PAR M. H. LEGRAND
Sommaire. — Description du plan général et des aulres planches. — Marques de tâcherons. — Tracé des suhslructions dans la cour du Louvre. — Restitution du vieux Louvre d’après les fouilles. — Objet de cette notice supplémentaire. — État primitif du château sous Philippe- Auguste. — La Grosse-Tour. — Pourquoi elle avait un fossé si large. — Les origines du terrain sur lequel le Louvre est bâti. — Le pont-levis de la Grosse-Tour. • — Ses agrandissements au temps de Philippe-Auguste. — Saint-Louis. — L’état du château à Tavéuement de Charles V.
La première planche des fouilles du vieux Louvre (p. 1 1 1) en représente le plan général tel qu’il a été relevé sur le terrain même, avec l’indication des réserves qui ont été faites aux endroits où il a semblé inutile de creuser davantage.
On voit que l’ancienne forteresse, dont deux façades se trouvent cachées sous la moitié environ de l’aile occidentale et de l’aile méridionale actuelles, c’est-à-dire dans l’espace compris entre le guichet des Tuileries et le guichet de l’Institut, en retour d’équerre, n’occupait, sous le rapport des bâtiments, que le quart environ de la superficie du palais actuel, les fossés ayant leur contrescarpe bien apparente et parallèle à l’alignement général des ailes. Le tout était formé de murs disposés en lignes droites, sans autres saillies primitives que celles des tours engagées, des angles et des façades.
Au milieu du quadrangle un peu irrégulier formé par le château, se voit le Donjon central, ou Grosse-Tour du Louvre, entouré de son fossé, dontla largeur était telle qu’il laissait un passage fort étroit entre le parapet de la contrescarpe
(l) Pour donner plus de clarté au texte peut-être un peu trop succinct de M. A. Berty, et faciliter au lecteur l’étude attentive des planches relatives aux fouilles du Louvre , nous croyons devoir placer, à la suite delà première notice, tous les renseignements propres à éclaircir les points restés obscurs, en décrivant soigneusement les planches d’ensemble et de détails , de telle manière qu’on puisse rapprocher
tous ces renseignements , d’abord des plans et coupes , ensuite du texte explicatif laissé par M. Berty.
Nous rapprocherons ensuite le plan de M. de Clarac de celui qu’ont révélé les fouilles, en appliquant aux différentes parties les noms ou appellations qui nous paraissent devoir être la conséquence de la restitution définitive du vieux château du Louvre.
Description du plan général et des autres planches.
el la face intérieure des bâtiments de l’aiie orientale vers la muraille de la Ville, séparée du fossé extérieur du château seulement par un chemin de ronde. Il n’a pas été nécessaire de toucher aux parterres qui forment l’ornement actuel des quatre angles de la cour, parce qu’on a retrouvé au delà, vers la façade du vieux Louvre de Pierre Lescot, la trace bien visible de la contrescarpe du Donjon, qui démontrait clairement que la courbe de cette contrescarpe avait été régulière et concentrique à la tour principale.
Dans le Donjon on remarque, vers le haut de la planche, un rectangle qui indique la place de la fosse dont parle M. Berty (p. 121), et plus bas, dans le même Donjon, le puits circulaire dont il est aussi question. Ce sont les seules cavités en sous-sol qui aient été découvertes dans la tour; et ainsi s’évanouissent ces prétendus cachots et ces oubliettes que certains historiens ou romanciers s’étaient plu à créer dans la vieille forteresse. La coupe brisée (selon BC de la planche p. 1 1 5) donne le détad de ce massif et des cavités dont nous venons de parler.
A gauche du Donjon , et du côté méridional, on distingue le plan des constructions postérieures, dont la coupe AA (p. 1 1 5) donne les profds aux cotes 3.56 et 2.78; détails reproduits, du reste, à une échelle plus grande sur la planche p. 128, dans le plan et la coupe supposés suivant FF. Les quatre détails du haut de la planche, suivant les indications des lettres du plan, donnent aussi des renseignements précis et d’une exactitude rigoureuse sur les diverses parties de ces substructions, qui semblent avoir appartenu au pont-dormant dont il est parlé page 123. La coupe placée au milieu de la planche montre, sous la cote 3.56, le commencement de cintre dont il est parlé page 123; les pierres n’en sont point appareillées ainsi qu’on le fait habituellement. Dans la planche suivante (p. 123), le plan EE et sa coupe font voir les détails de l’encorbellement attaché au corps même du Donjon, en sa partie méridionale, et les coupes détaillées gg , hli, ii correspondent aux indications semblables du plan. A la droite de cette même planche est placé le détail de la partie fouillée à fond du coté septentrional de la Grosse-Tour; elle est marquée, au plan général, par les mêmes lettres GG.
A droite du Donjon, on voit les traces des fouilles profondes faites pour découvrir l’assiette des fondations et la pile du pont-dormant, qui n’a point été trouvée. La coupe AA (p. 1 1 5) , sous la cote 9.45, donne le relevé du profil de cette partie du Donjon.
M. Berty indique (p. 122) que, du côté de 1 aile de Charles V, c’est-à-dire à droite du Donjon, la contrescarpe suivait une autre courbe qui ne lui était plus concentrique. On en voit immédiatement la raison dans la nécessité où se trouvait l’architecte de reprendre cette partie de la contrescarpe destinée à soutenir l’aile septentrionale du château et à recevoir aussi l’arche de passage qui conduisait de cette aile au Donjon. Les traces du raccord de la maçonnerie se reconnaissent parfaitement.
La coupe AA (p. i 1 5) permet de remarquer la partie indiquée au pian générai à la droite de la contrescarpe du Donjon et dans les grandes salles du palais de Charles V. Le caveau, dont M. Berty parle (p. 12/1), y est reproduit tout entier. Dans le plan et l’élévation de la face intérieure de l'aile septentrionale on voit, à gauche, le massif de la Grande-Vis, puis les deux piles supportant l’arche de passage communiquant avec la Grosse-Tour, et enfin, tout h fait à droite et faisant une sorte de contre-partie symétrique de la Grande-Vis, la construction non reliée au mur de la contrescarpe parementée, qui a été certainement bâtie après le remblayement du fossé de la Grosse-Tour.
La planche de détails (p. 1 19) reproduit avec exactitude le profil en élévation des piles adossées à la contrescarpe dans l’aile septentrionale : la première, aa, est celle qui devait supporter la Grande-Vis; la deuxième, bc, donne le côté oriental du soubassement de cette même vis; la troisième, tld, est le profil en élévation de la pile occidentale qui devait porter l’arche de passage au Donjon; la quatrième, ce, est la face occidentale de la pile de droite du même passage, dont la cinquième figure, ff, représente le côté oriental, où se suspend l’encorbellement, qui sans doute portait une petite vis. C’est surtout autour de cette dernière pile que se trouvent placées les moulures dont les profils ABCDEF sont figurés au haut de cette planche. A, c’est le profil du larmier qui couronne les piles; B, celui de la quatrième figure au pointe; C, le profil de la moulure du point d, troisième ligure; D, le profil du culot d’entablement en f. Nous donnerons plus loin notre opinion sur les causes de l’apparente irrégularité de cette partie du château de Charles V.
A l’extrémité de droite de la grande coupe AA se voit le profil du mur de la contrescarpe du fort extérieur du château.
La planche de détails (p. 127) offre le plan et la coupe longitudinale de la cave KL, NN du plan général, qui se trouve à côté de la tour de l’angle nord-est du quadrangle, et dont la coupe transversale un est figurée dans la planche suivante, page 128.
C est dans la planche p. i3o que se trouvent le plan et la coupe de la partie décrite de la tour d’angle nord-est, qu’on appelle la Tour de la Taillerie; 011 y remarque les parties de carrelage émaillé qui en couvraient le sol.
Dans 1 aile orientale, regardant le mur de la ville et Saint-Germain-l’Auxerrois, on voit les tours qui flanquaient l'étroite poterne et donnaient accès à la cour principale, mais hors de l’axe du Donjon. A droite de cette porte, on aperçoit cette construction, de forme rectangulaire, collée au soubassement du mur oriental, et dont il est question page 128. La planche de détails (p. 127) donne le plan de celte construction, et en JJ sa coupe longitudinale; la coupe transversale mm est placée dans la planche p. 1 28.
La coupe brisée BC (planche de la page 1 1 5) reproduit les profils de cette
porte et de la contrescarpe du Donjon quelle traverse, en indiquant le puits et la
fosse d’aisances.
La planche p. 126 donne le plan détaillé de la partie de la porte qui couvre le fossé avec la pile du milieu qui devait recevoir le pont-levis et le pont dormant, et au-dessous la coupe HH qui indique nettement l’état de ces parties. Ou y remarque les pièces de bois qui s’y trouvaient au moment delà fouille et qui y sont demeurées. Nous ne pensons pas quelles aient pu jamais faire partie du pontlevis; il faut, sans aucun doute, les attribuer à une construction postérieure qui devait servir d’appui à un pont fixe de communication, ou peut-être encore à des constructions de service placées dans les fossés alors sans eau.
La planche p. 128 donne à la figure 3° la face des soubassements de la porte et son caniveau 11, et en 4° les coupes des caniveaux QR de la porte et OP de la cour.
La planche p. i3a présente : i° le plan et le détail de l’encoignure de l’hôtel de Bourbon, rencontrée dans le jardin de la façade méridionale du Louvre, sur le quai; 20 le plan de la tour de l’enceinte de Philippe-Auguste, près du guichet septentrional donnant sur la rue de Rivoli. La planche V offre le plan et la coupe détaillée de cette même tour.
Marques de tâcherons. Les cinq figures de marques de tâcherons représentent, dans la situation où elles se trouvaient, les marques tracées dans la contrescarpe du nord et sur le côté oriental du château, près de la porte.
Nous ferons remarquer, à propos de ces marques, qu’elles existent dans différentes parties des talus maçonnés du soubassement, notamment dans le retour septentrional de la tour de la porte orientale, et dans la partie de la tour du milieu de l’aile septentrionale qui faisait partie de l’ancienne courtine de Philippe- Auguste.
Une observation peut être faite à l’inspection de ces marques : c’est quelles sont taillées de la même façon, c’est-à-dire à l’aide du ciseau qui coupe d’un côté la pierre et de l'autre la fait éclater; tandis que les croix, qui sembleraient accuser une époque plus ancienne, paraissent avoir été faites au poinçon et offrent des biseaux unis sans éclats. Pourtant nous n’oserions pas tirer trop de conséquences importantes de ce simple fait, parce que, si les cœurs se trouvent dans les parties évidemment bâties par Philippe-Auguste, on rencontre aussi des croix dans des parties de la même époque. Nous nous bornerons à faire remarquer que les marques à tracé droit, surtout les croix et les triangles ou les équerres, sont généralement plus anciennes que les tracés contournés. Mais on comprend facilement que les anciens ouvriers continuèrent longtemps à suivre les coutumes de leur temps, tandis que les jeunes gens usèrent de nouvelles méthodes, aussi bien dans leurs marques que dans leur manière de bâtir.
Pour terminer dès à présent la série des observations que nous croyons nécessaires à I intelligence des planches destinées à accompagner le texte succinct de M. Berty, nous donnons ici un dessin du tracé qui a été figuré dans la cour du Louvre, aux frais de la Ville de Paris. M. le Préfet de la Seine a voulu fixer d’une
manière suffisante pour les archéologues, et conserver aux regards des amateurs des vieux souvenirs parisiens, les traces certaines de cette vieille forteresse du Louvre, sur laquelle tant d’opinions diverses ont été formulées. 11 a pensé que des travaux si curieux, si féconds en résultats et si honorables en même temps pour
Tracé des subsl mêlions dans
la cour du Louvre.
le Service historique qu’il a créé dans son administration, ne devaient pas demeurer enfouis à jamais, et que l’on pouvait, sans nuire aucunement à 1 aspect monumental du Louvre de la Renaissance, fixer sur le sol limage exacte des substructions qu’il fallait absolument recouvrir.
Getle proposition a été accueillie avec empressement par Son Exc. le Maréchal Ministre do la maison de l’Empereur et des Beaux-Arts; et l’on a profité de la réparation que réclamait le pavage de la cour, à la suite du remblayement des trous de fouilles, pour tracer, comme on le voit dans la figure ci— jointe , les lignes île R ancienne forteresse de Philippe-Auguste, celles des bâtiments construits par Charles V, et enfin la ligne du mur d'enceinte de la Ville avec le point important du coude formé par ce mur, auprès du guichet du nord, à l’endroit où s’élevait une tour. On a marqué aussi la ligne de parapet de la contrescarpe du fossé extérieur et du fossé intérieur ou fossé du Donjon.
Ce tracé est donc celui du château de Philippe-Auguste avec les deux ailes ajoutées par Charles V en 1 3 6 5 .
On remarquera, dans le tracé sur place, l’absence des contre-forts du soubassement de l’aile septentrionale, que nous avons, dans cette figure, indiqués en pointillé. La Grande-Vis se trouvait, ou le voit, à l'angle du petit parterre placé près du guichet des Tuileries. Le but qu’on s’est proposé en faisant cette suppression dans le tracé sur place, a été d’éviter la confusion qu’auraient pu produire les pierres des caniveaux qu’on ne pouvait ni couper ni supprimer, et les couleurs différentes qu’il eût été difficile d’appliquer tantôt sur l’asphalte, tantôt sur le pavé.
Sur l’asphalte noir, les lignes du tracé ont été laites en asphalte blanc de six centimètres d’épaisseur, coulé dans l’asphalte noir; et sur le pavé les lignes se continuent en petits pavés de porphyre belge, provenant des magasins de la Ville de Paris, pavés dont la couleur foncée accuse suffisamment le contour des dessins qu’on a voulu fixer sur le sol. 11 sera toujours facile, le cas échéant, de compléter le tracé des contre-forts et de la Grande-Vis, dont la place est connue.
En parcourant désormais cette moitié de la cour du Vieux Louvre, on pourra donc suivre exactement les substructions qui, pour la plupart, existent à moins de trente centimètres de profondeur au-dessous du pavé.
Restiiuiion Dans le premier volume de cet ouvrage, M. A. Berty a lait, à 1 aide des éléments ,ra°Pr™”'s i*. dont il disposait , une description générale du château du Louvre; mais, depuis les découvertes faites dans le sol de la cour intérieure du palais, cette description nous semble appeler une restitution du texte, corollaire obligé des corrections faites à la planche du plan du vieux château (t. 1, p. i«g), et dont une nouvelle épreuve est donnée avec ce volume. M. A. Berty aurait bien certainement fait ce travail indispensable, si la mort ne l’avait enlevé prématurément. Le temps
lui ayant manqué, il n'a pu que laisser les notes succinctes que nous venons de publier intégralement, et qui, comme on le voit, suffisent pour justifier l’opinion de notre devancier, en ce qui concerne les points topographiques et la réduction importante qu’il avait fait subir à l’étendue du château; mais on voudrait y voir plus longuement développées les conséquences qui en découlent, soit pour la rectification d’opinions erronées, soit pour le redressement de certaines affirmations que M. Berty avait cru pouvoir émettre dans son premier volume, avant de connaître le résultat des recherches. Ce travail est destiné non-seulement à justifier quelques opinions de notre prédécesseur, mais aussi à éclairer d’une plus vive lumière les faits historiques et archéologiques révélés par les fouilles. En quelques points nous nous écarterons sans doute du sentiment exprimé par M. Berty, mais nous donnerons les motifs de notre préférence. Les détails graphiques étant d’ailleurs sous les yeux des lecteurs, accompagnés de renvois indicatifs des sources de toute nature où nous avons puisé, il sera facile d’adopter l’opinion qui paraîtra la meilleure. De plus, et c’est là notre espérance, à l’aide des renseignements précis que nous recueillons pour les livrer au public, peutêtre quelque savant, suppléant à notre insuffisance, saura produire des faits et des arguments nouveaux qui feront encore avancer la question.
On ne nous pardonnerait pas cependant de n’avoir point osé exprimer not FC Objet de celle notice opinion personnelle. En effet, nous avons vu et touché ces vestiges; nous avons 1 fouillé dans de vieux documents qui parlent peu, il est vrai, mais qui parlent de ce château célèbre; nous avons vécu dans l’étude attentive de ces époques oubliées; nous avons reproduit et figuré bien des aspects, bien des débris du temps où Paris avait encore conservé sa physionomie du moyen âge, et nous avons pu nous reporter en esprit au temps où l’architecture, les voies, les usages et les mœurs étaient d’accord et formaient une société qui a disparu. Cette restitution par le souvenir, basée sur des études et des preuves certaines, était nécessaire pour que nous pussions interpréter avec fruit les vestiges du vieux Paris.
H résulte des fouilles et de tous les détails donnés dans le premier volume de ÉutprimiiifducMirau cet ouvrage w, que, vers la fin du xue siècle, le roi Philippe-Auguste fit cons- phiiippeTuguîte. truire non-seulement l’enceinte qui porte son nom, mais aussi la forteresse du Louvre placée sur la rive droite de la Seine, en aval, exactement comme fut assise plus tard, du même côté et en amont, la Bastille-Saint-Antoine. Les deux forteresses touchaient l’enceinte, la défendaient, et toutes deux se trouvaient en dehors de ses murailles.
Nous croyons, comme M. Berty, que Philippe-Auguste eut pour but principal
(l) Voir t. I, p. 1 29 el suiv.
] établissement d’une forteresse, et c’est très-secondairement qu’on y ménagea un palais pour recevoir le souverain dans certaines circonstances, qui, plus tard, se représentèrent bien souvent à Paris.
Philippe-Auguste ne dut conséquemment s’occuper que des nécessités de la défense. Suivant les habitudes des ingénieurs militaires de cette époque, il établi I un quadrangle crénelé, entouré partout de fossés, même du côté du mur d’enceinte de la ville, plaça quatre fours d'angle en vedette et deux autres sur les côtés non accessibles, ceux du nord et de l'ouest, les plus exposés; enfin il établit une entrée principale flanquée de deux tours vers la rivière et la porte de la Ville. Cette entrée était destinée assurément à recevoir les chars et tous les engins d’artillerie en usage à cette époque. On pratiqua une autre entrée à l’orient . vers la muraille et les rues de la Ville, précisément en face de «église fortifiée de Saint-Germain-le-Rond, aujourd’hui l’Auxerrois; laquelle entrée était pareillement flanquée de deux tours avec une poterne dans la muraille d’enceinte, mais étroite el destinée à recevoir seulement les gens de pied et peut-être les cavaliers. Des constructions, du genre de cellesqui composaient l’enceinte de la Ville , entouraient de tous côtés ce quadrangle, et se trouvaient coupées aux angles et au milieu par les tours, les deux portes et les deux autres tours. Vers la rivière, en vue de la rive gauche el des jardins du Palais de la Cité, Philippe-Auguste construisit un bâtiment pour son habitation, avec un autre bâtiment en retour vers l’occident, et qui peut-être ne dépassait point, dans l'origine, la tour du milieu de cette face. Disposa-t-on immédiatement ces lieux pour la résidence habituelle du roi? Il est permis d’en douter. Mais il est plus que probable que les murs épais de la face occidentale, doublés d’un bâtiment d'une grande solidité, furent destinés à recevoir tout ce qui peut contribuer à munir et consolider une forteresse.
Voilà donc le quadrangle primitif, tel qu'on le conçoit à l’inspection du plan des fouilles, el dégagé de toutes les annexes qui y furent ajoutées plus tard.
Nous n'avons rien à dire des descriptions de Sauvai et d’autres auteurs qui ont parlé du château du Louvre dans l'état où l’avaient mis les successeurs de Philippe-Auguste. Pour comprendre ce que nous disons, il suffira de jeter un coup d œil sur le plan restitué de la page 12g du premier volume, et sur la nouvelle planche que nous donnons comme rectification de celle qui se trouve à la page 228 du même volume. On y voit le tracé nettement indiqué de la courtine vers l’orient et le nord, avec les tours d’angle, la poterne occidentale et la tour du Milieu située au nord.
Au milieu de ce quadrangle. Philippe-Auguste éleva ou releva le Donjon qu'on appelait vulgairement la Grosse-Tour du Louvre. 11 suffit de regarder les planches que nous venons d’indiquer pour reconnaître que cette tour se trouvait, en eflet. au milieu de la cour intérieure, laquelle était ainsi délimitée par les deux façades
La Grosse-Tour.
des bâtiments de l’occident et du midi, ainsi que par les courtines des deux autres laces du quadrangle.
Ici nous touchons à un point discuté, mais non encore élucidé, et que M. Bert\. dans son premier volume aussi bien que dans la Notice précédente , a cru pouvoir décider d’une manière définitive. Il est inutile de reprendre le texte connu de Rigord ou plutôt de Guillaume le Breton, son continuateur. Ce texte tout liistorujue, et généralement dépourvu d indications topographujues , ne pouvait avoir pour objet de prévenir les observations des savants futurs sur l’existence plus ou moins ancienne de la Grosse-Tour. On peut lire, dans le premier volume de cet ouvrage, où se trouve la copie littérale du texte de Guillaume le Breton M, tout ce que le biographe de Philippe-Auguste offre d’utile à consulter. Ce qui est certain, cest que tous les historiens sont d’accord pour attribuer au fils de Louis VII la construction du Donjon et surtout du quadrangle du château. C’est seulement sur le point de savoir s’il existait une tour du Louvre antérieurement à cette époque, qu’il y a eu divergence dans les opinions.
Dans notre conviction, il résulte de tous les textes et des fouilles elles-mêmes que la tour existant du temps de Charles V a été bâtie par Philippe-Auguste; mais il n’y a aucune utilité, ce nous semble, à contester que cette tour ait pu exister auparavant. Nous sommes ici en contradiction avec notre prédécesseur, mais nous espérons faire voir que cette contradiction n’existe que dans l’opinion exprimée sur une interprétation de texte, et non dans une divergence de sentiments sur l’existence et sur la nature des preuves apportées par chacun de nous. Notre opinion est basée sur des lails certains et sur des documents rencontrés dans des recherches laites pour 1 histoire topographique et historique de l’enceinte de Philippe-Auguste, notamment sur une affirmation de M. Bonamy, un dos premiers historiographes de la ville de Paris, portant que l’enceinte de Philippe- Auguste avait été établie, dans certains endroits, sur des substructions et des constructions sarhasines. On sait qu’au moyen âge tous les murs gallo-romains passaient pour avoir été bâtis par les Sarrasins.
Il est dit dans la Notice de M. Berty que des fouilles ont été poussées jusqu’au sol vierge portant la fondation de la tour, et qu’il en est résulté la certitude qu’il n y avait aucune trace de construction antérieure à Philippe-Auguste.
Cette affirmation est en contradiction formelle avec l’opinion générale que le Louvre remontait aux premiers rois de France; or il faut toujours tenir compte de ces opinions, parce qu’elles sont basées ordinairement sur des traditions non contestées au moment où on pouvait le faire utilement, et que souvent les écrivains des siècles suivants, notamment ceux du xvuie siècle, ont combattu ces opinions simplement pour en exprimer une différente.
On voit dans la description de Sauvai et dans la Notice de M. Berty sur les fouilles l} Voir t. I, p. 1 17 el 1 18.
Pourquoi le fossé
de la Grossse-Tour était si large.
de i 8 6 G que la largeur du fossé isolant la Grosse-Tour du reste du château était très-grande % environ iora,6o sur une profondeur de 6 mètres. M. Berty a donc raison de dire que cette tour et son fossé encombraient la cour intérieure d’une manière fort incommode. Nous ne pensons pas qu’on trouve ailleurs un donjon placé dans ces conditions, non pas précisément pour l’importance de la tour, (celle de Coucy est plus grosse), mais pour la disposition et la grandeur du fossé.
Une autre remarque nécessaire, et dont nous allons déduire quelques conséquences, c’est que le terrain qui servit à l’établissement du quadrangle de la forteresse dut être acheté et ne faisait point partie des terres royales. Cette situation particulière s’applique surtout à la Grosse-Tour elle-même, et sans doute au terrain qui l’entourait. Le roi Philippe-Auguste avait donc choisi cet emplacement de préférence à un autre, peu éloigné, que les rois possédaient ou avaient, possédé dans cette région, et sur lequel se trouvait le château du souverain. Nous n’avons point encore rencontré de documents certains touchant cette propriété royale, mais nous espérons, dans la suite de nos recherches, arriver à les rencontrer (2). Poulie présent, il suffit cpie l’existence de cette propriété ait autorisé quelques savants à supposer que c’était le terrain du Louvre.
D’accord en cela avec M. Berty, nous regardons comme certain que le château a été créé par Philippe-Auguste, de terrain acquis, et par conséquent sur une étendue assez restreinte; mais nous pensons que la Grosse-Tour existait déjà, avec son large fossé, et faisait partie du système de défense que les attaques des Normands, notamment celle de 866, avaient amené à établir sur la rive droite de la Seine.
Si l'on veut bien se rappeler que les Normands se maintinrent assez longtemps dans le camp retranché qui s’appuyait sur Saint-Germain-le-Bond et le petit bourg qui l’entourait alors; si l’on réfléchit au nombre de guerriers que suppose un séjour si longtemps prolongé au cœur du pays ennemi, de telle sorte que l’on ne put se débarrasser de leur présence qu’à force d’argent, on comprendra qu’il n’y a rien d’impossible à supposer qu’ils aient songé à établir, en avant de l’église qui était leur principale défense, un camp avancé, retranché et muni d’une tour. Nous ne prétendrions pas affirmer que cette tour, contemporaine des Normands, fût précisément celle du Louvre, au moins quant aux substructions; mais il nous paraît très-naturel que les Parisiens ou leurs Comtes, instruits par la difficulté qu’ils avaient eue à déloger les Normands de ce point stratégique, aient pensé, après le départ des ennemis, à utiliser leurs travaux et à les compléter, en réparant ou en augmentant les fortifications que ces envahisseurs avaient établies en cet endroit.
On aurait tort de croire que, même à cette époque reculée, la rive droite fût sans habitations. Quand nous arriverons à décrire ces régions de la Ville de Paris, nous donnerons la preuve qu’il y existait un certain nombre de bourgs populeux
11 Voir p. 132 et la description du vieux Louvre dans le premier volume, p. 129 et suiv. — {!) Voir, p. 2 (t. I), le fief de Fromenlel.
appelés le bourg l’Abbé, le bourg Thiboust, le bourg Saint-Éloy, etc.; que ces localités, avec d'autres plus éloignées situées sur le chemin de Saint-Denis, et en suivant la grande voie gallo-romaine qui se dirigeait au nord , étaient les principaux centres d’approvisionnement delà ville pour les produits maraîchers, et qu'il importait de les mettre à l’abri des dévastations des ennemis d’alors, qui venaient habituellement par le bas de la rivière. On avait bien élevé le Châtelet, cette première bastille de l’ancien Paris, qui défendait la partie occidentale de la première enceinte de ce côté et qui devint tête de pont, mais ne le fut sans doute pas d'abord, puisque la direction de la grande voie impliquerait la préexistence d’un pont quelconque sur son parcours, c’est-à-dire du pont Notre-Dame. Ce qu’il y a de certain, c’est que cette bastille n’avait pas suffi en 866.
On songea donc d’abord à protéger le côté le plus souvent menacé, comme plus tard on plaça la Bastille sur le point par où l’ennemi se montrait à cette époque, et l’on se servit pour cela de la tour normande. Peut-être la' répara-t-on sans l’accompagner de défenses autres que les fossés qui demeurèrent si longtemps apparents autour de l’église Saint-Germain. Si les traces des fossés entourant le camp avancé, sur l’emplacement du Louvre, n’ont point subsisté, si elles n’ont pas été reconnues, cette circonstance est due aux travaux considérables qu’entraîna immédiatement la construction de la forteresse du Louvre et de ses abords. Il est probable que Philippe-Auguste n’aurait pas fait, autour du Donjon, un fossé aussi large, s’il n’en avait point existé un auparavant.
L’inspection des matériaux formant le soubassement et le talus de la Grosse- Tour ne saurait infirmer la valeur des faits qui viennent, comme nous venons de le montrer, appuyer l’opinion selon laquelle la forteresse, ou au moins l’une de ses parties, aurait une existence antérieure à l’époque de Philippe-Auguste. Nous ferons remarquer que les pierres dont on s’est servi pour construire Paris, à peu près dans toutes ses parties, et précisément avant le xin° siècle, sortent exclusivement des vastes carrières de la rive gauche, qu’on appelle aujourd’hui les Catacombes, et que le système de construction des soubassements et fondations, du ixe au xiuc siècle, est à peu de chose près le même, par la raison que les carriers tiraient le banc courant, que les tailleurs de pierre débousimienl leurs lits de la même façon pour les mêmes matériaux, et qu’on posait la pierre en plein mortier, parce qu on ne faisait point de parpaings, à cause de l’énorme épaisseur des murailles : on bâtissait en massifs parementés et rejointoyés. On ne peut donc distinguer sûrement l’âge des monuments de cette période que par les murs en élévation ou les moulures; la taille et la pose courantes sont les mêmes. Plus tard, les communications devinrent plus faciles, soit par eau, soit par terre; les pierres des carrières plus éloignées, Saint-Leu ou Tonnerre, commencèrent à arriver à Paris, et contribuèrent à changer le mode de construction. Peut-être aussi les carrières de Paris ne fournirent-elles plus des blocs suffisants pour l’objet que se proposaient
Origines du terï sur lequel le Louvre est bâti
les maîtres des œuvres. Quoi qu’il en soit, il est certain que l’appareil devint plus fort, plus régulier, et que la nature de la pierre permit de faire des joints moins apparents; même avec les matériaux des environs immédiats de Paris, on parvint à obtenir des parements parfaits. Ces observations, tirées précisément de l’inspection des soubassements de la Grosse-Tour et de la contrescarpe de son fossé, ont pour but de faire voir que l'état de ces substructions ne serait point une preuve inattaquable du peu d’ancienneté relative des parties dégagées sur trois ou quatre points. En construisant la Tour-Neuve, on peut avoir utilisé le soubassement et donné une plus grande hauteur à l’édifice.
Une autre remarque vient corroborer notre opinion sur la probabilité de la préexistence de cette tour au château de Philippe-Auguste : c’est que l’ensemble du soubassement est un massif sans autre vide que le puits et la fosse du retrait. Il est bien certain que ce parti pris, pour l’établissement des fondements de l’édifice, n’a pas peu contribué à empêcher le tassement.
M. Berty fait remarquer plus haut (p. ia3) que Pierre Lescot, quand il éleva l’aile occidentale, dérasa en partie les fondations, ou plutôt le parement du talus extérieur; il ajoute qu’on a trouvé des restes de murs anciens, ainsi que des matériaux moulurés employés dans la nouvelle construction et provenant du vieux bâtiment de la fin du xu° siècle. Cette constatation d’un fait très-ordinaire au moyen âge vient encore à l’appui de l’opinion générale sur l’antiquité de certaines parties du vieux Louvre, notamment de la Grosse-Tour. II est évident que, si le constructeur de la tour a procédé comme Pierre Lescot, les anciens matériaux n’ayant pas de moulures, on aurait peine à faire l’observation que suggère l’état d’un bâtiment dont l’origine est connue.
En résumé, il nous paraît plus que probable que la Grosse-Tour, et son fossé au moins, étaient antérieurs à Philippe-Auguste. Ce prince aurait donc relevé un édifice ancien, d’une solidité reconnue, et l’aurait entouré des bâtiments et courtines de sa forteresse.
Nous avons déjà dit tout, à l’heure que le terrain sur lequel la Grosse-Tour du Louvre était bâtie n’était pas un fonds royal M. En effet, il appartenait aux censives de Saint-Denis-de-la-Chartre dans la Cité; le reste du terrain était sur la censive de l’Évêque. Notre intention n’est pas de reproduire ici les excellents renseignements donnés par M. Berty dans son premier volume, mais seulement de faire voir que l’intention du roi Philippe, en construisant ce château , était bien d’élever une forteresse de défense, et non un palais pour sa résidence. En effet, dans le système féodal, où tout reposait d’abord sur la propriété réelle et effective, on ne comprend pas bien comment cette Tour du Louvre, de laquelle
Voir t. 1 , p. 11 6.
relevaient les grands fiefs de la couronne de France, dans laquelle les grands vassaux venaient rendre foi et hommage au suzerain, ne fût point bâtie sur un fonds libre et déchargé de toute redevance. Aussi le roi transporta-t-il cette redevance (témoignage remarquable de respect pour la coutume féodale) sur la recette de Paris; mais les censives de Saint-Denis-de-la-Chartre, malgré ce transport, continuèrent à exprimer l’origine de la redevance. Ainsi un article spécial mentionne encore, en i5Ao, la Tour du Louvre dans la censive® de cette église. Nous insistons sur ce point important, parce qu'il confirme notre opinion sur les causes qui firent choisir ce lieu, placé dans les mêmes conditions que tous les autres terrains occupés parles fortifications et fossés constituant l’enceinte de la Ville, et pour lesquels la coutume était qu’on indemnisât les seigneurs de la perte de leur censive. C était une véritable expropriation pour cause d’utilité publique, et les bourgeois de la Ville étaient chargés, moyennant une certaine indemnité, de construire ces murailles qui étaient destinées à leur défense. Les rois n’avaient pas un palais au Louvre à cette époque; terrain et construction, tout était disposé pour un usage public, exactement comme le fut plus tard la Bastille; mais, pour cette dernière, il n’y avait pas de donjon, de Tour de l'hommage. Le Louvre remplissait alors celte fonction, de préférence même à la Tour du Palais de la Cité. Nous ne connaissons pas un autre exemple d’une dérogation pareille aux us et coutumes des temps féodaux. Il est à croire qu’on n’y voyait aucun inconvénient, parce qu’il s’agissait du lloi d’abord, et ensuite d’un édifice de défense publique.
Nous n entrerons point dans de plus grands détails sur la Grosse-Tour, dont une description suffisante existe dans le premier volume de cet ouvrage; nous continuerons seulement à expliquer les parties de substructions rencontrées dans les fouilles, et qui peuvent élucider les questions relatives à l’état de ce monument, aux différentes époques de son histoire.
Pour ne pas quitter le Donjon de Philippe-Auguste, nous chercherons, après M. Berty ( Notice sur les fouilles, p. 122 et 12 3), où devait se trouver le pontlevis qui donnait primitivement accès à la Grosse-Tour. Que l'on conteste ou non i ancienneté de cette partie de la forteresse du Louvre, que les recherches n’aient
tait rencontrer la pile du pont-dormant
(l Nous lisons en effet, au folio vm verso d’un Ccnsier de Saint-Denis-de-la-Charlre pour l’année 1 54o, ce qui suit :
«•Le Recepveur de Paris pour Je Roy nostre Sire ff Doibt par chascun an aud. Prieur à cause de la "Grosse Tour du Louvre au jour et Teste monsr " Sainct Jehan Baptiste , pour cens et fondz de terre , "trente solz par.
"Pour ce . . xxx s. p. n
ni au midi ni au nord, il n’en est pas
Voir aux Appendices ci-après la copie de l’article entier pour la rue d’ Autruche.
Nous devons la connaissance de ce Censier à l’obligeance de M. Saint-Joanny, archiviste du département de la Seine. Ce volume, écrit sur papier et couvert en parchemin, est coté 1182. M. Rerly n’en avait point eu connaissance, mais il avait, comme on le voit, compulsé les plans et cueilloirs des Archives de l’Empire.
Le pont-levis de
la Grosse-Tour.
moins indubitable qu’il existait un pont-dormant en maçonnerie dun côté ou de l’autre. Dans quelques forteresses, le donjon étant le dernier refuge, et, de plus, la représentation matérielle du pouvoir seigneurial , la Terre solariega, comme disent les Espagnols, il arrivait souvent que l’entrée, et conséquemment le pontlevis, étaient placés du côté opposé à l’entrée principale : c'était une disposition de sûreté. Dans cette hypothèse, on pourrait supposer que cette entrée se trouvait exactement sous l'arche de passage de l’aile de Charles V au Donjon, c’est-àdire dans la direction du nord, vers la tour appelée du Milieu. Cependant nous inclinons à penser que ce pont se trouvait à l’endroit où la contrescarpe a conservé ces lancis irréguliers que M. Berty renonce à expliquer ( Notice , p. 122). parce que les pierres brutes ne lui paraissent pas susceptibles d’être travaillées. La même difficulté lui apparaît à propos de l’amorce brute d’encorbellement qui se trouve dans le talus même du Donjon en face de la première construction. Pour nous, puisque l’existence d’un pont-levis est certaine parce qu’un tel ouvrage est indispensable, nous n’hésiterons pas à voir en cet endroit les restes du pontdormant vers la contrescarpe, et de l’encorbellement de la charnière du pont-levis vers la Tour. Le mode de construction de cette époque ne s’oppose pas du tout à laisser supposer que ces caillasses, difficiles à arracher, étaient noyées dans un massif parementé comme d’habitude, et quelles étaient demeurées après le comblement des fossés. Ces parties, même examinées avec attention, pourraient être attribuées, avec, quelque raison, à la construction tout à fait primitive, c’est-à-dire antérieure à l'époque de Philippe-Auguste.
Quant aux diverses parties accolées à ce massif principal, nous ne pouvons que répéter ce que nous avons dit plus haut dans la note de la page 1 20 : elles ont dû faire partie d'un système de couverture du fossé, pour remédier à l’exiguïté de la cour, après la construction des ailes plus récentes. Pour ce qui regarde l’absence complète de traces de la pile de retombée du pont-dormant en maçonnerie, il est difficile de l’expliquer d’une manière satisfaisante, tout en reconnaissant que la largeur du fossé empêche de croire à la non-existence de cette pile. En suivant les indications des arrachements de la contrescarpe du midi, et encore le commencement de cintre qu’on voit dans l’élévation de cette partie, nous aimerions mieux dire que le fossé intérieur, avant l’époque de François I" . et même bien auparavant, a été asséché comme les autres, et que des constructions d’un usage inconnu, mais à peu près semblables à celles que l'on a accolées à divers côtés du palais jusqu'à des époques 'relativement modernes, ont été élevées dans les fossés et ont amené la destruction de la pile du pont. Le tablier de ce pont aurait alors été supporté par des refends de locaux établis sous le passage, qui n’était plus fortifié à l’époque où l'accès du Donjon était praticable par l’arche de passage de l’aile de Charles V. Nous livrons cette explication pour ce qu’elle vaut; elle nous semble avoir pourtant un certain degré de probabilité.
Pour déterminer l étal du château du Louvre dans les premières années de son existence, il importe de connaître d’abord l’étendue de terrain qu’il occupait, ensuite l'existence et la grandeur des fossés extérieurs.
Sauvai indique quatre entrées du château, placées au centre des quatre faces. Il nous semble certain , et le raisonnement vient appuyer notre assertion , que l’édifice primitif ne pouvait comporter que deux portes, l’une au midi, l’autre à l’orient; elles sont très-manifestement accusées par les tours géminées qui ont toujours existé sur ces deux faces. Pour les deux autres portes, il est bien certain qu’aussitùt que les terrains de l’occident, occupés par l’artillerie, et ceux du nord, occupés par les jardins, furent joints à la forteresse, on établit des guichets, on poternes de communication, munis de ponts volants. Mais cela n’eut lieu que postérieurement au premier établissement du château.
Les questions relatives aux fossés extérieurs du château du Louvre, aussi bien qu’à ceux de l’enceinte de Philippe-Auguste, ont suscité de graves discussions. L’origine de ces démêlés, qui datent delà fin du xvu' siècle et du commencement du xviii", est dans les intérêts rivaux de la Ville et de l’archevêque de Paris, ou decertains propriétaires de terrains ayant été occupés par l’enceinte de Philippe- Auguste11'. Ce fut l’objet de nombreux mémoires fort bien faits et appuyés de nombreuses pièces, mais au milieu desquels il faut s’avancer avec précaution, parce que ces mémoires présentent les faits les plus clairs sous le point de vue le plus favorable à la cause qu’ils servent, et en font ainsi une interprétation trop passionnée.
Pour nous, qui les avons parcourus sans partialité et qui comptons en tirer un parti fructueux dans l’histoire topographique des enceintes de Paris, partie intégrante de cet ouvrage, nous y voyons une probabilité : c’est que l’enceinte et le château étaient entourés de fossés secs ou noyés. Du côté qui nous occupe spécialement, c’est-à-dire sur la rive droite du fleuve, nous ne voyons aucun obstacle à ce que les fossés aient été creusés en même temps que les murs étaient construits, et nous croyons qu’on en creusa dans les parties où existaient et furent conservées certaines portions des murailles sarrasines. Que si l’on nous demande où était prise l’eau destinée à les remplir, nous répondrons que les sources et ruisseaux qui fournirent l’eau plus tard aux fossés de Charles V, à ceux du Temple, à ceux de Saint-Martin, et qui allaient se rendre dans le fleuve, par une pente naturelle, soit à Chaillot, soit, comme nous l’avons dit dans la note précitée, aux environs des Tuileries, pouvaient parfaitement alimenter les fossés de l’enceinte de Philippe-Auguste et les fossés du Louvre. 11 ne faut pas s’étonner que les traces de ces fossés aient disparu. Dans une ville dont les accroissements étaient aussi rapides, surtout sur la rive droite, qu’y a-t-il détonnant à ce que
!l) Voir les mémoires relatifs à l'hôtel de Soissons la porte Saint-Victor. (Topographie , Ville de Paris, et aux murs s’étendant de la porte Saint-Bernard à t. II, Bibl. de la Ville. G. 33 1 h.)
Ajr.-inilisscincnls
de Pliilippe-Augusle.
[.es fossés.
des dégradations et même des envahissements aient eu lieu? Les écluses et vannes de retenue elles-mêmes pouvaient se détériorer et laisser à sec tout ou partie des fossés; mais on rencontre partout les traces de leur existence. On trouve encore, rue du Petit-Reposoir (aujourd’hui rue Pagevin, près de la place des Victoires), passage du Commerce et cour de Rohan ou de Rouen, sur la rive gauche, des marques sensibles d’un exhaussement et d’une dépression du terrain, exactement comme on distingue partout les remblais de l’enceinte bastionnée. Du côté du quartier Saint-Paul et du Marais, on trouverait les mêmes indices, si le terrain n’avait point été bouleversé; mais, à mesure que Paris se transforme, ces vestiges tendent à disparaître. Il en était de même au moyen âge, à mesure qu’on abandonnait les anciennes enceintes englobées dans les maisons et qui ne se laissaient voir qu’à la traversée des rues. Les fossés du Louvre pouvaient donc et devaient exister dès la construction du château; pour les creuser, on dut faire usage des tranchées sèches ou noyées établies par l’armée normande autour et en avant de Saint-Germain-l’Auxerrois.
Quelle était la forme de ces fossés? Les fouilles l’ont montré : c’était une contrescarpe simple et droite, suivant, dans son développement, la ligne générale du quadrangle. La vidange des fossés se faisait dans le fleuve, en aval et peut-être aussi en amont du mur d’enceinte. Supposer, comme le fait M. Berty (t. I, pi. 1 4o), qu’il fallait faire monter artificiellement l’eau de Seine à 6 mètres au-dessus de son niveau de vives eaux pour noyer les fossés, c’est chercher bien loin ce qui est tou I naturel , quand on admet l’existence des anciens fossés d'enceinte. C’est cette préoccupation de suivre certaines opinions un peu cherchées et quelquefois issues d un intérêt particulier, comme on le voit dans les Mémoires de la topographe de Paris dont nous avons parlé plus haut, qui a entraîné M. Berty à faire de la tour de l’Engin une sorte de pompe élévatoire, au lieu de la considérer tout simplement comme l’abri ou la défense d'une vanne de décharge. Nous avons entendu dire, comme notre prédécesseur, qu’en reprenant les soubassements de la Petite Galerie , on avait rencontré des traces de terrains lavés par les eaux, mais nous avons compris que ce canal passait à ciel ouvert, en avant de la façade orientale de celte galerie et au pied de la tour dont les vestiges existent encore derrière les murs de ce soubassement. M. Berty affirme que ce canal passait sous la tour dite de l’Engin, et il importe fort peu que ce fût à 5 ou 6 mètres de plus ou de moins dans cette même direction : la vérité est qu’à toutes les époques il servait de décharge aux fossés du château, et qu’on trouve une preuve irrécusable de ce lait dans l’arche ou les arches (car il y a doute) qui portaient la galerie de passage communiquant du pavillon d’angle du sud-ouest à la Petite Galerie dite des Antiques ou de Charles IX. Rien n’empêche donc de croire, au contraire, que ce canal sec ou rempli d’eau suivait le bas du soubassement de cette galerie. Quant à l’égout de 1 ’arche d’Autriche, placé dans la rue de ce nom et derrière le mur d’enceinte, d
servait à laisser échapper les eaux de cette rue et du quartier, comme toutes les arches semblables qui se trouvaient le long de la berge de la rivière, pour faire passer le chemin du bord de l’eau.
En résumé, les lossés entouraient le quadrangle et se vidaient dans la Seine par le canal suivant la Petite Galerie; la retenue des eaux se faisait au moyen d’un vannage placé dans la tour de 1 Engin ou à côté, et à l’intérieur des défenses; et cette tour pouvait servir de poste avancé à la forteresse. Cette description est simple et claire, et tous les textes peuvent s’y adapter. A cette époque, il ne faut point 1 oublier, on ne dépensait que les sommes absolument nécessaires, et l'on profitait de toutes les eaux qu’on pouvait utiliser économiquement. Les coudes indiqués par M. Berty pouvaient bien provenir des anciennes tranchées faites pour la défense du bourg de Saint-Germain-le-Rond, avant l’établissement du château de Philippe-Auguste.
Nous ne proposons pas d’autres additions ou rectifications au texte du premier volume de M. Berty. Les acquisitions successives qui formèrent les jardins et les autres dépendances du château y sont indiquées. Nous nous bornerons à dire que ce fut à l’époque où eurent lieu ces acquisitions qu’on établit des poternes et des ponts volants à 1 occident et au nord pour permettre l'accès du château. Ainsi se justifie l’indication de quatre portes donnée par Sauvai.
Le château, comme habitation royale, dut demeurer assez longtemps inachevé; i:poq cette circonstance ressort de toutes les mentions faites par les historiens , et elles sont assez rares. Une partie des bâtiments fut assurément complétée et appropriée à 1 habitation par saint Louis, qui a laissé son nom à l’une des salles. Il est certain, en outre, que les deux ailes formant l’angle du château, vers l’occident, furent celles sur lesquelles se portèrent les ellorts et les dépenses des rois de France. Nous ne pouvons que renvoyer pour ces détails ù la citation du texte de Sauvai, transcrite par M. Berty (t. I, p. i 5 3 et suivantes)
Philippe de Valois, vers 1 3 3 3 , fit l’acquisition d’une grange vers la rue Fromenteau, afin d'y placer sa ménagerie de bêtes féroces.
Le château ne reçut ensuite que des réparations de simple entretien, et certaines parties étaient dans un grand état de délabrement quand Charles V chargea I architecte Raymond du Temple de faire de ce château un palais destiné à être habité par la cour, puisqu’il avait 1 intention de remplacer cette forteresse par la Bastille, qui devait être placée à l’autre extrémité de Paris, vers le faubourg Saint- Antoine.
Nous allons lâcher de dire en quel état se trouvait le château du Louvre à 1 époque de 1 avènement de Charles V. Le quadrangle existait tout entier avec. 1 les deux ailes en équerre du côté occidental. Peut-être la porte orientale était-elle
alors munie d’un bâtiment en arrière et d’appentis de service, de chaque côté. A l’occident sc trouvait un terrain occupé par des jardins ou des magasins de munitions d’artillerie, lequel allait rejoindre les jardins, ornés de tonnelles et de berceaux, qui venaient se terminer aux maisons de la ruelle parallèle à la rue Saint- Honoré, sur laquelle le jardin avait une petite porte de sortie. Le Donjon était demeuré isolé au milieu de la cour, et tout l’accroissement donné aux bâtiments consistait en quelques appropriations de salles et de chapelles, grandes et peti Les dues au roi saint Louis.
Il ne faut point pas-er sous silence la mention d'une propriété qu'aurait possédée Philippe-Auguste dans les environs du château du Louvre. De Lamare en parle dans son Traité de la Police, tome I, page 9/1, et l'a figurée dans son plan particulier de cette époque. Piien n'est venu nous prouver l’existence, à cet endroit voisin de la rue Saint-Honoré et de l’emplacement postérieur des Tuileries, d une maison royale quelconque; et pourtant nous nous étonnerions qu'un homme savant et si bien posé pour se renseigner, comme l’était De Lamare, ait affirmé sans motif plausible un fait de cette nature. Du reste, à l’avénement de Charles \ , il n’est plus mention de ce terrain. Un seul doute reste dans l’esprit : on a construit, de ce côté, plusieurs rues qui existaient au temps de Charles V et qui sembleraient exclure toute propriété un peu importante, autre que le Louvre et la Petite-Bretagne. M. de Clarac a supposé, dans sa restitution du nouveau Louvre, que les bâtiments situés dans l’angle sud-ouest du quadrangle, sur l’emplacement du Pavillon du Boi et près de la Pelite Galerie, étaient les parties les plus anciennes du Louvre et avaient porté le nom de château du Bois. Il n’apporte aucune preuve acceptable de cette assertion , et l’opinion de De Lamare serait plus fondée, puisque, selon lui, les dépendances de ce château se seraient étendues jusqu’à 1 endroit où s’élevèrent depuis les Tuileries, et où l’on sait que se trouvait nue maison de plaisance fréquentée par les princes et leurs familles. 11 se pourrait ainsi qu’on eût confondu avec une maison de plaisance le clidleau de Boys , mentionné page 162, tome 1, par M. Bertv. Notre but n’étant pas d’entrer dans la discussion de ce point ih: topographie non encore élucidé, nous nous bornons à continuer la description de l’état du vieux Louvre à cette époque.
A l’avénement de Charles V, les tours d’angle, celles des milieux et des portes, étaient crénelées. 11 est à croire qu’une tourelle coiffée d’un comble eu poivrière sortait de la partie supérieure de la terrasse crénelée, et ne dépassait point la hauteur d’un étage, puisque ce fut Charles V qui suréleva les bâtiments d’habitation du Louvre. Nous pouvons aussi supposer, par les autres exemples contemporains, qu’à la hauteur des courtines régnait une terrasse ou promenoir crénelé, notamment du côté de l'occident, où la muraille avait une épaisseur énorme. Aux angles des tours et des bâtiments s’élevaient de légères vis d’escaliers desservant les tours et les habitations, et à côté se détachaient quelques souches de chemi-
nées. Ou remarquait peu de baies sur le dehors, sauf pour les appariements exposés au midi, entre la porte principale et la tour de l’angle sud-ouest. Dans les façades de la cour avaient été pratiquées des ouvertures plus larges et plus grandes, mais toujours sobres d’ornements. L’aspect du château était plutôt sévère qu’agréable, et tout y avait été sacrifié aux besoins de la défense. A cette époque déjà, la façade méridionale, en avant des fossés extérieurs, était précédée de jardins ou de basses-cours avec un mur bordant le chemin du bord de l’eau entre la porte du Louvre (près de la tour du Coin, sur la berge du fleuve) et le clidteau de Boys ou tour de Bois, assise également le long de la Seine, vers la campagne.
C’est alors que Charles V résolut d’achever ce palais, pour y habiter aussi bien qu’à l’hôtel de Saint-Paul, réservé pour les grands esbattemens, et qu’il confia à Raymond du Temple la direction de l’œuvre de la maçonnerie au château du Louvre.
Sommaire. — Charles V fait construire faite septentrionale du Louvre. — il élève d un étage certaines parties du château. — Raymond du Temple, architecte. — Le Passage au Donjon. — La Grande-Vis. — La Galerie en encorbellement sur la contrescarpe. — L’état du Louvre après Charles VI. — François Ier rase la Grosse-Tour. — Ses projets de reconstruction totale. — Pierre Lescot entreprend la reconstruction du Louvre. — Comparaison du plan de Chirac avec le plan réel restitué d’après les fouilles. — Conclusion.
Aussitôt que Charles V, le grand bâtisseur, eut résolu de faire de la vieille for- c teresse sa résidence habituelle, il entreprit d’élever une aile magnifique, exposée au midi et adossée à la courtine septentrionale vers les jardins; en même temps il appropriait les autres locaux anciennement habités par les rois, ses prédécesseurs. Noire but étant seulement d’interpréter les vestiges trouvés dans les fouilles, objet propre de ce travail, nous n’avons point à décrire, si ce n’est très-succinctement, les parties recouvertes par les ailes construites sous François Ier, Henri II et leurs successeurs. M. Bcrty en a fait, d’après Sauvai et d’autres historiens, une description à laquelle nous renvoyons le lecteur!1'. Les planches détaillées qui accompagnent le texte de M. Berty, et ce texte lui-même, suffiront pour justifier la restitution que nous allons entreprendre.
En jetant les yeux sur la vue du Louvre tirée du tableau de l’abbaye de Saint- Germains-des-Prés et placée dans le premier volume de cet ouvrage, à la page 1 AG , on remarque, à gauche de la grande porte d entrée, deux étages au lieu d un seul indiqué à la droite de cette même porte; les baies de croisées sont longues et étroites, avec un simple meneau transversal, qui suppose un châssis du bas pour jouir de la vue du dehors, et un châssis du haut pour donner de l’air aux apparte- 111 Voir t. Ier, p. 1/17 et suiv.
liarlesV fait construire l’aile septentrionale du Louvre.
Il élève d’un étage certaines parties du château.
ments. Le second étage, ajouté par Charles V, paraît avoir été destiné à ce qu’on appelait des galetas, où logeaient les gens de service, à proximité des chambres de leurs maîtres. Quant à la silhouette que donnent les saillies des toits, dont les tou¬
relles séparées sont couronnées de poivrières et ornées de poinçons et de girouettes en fer évidé et doré, elle est des plus élégantes et des plus pittoresques. Nous ne
pensons pas que le grand toit du milieu eût cette forme; mais il est probable que la partie postérieure du massif central de cette porte était couronnée d’un toit aigu à pignon, comme on le voit dans tous les édifices de ce genre à celte époque.
Charles V fit donc surélever d’un second étage la partie occidentale, et élever plusieurs vis d’escalier dans des tourelles aux angles de la cour intérieure. La planche dont nous venons de parler laisse voir la pointe d’une de ces vis, entre la Grosse-Tour et la tour de l’angle sud-est du château. Cette vis était placée à l’angle intérieur, du même côté.
L’architecte du Roi était alors Raymond du Temple, dont M. Berty a esquissé une courte biographie (t. I, p. i 5 1 ) , en y plaçant tous les renseignements dont il pouvait alors disposer, et un fac-similé du sceau de ce maître des œuvres. Outre les édifices donl Raymond du Temple est reconnu l’auteur, et qui ont tous disparu, nous en avons découvert un autre qui ne lui était poinL attribué jusqu’ici, et qui sullira pour justifier les éloges qu’on donnait au talent de cet architecte. Le musée paléographique nouvellement installé aux Archives de l’Empire possède un registre, coté II ay85*, ayant appartenu au collège de Beauvais et contenant les comptes de 1877 à i38a W relatifs à la construction du bâtiment principal de ce collège. A la fin d’un état de ce registre, nous avons trouvé la signature originale de Raymond du Temple, apposée à côté de celles du supérieur et du procureur du collège. Nous la donnons ici :
Dans un autre registre du même établissement, coté M.M. 355 des Archives de 1 Empire, nous avons rencontré, après le testament et l’inventaire du cardinal
Jean de Dormans, fondateur, tous les comptes de la construction de la chapelle
du collège, qui existe encore dans la rue Saint-Jean-de-Beauvais , et qui est occupée par un couvent de RI’. Dominicains!2). L’architecte qui conduisit les travaux ,
(,) Nous devons la découverte de ce document à
en ce moment à écrire une histoire du collège, qui a bien voulu nous indiquer l’existencede ces comptes peu connus.
M. A. de Boislisle.
(2) C’est le R. 1\ Chapotin, dominicain, occupé
de 1370 à J 385, fut Raymond du Temple; dans un rapport, il s’exprime ainsi : aRaymon du Temple, maçon juré de l’église de Nostre Dame de Paris, savoir ce faisons que le ijc jour de mars cccmj" et ij fu marche fait en tache a Michel " Salmon , 11 etc. Voici comment on le désigne dans le registre de ces comptes du collège : tr Maistre Raymond, maistre des œuvres du Roy.*
Raymond du Temple, ayant commencé en i36a les constructions du Louvre de Charles V, dut apporter dans la direction et l’exécution des deux édifices le même style et la même méthode. C’est, du reste, ce qui ressort de la comparaison qu’on peut faire aujourd’hui entre les substructions du Louvre et la chapelle du collège de Beauvais. La construction de cette chapelle suivit de près la mort de Jean de Dormans, cardinal, évêque de Beauvais, chancelier de France, favori de Charles V, et bâtisseur comme lui. Nous n’avons pas l’intention d’entrer dans les détads que renferment les comptes du collège et qui ont rapport au degré d’autonté appartenant alors à l’architecte sur la direction des travaux; ces détails, comme ceux du devis et des règlements de Raymond du Temple, trouveront mieux leur place dans la description du collège de Reauvais. Quant à présent, nous ferons seulement observer (ce qui confirme une opinion exprimée par M. Berty sur la direction effective imprimée aux travaux des Tuileries par Catherine de Médicis) quau moyen âge l’influence personnelle de celui qui faisait bâtir était toutepuissante en ce qui concernait la distribution des édifices et leurs dispositions générales. Le maître des œuvres intervenait bien pour l’exécution matérielle et les nécessités de la construction, mais il subissait forcément la volonté de celui qui 1 employait. C’est peut-être à cette circonstance que nous devons attribuer les tours de force, soit de construction, soit d’ornementation, que nous remarquons dans certains monuments, et nous 11e croyons pas nous tromper en affirmant que Charles V dut mettre plus d’une fois la main aux croquis des plans des bâtiments neufs du Louvre.
Une autre remarque nous paraît avoir son importance: s'il est vrai que l’architecte, maître de la maçonnerie, était le véritable architecte, dans le sens que nous donnons à ce mot aujourd’hui, et cela uniquement parce que la maçonnerie entrait pour la partie principale dans l’œuvre d’un bâtiment, il avait néanmoins à son côté le maître de la charpenterie ; au collège de Beauvais, c’était Jehan de Chartres. Peu de temps après, durant le xvcet le xvic siècle, les maîtres charpentiers devinrent les uniques directeurs des œuvres entières, qui étaient des maisons en pans de bois. Sous cesdeuxprincipauxmaîtrestravaillaientles maîtres maçons, avecleurs équipes d ouvriers. On toisail et i’011 payait à mesure; cette opération du toisage était faite conti adictoirement par 1 architecte en personne et les maîtres maçons, avec l’intervention d autres maîtres jurés à ce congnoissam. Le devis général de la maçonnerie était dressé et rédigé par 1 architecte, et, au collège de Beauvais, il est dit que maître Raymond se rendit en place de Grève, lut le devis à haute voix aux ou-
ÜO .
Le Passage au Donjc
vriers qui s’y trouvaient, en leur demandant de signer 1 engagement d exécuter le travail selon les prescriptions de ce devis.
Pour revenir à la description spéciale de l’aile septentrionale du Louvre, dont les substructions ont été retrouvées entières, mais dérasées à environ soixante centimètres en contre-bas du sol de la cour (voir p. 1 1 1) , nous ferons remarquer que le niveau du sol du rez-de-chaussée de cette aile a été nécessairement élevé audessus du sol delà cour, et cela d’une manière notable, puisque toutes les distributions rencontrées dans les fouilles n’ont donné que des locaux restreints, sans parements, présentant tous les caractères de caveaux et de dégagements de service. En étudiant avec attention les planches relatives à ce côté des fouilles (p. ni, i 1 5 , 1 1 8 et î î g), on voit que le peu de distance existant entre la courtine septentrionale du château et la contrescarpe du fossé du Donjon obligea l’architecte à reprendre et à raccorder le mur de cette contrescarpe, afin de donner plus de lorce et de résistance aux murs du bâtiment qu’il avait à construire. 11 éleva donc, du fond du fossé, une ligne de contre-forts en maçonnerie , destinés à porter la galerie de communication qui devait faciliter l’accès des salles, de la Grande-Vis d escalier et du Passage au Donjon. On ne peut que faire des suppositions sur ce que devait être la disposition architecturale de celte façade intérieure; et cependant, en tenant compte du niveau surélevé du rez-de-chaussée, delà saillie des contre-forts des parties de moulures qu’on y distingue et qui forment les bases d’un encorbellement, on comprend immédiatement qu’une saillie plus ou moins forte sur le fossé devait dégager la galerie de communication et faciliter le passage. On peut se figurer aussi que, selon la coutume de l’époque, chaque contre-fort déterminait une portée de poutre ou de retombée de voûte, et que l’ensemble du bâtiment se divisait par conséquent en dix travées, de fond en comble. La galerie devait passer en avant du mur parallèle à la courtine, et s’avancer en encorbellement sur les contre-forts reliés au grand mur de la contrescarpe. Cette disposition diminuait d’autant la distance à franchir pour atteindre la Grosse-Tour, et y jeter l’arche du Passage qui entrait dans le programme imposé par le Roi.
Comme M. Berty l’a indiqué dans sa Notice sur les fouilles, il est indubitable que les deux contre-forts du centre de la façade, dont 1 un présente, dans sa partie supérieure, la naissance d’une colonnette polygonale posée sur le dos d un larmier, du côté du massif de la Grande-Vis, et dont l’autre, au même niveau, est garni des moulures d’un encorbellement ainsi que de la base semi-circulaire d une vis de petit escalier, étaient les culées de l’arche qui , franchissant le fosse, allait s’appuyer à la muraille de la Grosse-Tour. On n a pas trouvé de traces des retombées, et nous comprenons ce fait puisqu elles devaient être placées plus haut que le rez-de-chaussée. L’écartement de 7 mètres (21 pieds) au plus, qui existe entre
la paroi de la cour et les conlre-forls de culées, du côté du bâtiment, n’est pas un obstacle ;\ la construction d’une arche unique, même en pierre. Ce qui est certain, c’est que l’on n’a rencontré aucune trace d’une pile du milieu. Nous avons placé ci-après, pour élucider la description de la Grande-Vis laissée par M. Berty, un plan en simple tracé, qui comprend la partie centrale du Passage; il ne nous paraît pas nécessaire de tenter une restitution plus complète, qui entraînerait des coupes et des élévations hypothétiques, et nous ferait sortir des limites tracées par les fouilles. L’existence de ces parties importantes du bâtiment de Charles V est incontestable; les fouilles ont montré quelles étaient les bases réelles de ces parties ; notre rôle se borne à placer sur ces vestiges les constructions décrites, et à démontrer que c’est bien à la place que nous indiquons, et non à une autre, que pouvaient s’élever le Passage et la Vis, avec les dimensions données par Sauvai. D’ailleurs, les personnes versées dans l’étude de l’architecture de cette époque comprendront parfaitement qu’il est difficile de restituer un édicule placé en encorbellement sur un pilier dont on n’a que la base. Il faut s’en rapporter à la description de Sauvai et l'ajuster sur les substructions révélées par les fouilles. Nous n’avons pu tenir compte de la construction postérieure placée à droite du Passage, et qui n’était pas lice à la maçonnerie; elle n’entrait point, en effet, dans l’ensemble des dispositions de Raymond du Temple.
Nous supposons donc, d’après les repères trouvés dans les fouilles, et en les comparant aux descriptions disséminées dans les historiens, que la galerie de passage, construite pour joindre le Donjon au bâtiment septentrional, était portée sur une seule arche; ce qui justifie l’absence de traces d’une pile dans le fossé de la Grosse-Tour. 11 nous paraît, en outre, probable que cette galerie était portée sur les deux contre-forts placés près de la Grande-Vis, au centre de cette aile. Ce Passage 11e devait donc pas butter sur la tour de la Vis, mais sur la galerie en encorbellement à la ligne des contre-forts du fossé; cependant il était bien près de cette Vis, dont le séparait seulement une travée de la galerie en encorbellement, laquelle était encore diminuée, de ce côté, par la saillie de la Grande-Vis. Rien ne nous apprend d'une manière certaine si le Passage se trouvait au premier étage, c’est-à-dire, pour parler le langage moderne, au rez-de-chaussée de cette aile du palais, élevée sur des caves ou celliers dont les fouilles ont donné la ligure; ou bien si le Passage se trouvait à l’étage supérieur. L'absence de vestige indiquant la retombée de l’arche, d’un côté comme de l'autre, avait amené M. Berty à supposer que le Passage était en bois. Cette hypothèse paraît peu satisfaisante; et, en effet, on peut comprendre parfaitement la possibilité d’une arche ogivale ou surbaissée, suivant l’élévation qu’on donne à la galerie.
Comme il est constaté que la galerie de passage ne venait point aboutir à la cage de la Grande-Vis, nous penchons à croire qu’elle arrivait au niveau des salles situées au-dessus des celliers découverts. En relisant le texte de Sauvai,
TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, qui donne la distribution du vieux Louvre (voir t. I, p. i et suiv.), on s’aperçoit qu il décrit surtout les ailes occidentale et méridionale, le plus souvent habitées par la famille royale. Mais nous savons aussi que l'aile septentrionale était principalement occupée par Charles V, et que c’était dans la tour du nord-ouest dite de la Fauconnerie, ou plutôt devers la Fauconnerie , et aussi de la Librairie, que le Roi avait installé sa bibliothèque et ses objets d’étude (voir 1. 1, p. 1 Z16). On pourrait donc supposer que le Passage au Donjon, dans lequel étaient renfermés habituellement les joyaux, possédait deux paliers de communication, l’un au rez-dechaussée surélevé, l’autre au premier étage proprement dit. Cette communication se trouvait ainsi placée à égale distance des tours où le Roi avait établi sa librairie et sa taillerie. Quant à la richesse d’ornementation de ce passage , on peut se la figurer d’après le luxe de sculptures et de moulures qui couvraient la Grande-Vis voisine.
L encorbellement attaché au contre-fort de droite et le ressaut mouluré, aussi en naissance d encorbellement, qui se voit à gauche du même contre-fort, indiquent bien clairement qu’il y avait là une autre vis plus petite, desservant le passage et la galerie. Nous n’avons pas l’intention de compléter, par une étude plus détaillée, le croquis que M. Bertv a ébauché de l’agencement de cette partie de laçade avec la Grande-Vis. Cette étude , longue et difficile, ne nous paraît pas rentrer dans les limites d’un ouvrage topographique comme celui-ci; nous n’ajouterons donc à ce plan ni coupe ni élévation : il nous suffit de faire remarquer que cette petite vis d’escalier, accolée à l'angle du passage et de la galerie de l’aile septentrionale, avait peut-être un peu plus de capacité que ne l’indique M. Berty, les moulures de gauche pouvant faire deviner, de ce côté, un pan coupé en encorbellementô). Du reste, le diamètre du culot dérasé au-dessous du larmier de couronnement est assez grand, comme le démontre le tracé, pour recevoir une vis
<‘> On se tromperait, à notre avis, si l’on voulait, à cause de celle autre saillie de gauche, placer là. en face de la galerie de passage au Donjon, la Grande-Vis elle-même, ensuivant les plans de restitution inspirés par le texte de Sauvai et démentis par le résultat des fouilles. Il faudrait alors supposer que la Grande-Vis avait pris, sur la galerie de l’aile septentrionale elle-même, tout le diamètre qui lui a été attribué par les descriptions, et que le culot voisin lui était accolé , ou bien encore qu’il supportait l une de ces saillies ornées de statues dont parle le texte. Nous ne pensons pas que le massif que M. Berty assigne au soubassement de la Grande-Vis ail pu être autre chose que cela, c’est-à-dire une sorte de tourelle saillante, dont nous ne verrions pas la destination à cet endroit. Et si l'on venait objecter que l’autre tourelle polygonale saillante,
placée de l’autre côté du Passage, vers la tour de la Taillerie, était le pendant de la première, nous dirions que la construction de cette tourelle, élevée, comme l'indiquent les fouilles, postérieurement à la démolition de la Grosse-Tour, par François 1" nous prouve précisément que c’est bien la Vis et non une tourelle qui surmontait le massif rencontré à gauche du Passage. C'est après la disparition de la tour et de la galerie de passage, construite en conséquence, que François Ier dut faire élever la tourelle de droite, non reliée au mur de la contrescarpe, pour devenir le pendant de la Grande-Vis. et qu’il lit les raccords au centre, pour réparer les dégradations causées par la démolition. Tant que la galerie du Passage exista, on ne dut pas être choqué de l’absence de cette tourelle de droite, qui n’avait aucune raison d'être.
de la dimension de toutes celles qu’on rencontre, à des endroits analogues, dans la plupart des châteaux et palais de cette époque.
Nous arrivons à la Grande-Vis, que les fouilles nous indiquent avoir été placée i,„ sur le mur de la contrescarpe du Donjon, vers l’angle du nord-ouest de la cour et dans l’axe de la tour de la Librairie. Les restaurations du vieux Louvre qui ont été tentées jusqu’ici, et qu’on a basées sur l’interprétation des données fournies par une mesure erronée, ont assis la Grande-Vis au centre de la façade intérieure de l’aile septentrionale, et ont fait arriver sur elle la galerie du Donjon. Naturellement, les dimensions de ces constructions sont bien au delà de celles que comportait l’emplacement qui leur était destiné et que les fouilles ont découvert. Nous donnons ici le croquis du plan de cette partie du vieux château, restitué d après les fouilles et les chiffres vérifiés de Sauvai; c’est le complément du travail de notre prédécesseur.
Nous ne reproduirons pas ici les calculs de M. Berty, consignés à la page 126; nous nous contenterons de faire observer que les irrégularités existant dans le pilier de support du soubassement disparaissaient nécessairement à la naissance des moulures inférieures de l’encorbellement de la Vis, lesquelles devaient, comme nous 1 indiquons, saillir encore sur l’angle de ce soubassement, et donner aux contours de la tourelle de cette Vis toute la régularité désirable. 11 est facile de se rendre compte de 1 effet que devait produire cette tourelle, isolée sur la plus grande partie de son pourtour et solidement fondée sur la contrescarpe, tandis que les contre -lorts de la galerie de 1 aile septentrionale et la saillie du soubassement descendaient au fond du fossé. Elle occupait, à sa jonction avec le bâtiment, une paitie dune travée de la galerie, et s élevait jusqu’à la hauteur indiquée par le
La Galerie encorbellement la contrescarpe.
nombre des marches de la grande révolution de la Vis. Nous n avons pas besoin d’insister davantage sur la possibilité de faire entrer toutes les parties décrites par Sauvai dans le pourtour de cette tourelle; on doit remarquer qu elles y entreraient même avec plus de facilité que si Ion plaçait, comme dans les restitutions graphiques publiées avant l’exécution des fouilles, la tourelle de la Grande-Vis dans l'axe de la galerie du Passage au Donjon, soit qu’on l’applique à la galerie de l’aile septentrionale, soit qu’on l’isole au milieu de cette galerie, ce qui était impossible dans l'état véritable des lieux. Il nous suffit donc de prouver, comme nous croyons l’avoir lait après M. Berty, que la cage de la Grande-Vis était bien posée dans l’angle formé par le mur de la contrescarpe de la Grosse-Tour et la façade de cette aile septentrionale, œuvre de Raymond du Temple, et appliquée par lui à la vieille courtine du château.
La restitution de la base de cette Vis, faite dans les dimensions les plus larges possibles, démontre en même temps qu il faut renoncer à placer la petite Vis supérieure, à l’aplomb du noyau de la grande Vis inférieure, car la chose serait inexécutable. Mais il ne résulte pas nécessairement du texte de Sauvai que celte vis dût être placée dans Taxe perpendiculaire du noyau des révolutions inférieures ; il est certain, au contraire, que, suivant en cela la pratique de tous les architectes de l’époque, Raymond du Temple fit monter la petite Vis en 1 appuyant très-probablement sur l’un des angles formés par le bâtiment et la cage, en la laissant s’isoler pour dominer la terrasse qui, paraît-il, couronnait la tourelle de la Grande-Vis. La hauteur de cette partie vide, formant le haut de la cage, est justement donnée par le nombre des marches de la petite Vis. Elle devait faire, de ce côté du bâtiment, un effet analogue il celui que produisait la petite Vis appliquée au contre-fort oriental du Passage au Donjon, et elle avait le même objet.
Dans la note ci-dessus, relative au massif appliqué à la façade intérieure, à droite de la galerie du Passage au Donjon, il a été dit que cette construction n’existait point au temps de Charles V, et avait été ajoutée probablement, ainsi que la régularisation de la cour, à l’époque de François 1er, après la démolition du Donjon et de la galerie de passage; nous n avons donc pas a revenir sur ce point, qui nous semble suffisamment démontré.
Du Cerceau dit, dans le texte de sa notice sur le Louvre, que, de son temps, les vieilles parties du château de Charles V existaient encore, cest-a-dire les ailes septentrionale et orientale; s'il avait donné seulement un tracé de ces ailes, comme il Ta fait pour les vieilles parties du château de Coucy, nous aurions les éléments suffisants pour apprécier la disposition de la façade construite par Raymond du Temple. A défaut de ce renseignement, les subslructions découvertes nous autorisent à croire que le corps de bâtiment avait, du côté de la cour, un gros mur tangent au mur de la contrescarpe du Donjon, et qu’en avant de ce
mur, soit dans le fossé, soit en dehors, il y avait des piles ou contre-forts montant jusqu’aux retombées des arcs qui soutenaient la ligne accusant le niveau du sol surélevé des salles du rez-de-chaussée. On a un exemple de ce que nous indiquons dans ta façade occidentale du vieux Palais de la Cité, sans toutefois donner à entendre que les arcs étaient aussi surbaissés. L’espace entre les contre-forts était ici bien moins grand que dans le Palais de la Cité, et permettait d’employer lare en tiers-point, suivant la hauteur du sol au-dessus du dérasement actuel. Sur ce point nous n’avons pas d’opinion arrêtée; il suffit, pour atteindre notre but, que nous puissions voir dans ces contre-forts, en avant du mur, les soutiens d’une galerie indispensable à une circulation facile dans cette aile du Palais. Y avait-il une terrasse au-dessus de cette galerie; ou bien un corridor à claire-voie donnaitil du dégagement aux appartements de l’étage supérieur? Nous pencherions vers cette dernière alternative, à cause du nombre de marches qui est compté dans la Grande-Vis, et qui, selon nous, a pour point de départ le niveau du sol de cette galerie et des salles placées au-dessus des celliers et des caveaux trouvés dans les substructions.
De tout ce qui précédé et de 1 application du texte de Sauvai au château ramené à ses dimensions véritables, nous concluons que toute l’aile septentrionale allait se rattacher facilement, vers l’occident, aux constructions de l’aile qui contenait, comme aujourdhui encore, les grandes salles royales, et, vers l’orient, à la courtine ainsi qu à la tour de la Librairie. Dans la planche de restitution représentant la façade occidentale du Louvre de la Renaissance lé, nous avons placé, à 1 angle nord-ouest, après l’avoir restituée d’après la vue de Cellier et autres graveurs, la figure de cette tour qui existait encore, et nous faisons remarquer que c est la seule qui ait des mâchicoulis au-dessous du crénelage. Toutes les vues que nous connaissons et qui donnent la figure des tours du Louvre, principalement le tableau de Saint-Germain-des-Prés et le retable du Palais, montrent que le crénelage était porté par un simple encorbellement formé de plusieurs membres de moulures sans trace de corbeaux. On voit aussi que la partie supérieure, au-dessus du ci énelage, est en retraite sur les créneaux, de manière à fournir passage au pourtour; toutes possèdent une tourelle de cage d’escalier et un ou plusieurs corps de cheminée. A notre avis, ces parties n’avaient qu’un étage, du temps de Phi— hppe-Auguste, et cest Charles V qui, en appropriant ce côté et en construisant 1 aile du nord, a lait relever la tourelle supérieure et réparer les créneaux de toutes ces tours d angle. La disposition intérieure de ces tours devait être la même que celle des deux tours du pignon septentrional du vieux Palais de la Cité, qui se voient encore sur le quai. Ces tours étaient garnies, il y a une vingtaine d’années, des armoires qui les meublaient au xive siècle, et l’on peut remarquer qu’elles ont toute 1 apparence de celles que nous montrent les anciennes vues du Louvre; leur !1) Voir p. 57.
L'étal du Louvre après
Charles VI.
François l*r rase la Grosse-Tour.
destination était, en effet, la même. La tour de la Taillerie lie parait point avoir eu de mâchicoulis; on n’en voit pas trace dans les images qui nous en sont restées.
Nous ignorons aussi comment était disposée la partie centrale correspondant à la tour appelée du Milieu. Comme elle 11e se trouvait pas dans 1 axe du Donjon el du Passage qui y reliait l’aile septentrionale, il est permis de supposer que la toiture filait droit jusqu’aux tours d’angle.
Quant à la partie orientale du château, nous avons assez de documents graphiques pour donner une idée de ce qu elle pouvait être. Sauvai ne la décrit pas, ce qui porte à croire qu elle ne renfermait que des services domestiques, sans aucun appartement royal ou princier. La vue de ce côté était d ailleurs tout à fait triste: 011 11’avait eu perspective que le mur de Philippe-Auguste, auquel s adossaient des masures ou des granges et des chantiers. Cette partie a donc toujours ete peu décrite, parce qu’elle 11’offrait aucun intérêt artistique. Elle a aussi ete détruite la dernière, puisque c’est de ce côté que fut agrandie la cour et que Perrault bâtit sa fameuse colonnade.
Cette période, qui embrasse la reconstruction du Louvre, au moins dans sa portion septentrionale, ainsi que l’ornementation et l’agrandissement des jardins par Charles V, s’étend jusqu’à la fin du xv° siècle; c’est évidemment la belle époque du Louvre, car ce palais était alors entièrement occupé, et l’on voyait s’y étaler toute la splendeur de la cour de France.
Pendant tout le règne de Charles VI, règne si agité et si malheureux, le Louvre demeura la résidence de la cour d Isabeau de Bavière, qui y faisait ses réceptions solennelles et transportait ses autres divertissements dans les riches hôtels que. les rois ou les grands seigneurs possédaient dans les quartiers Saint- Paul , Saint-Antoine, et surtout du côté du bourg Saint-Marcel , sur les bords alors fort riants de la Bièvre. Ainsi le Louvre dut être convenablement entretenu. G est peut-être à cette époque, ou au règne suivant, qu’il laut attribuer la construction de cette tour carrée et crénelée quon voit collée a la courtine, derrière la loin d’angle du sud-est. Elle pouvait contenir une cage d’escalier plutôt que I extrémité d'une des chapelles intérieures. Dans tous les cas, elle ne parait avoir été cons- Iruite qu’après Charles V, et elle disparaît dans l’œuvre du xvii0 siècle.
Nous pensons, comme M. Berly, que le château du Louvre tomba, vers la lin du xv' siècle, dans un certain état de délabrement, puisque François 1" en décida la reconstruction totale, et que, au moment de la visite de Charles-Quint . il dut, pour loger son rival, faire d’assez grosses dépenses.
Pour commencer 1 exécution de son projet, François 1" fit raser daboid la Grosse-Tour, qui encombrait la cour avec son immense fossé, puis un petit pavillon et une fontaine en avant du pont-levis ou dormant, du côté du midi. En effet,
LES FOUILLES DU LOUVIiE EN 18G6. 163
ta Grosse-Tour ne représentait plus l’idée féodale dont elle était le signe matériel dans les siècles précédents; le pouvoir souverain s’entourait alors d’une plus grande pompe; la garde était plus nombreuse, et les seigneurs, qui auparavant résidaient sur leurs terres, s empressaient de venir à Paris autour du Roi. Les cortèges pompeux de la Renaissance n’auraient pu se développer ni même être contenus dans la cour exiguë de l’ancien Louvre.
Ln faisant disparaître la Tour, il fallut détruire la galerie de passage, et il ne resta que la Vis et le motif de la façade, qui alors parut boiteux au goût symétrique de l’époque. C'est, comme nous l’avons dit plus haut, à cette époque qu’il laut faire remonter la construction de la tourelle élevée sur la face méridionale de cette aile du château. François Ier avait l’intention de faire la principale entrée du Louvre du côté oriental, parce qu’il avait enfermé l’ancien chemin du bord de l’eau dans le jardin méridional; mais il paraît qu’il ne jugea point à propos de renverser immédiatement cette aile, et qu’il se borna à restaurer les bâtiments de Charles V. Ces bâtiments, étant les derniers construits, avaient conservé une certaine solidité. Nous voyons, par les fouilles exécutées de ce côté, que la poterne était demeurée dans l'état où l’avait mise Philippe-Auguste; et évidemment une porte de cette exiguïté n’était point une porte principale.
M. Berty a eu raison de dire, dans le premier volume de cet ouvrage, que la sIsproj,i, reconstruction du Louvre était due au passage de Charles-Quint à Paris. Cette '!'t“0"!'ru'"“lu","K'visite avait lieu en 1 5 3 y , et en i5io Pierre Lescot recevait l’ordre de tracer le projet dune reconstruction générale. On commença par les parties les plus anciennes et les plus endommagées, l’aile occidentale, et l’on voit, dans la planche rectifiée du Louvre, accompagnant ce volume, que cette aile s’étendait du pavillon du Roi, angle sud-ouest du château, jusqu’à l’escalier de Henri II, où se trouvaient le passage et le pont sur la rue Fromenteau, et quelle venait butter contre le bâtiment de Charles V.
Suivant les errements des architectes de cette époque, Lescot s’astreignit à conserver la plus grande partie possible des anciens fondements du vieux château ; d s appuya donc sur la muraille épaisse de Philippe-Auguste, et il employa une partie des anciens matériaux, ainsi que les fouilles l’ont fait reconnaître. Les difficultés des temps empêchèrent de pousser ces travaux avec toute la célérité désirée, et c’est seulement en 1 5 48 que le gros œuvre paraît avoir été terminé. Quant aux appartements intérieurs, on les laissa longtemps dans une situation provisoire, et l’on se borna d’abord à clore et couvrir les bâtiments construits.
C’est très-probablement à cette période de démolitions successives que Ton doit attribuer les constructions élevées sur la façade orientale, pour loger le nombreux personnel placé auparavant dans les ailes démolies. Nous donnons ici un dessin
Pierre Lescot entreprend la reconstruction du Louvre.
Comparaison ùu plan de Clarac
le plan réel restitué d'après les fouilles.
tiré d’un tableau acquis récemment par la Ville de Paris, et qui montre d une manière assez détaillée les divers bâtiments de ce côté du château. L aile méridionale des Valois et de Henri IV est construite; comme dans la vue de Sylvestre et celle de Pousin (page 1 oô) de 1 6 1 5 , on voit qu on avait respecté la tour d angle et surélevé un étage sur la vieille courtine, avec une sorte de pavillon sur les tours de la poterne de la rue d’Autriche w.
A partir de ce moment, les travaux du Louvre se continuèrent sans interruption , quoique lentement, et l’on comprit alors que les rois voulaient dorénavant residei dans ce palais. Toutes les acquisitions possibles furent laites pour agrandir et isoler le château et ses jardins. Mais, en même temps, les rois accordèrent a plusieurs de leurs favoris l’autorisation de se construire des habitations sur des terrains dépendant du Louvre et destinés à y être réunis. Cet abus prit de si grandes proportions, que, au xvnc siècle, lorsque les rois voulurent achever l’œuvre commencée par François I", ils durent avoir recours à des mesures d’éviction contre les détenteurs de ces terrains alors bâtis et plantés.
Notre but unique étant de compléter les explications de M. Berly sur les fouilles de 1 866 , nous avons dû nous appliquer principalement à replacer sur les vestiges découverts alors, et décrits graphiquement dans la série de gravures qui accompagne cette notice, les anciens bâtiments décrits par Sauvai et dont on était loin de connaître la vraie situation avant les renseignements trouvés dans
ces fouilles. Nous renvoyons donc pour qu'à laissée M. Berty et que nous avons
(l) Nous avons fait ce dessin afin de montrer 1 accord qui existe , sur le point de comparaison des tours d’angle, entre plusieurs représentations contemporaines. Ces copies prouvent avec quel soin nous avons pu étudier ces parties peu connues du vieux Louvre. On aperçoit distinctement la retraite marquée à la hauteur du crénelage démoli, la cheminée et les bases étroites des fenêtres avec leurs meneaux ou traverses. Dans la planche de la page io3 , on voit bien le raccord de l’ancienne maçonnerie de Philippe- Auguste avec celle du temps de Charles V, qui est plus parfaite. Ces restitutions, appuyées de témoignages comme ceux que nous offrons, nous paraissent mieux atteindre le but qu’on s’est proposé en publiant le présent ouvrage, que si nous avions donné de simples tracés des monuments. Les légères inexactitudes qu’une critique sévère y relèverait peut-être ne nuisent pas à l’effet vrai que l’ensemble produit; et, d'ailleurs, nous croyons qu’en produisant des preuves contraires aux exemples que nous offrons, on peut arriver au doute, mais non à une
le reste à la partie du présent volume élucidée par quelques notes. Maintenant
contradiction soutenable. On voit dans le tableau, et nous avons cherché à reproduire dans la gravure, la différence des couvertures en tuiles et en ardoises. Ainsi les poivrières des tours d’angle, les combles des maisons du centre et le comble du grand bâtiment du midi sont couverts en ardoises; le reste l’est en tuiles. Il est probable que le Louvre de Charles V était couvert en ardoises, parce que Raymond du Temple couvrit de cette façon la chapelle de Saint-Jean-de-Beauvais et, quelques années plus tard, le collège, ainsi qu’il résulte des comptes du procureur de cette maison. (Archives de l’Empire, MM 355.) — Le champ de vue du tableau, dont nous reproduisons une partie, s’étend de la tour de Nesle à la tour de la Taillerie et à l’hôtel Bourbon; notre gravure reproduit la tour de droite. Dans un autre tableau de la même époque, où la tour du sud-est est tout à fait sur le bord du cadre, on voit distinctement encore cette retraite au crénelage qu’indique nettement le premier tableau.
il nous reste à présenter, sur la planche ci-contre, le tracé vrai de l’étendue du vieux Louvre révélée par les fouilles, et, en premier lieu, par les recherches de M. Berty, en le comparant aux restitutions tentées d’après Sauvai. Sauf quelques erreurs de copistes, nous croyons que Sauvai sera réhabilité par l’application intelligente des mesures qu’il a transcrites et qui peuvent être aujourd’hui reportées sur le terrain même. Les architectes savent bien que les dimensions exprimées dans les comptes et mémoires sont toutes d’une exactitude relative; ainsi, par exemple, pour mesurer la maçonnerie, il faudra retrancher d’un côté les deux épaisseurs des murs des extrémités, si l’on ne veut pas cuber double les angles.
Les parements, au contraire, se développent complètement; on voit ainsi quelle pourra être la différence. Dans les développements des surfaces de peinture, l’écart peut devenir encore plus fort. Si Sauvai a pris ses mesures dans les mémoires de la Chambre des comptes, aujourd’hui détruits pour la plupart, il n'est pas étonnant qu’il ne soit pas d’accord, suivant les cas, soit avec les mesures prises dans d’autres circonstances, soit avec lui-même. C’est pourquoi, avant de condamner les renseignements, tout étranges qu’ils semblent d’abord, rencontrés dans un auteur contemporain, voisin des événements, ou seulement ayant été en position soit de voir, soit de bien savoir, il faut réfléchir, étudier et surtout fixer, sous une forme graphique bien arrêtée, les résultats que la lecture a fournis.
M. Berty, dans le plan comparatif que nous donnons ci-contre, a superposé le conci. Louvre révélé par les fouilles au Louvre restitué par M. de Clarac d’après les prétendus renseignements tirés de Sauvai. A la première inspection de ce plan, on voit combien est juste la remarque faite par nous, qu’en restituant isolément, sur de simples données chiffrées, un monument qui n’existe plus, on s’expose à des erreurs véritablement ridicules. Ainsi, toute la portion de ce plan, en teinte foncée, étant le Louvre retrouvé dans les fouilles, et les teintes plus pâles représentant le tracé de M. de Clarac, on remarque immédiatement que toute la muraille d’enceinte de la Ville est rejetée à l’orient d’environ 3o mètres. Cette première erreur est d’autant plus impardonnable que, au moment où M. de Clarac donnait son plan de restitution, il existait un tronçon de la rue d’Autriche (lequel existe encore aujourd’hui sous le nom de rue de l’Oratoire), et que ce repère devait faire repousser à l’occident la muraille qu’on savait avoir bordé la rue d’Autriche. Nous ne parlons pas de l'église Saint-Germain, parce qu elle était plus éloignée.
La muraille d’enceinte de Philippe-Auguste suit la façade intérieure de l’aile orientale, et le Donjon est placé dans l’angle de la cour du même côté. 11 suit de là que tout le système de construction de Raymond du Temple est rejeté au nord de î k mètres au delà de son emplacement vrai. On s’étonne qu’avec la direction connue des rues de Beauvais et des Poulies M. de Clarac ait pu être entraîné à commettre une erreur pareille, qui supprimait la moitié du jardin.
Il s’en est suivi que les distributions intérieures ont été agrandies, changées, et que le nombre des tours a été augmenté. Dans le corps même du quadrangle, on ne compte que dix tours; la tour de l’Engin ou de l'Ecluse, en dehors, et celle de l'orme carrée appliquée au pignon oriental , compléteraient le chiffre de douze; mais on 11e peut en compter davantage, à moins de faire entrer dans le total toutes les tours qui flanquaient les murs d’enceinte, et peut-être celles qui formaient les chevets des diverses chapelles du palais.
M. de Glarac a placé la tour de la Librairie sur la façade méridionale et près du coin du sud-ouest, parce qu’il a voulu la distinguer de la tour de la Fauconnerie, que M. Berty a démontré être exactement la même, et que nous-même avons expliqué devoir être placée dans l’aile septentrionale, où Charles V avait rassemblé tout ce qui pouvait servir à ses études ou à ses distractions.
Pour 11e pas répéter ici les preuves données par M. Berty et justifiées par les fouilles, nous renvoyons le lecteur au premier volume de cet ouvrage, dans lequel est réfuté le système de restitution de M. de Clarac. Nous ajouterons seulement quelques considérations sur les erreurs commises dans la restitution de la partie septentrionale, et notamment dans la traduction graphique de la Grande-Vis et du Passage. On sait maintenant que la Vis ne touchait point immédiatement le Passage, et, en relisant le texte de Sauvai, on ne voit pas qu’il faille l’interpréter autrement que par le rétablissement des dispositions véritables. Ces erreurs continuelles et énormes ont été amenées, croyons-nous, par la préoccupation constante où l’on était de trouver dans l’ancien château du Louvre une grandeur qui 11’existait pas. Les formules admiratives des écrivains qui en ont parlé paraissent toutes naturelles, lorsqu’on se reporte à l’époque où ils écrivaient. Alors les dimensions du Louvre étaient fort respectables, et, en les rapprochant de celles des autres palais établis dans les vdles, on voit que ces écrivains avaient raison de les admirer. Mais, si l’on veut trouver dans les palais de Philippe- Auguste , de Charles V et même de François I", cet espace auquel les grands édifices de Louis XI\ nous ont habitués, on tombera dans une grande erreur, et ces vieux châteaux paraîtront exigus et mesquins. N’oublions pas (pie le moyen âge ne bâtissait que suivant les besoins qu’il voulait satisfaire; or, quand on se rappelle le système féodal et son organisation militaire, on comprend facilement que le Louvre devait paraître un grand palais. Les projets mêmes de Lescot exécutant les intentions de François 1" , suivies par Henri II et ses successeurs, ne dépassaient point, ou de fort peu, les dimensions de l’ancien quadrangle. Les descriptions de Sauvai, et ce cpie l’on sait des embellissements et adjonctions diverses que les princes de la famille royale ou les rois eux-mêmes faisaient à l’intérieur et à l’extérieur des bâtiments du Louvre, comme le porche d’une chapelle, un corps de garde, une galerie pour aller à la grande chapelle et une vis d’escalier dans l’angle intérieur du sud-est, vis dont on voit le chapeau dans le tableau de Saint-Germain-des-Prés, autorisent à croire
qu’on ne regardait pas comme bien nécessaire un grand espace dans cette cour. Le quadrangle n’était occupé, du temps de Charles V et de Charles VI, que par la famille royale et ses serviteurs, les gardes et les écuries se trouvant relégués dans les parties occidentales en dehors des fossés.
Avant de terminer cette notice, nous ferons sur le Louvre une dernière observation qu’on n a très-probablement point faite encore; elle est relative au niveau du sol de la cour du château, par rapport aux terrains environnants.
Les fouilles ont démontré que le sol n’avait été ni baissé ni sensiblement exhaussé depuis les constructions de la Renaissance. On se rappelle, d’un autre côté, l’énorme dépression de terrain qui existait dans la rue Fromenteau, la rue du Doyenné, etc. et dont on peut juger encore par le niveau des cours intérieures des écuries de l’Empereur, entre la Grande- Galerie et le nouveau Louvre. De ces renseignements il est permis d’inférer que le profil du terrain occupé par le château du Louvre a toujours présenté un rendement prononcé sous le quadrangle, et qu’il dominait les rues et terrains des environs. Cette circonstance évidente vient à l’appui de l’opinion que nous avons émise, contrairement à celle de notre prédécesseur, que ce terrain, placé en avant du retranchement normand du ixc siècle, avait alors ou plus tard , mais presque immédiatement après, porté une fortification quelconque. Nul n’oserait dire, en effet, que Philippe-Auguste fit remblayer le terrain sur lequel il établit sa forteresse. Ces grands remaniements du sol, familiers aux Romains et aux barbares, n’entraient point dans les habitudes du moyen âge; on se bornait à escarper ou à creuser le sol, qu’on avait choisi d’abord à cause de sa disposition naturelle, et l’on ne construisait que ce qui était absolument indispensable aux besoins du moment. O11 abritait promptement les bâtiments, et l’on attendait souvent bien longtemps avant d’achever l’ensemble des édifices. Cette règle, imposée par la nécessité, souffre peu d’exceptions; elle s’affirme dans la construction des nombreux monastères, des châteaux et surtout des cathédrales, qui s’élevèrent partout durant cette belle époque architectonique.
Ici se termine ce que nous pouvions dire pour compléter les explications de M. Berty et pour rattacher 110s souvenirs historiques et topographiques aux notes très-succinctes qu’il avait écrites pour la justification de son travail. Le texte et les opinions de notre prédécesseur ont été religieusement respectés; mais, comme cet ouvrage n’est point une œuvre exclusivement personnelle, nous avons cru devoir, non pas précisément réfuter, mais seulement éclaircir les parties restées douteuses dans les interprétations. Nous-mème nous avons exprimé nos doutes, afin que les lecteurs studieux et attentifs puissent compléter les détails nécessairement insuffisants de cette restitution. On comprend facilement qu' après avoir compulsé et vérifié tous les documents déjà vérifiés, déjà compulsés par M. Berty, après avoir
Niveau du sol dans la cour du Louvre-
mûri par la réflexion cet ensemble de faits et d’interprétations diverses, il soit de notre devoir de mettre le tout sous les yeux de nos lecteurs, juges, en dernier ressort, du mérite de ce travail. Quant à M. Berty, nous le répétons avec la plus entière conviction, il a bien mérité des savants et des archéologues en osant rétablir, avant les fouilles, l'état véritable du château du Louvre. Les quelques erreurs qui se sont glissées dans son travail prouvent le respect qu’il professait pour les opinions de ses devanciers, et le soin qu’il prenait de ne les combattre qu’avec des armes sûres et éprouvées. Les fouilles ont maintenant affirmé sa restitution; le tracé qui vient d'être fixé sur le sol de la cour permettra désormais aux personnes les moins familières avec ces questions de vérifier chacune de nos assertions et de reconstituer elles-mêmes le Louvre du moyen âge.
topographie historiqve dv vievx paris
■ TOPOGRAPHIE H I STOFUQVE DV V1EVX PARIS.
A.Berty rest. Ch. Lafforgue del . H. Legrand dir.