palais ont disparu par un éclat de revêtement du mortier. La grande galerie du bord de l’eau est, au contraire, demeurée presque intacte, et on l’a représentée comme si son architecture avait été uniforme d’un bout à l’autre. Est-ce là l’expression de la vérité ou une erreur du peintre? La partie de la galerie que distingue la présence de l’ordre colossal fut commencée en avril 1 600 , et Henri IV n'épousa qu’au mois de décembre suivant Marie de Médicis, dont les parterres cidessus mentionnés reproduisent les initiales; or il est entièrement invraisemblable que l’ordonnance de la seconde moitié de la Grande Galerie ait été radicalement changée plusieurs mois après qu’on en eut jeté les fondements, ce qu’il serait nécessaire d’admettre, si l’on voulait croire à l’exactitude du tableau^. Nous y constatons une autre erreur dans le nombre trop élevé des redans de la contrescarpe du fossé de la Ville, fossé qui était conservé dans le projet, et maintenait une séparation entre le Louvre et les Tuileries.
La ttcour admirable, n dont parle Tavannes, se dessine encore assez nettement sur le tableau, et s’étend sur une longueur égale à celle du quadrangle développé du Louvre, jusqu’auprès du fossé de la Ville; mais, dans le sens de la longueur, elle eût été probablement coupée en deux par une sorte d’avenue transversale.
(l) La perspective du tableau n’est point rigoureuse, ce qui nous a empêché de restituer le palais des Tuileries et de retracer le parcours de la rue Saint-Honoré, jalon sans le secours duquel on juge mal des proportions du projet. Nous nous sommes borné à indiquer la masse des bâtiments qu’il était indispensable de figurer pour qu’on comprit les rapports existant entre les diverses parties de la peinture échappées à la destruction. Notre planche est une réduction minutieusement fidèle d’un calque
que l’obligeance de M. Paccard nous a permis de faire prendre sur l’original ; mais nous avons quelque peu atténué le fruste là où cela ne présentait aucun inconvénient.
(2) Les changements qui ont pu être effectués dans l’ordonnance de l’édifice ne furent probablement jamais que des modifications de détail analogues à celles que l’on constate en comparant le bâtiment construit et le projet esquissé sur le dessin du musée de Kensington.
Les bâtiments, en manière de galeries, qui circonscrivent la cour, présentent deux ordonnances différentes. Ceux qui sont situés au delà de l’avenue transversale, simples et flanqués de pavillons aux angles, ont la physionomie propre à des constructions servant de communs ; ceux qui sont les plus rapprochés du Louvre forment deux étages, ont des lignes architecturales plus compliquées, et une destination différente. L’aile méridionale de ces derniers vient s’attacher à l’extrémité de la Petite Galerie; la façon dont se serait terminée l’aile opposée, dans la même direction, reste indécise. Quant au quadrangle du Louvre, il n’en subsiste de visible sur la peinture que deux petits fragments; ils suffisent heureusement pour établir le système général du plan adopté. Ce plan est bien celui que Lemercier commença à exécuter en 1 6 •>. k , et suivant lequel la superficie du vieux Louvre a été quadruplée. Toutefois Lemercier a modifié la composition primitive du pavillon central , et l’a singulièrement alourdi. Dans le projet , les quatre façades intérieures étaient évidemment semblables, et la façade extérieure de l’aile du nord , analogue à celle de l’aile du midi, que nous connaissons. Au centre de toutes les deux se serait élevé, sans aucun doute, un pavillon pareil à celui de l'Horloge. Enfin la façade extérieure, vers l’orient, sur laquelle personne ne possédait jusqu’ici de renseignement graphique, eût offert une telle similitude avec celle de l’occident, qu’elle en aurait reproduit jusqu’aux larmiers gothiques, traduits par une moulure quelconque. On ne saurait dire si, du côté de Saint-Germainl’Auxerrois, il y eût eu pareillement des avant-corps contigus au pavillon d'encoignure, et le tableau, déplorablement mutilé, laisse maintes autres questions insolubles. Ce n’en est pas moins un document d’un haut intérêt, et nous nous estimons heureux qu'il nous ait été signalé à temps pour trouver place dans notre travail.
Un fait qui caractérise le génie politique de Henri IV, et légitimerait, s'il en était besoin, les dépenses considérables résultant de la construction de la Grande Galerie, c’est qu'il ne se borna point à en faire un édifice somptueux, propre seulement à satisfaire sa vanité, mais qu’il en fit aussi une sorte de monument d’utilité publique. Il donna, en effet, l’ordre d’y loger les artistes et les artisans les plus habiles, pensée généreuse et féconde, qui honorait le talent, le récompensait, et provoquait ainsi une fructueuse émulation. Nous avons cité le passage où Morisot énonce le fait; Legrain le mentionne en ces termes : «Ce bastiment superbe de la rr Gallerie qui va du Louvre aux Tuilleries, au-dessous de laquelle, au prochain «estage, il avoit destiné de faire venir esloger toutes sortes d’ouvriers d’ouvrages r excellens, et aux offices et estages plus bas il y a de quoy loger plus de dix mille «hommes armésW.u L’étage réservé aux artisans devait donc être d’abord l’étage intermédiaire entre celui qui contient la galerie supérieure et celui du rez-de-
Décade de Henri le Grand , liv. VIII, p. h a *2.
Lettres patentes de Henri IV (1608) relatives à In destination de
la Grande Galerie.
chaussée; mais tous les deux furent consacrés au même usage, et dès 1G08 il est question des «maisons et boulicquesn de la Grande Galerie. L’autorisation d'y demeurer constituait un tel brevet de capacité que les licites du lieu reçurent et conservèrent longtemps le nom de tries illustres, v Quelques-uns étaient déjà établis dans la galerie vers 1600, à la grande jalousie des corporations, qui , invoquant leur monopole, s’efforçaient d’empêcher que les ouvriers logés au Louvre travaillassent de leur métier, et leur suscitaient toutes sortes d’obstacles. Pour couper court à ce fâcheux antagonisme, le Roi donna, le 22 décembre 1608, des lettres patentes qui furent enregistrées le g janvier 160g, et dont nous transcrivons le texte d’après les registres du Parlement*1'.
tr Henry, par la grâce de Dieu, roy de France et de Navarre, à tous cculx qui « ces présentes lettres verront, salut. Comme entre les infiniz biens qui sont causez «par la paix celluy qui provient de la culture des artz n’est pas des moindres, se « rendons grandement florissans par icelle, et dont le publicq reçoit une très-grande «commodité, nous avons beu aussy cest esgard, en la construction de nostre gallerie «du Louvre, d’en disposer le bastiment en telle forme que nous y puissions comtr modément loger quantité des meilleurs ouvriers et plus suffisons maistres qui se «pourvoient recouvrer, tant de peintures, sculpture, orfévrerye, orlogerie, disculper ture on pierreries qu’aultres de plusieurs et excellenz artz, tant pour nous servir « d’iceulx comme pour estre par mesme moien emploiez par nos subjeetz en ce qu ilz « auroient besoing de leur industrie et aussy pour faire comme une pépinière d œu- « vriers, de laqu elle, soubz l’apprentissage de sy bons maistres, il en sortiro il plusieurs «qui par après se respendroient par tout nostre royaulme, et qui sauraient très- «bien servir le publicq; en quoy touteffois il ne succède pas comme nostre intention «est, car la pluspart de ceulx que nous avons logés en nostredicte gallerie , aians «esté choisis et attirez de plusieurs endroietz de nostredict royaulme, et hors de « ceste nostre ville de Paris, où ilz n’ont esté passez maistres , se trouvent à présent «en une sy mauvaise condition qu’ilz sont empeschez de travailler pour les parti- «culliers, et aussy que ceulx qui font apprentissaige soubz eulx 11e sont pas receuz «à maistrize par les aultres maistres de ceste dicte vdle, de sorte que plusieurs «jeunes hommes sont divertiz par là de faire leur apprentissaige soubz eulx; et, «pour ceste occasion, ilz ne peuvent trouver aulcuns apprentilz à qui ilz puissent «enseigner ce qu’ilz sçaventde plus exquis en leur art, et desquelz ilz soient aussy «secourus et soullaigez ès ouvraiges qu’ilz ont à faire, tant pour nostre service «comme ceulx qu’ilz pourraient faire pour noz subjeetz. A quoy voulans pourveoir «aultant qu’il nous est possible, et désirans aussy les gratiffier et favorablement
(l) Arch.de l’Eniji. reg. X 8635 , fol. 2I12 v° el dées par d'autres lettres à même fin, délivrées suiv. le 3o juin 1607 et enregistrées le 5 septembre su i-
I.es lettres patentes de 1608 avaient été précé- vaut. (Félibien, t. A1, p. A3.)
ctraicter, tant pour l’excellence de leur art que pour l’honneur qu’ilz ont d’avoir ctesté choisiz par nous et logez en nostredicte gallerie; à ces causes et aultres tt bonnes considérations à ce nous mouvans, nous, de nostre grâce spécialle, plaine ((puissance et aucthorité royalle, avons dict et déclaré, disons et déclarons par ces ((présentes, pour ce signées de nostre main, voulons et nous plaist que Jacob Bunel, c nostre peintre et vallet de chambre; Abraham de La Garde , nostre orlogeur et c aussy vallet de chambre ; Pierre Courtois, orfebvre et vallet de chambre de la fioyne ,
c nostre très-chère et très-amée espouze etcompaigne . Franqueville , sculpteur;
«Jullien de Fontenay, nostre graveur en pierres précieuses et vallet de chambre; c Nicollas Roussel, orphévre et parfumeur; Jehan Séjourne , sculpteur et fontenier; c Guillaume Du Pré, sculpteur et controlleur général des poinçons des monnoies de ((Fi'ance; Pierre Vannier, coutelier et forgeur d’espées en acier de Damas; Laurens « Selarbe , menuisier, faiseur de cabinetz; Pierre dos Martine, peintre; Jehan Petit, ((fourbisseur, doreur et damastineur; Estienne Raulin, ouvrier des instrumens de s mathématicques ; Anthoine Fcrrier, orlogeur et aussy ouvrier èsdiciz instrumens
rde matbématicques . Alleaume, professeur èsdictes mathématicques; Maurice
«Du Bout, tappissier de haulle lisse; Girard Laurens, aussy tappissier de haulte clisse; Pierre Du Pont, tappissier ès ouvraiges de Levant; Marin Bourgeois, aussy r nostre peintre et vallet de chambre et ouvrier en globes mouvans, sculpteur, cet aultres inventions mécaniques, par nous mis et logez en nostredicte gallerie, c et ceulx que nous mettrons ès places et maisons qui ne sont encore remplies cen icelle, ensemble ceulx qui leur succéderont èsdictes maisons à l’advenir, c de quelque art et science qu'ilz soient, puissent travailler pour nos subjectz, tant c èsdictes maisons et bouticques d’icelle gallerie que en aultres lieux et endroictz cou ilz les voudront emploie;', sans estre empeschez ny visitez par les aultres cmaistres et jurez des artz, dont ilz font profession , de nostre dicte ville de Paris cne ailleurs; auront et leur avons permis de prendre à chacun d'eulx apprentilz, cdont le dernier sera pris à la moictié du temps seullement que le premier aura cà demeurer en apprentissage, afin qu’auparavant que ledict premier en sorte il c puisse estre instruict en l’art pour le soullagement du maistre , et ayder à dresser ccelluy qui succédera après audict premier; qu’entrant audict apprentissaige , ilz c s'obligeront aux maistres par bon contra et passé devant notaires, et ayant servy cet parachevé leurs temps, lesdietz maistres leur en bailleront sertifficat en bonne cet deue forme; sur lesquelz tant les enffans desdietz maistres que apprentilz, c de cinq ans en cinq ans seullement, seront receuz maistres, tant en nostredicte avilie de Paris qu’en toutes les aultres villes de nostre royaulme, tout ainsy que a s’ilz avoient faict leur apprentissaige soubz les aultres maistres desdictes villes, sans c estre abstrainetz faire anlmn chef-d’œuvre , prendre lettres, se présenter à la maisc trise, faire appeller, lorsqu’il seront passez, les maistres desdictes villes, ou leur cpaier aulcun festin ne aultre chose quelconque , ne estre semblablement tenuz,
TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, tt cinq ans auparavant, se faire inscripre par nom et surnom au registre de nostre rt procureur au Chastelet dudict Paris; dont, en considération de ce qu ilz auront «faict ledict apprentissaige en nostredicte gallerie, nous les avons dispensez et tt deschargez, dispensons et deschargeons par cesdictes présentes. Les maistres orttphévres d’icelle gallerie seront tenus d’apporter les besongnes qu'ilz feront pour rc le pubiicq marquées de leur poinçon, pour celles qui le peuvent et doibvent t estre, soit or ou argent, en la maison des gardes de l’orphévrerie, pour estre martt quées de la marque desdictes gardes, à l’instar de tous les aultres maistres orpliétt vres de nostredicte ville de Paris, et non àaultre chose. Et cas arrivant que nous cou nos successeurs Roys vinsions à mettre hors de nostredicte gallerie aulcuns cdesdictz maistres, sans nous avoir faictfaulte ou offense qui nous peusl mouvoir tt de ce faire, en considération du temps qu'ilz y auront demeuré et du service qu’ilz r nous y auront faict, en estant hors jouiront de leurs maistrises, tout ainsy cpi’ilz ttfaisoient estons demeurans en icelle, pour tenir bouticque et travailler ès villes «de nostredict royaulme, où ilz se retireront, sans qu’il leur soit donné aulcun em- " peschement. Sy donnons en mandement à noz amez et féaulx les gens tenans noz et courtz de Parlement, Prévost de Paris ou son lieutenant, et à tous baillifs et séc neschaulx , prévostz , juges ou leurs lieutenans et aultres officiers qu’il appartiens edra, que ces présentes ilz ayentà vériffier, et du contenu en icelles faire jouir et cuser tant lesdietz maistres que leurs enffans etapprentilz, piaillement et paisible— c ment sans leur faire ne souffrir leur estre faict, mis ou donné aulcun trouble, tt destourbier ou empeschement. Au contraire, voullans qu’aprez que lesdietz capprentilz leur auront faict apparoir de leurs contractz portant obligation pour ttlcurdict apprentissaige, passez par devant notaires ou tabellions , et des certifïïcatz rtdeuement expédiez de leursdietz maistres, comme ilz auront emploié audict apc prentissaige le temps requis et accoustumé en chacun art et mestier, ilz ayent à des recevoir à maistrise, et les establir, de par nous, en l’exercice de leur art, tt ainsy qu’il est contenu cy-dessus. Car tel est notre plaisir, nonobstant quelztt conques ordonnances, reiglemens et lettres à ce contraires; auxquelles et à la tt dérogatoire de la dérogatoire d’icelle nous avons, pour ce regard, dérogé et destt rogeons de nostre mesme puissance et aucthorité que dessus. En tesmoing de ttquoy nous avons faict mettre nostre scel à ces dictes présentes, et, pour ce que et l'on en pourra avoir affaire en plusieurs et divers lieux, nous voulions qu’au avidimus d’icelles, ou coppie deuement collationnée par l’un de noz amez et féaulx tt notaires et secrétaires, foy soit adjoustée comme au présent original. Donné à tt Paris, le vingt-deuxiesme jour de décembre, l’an de grâce mil six cens huict, tt et de nostre règne le vingtiesme. Signé HENRY, et sur le reply : par le Roy, «De Lojiéme; et scellée, sur double queue de cire jaulne, du grand scel.it
11 y avait environ un mois que Henri IV était mort lorsque le Prévôt des marchands fit mettre en adjudication les travaux d’une tranchée nécessaire pour ame-
LE LOUVRE ET LES TUILERIES SOUS HENRI IV ET LOUIS XIII. 103 lier l’eau à une fontaine qui devait être placée dans le Louvre et alimentée par les réservoirs de la Ville. Le tuyau de la fontaine partait du coin des rues Saint- Honoré et de l’Arbre-Sec, pour se continuer, à trois pieds environ au-dessous du pavé, le long de la rue des Fossés-Saint-Germain, passer ensuite h travers l’hôtel de Bourbon, près de la chapelle, et de Là pénétrer dans la cour du Louvre, en débouchant à un point fixé. Les travaux, adjugés le i3 juillet 1610, sont dits avoir été entrepris par la volonté du Roi; ils avaient sans doute été prescrits du vivant de son père. Vers le même temps, la basse-cour méridionale du château fut transformée en un jardin. Nous lisons dans un titre du 1 k septembre 1 6 1 1 : « Sa it Majesté... ayant cy-devant commandé de faire oster et transporter quantité de «pierres de marbre et autres pierres, estans en une place, entre le fossé de son « chasteau du Louvre et le gros mur du quav, aboutissant contre le corps du bout «de la Petite Gallerie dudict chasteau, et mesme faire desmolir et abattre plu- « sieurs petites eschopes et apentiz cy-devant bastiz par permission deSad. Majesté,
« contre led. gros mur, du costé de ladicte place regardant ledict chasteau du Louvre ,
«pour, après l’explanation (nivellement) d'icelle, y estre dressé et planté ung jar- «din, suivant la volonté et intention de Sa MajestéW. n Le jardin en question est celui que l’on a depuis nommé de l’Infante. L’emplacement qu’il occupait était celui de la basse-cour, agrandie jusqu’à la courtine du bord de l’eau sous François Ier.
Durant le reste du xvic siècle, cette basse-cour dut être constamment encombrée de matériaux de construction ; on y vit même des échoppes, parmi lesquelles il s’en trouvait une possédée par Thomas Thurin, ctmc sculpteur et garde des marbres «du Roy, d et chargé, en cette qualité, de veiller à la conservation de tr plusieurs « grandes figures, modelles et desseings i> déposés en cet endroit W. Le terrain ayant L n,,„8™, j„ u™, été déblayé, on y planta un jardin, énoncé le jardin neuf dès 1612, le petit jardin so“ xl" du Louvre en 161V, et le jardin des vues du Louvre en 1 6 1 5. Ce jardin est représenté, sur le plan de Mérian et sur plusieurs autres, entouré, vers le midi et l’orient, d’une galerie à arcades, surmontée d’une terrasse. O11 établit là une grande volière ,
suivant l’auteur du Supplément aux Antiquités de Paris, qui dit : «Louis i3c .
c voulant imiter les desseins de ce grand roy, son père, fit faire au devant de sa «chambre, au Louvre, un beau parterre, et une longue allée bastie de belles «pierres de taille, donnant sur le quay, pour faire une volière la plus belle qui se
(1) Arch. de l’Emp. cart. Q 1173.
(3) Le 3 0 septembre 1611, Thurin ayant été forcé de quitter l’appentis où il logeait, et qui allait être démoli, la Ville lui accorda en dédommagement "une place seize sur le quay de la rivière, près "l’arche de l’Autruche, le long du mur ancien "de lad. Ville, contenant six thoises de long sur "quatorze pieds de large... à l’encoignure d’une "grosse tour» (celle du Coin). En 1616, la Ville
bailla aussi un terrain inutile de quarante-six toises de longueur, "le long du petit jardin du Louvre, "depuis la Petite Gallerie du Louvre jusques à la "maison et place naguères baillée à baslir à Thomas "Thurin. n Ces quarante-six toises , réunies aux quatorze pieds de largeur de la place cédée à Thurin . donnent juste la distance que nous avons dit avoir été comprise entre la Petite Galerie et la grosse tour du Coin.
ccvoye, comme eile se voit à présent, n Cette galerie, dont 1 origine est donc bien réellement contemporaine de Louis XIII, et non de Henri III, servait à resserrer des orangers, et, sur la terrasse quelle supportait, on en exposait à 1 air pendant la belle saison, comme l'indique la vue de Boisseau; aussi 1 édifice a-t-il toujours été connu sous le nom de l’Orangerie du Louvre, désignation que nous avons rencontrée pour la première fois dans un document de 1622. Plusieurs vues et tableaux donnent l’aspect de l’Orangerie du côté du quai1'1. Elle était percée de deux rangs de baies, et décorée d’ornements qui la mettaient en harmonie avec les bâtiments voisins^21. Le gros mur qu elle remplaça figure encore sur une gravure de 1 6 1 3, preuve qu elle n’a point été construite plus tut131. En 1 6 3 , elle con-
O Note du continuateur. Nous donnons ici, en fac-similé , la gravure d’un dessin de cette partie du Louvre et de toute la largeur du fleuve jusqu’à la Tour-de-Nesle, sur la rive gauche; le point de vue est pris de la partie septentrionale du Pont-Neuf. Ce croquis, teinté de bistre et fait très-hardiment, est signé II. Pousin , et on a écrit au-dessous, en caractères du xviu” siècle : Vue de Pans comme il estoit en 161 5. L’original porte o"’,2 2 sur o"',39 sans les marges.
Ce dessin donne une foule de détails nouveaux sur les bâtiments placés en avant de la façade du Louvre et sur le quai. On voit la tour du Coin (qui paraît peut-être un peu plus éloignée qu’il ne faudrait de l’arche de Y Autruche, en avant de l’hôtel de Bourbon) , la Tour-Neuve, la lanterne du pavillon de Lcsdiguih es, et à l’horizon le pavillon de Flore et la Galerie, la Petite Galerie de face; au Louvre, le pavillon du Roi, la façade et la cour du sud-est. On y remarque surtout des détails fort intéressants d’un côté peu connu de l’hôtel de Bourbon, place au-dessus de l’arche de ce nom.
La communication de ce curieux dessin est due à l’obligeance de M. Viollet-le-Duc , qui possède l’original dans sa riche collection. — H. L.
(2) Elle ne fut entièrement terminée que par Anne d’Autriche, vers 1 65 5 . On lit dans le Journal d’un voyage à Paris en i65 ] (p. 280) : «Tout rr au. long (du parterre), du côté de la rivière, est rf cette belle terrasse, pavée de pierre de taille fr blanche, que la Royne a fait achever et continuer ff depuis peu. «
« La manière dont le mur de l’orangerie s’attachait à la Petite Galerie est très-embarrassante à déterminer. D’après les diverses vues, le mur serait venu se souder à l’encoignure de la galerie, là où il y a maintenant des bossages vermiculés , et l’indica¬
tion est confirmée par plusieurs plans. Au contraire, d’après l’élévation gravée par Marot, apparemment le meilleur document sur la matière, le mur de l’Orangerie aurait affleuré l’avant-corps de la façade méridionale de la Petite Galerie, ce qui implique l’existence d’une retraite du mur au coin de ce dernier édifice. Nous avons vu un plan qui offre cette disposition, contredite d’ailleurs par tous les autres renseignements. L’agencement de la porte avec perron du cabinet de la reine, par rapport au bâtiment de l’Orangerie, constitue également un problème qui ne peut se résoudre que d’une façon tout arbitraire.
Note uu continuateur. La planche ci-contre , qui représente la façade méridionale du Louvre et la terrasse de l’Orangerie , dont la partie de gauche a été enlevée pour laisser voir les soubassements du palais , a été restituée avec le plus grand soin d’après les documents graphiques existants, et d’après les relevés sur place que les fouilles de la cour du Louvre, exécutées en 1866, ont permis de faire avec toute l’exactitude désirable. On sait qu’à l’époque de la mort de Henri IV les deux seules façades qui existassent du Louvre de la Renaissance élaient celles du midi et de 1 occident; elles venaient se raccorder, ou plutôt butter, à chaque extrémité, aux tours anciennes du vieux château, dont l’entretien était assez négligé. Nous avons rencontré assez d’éléments pour pouvoir restituer, d’une manière suffisante , ces tours dont la présence est indispensable pour rendre exactement l’aspect de ces deux façades du palais. En rapprochant aussi du plan de Du Cerceau la galerie de passage joignant le pavillon du Roi à la galerie d’Apollon , on verra que nous avons rétabli ce passage à sa véritable place.
Dans un plan cavalier de Quesnel , on remarque
RÉSUMÉ DE L’HISTOIRE MONUMENTALE DU LOUVRE ET DES TUILERIES. 105 lenait des orangers provenant du vieux jardin du Louvre, et le nommé Nicolas Guérin recevait huit cents livres par an pour prendre soin de ces arbustes, ainsi (]ue de tout crie petit jardin neuf,* où, dans la même année, on (il „ung bassin ccde fontaine,* qui coûta A.ooo livres.
La seconde grande période de l’histoire du Louvre, celle de la Renaissance, se termine en 162A, parce que c’est alors que Lemercier commença à développer les bâtiments du quadrangle d’après les plans qui ont produit l’édifice actuel. L'n hasard nous a conservé le compte de cette année 162/1; rigoureusement ce compte appartient à la phase moderne, toutefois nous le donnons en appendices, car les détails intéressants qu’il renferme peuvent servir à l’élucidation du passé.' Nous ajouterons à ce compte le texte des quatre pièces de 1600 auxquelles nous avons fait allusion, page 71, et nous terminerons ce chapitre par un tableau résumant l’histoire monumentale des deux palais.