VE DV VIEVX PARIS
S LE MILIEV DV XVIe SIECLE
flMENTS C0NVENTYEL5, LE -REFECTOIRE ET L'INFIRMERIE de Th . Vaccfuen.
COUVENT DES CORDELIERS, largeur, y compris les chapelles des bas côtés. La voûte, se composant d’un simple lambris qui fut rétabli après l’incendie, n’avait point exigé l’emploi de contreforts extérieurs. L’édifice, conçu dans le style ogival de la seconde moitié du xiuc siècle et contemporain, par conséquent, de la Sainte-Chapelle, ainsi que de la chapelle de la Vierge à Saint-Germain-des-Prés, œuvres de Pierre de Montreuil, qui fut peut-être aussi l’architecte des Cordeliers W, devait donc avoir une certaine légèreté, autant du moins que le comportaient les églises monastiques, toujours plus sévères d’aspect que les cathédrales, les collégiales et autres églises séculières. Elle était régulièrement orientée, ayant sa principale façade tournée vers l’occident, sa façade latérale de gauche le long de la rue des Cordeliers, et. le chœur dans la direction de Saint-Côme, limité par la partie supérieure de la rue Hauteleuille, laquelle avait été déclassée et incorporée au pourpris du couvent. On sait, en effet , que saint Louis avait ajouté à toutes ses libéralités le don du soi de cette partie de la rue, devenue inutile après la construction de l’enceinte de Philippe- Auguste, qui fermait la rue Hautefeuille à son extrémité méridionale.
Le nombre des chapelles était proportionné à la grandeur de l’église, ainsi qu a la quantité des monuments funéraires quelle renfermait; Berty en a figuré vingt-six sur son plan. Celles qui existaient avant l’incendie furent réparées ou réédifiées, et après la restauration de l’édifice on en établit, tant au dedans qu’au dehors, de nouvelles qui portèrent, comme à Saint-André-des-Ars , le nom de leurs londateurs ou propriétaires. Parmi les anciennes, nous mentionnerons celles de Saint-François et du Saint-Sépulcre, qui étaient le siège de deux confréries, et celle de Saint-Louis, bienfaiteur du couvent. Les principales chapelles seigneuriales ou parlementaires, postérieures aux deux premières, étaient :
Celle des Gondi, qui renfermait le corps de Dom Antonio, roi de Portugal, mort a Paris après avoir ele chasse de son royaume; celle des Longueil, famille qui avait son hôtel près du couvent; celle des Besançon, où étaient inhumés les Bullion et les Lamoignon ; celle des Bnçonnet, consacrée à la sépulture des membres de cette famille; celle de Sainte-Elisabeth de Hongrie, construite ou reconstruite en 1672, et ou s assemblaient les confrères de l’ordre de Saint-François. On comprend le vocable de cette derniere chapelle, quand on se rappelle que la pieuse épouse du landgrave de Thuringe avait été elle-même membre du tiers ordre, ainsi que le dit la Séquence composée en son honneur :
Pro Francisci cordula,
Mantello , lunicula,
Purpuram deposuil.
l ) On ne peuL émettre, à cet égard, qu’une ait confié la construction à l’architecte de sa chaconjecture; cependant, comme saint Louis faisait pelle, à l'homme le plus renommé de son temps les frais de l’édifice , il semble assez naturel qu'il en pour les -œuvres de massonnerie-.
«Une épitaphe qui est au milieu de cetle chapelle sur une tombe plaie, nous apprend, dit Piganiol, que Marie-Thérèse d’Autriche, reine de France, étoit supérieure de cette confrérie.
«Quant à la chapelle du Saint-Sépulcre, ajoute-t-il, elle doit son origine à quelques bourgeois de Paris qui avoient fait le voyage de Jérusalem. S. Louis, les seigneurs de sa cour et plusieurs autres qui avoient accompagné ce prince au premier voyage qu’il fit en la Terre Sainte, demandèrent à y être agrégés. On croit que ces confrères firent d’abord leurs assemblées dans quelque église, auprès du Palais; mais, dès qu’en 1 336 on eut donné la garde du S. Sépulcre de Jérusalem aux Cordeliers, les confrères choisirent l'église de ces Pères pour leur lieu d’assemblée (IL n
A droite du chœur, dont elle était séparée par un passage et joignant les bâtiments conventuels, s’élevait une sacristie assez étendue, comme il en existait dans la plupart des monastères; elle formait une sorte de grande chapelle annexe, et se rattachait sans doute aux constructions du xin' siècle, comme partie intégrante de l’église. C’est en ce sens que nous paraît devoir être entendu le passage suivant du livre du général de Gonzague, élu dans le chapitre de 1679, et ayant, par conséquent, vu le couvent de Paris avant l'incendie : «Tanta fuit christianissimi et sancti regis Ludovici in Deum pietas, eide servulis ejus fratribus Minoribus boue merendi voluntas, ut prœter eximium templum, — quod habcbal longitudinis supra 320 pedes, latitudinis supra 90, — aliud quoque eidem cohærens , ejusdem structura, maximum et firmissimum ædificium construi curaverit. n
Le doute 11e semble pas possible : cet autre temple, tenant au grand, de même structure, très grand et très solide, 11e peut avoir été que la sacristie monumentale dont nous parlons, qui avait sa nef, son abside, et présentait architectoniquement les mêmes dispositions que la grande église. Gonzague ajoute qu’on y avait enfermé l’oratoire primitif, sans doute la petite chapelle qui avait précédé la construction de saint Louis, et qu’on y conservait les objets sacrés: In quo priscum sacrarium, quœ res saerœ conservari soient, continetur. On ne saurait désigner plus clairement l’ancienne chapelle, transformée en sacristie après 1 achèvement du grand édifice.
Ce qui achève de le prouver, c’est q théologiens de l’ordre , aula tlieologica logue , après la construction d un bâtim
(li Descript. hist. de la ville de Paris, Vil . p. 1 2
et 34.
(5) La tablette de marbre noir, sur laquelle étaient sculptés ces deux mots , et qui était placée au-des-
e l’ancienne salle où se réunissaient les è, fut l’objet d’une transformation amant plus spacieux pour l’enseignement de
sus de la porte d’entrée de l’école de théologie des Cordeliers, a été recueillie, lors des dernières démolitions, et déposée au musée Carnavalet, où elle figure dans le grand escalier de 1 hôtel.
COUVENT DES CORDELIERS
la théologie. Gonzague déclare positivement qu’elle fut alors vouée à de plus humbles usages, humilioribus usibus.
11 nous apprend également que la sacristie n’était séparée du v chapitre n que par un mur, ce que montrent parfaitement les plans anciens et les nouveaux relevés. Le chapitre ou salle capitulaire avait, dit-il, soixante-seize pieds de long et cinquante-cinq de large. Un mur le séparait de celte et cour théologique n dont nous venons de parler et qui continuait, au midi, la ligne des constructions perpendiculaire à l’église. Si modeste qu’ait été la « couru primitive, celle qui datait de saint Louis, elle fut pendant longtemps le rendez-vous général des théologiens de l’ordre, qui comptait les docteurs par centaines W; jugée insuffisante, elle fut remplacée par d’autres bâtiments que Gonzague affirme avoir été beaucoup plus vastes, beaucoup plus élégants et beaucoup plus commodes. Ils dataient, dit Sauvai, du règne de Charles V, et qui fit (aire encore, dans leur maison, quantité de logements et de grandes écolesnW.
Ce prince doit, en ellet, être considéré comme le troisième bienfaiteur des Cordeliers, les deux premiers étant saint Louis et Philippe le Bel. C’est pour compenser les retranchements qu’on dut faire, après la bataille de Poitiers, dans la partie de leur enclos située extra muros, au moment où l’on creusa les fossés sur le pourtour de l’enceinte, qu’on éleva, par ordre etaux frais du Roi , les bâtiments dont nous venons de parler.
Ces retranchements furent considérables, dit Jaillol : ils portèrent sur les vignes du couvent et sur les bâtiments contigus à l’enceinte, et ainsi qu'il est constaté par un procès-verbal de descente fait sur les lieux les 26 et 28 janvier 1 655. Charles V eut égard au préjudice qu’on leur avoit fait en démolissant leurs édifices : par ses lettres patentes du mois de juin 1 366, il leur donne, par pure aumône, deux maisons situées rues de la Harpe et de Saint-Côme, qu’il avoit achetées des religieux de Molème, et fit faire de grandes écoles et autres bâtiments P) Tl.
Ces tt autres bâtiments n remplacèrent les logettes en bois et en terre qui dataient sans doute du premier établissement et dont la construction, on le voit, avait été
111 Les plus anciens sont Alexandre de Halés, qui fut le maître de saint Bonaventure, Duns Scolt, surnommé le Docteur subtil, Nicolas de Lyra, qui eut une grande réputation de savoir en son temps, et plusieurs autres doctes personnages dont Du Breul, Félibien et autres historiens de Paris citent les noms.
(2) Le rimeur M. de Marolles , dans une série de mauvais quatrains, donne, depuis 1600 jusqu’à son époque, la liste des «Pères gardiens du grand
couvent des Cordeliers de Paris, lesquels sont tous docteurs en théologien.
Voici le début de celle « rimaille n :
Des docteurs Cordeliers il n’est pas bien facile De marquer comme il faut ceux qui, de gardiens,
Dans leur charge importante observant tous les biens.
Ont enfin acquitté leur ministère utile.
J; Recherches historiques, etc.. Quartier Saint- André- des- Arcs , p. 53.
TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, fort négligée, parce que la grande église absorbait alors toutes les ressources. Ces cabanes, casulœ, que décrit François de Gonzague étaient situées dans la partie haute de l’enclos des Cordeliers, tandis que l’église, la sacristie et le chapitre occupaient la partie basse. Le terrain , en effet, allait en montant jusqu’à l’enceinte fortifiée , et les cabanes dont il s’agit s’alignaient le long de la muraille, occupant cette portion de l’allée des murs que Philippe le Bel avait donnée aux religieux. Gonzague est très précis dans cette localisation : en fixant les limites de l’enceinte claustrale, il nous apprend que les logettes étaient au midi et quelles furent remplacées par de solides bâtiments en pierre de taille, à trois étages de cellules : trClauslrum. . a meridie primo vilibus casulis ligneis et stramineis olim finiebatur ; at nunc præalto et maximo ex lapidibus quadris et sectis cœmentoque constructo ædificio, quod très alios ordines cellularum fratrum in theologia studentium, eleganter sibi superpositarum, comprehendit. r,
Ainsi qu’aux Augustins, monastère contemporain qui comptait également saint Louis au nombre de ses protecteurs, le cloître s’appuyait à l’église du côté septentrional, disposition assez générale dans les établissements monastiques; il touchait, vers l’orient, à la sacristie, au chapitre et au dortoir, et, vers l’occident, à des bâtiments de service. Ces détails, que donne encore François de Gonzague, sont confirmés par les plans.
Seul de tous les historiens de Paris, Du Breul mentionne une construction complémentaire, due aux libéralités de Jeanne de Navarre, veuve de Charles le Bel. C’était une double infirmerie, pourvue d’une double chapelle, l’une pour les frères malades, l'autre pour les convalescents: ctEn ce monastère, dit-il, il y a double enfirmerie et deux chapelles, l’une haute et l’autre basse, auprez laquelle dernière il y a deux pièces de marbre attachées dans le mur, contenans un mesme subiect, l’un en latin et l’autre en françois. . . :
et Madame Jeanne, Royne de France et de Navarre, iadis épouse de Charles, Boy desdits royaumes, fils du Roy Philippes le Bel; et laquelle fut fille de noble prince monsieur lmuys iadis comte d’Evreux, fils du Boy de France, fonda, l’an i3/u,ceste double enfermerie, avec la chapelle double, qui est joignant, à l’usage des pauvres frères malades, et non pas des maistres et bacheliers, selon qu’il est plus à plain contenu en certaines lettres sur ce faictes. Lesquelles ledit Convent a ordonné eslre leues deux fois chacun an publiquement au Couvent, afin que ladite ordonnance soit gardée perpétuellement, sans enfraindre, selon la devotiô parfaite de ladite dame la Royne. Priez pour eux W. d
Grâce aux libéralités de saint Louis, de Philippe le Bel , de la veuve de Charles
Théâtre des Antiquilez de Pans, éd. de 1689, p. 898.
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COUVENT DES CORDELIERS, le Bel, deCha ries Y et de cc plusieurs particuliers mus de charité a, les Cordeliers possédaient non plus comme prêt, mais en toute propriété, un vaste pourpris renfermant tous les bâtiments nécessaires à la communauté. Il ne leur manquait qu’un réfectoire en rapport avec leur église, leur chapitre et leur cloître; ils en durent encore la construction à un acte de munificence royale. La cc bonne reine Anne fl voulut ajouter son nom à celui de leurs bienfaiteurs et bienfaitrices, en leur faisant bâtir une magnifique salle, encore debout à l’heure présente; situé sur le côté oriental de la partie supérieure de la rue Hautefeuille, qui fut déclassée après la construction de l’enceinte de Philippe-Auguste, ainsi que nous l’avons dit plus haut, ce bâtiment, le seul de tous qui ait été conservé h), était digne des constructions de saint Louis et de Charles V. Voici la description architectonique qu en a faite notre collaborateur Th. Vacquer, auquel nous devons les relevés opérés au cours des travaux d’établissement de l’École pratique de médecine et de chirurgie w.
A l’est de l'église s’élève encore aujourd’hui un bâtiment construit du temps d’Anne de Bretagne et, selon toute vraisemblance, à l’aide de ses libéralités. C’était le réfectoire surmonté d’un premier étage occupé par le dortoir des jeunes frères, et coiffé d’un comble très élevé, avec pignon à chaque extrémité. Ce bâtiment, qui ne comprend pas moins de quatorze
(1) On sait qu'il contient les collections composant le musée Uupuytren.
(î) M. Vacquer a communiqué la note suivante, résumant ces travaux de relevés, à la Société de l’ Histoire de Paris et de l’Ile-de-France , qui l’a insérée dans son Bulletin (12' année, 5e livraison).
Les fouilles de l’Ecole de médecine.
Inscriptions du cimetière des Cordeliers.
rr Dans la rue Antoine-Dubois, au long des bâtiments de l’Ecole pratique de médecine, c’est-à-dire devant la façade de l’église des Cordeliers, il a existé une galerie ou portique, formée d’une suite de colonnes, qu’on distingue sur les anciens plans de Paris, de i55o à i63o, notamment sur celui de Mérian (161 5).
ff Sachant que le dallage de ce portique existait encore sous terre, à om,75 de profondeur, et qu’il était formé de pierres portant des inscriptions, provenant de l'intérieur du couvent, j’ai fait exécuter, pour le service du musée Carnavalet, une fouille en cet endroit, dans le courant du mois d’août 1 885.
^ J’ai constaté que les colonnes du portique en question, dont on a retrouvé la partie basse, étaient en pierres de om,43 de diamètre, espacées de 3m,i 8 d’axe en axe et situées à 3"', 1 5 en avant de l'église,
et en môme temps, que le sol avait été exhaussé tout d’un coup de om,73, vraisemblablement dans le premier quart du xvii* siècle.
« C'est de ce dernier dallage, en fort mauvais état, quoiqu’il n ait duré qu'un temps relativement court , qu’ont été extraites diverses dalles tumulaires , posées la face contre terre. A part quelques morceaux de grandes pierres tombales à moitié effacées, ce sont des épitaphes gravées sur des dalles minces et de dimension réduite, qui ont dû être appliquées contre les murs et non posées sur le sol. Toutes portent en haut un sujet religieux gravé, Notre- Dame-de-Pilié ou autre. Les unes sont en gothique , les plus récentes en lettres romaines, les unes en français , les autres en latin , en prose et en vers ; les dates encore visibles vont de i55o à 1677. O11 y mentiomie divers Franciscains, ce qui prouve qu’elles viennent bien réellement du couvent des Cordeliers. On a, entre autres, les épitaphes d’un infirmier, d’un chirurgien, d’un économe, celle de Jehan Hébard, marchant, maistre cordonnyer, bourgeois de Pai'is , 1 563 , et celle d’un de ses confrères . Jehan Thibaut, cordonnier de Henri III , roy de France et de Polongne. Malheureusement, la date manque à cette dernière.
rr Toutes ces dalles gravées ont été transportées au musée Carnavalet. «
travées appuyées par des contreforts, mesure 1 6m,7 5 cle large sur 56m,85 de long. Il est d’une architecture fort simple, ainsi qu’il convenait à un édifice monastique, mais non dépourvue de grandeur.
Près de l’entrée, à droite, se trouve l’escalier en hélice donnant accès au premier étage; tout le reste du rez-de-chaussée, c’est-à-dire le réfectoire, présentait une vaste salle divisée dans le sens de la longueur par une file de poteaux en bois, moulurés à leur base et à leur sommet et contribuant à soutenir le plancher du dortoir (R. De grandes ogives, percées dans les murs latéraux, y répandaient la lumière. Une sorte de cabinet surélevé, ménagé entre deux des contreforts du côté gauche, formait, comme dans tous les réfectoires de couvents, une chaire pour la lecture qui se faisait durant le repas.
Une restauration prochaine rendra son premier aspect à cet édifice actuellement divisé par des cloisons et des planchers accessoires, et l’on doit d autant plus s en féliciter que cest non seulement le seul reste du riche couvent des Cordeliers, mais un des trop rares exemples, subsistant à Paris, de bâtiments de ce genre <2).
Tel était, avec le magnifique complément dû aux libéralités d Amie de Bretagne, l’ensemble des constructions composant le monastère parisien des frères Mineurs, lorsque éclata l’incendie du 19 novembre i58o, qui détruisit en quelques heures l’œuvre de plusieurs siècles. Voici comment lEstoille, narrateur contemporain, raconte les événements :
LE FEU DES CORDELIERS
Le samedi 19e jour de novembre, à neuf heures du soir, un feu de meschef se prinst au jubé de l’église des Cordeliers de Paris, lequel embrasa de telle furie tout le comble de ladite église, qui n’estoit lambrissé que de bois, qu’il fut ars et consomé en moins de trois heures entièrement, et la pluspart des chapelles d’à l’entour du cœur gastées etbruslées; mesme fut le feu si aspre que les sépulcres de marbre et de pierre érigés dans le cœur, et quelques chapelles de ladite église furent rédigées en pouldre, et celles de bronze fondues et perdues, et la pluspart des piliers de pierre soutenans ledit comble ars et gastés à demi, du costé que le feu y avait touché. Les Cordeliers firent courir le bruit que le feu y avait esté mis par artifice, et en voulut t’on charger les Huguenots; mais enfin fust trouvé qu il estoit advenu par le mausoing et inadvertence d’un novice, qui laissa, la nuit, un cierge de cire allumé près du bois dudit jubé, au pulpitre (3h
Du Breul, confiné dans sa cellule de l’abbaye Saint-Germain-des-Prés, où il passa tant d’années à réunir les matériaux du Théâtre des Anliquitez de Paris, put voir les flammes qui dévoraient l’édifice. Sous ce titre: Combustiô de l église des
M C'est la disposition qu’on remarque également au réfectoire du prieuré de Saint-Martin-des- Champs et à la salle des Pas-Perdus , au Palais de justice. La division en deux nefs, par des piliers, ou colonnes centrales , était particulière aux édifices non consacrés au culte.
('2) Le réfectoire et la cuisine des Cordeliers avaient une réputation analogue à celle qu’ont encore leurs
similaires de l’Hôtel des Invalides: tr Comme celle comunauté est la plus nombreuse de Paris, dit Piganiol après Sauvai , le réfectoire est aussi des plus grands... Le gril, qui est encore plus grand, est monté sur quatre roues, et il est capable de tenir une mannequinée de harengs. »
(3) Journal de Pierre de l’Esloile, l. I, p. 373, 37/1.
COUVENT DES CORDELIERS
Cordeliers, il raconte et l’embrazement advenu le samedy de neuf à dix heures du soir, 19 novembre i58o ; lequel, en moins de deux ou trois heures, brusla tout le chœur, clocher, la nef, les aisles et chapelles d’icelies, avec telle force et violence que c’estoit chose effroyable de voir le terrible ravage de ceste belle église, remplie d’une infinité de magnifiques tombeaux de nos Roys, Roynes, Princes et grands seigneurs, démolis et fracassez en un moment, avec telle déformité qu'il 11e s’y voyoit pierre entière. Les pilliers et murailles de ladicte église, aussi bien que les tombes esclatées partout de la violence du feu, qui dura trois jours entiers avant que de s’esteindre, se nourrissant parmi les ruines de l'église. Les religieux furent contraints de célébrer le divin service en leur chapitre 11 b).
Après avoir constaté que de tant de sépultures monumentales il en était resté cinq seulement à peu près entières, Du Breul, dont le témoignage est précieux, puisqu’il vivait à cette époque dans le voisinage des Cordeliers, nous apprend que nie feu Roy de France et de Polongne, Henri IIIe du nom, fit, en l’année 1882 et années suyvantes, refaire et rebastir le chœur de ceste église des Cordeliers; laquelle est illustrée de belles vitres (où sont représentées les histoires du vieil et nouveau Testament) et d’un lambris où sont les armes dudict Roy, dorées de fin or et azur 11 (1 2>.
C’est donc par le chœur, comme il était d’usage dans les constructions religieuses, que commencèrent les travaux de réparation de l’église des Cordeliers. Nous employons à dessein le mot de réparation, parce que le désastre ne fut pas complet, et qu’on put utiliser, non seulement les fondations, mais encore une partie des murs, des colonnes et des baies. C’est ce qui explique le maintien, par les architectes restaurateurs, des fenêtres ogivales et des piliers avec leurs chapiteaux du xiiic siècle, à une époque où l’on ne restituait point les édifices dans leur style primitif <3).
Cependant Piganiol affirme que celés colonnes n’ont rien de gothique; leurs chapiteaux et leur base, ajoute-t-il, sont d’un assez beau projet et n'ont d’autre défaut que celui des proportions d.
L’auteur de la Description historique de Paris veut dire que le nombre de modules y est plus grand que dans les colonnes grecques et romaines. Son amour du style dit classique se révèle, d’ailleurs, dans ce passage de son livre : et O11 ne
(1) Th. des Antiquitez de Paris , édit, de 1639, p. 407.
(2) Th. des Antiquitez de Paris , loc. cit. Du Breul ne parle pas du concours pécuniaire que prêtèrent aux religieux les membres de l’ordre du Saint-Esprit nouvellement institué par Henri III; les autres
historiens de Paris en font expressément mention.
l3) Une très curieuse esquisse peinte, conservée au musée Carnavalet et représentant la pompe funèbre de Marat dans l’église des Cordeliers, montre les colonnes, les chapiteaux et les baies ogivales à demi cachés par des draperies.
voit point aux Cordeliers, comme dans presque tous les édifices gothiques, et même dans quelques-unes de nos églises modernes, ces lourds massifs qui supportent les arcades. 11 est vrai qu’on est sur le point d’abandonner cette vieille erreur, et qu’on substituera à ces massifs des colonnes telles qu’on en voit à Notre- Dame et dans les nouveaux plans des églises de Sainte-Geneviève et de la Made- 1 aine h), d
L'ignorance architectonique de Piganiol est manifeste : les colonnes de la basilique de Notre-Dame ne lui semblent pas « gothiques r, parce qu’elles sont d’un seul fût et se distinguent ainsi des massifs flanqués de colonnettes; aux Cordeliers, la voûte, ne se composant que d’un lambris en charpente, n’exigeait pas, pour les retombées, l’emploi de ces massifs.
trL’an 1 5 8 5 , dit encore Du Breul, le 19 novembre, Reverend Pere en Dieu, Iulian de Sainct Germain, docteur en théologie et evesque deCesaree, a rebenist ceste eglise et dédié le principal autel à l’honneur de Dieu, et en la mémoire de la Saincte Magdelene, de S. Roch et S. Sebastien.
tt L’an 1602, la nef et les aisles d’icelle eglise (qui avoit esté en ruine 22 ans entiers) furent commencées a rebastir, et en à ans parachevées.
et Monsieur le Président Jacques de Thou a fait mettre un tableau de marbre en la nef, au-dessus du portail, contenant, en lettres d’or, le temps de l’édification, de la combustion et réparation de l’église des Cordeliers, en ces termes :
s Iesus-Christ est le commencement et la fin de toutes choses. Ce temple cy, construit plus de trois cens cinquante ans y a par le Roy sainct Louys, neufiesme du nom, ayant esté presque tout réduit en cendres l’an i58o, le i3c iour des calendes de décembre, et ce par un subit embrazement, duquel le subiect est incogneu, commença d’estre rebasty par la libéralité du Roy Henry troisiesme et aumosnes de gens de bien, à l’instance et poursuite de Messire Christoplde de Thou, premier President de la Cour de Parlement. Depuis l’ouvrage a esté intérims et cessé , à cause des guerres allumées aux quatre coins el mi tan du royaume. Finalement, la ville estant remise à son devoir et à l’ obéissance naturelle qu’elle doit à son Roy, et la paix rendue à la France par la munificence du Roy Henry quatriesme, aumosnes et distributions du très dévot peuple de Paris, poursuites et diligence de Messire Lacques Auguste de Thou, fils de Christophle, il a esté du tout parachevé , l’an de nostre salut mil six cens six ,2). a
(l) Description historique de la ville de Paris, l. VU,
(î' Th. des Antiquitez de Paris, édit, de 1689, p. &07 et hoS.
Voici le texte latin, en tête duquel est placé le monogramme du Christ, entouré d’un Alpha el d’un Oméga, ce que Du Breul a traduit par tr Jésus-
Christ est le commencement el la lin de toutes choses *. cr Bealæ memoriæ Ludovico nono Rege, templum hoc ante annos trecentos quinquaginta conslruclum, quum anno millesimo quingentesimo octogesimo, decimo tertio calendas decembris, exorto non satis cognita via incendio , penitus conflagrasset , Henrici lerlii liberalilale ac votivis piorum
COUVENT DES CORDELIERS. 349
Du Breul termine son récit de ia restauration de l’église des Cordeliers, en mentionnant (rois faits historiques qui ont leur intérêt. La confrérie du Saint- Sépulcre, dont nous avons parlé plus haut, et qui comptait de riches et puissants personnages parmi ses membres, donna le signal de la reprise des travaux: a La première vitre mise et attachée en la nef, dit Du Breul, fut celle de la chappelle de Hierusalem : laquelle y fut donnée avecqucs sa lucarne, au mois de iuin iGo3, par Maistre André Favin, advocat en la Cour de Parlement, suivant l'octroy qui lui fut faict desdits lieux par le Pere Pigne, lors gardien dudit couvent... Les Maistres et Gouverneurs de la Confrairie de Hierusalem, qui iusques en Tannée i 6o5 faisoient dire leur messe au chapitre, commencèrent à se remettre en leur chapelle ancienne, la voyant couverte et close de vitres M. n
De tout ce qui précède, il résulte que la reconstruction de l’église des Cordeliers ne fut, en réalité, au moins pour certaines parties de l’édifice, qu’une restauration, ou mieux encore une remise en état des lieux dévastés par l’incendie. Détail probant : la voûte lambrissée, qui avait été le principal aliment des flammes, fut rétablie telle qu elle était primitivement : ttCe bâtiment, dit Piganiol, n’est point voûté; il est seulement plafonné d’une charpente qui, s’étant noircie à la longue, obscurcit beaucoup le dedans et le rend d’un aspect assez désagréable ts). n
Les travaux durèrent vingt ans environ, avec des alternatives d’abandon et de reprise. Depuis 160G, date de leur achèvement, les historiens de Paris mentionnent divers tt embellissements u, c’est-à-dire différentes modernisations, qui eurent pour effet d altérer le style de l’édifice, mais qui étaient dans le goût du temps, c Le maître autel notamment, dit Malingre, a esté fait à la moderne avec colonnes de marbre fort belles, sans closture, par les libéralités de Messire Claude de Bullion, conseiller du Roy en ses Conseils, garde des Sceaux de ses Ordres et surintendant des finances de France, et est à présent des plus beaux de Paris P), i> Ce même autel, dit Piganiol, a fut réparé et décoré magnifiquement en 1703. 11 est, ajoute ce descripteur, orné de plusieurs colonnes de marbre et d’un beau tableau au milieu, qu’on dit avoir été peint par Le Franc en 1 585. C’est le feu P. Frassen qui, aidé des libéralités du Roi Louis XIV, décora cet autel d’un tabernacle de marbre, dont la matière et l’ouvrage sont également admirés des connaisseurs s (4). L’époque était aux décorations de ce genre, empruntées à l’Italie : dorures et revêtements de marbre semblaient parfaitement à leur place dans une
larg-iïionibus , curante Christophoro Thuano, Anipiissimi Ordinis Præside priniario, instaurai-] cæp- Lum est. Dein, bello longe laleque grassante, opus diu intermissum, recepta urbe et belli tmnullu sedato, Ilenrici quarti muniOcentia ac reügiosissimi popnli Parisiensis erogationibus, curante lacobo Auguslo Thuano, Christophori filio, omnino con-
summalum est, anno salulis inillesimo sexcentesimo sexto. «
(l) Th. des Anliquitéz de Paris , édit, de t63n, p. 407 et 4o8.
m Descript. hist. de la ville de Paris, t. VII, p. 1 1 . (3) Malingre, p. s53.
Piganiol, t. VII, p. 12.
TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, église ogivale; la basilique de Notre-Dame elle-même n'était pas à l’abri de ces tt embellissements (d. v
11 ne nous reste plus, pour achever la description de l’église restaurée, qu’à mentionner le jubé, orné, ditPiganiol, «de deux niches remplies par des statues de S. Pierre et de S. Paul, et d’une architecture assez belle pour le temps où il a été construits; ce qui, dans la pensée de l’auteur, veut dire en style ogival. La même idée reparaît, quelques pages plus loin, à propos de la façade principale située sur la petite place de l'Observance : ttLe portail se ressent du goût gothique qui régnoit au commencement du xin° siècle, et qui a régné encore longtemps après; la statue de saint Louis, qu’on y voit, est estimée des antiquaires et regardée comme très ressemblante, «
Comme dernier détail, les historiens de Paris parlent de ce la grand'porten du couvent située sur la même ligne que le portail de l’église, avec cette inscription :
Le grand couvent de l’Observance de S. François
Cette date était celle de l’achèvement du cloître, le plus beau qu’il y ait à Paris, dit encore Piganiol. Au milieu de tt bâtiments anciens et sans symmétrie v , le cloître dessinait des lignes régulières, qui faisaient l’admiration de cet écrivain.
te C’est, disait-il, un quarré oblong, au milieu duquel il y a un parterre. Il est construit en pierres de taille et d’une même symmétrie, à cela près cependant, que le corps du bâtiment du côté de l’église n’a été élevé que d’un étage, afin de ne pas ôter le jour aux chapelles; au lieu que les trois autres corps de bâtiment sont élevés de trois étages, et contiennent plus de cent chambres. Le cloître, qui est au-dessous, consiste en quatre corridors voûtés correctement, et dont les arcades, en cintre très surbaissé, sont fermées par des grilles de fer, qui ont été faites aux dépens de plusieurs personnes, dont on a eu soin de conserver la mémoire, en y faisant mettre leurs armes. Ces bâtiments furent commencés en i6y3, et achevés dix ans après, comme il paroît par cette inscription mise au-dessus d’une porte qui est à côté du chapitre :
HOC CLAUSTRUM DECENNIO ELABORATUM EXTREMAM OBTINUIT MANUM ANNO 1683.
tt Cette salle du chapitre est dans un des côtés de ce cloître. Elle est ouverte
(l) On sait que la restauration de la basilique de Notre-Dame, entreprise et menée à bonne fin par Viollet-le-Due, a fait disparaître toute la marbrerie dont on l’avait tt ornée».
TO POGRAPH IE 'H iSTO RI QVE DV VIEVX PARIS
A Eglise.— B Chapelles. — C Galerie 5^ B'on aventure conduisantau Chœur D Dortoir des Chantres E Cloître, ..F Parterre G Croix en pierre.
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